La Grande Jacquerie de 1358

vendredi 10 avril 2009.
 

- 1) Le contexte

- 2) Le soulèvement du 21 mai 1358 et son extension

- 3) La répression

1) Le contexte (Hérodote)

Les campagnes françaises sont, au début du XIVe siècle, à l’époque de Philippe le Bel et des « Rois maudits », aussi peuplées que de nos jours !

Tout se gâte au milieu de ce satané siècle avec un conflit dynastique entre le roi d’Angleterre et le roi de France. C’est le début de ce que l’on appellera plus tard la « guerre de Cent Ans ». Dans ce monde surpeuplé et fragile survient la Grande Peste en 1348. Huit ans plus tard, la noblesse française essuie une honteuse déculottée à Poitiers. Le roi Jean le Bon est même capturé et incarcéré à la tour de Londres.

Les bourgeois de Paris, sous la conduite du prévôt Étienne Marcel, veulent en profiter pour imposer au Dauphin Charles, le fils du roi captif, un partage du pouvoir. À l’issue de cette première Révolution, le Dauphin s’enfuit de la capitale.

Pour les paysans d’Île de France, qui commençaient à reprendre goût à la vie après les pertes de la Peste, c’en est trop. Le roi n’est plus là pour les protéger pendant que les nobles indignes et lâches les pressurent d’impôts, que ce soit pour payer leurs rançons ou pour reconstruire leurs châteaux. Les soldats désœuvrés courent la campagne et leur volent ce qui leur reste. Depuis cette époque, le mot « brigand » qui désignait un soldat en vient à ne plus désigner qu’un bandit.

C’est dans ces conditions que survient la Grande Jacquerie, ainsi nommée en raison du surnom de Jacques Bonhomme dont sont affublés les paysans.

2) Le soulèvement du 21 mai 1358 et son extension (wikipedia)

Les origines immédiates de cette révolte sont mal connues mais semblent résulter d’échauffourées survenues entre des hommes d’arme et des paysans. De façon plus générale, cette révolte s’inscrit dans le contexte difficile de la guerre de Cent Ans, assombri depuis 1348 par la grande peste. La noblesse, après les défaites de Crécy en 1346 et de Poitiers en 1356, est déconsidérée. Le roi Jean est prisonnier des Anglais et le Royaume connaît une grave crise politique. Les grandes compagnies, lorsqu’elles ne guerroient pas pour l’un ou l’autre des partis, pillent les villages et rançonnent les villes. Au-delà, la pression fiscale, due au versement de la rançon du roi, la mévente des productions agricoles placent les paysans dans une situation intolérable qu’aggravent les exigences des seigneurs qui cherchent à compenser l’effondrement de leurs revenus. Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris en lutte contre le pouvoir royal, entretient sciemment l’agitation, offrant même l’alliance de la capitale aux Jacques avant de changer de camp et de s’allier aux nobles rassemblés par Charles de Navarre.

Quelle que puisse être l’étincelle qui déclenche la révolte, celle-ci est tout de suite décrite avec horreur sous le terme d’« effrois » et enflamme, de proche en proche, la moitié nord du pays. Les chroniques du temps dressent un catalogue des violences antinobiliaires qui se déchaînent alors sur le pays.

Ainsi, le chroniqueur Jean Froissart, dépeint, sous le terme de cruautés des « Jacques Bonhommes », un tableau pour le moins sinistre des méfaits de ceux qu’il qualifie de « chiens enragés ». Ce récit est ponctué de faits qui veulent souligner l’animalité des émeutiers :

« Ils déclarèrent que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et écuyers, haïssaient et trahissaient le royaume, et que cela serait grands biens que tous les détruisent. […] Lors se recueillirent et s’en allèrent sans autre conseil et sans nulle armure, seulement armés des bâtons ferrés et de couteaux, en premier à la maison d’un chevalier qui près de là demeurait. Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier, la dame et les enfants, petits et grands, et brûlèrent la maison. […] Ils tuèrent un chevalier et boutèrent en un hâtier et le tournèrent au feu, et le rôtirent devant la dame et ses enfants. »

Le pseudo Jean de Venette, un frère carme d’origine modeste, est plus favorable aux paysans :

« En cette même année 1358, en été, les paysans qui habitaient autour de Saint-Leu-d’Esserent et de Clermont-en-Beauvaisis, voyant les maux et les oppressions qui, de toute part, leur étaient infligés sans que leurs seigneurs les en protègent — au contraire il s’en prenaient à eux comme s’ils étaient leurs ennemis — se révoltèrent contre les nobles de France et prirent les armes. Ils se regroupèrent en une grande multitude, élurent comme capitaine un paysan fort habile, Guillaume Carle, originaire de Mello. »

De fait, quel que soit l’effroi réel des contemporains, d’autres chroniqueurs se montrent eux aussi moins éloquents sur les atrocités et moins favorables aux nobles que Froissart. Ainsi, Pierre Louvet, dans son Histoire du Beauvoisis, rappelle que « la guerre appelée la Jacquerie du Beauvoisis qui se faisait contre la noblesse du temps du roi Jean, et en son absence, arriva par le mauvais traitement que le peuple recevait de la noblesse » et le cartulaire d’une abbaye de Beauvais souligne que « la sédition cruelle et douloureuse entre le populaire contre les nobles s’éleva aussitôt. »

3) La répression

L’issue de la révolte fut marquée par une grande violence qui marqua autant les contemporains que celle commise par les paysans. Après avoir exterminé bon nombre de révoltés, le comte de Foix et le captal de Buch, Jean de Grailly, assiégèrent la ville de Meaux6 dont quelques quartiers furent incendiés7. De son côté, Charles le Mauvais participa à la répression et, le 9 juin lors du carnage de Mello8, mit fin à la révolte à grands renforts d’atrocités. Le chef des révoltés, Guillaume Carle, ayant reçu l’assurance d’une trêve et d’une rémission, fut entraîné par traîtrise dans le camp des nobles où il fut supplicié et décapité.

Notons que l’Angleterre connaît une révolte similaire en 1381, sous la minorité du roi Richard II, quand les seigneurs, ayant été chassés de France par le connétable Du Guesclin, tentent de rétablir leurs finances en pressurant les paysans. Ceux-ci se révoltent et pillent même Londres en se répétant les vers d’un poète contemporain, John Ball : « Quand Adam bêchait et Eve filait / Qui était le gentilhomme ? »

John Wycliff, Lollards, Tyler, Ball et révolution populaire de Londres en 1381


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