18 mars 1314 : Fin des Templiers sur le bûcher

lundi 16 octobre 2017.
 

En 1306, le roi de France Philippe le Bel manque d’argent. Comme son grand père "Saint Louis" il en trouve en pourchassant des juifs. Il fait saisir les biens de plusieurs milliers d’entre eux et les expulse du royaume.

En 1307, le roi de France Philippe le Bel manque encore d’argent pour ses guerres et pour apaiser les mouvements sociaux (émeutes à Paris et Provins en 1306).

L’Ordre du Temple ayant refusé de lui "prêter" la forte somme qu’il demande, le roi va exterminer tous ses moines avec l’aide du pape.

1) Création de l’Ordre des Templiers

En 1099, la Première croisade chrétienne a pris Jérusalem. Cette conquête étant fragile au coeur de territoires très majoritairement musulmans, des seigneurs européens participent régulièrement à des expéditions pour agrandir et défendre les "Etats latins".

Ainsi, vers 1110, le comte Hugues de Champagne parvient en Palestine après un long voyage, accompagné d’une troupe de seigneurs vassaux. En 1114, l’un d’eux, Hugues de Payns, reste sur place après le retour de son suzerain vers la Champagne. Il s’intègre dans une confrérie de chevaliers associés aux chanoines du Saint Sépulcre (église construite sur le tombeau présumé du Christ à Jérusalem) dont la fonction consiste à protéger les chrétiens venus en pèlerinage.

Cet Hugues de Payns souhaite bientôt transformer cette confrérie de chevaliers en ordre religieux. Il reçoit le soutien pour cela du patriarche latin ainsi que du roi Baudouin II de Jérusalem qui les installe dans un bâtiment baptisé "Temple du Seigneur", d’où leur nom futur de "Pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon".

Au Concile de Troyes, en 1129, ce nouvel Ordre religieux est reconnu, en particulier sous l’influence de Saint Bernard, abbé de Clairvaux, qui fait l’éloge de la guerre sainte. Contre les infidèles, un chrétien a le droit de tuer car "s’il tue, c’est pour le Christ" ; "en tuant celui qui fait le mal, il ne se fait pas homicide mais malicide" ; "la mort du païen glorifie le chrétien parce que le Christ est glorifié".

Cette vision totalitaire du prosélytisme chrétien est partagée par presque toute l’Eglise mais certains ne sont pas dupes. Ainsi, un certain Isaac, abbé du monastère de l’Etoile (près de Poitiers) s’indigne " Contraindre les incrédules à la foi par la lance et le fouet" autorise les chrétiens armés " à spolier et assassiner religieusement ceux qui ne connaissent pas le nom du Christ" devenant des "dévastateurs de la vérité, prêts à plier à leur propre sens les paroles de l’Ecriture".

En 1129, Hugues de Payns devient le premier Grand maître de cet ordre militaire et religieux dont les deux principales fonctions sont :

* défendre les lieux saints de Palestine conquis par les Croisades (Bethléem, Nazareth, Mont des Oliviers, colline du Calvaire et Saint-Sépulcre à Jérusalem...)

* sécuriser les routes des Etats latins afin d’accompagner et protéger les pèlerins, en particulier de Jaffa à Jérusalem puis de Jérusalem au Jourdain.

Ces moines soldats essentiellement d’origine française côtoient au sein de l’ordre d’autres chevaliers venus de la péninsule ibérique, d’Angleterre et d’Allemagne. Pour subvenir à leurs besoins financiers, ils développent dans toute l’Europe chrétienne un réseau de monastères appelés commanderies.

2) Développement de l’Ordre des Templiers

En 1139, le pape Innocent II précise la hiérarchie féodale de l’ordre :

- au sommet, les chevaliers templiers, généralement cadets de familles aristocratiques. Adoubés chevaliers, ils portent le manteau blanc frappé d’une croix rouge, caractéristique des Templiers.

- les "frères sergents", d’origine plus modeste sont placés sous le commandement des premiers, comprennent d’une part des sergents d’armes dont la fonction est de combattre, en particulier en "Terre sainte", d’autre part les "frères de métiers" majoritaires dans les commanderies des pays occidentaux

- les "frères chapelains", prêtres tonsurés portant la robe de bure.

Pour financer leur présence militaire en Orient, les Templiers appellent à des dons dans tous les territoires occidentaux. La féodalité européenne étant bâtie de façon importante sur l’appareil idéologique de l’Eglise, les richesses affluent dans les caisses de l’ordre. Les possessions foncières se multiplient également.

L’ordre s’organise en provinces (France, Allemagne, Aragon, Antioche, Tripoli, Cilicie, Chypre, Castille, Cilicie, Angleterre, Aquitaine, Auvergne, Bourgogne, Ecosse, Hongrie, Italie, Portugal, Provence, Pouilles, Romani), elles mêmes divisées en commanderies.

En Palestine, les Templiers se distinguent lors de tous les combats, qu’il s’agisse de victoires comme la prise d’Ascalon (1153) ou de déroutes comme Hattin (1187). L’ordre y gagne une immense popularité qui accroît encore les donations en sa faveur.

Cependant, peu à peu, les quatre Etats latins d’Orient (royaume de Jérusalem, comtés de Tripoli, d’Antioche et d’Edesse) se réduisent comme peau de chagrin. Acre, dernière possession chrétienne de Palestine, est reprise par les musulmans en 1291. Quel va être le devenir de l’ordre ?

3) Fin des Templiers

Au fil du temps, les Templiers évoluent en Palestine vers des rapports de compréhension puis de coopération avec les musulmans. C’est ce dont témoigne par exemple le prince syrien Oussama ibn Mounqidh "Quand j’entrais dans la mosquée Al-Aqsa, où logeaient mes amis les Templiers, ils mettaient à ma disposition ce petit oratoire pour que je puisse faire mes prières." L’historienne Simonetta Cerrini précise "Certains textes montrent aussi que musulmans, templiers et pèlerins chrétiens d’Orient (jacobites, coptes, melchites...) priaient ensemble à l’abbaye de Saïdnaya, à 35 kilomètres au Sud de Damas, en Syrie."

Mon milieu de naissance, en Haut Rouergue, avait fourni beaucoup de chevaliers au Croisades. L’accroissement de leur respect pour les musulmans se note par exemple par le développement du prénom Saladin dans la noblesse de l’époque, y compris au sein de la famille D’Estaing.

Par son évolution idéologique syncrétiste comme par sa richesse, l’ordre sortait du moule féodal européen classique. Il était prévisible qu’un roi ou le pape lui-même porte un coup d’arrêt à cette anomalie historique.

Qui va monter le dossier d’accusation contre les Templiers ? le grand inquisiteur de France Guillaume de Paris et tous ses subordonnés inquisiteurs dans les provinces.

Sur quel motif ? celui d’hérésie.

Quiconque connaît les procédés dignes des pires gestapistes utilisés par l’Inquisition, imagine le quotidien malheureux des humains arrêtés ; à Pamiers : estrapade, chevalet, charbons ardents, brodequins... Plusieurs chevaliers succombent sous les tortures.

Il faut dire que les juges tortionnaires de l’Inquisition, généralement choisis parmi les Franciscains et Dominicains, sont des habitués du crime puisque en ce début de 14ème siècle, ils continuent à pourchasser les quelques cathares ayant survécu au génocide du siècle précédent.

Le 12 mai 1310, 54 templiers sont envoyés au bûcher par Philippe le Bel.

Le 22 mars 1312, le pape affaiblit encore l’ordre en ordonnant son abolition définitive, puis le legs de la totalité de ses biens.

Le roi de France peut alors terminer l’éradication des Templiers. Le 18 mars 1314, les dignitaires de l’Ordre dont le grand maître Jacques de Molay, sont conduits au bûcher.

4) Immolation des templiers

(poème de François J.-M. Raynouard 1761-1836)

Un immense bûcher, dressé pour leur supplice,

S’élève en échafaud, et chaque chevalier

Croit mériter l’honneur d’y monter le premier.

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Mais leur Grand Maître arrive ; il monte, il les devance ;

Son front est rayonnant de gloire et d’espérance.

Il lève vers les cieux un regard assuré,

Il prie et l’on croit voir un mortel inspiré.

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D’une voix formidable aussitôt il s’écrie :

- Nul de nous n’a trahi son Dieu, ni sa patrie,

Français, souvenez-vous de nos derniers moments,

Nous sommes innocents, nous mourons innocents !

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L’arrêt qui nous condamne est un arrêt injuste,

Mais il est dans le ciel un tribunal auguste

Que le faible opprimé, jamais n’implore en vain,

Et j’ose t’y citer, ô Pontife romain !

Encore quarante jours... je t’y vois comparaître ! "

Chacun en frémissant, écoutait le Grand Maître.

********

Mais quel étonnement, quel trouble, quel effroi,

Quand il dit - " O Philippe, ô mon maître, ô mon roi,

Je te pardonne en vain ta vie est condamnée :

Au tribunal de Dieu, je t’attends dans l’année ! "

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Les bourreaux interdits n’osent plus s’approcher ;

Ils jettent en tremblant le feu sur le bûcher,

Et détournent la tête... Une fumée épaisse

Entoure le bûcher, roule et grossit sans cesse.

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Tout à coup le feu brille à l’aspect du trépas,

Ces braves chevaliers ne se démentent pas.

On ne les voyait plus, mais leurs voix héroïques

Chantaient de l’Eternel les sublimes cantiques.

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Plus la flamme montait, plus ce concert pieux

S’élevait avec elle et montait vers les cieux.

********

Votre envoyé parait, s’écrie... Un peuple immense,

Proclamant avec lui votre auguste clémence,

Auprès de l’échafaud soudain s’est élancé ...

Mais il n’était plus temps... Les chants avaient cessé.

(Acte V - scène 8)


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