12 au 27 octobre 1968 Jeux Olympiques de Mexico, du sang, des symboles et des champions

jeudi 13 octobre 2016.
 

1968 : une année magnifique d’explosion de mouvements sociaux et politiques, partout dans le monde

Des millions de jeunes rêvent d’un monde meilleur et s’engagent pour cela de Londres à Paris, Budapest et Berlin, Prague et Beyrouth, Rio de Janeiro et Tokyo, Dakar et Karachi, Varsovie et Pékin, Barcelone et Milan.

Des millions de travailleurs bafoués chaque jour dans leur faible salaire et leurs difficiles conditions de vie cessent le travail.

La lutte des noirs américains contre le racisme et les discriminations bat son plein.

Sous toutes les latitudes des peuples longtemps asservis espèrent trouver la voie de leur émancipation collective.

Le sport ne reste pas à côté de ce mouvement. En France, par exemple :

- les footballeurs professionnels occupent les locaux de leur fédération

- les journalistes sportifs s’engagent sans réserve dans le mouvement de contestation (Robert Chapatte, Roger Couderc, Thierry Roland...)

Le Comité International Olympique invite l’Afrique du Sud qui a officiellement supprimé l’apartheid. Une majorité de pays africains prennent position pour le boycott des JO si cette décision est maintenue vue la réalité dans ce pays. Le CIO s’incline.

1968 : les aspirations de la jeunesse, des salariés, des petits paysans, des progressistes sont noyées dans le sang

Les deux grands maîtres du monde (USA et URSS) réagissent en utilisant leur force militaire sans limite :

- les B52 américains écrasent le Vietnam sous les bombes ;

- les peuples d’Amérique latine subissent le joug totalitaire des multinationales étatsuniennes

- le Kremlin écrase le printemps tchécoslovaque avec ses tanks.

Partout, les conservateurs prêtent leur aide à cette répression, même aux Etats-Unis, où Bob Kennedy et Martin Luther King sont assassinés.

Le Mexique : un pays en pointe quant à la massivité, à la durée et à la politisation de la jeunesse en 1968

La puissance de la mobilisation jeune, ouvrière et populaire au Mexique peut s’expliquer

- par la forte tradition révolutionnaire du pays :

Emiliano Zapata est assassiné le 10 avril 1919. Sa mémoire ne périra pas

- par la proximité et l’influence de la révolution cubaine, les barbudos de Castro et Guevara étant partis du Mexique sur le Granma.

16 octobre 1953 « Condamnez-moi, peu importe ; L’Histoire m’acquittera. » (Fidel Castro)

1er janvier 1959 : Guevara prend La Havane en pleine grève générale. La révolution cubaine est victorieuse

17, 18, 19 avril 1961 Le peuple cubain met en déroute le débarquement US dans la Baie des cochons

- par l’écho mondial des barricades parisiennes

Des luttes dans un pays où elles étaient interdites

En 1968, les prisons mexicaines comptent encore des cheminots condamnés en 1959 pour fait de grève.

En 1968, les prisons mexicaines comptent encore des adhérents de partis de gauche condamnés à ce titre en 1966.

Dès la première école occupée, la police intervient et matraque violemment les scolaires.

Dès la première manifestation, la police montée charge violemment le défilé.

Prétexte donné par le gouvernement : accueillir dans un pays apaisé la 19ème olympiade qui doit se dérouler à Mexico.

Une telle répression face à un mouvement social ascendant ne pouvait que mener à l’affrontement. Le 6 juillet 1968, un nombre considérable de policiers est engagé pour faire disperser sans ménagement une nouvelle manifestation qui, en fait, réagit et combat jusqu’au petit matin sans lâcher vraiment le terrain.

Le gouvernement franchit un nouveau pas dans la répression le 30 juillet en engageant deux unités de parachutistes, un bataillon d’infanterie, des tanks légers, des jeeps équipées de canons de 101 mm...

Dès le lendemain, la grève avec occupation se répand dans toutes les écoles du Mexique.

La jeunesse mexicaine en lutte

- avec des centaines de bâtiments occupés jour et nuit

- avec des dizaines de milliers de jeunes organisés en brigades (d’intervention et de propagande) généralement constituées par affinité, des dizaines de milliers de jeunes réunis dans des commissions qui travaillaient sur tous les sujets possibles et iméginables.

- avec un Conseil national de grève des étabissements scolaires comprenant trois délégués par école.

Le massacre du 2 octobre

Les Etats-Unis, proches, comme les sponsors des JO, comme les conservateurs mexicains ne peuvent tolérer le maintien de ce puissant mouvement durant les jeux olympiques.

Le 2 octobre 1968, les mitrailleuses de l’armée balaie les manifestants sur la place Tlatelolco, puis police et armée reprennent au fusil plusieurs établissements scolaires.

Ouverture des Jeux de Mexico le 12 octobre

Avery Brundage, président du Comité international olympique, est satisfait de la tournure des évènements. Les JO vont pouvoir commencer. "Les jeux de la XIXe Olympiade, cet amical rassemblement de la jeunesse du monde, dans une compétition fraternelle, se poursuivront comme prévu..."

Le comité olympique a prévu d’annuler toute compétition perturbée par des manifestants mexicains ou des spectateurs. Il n’a pas prévu la possibilité d’un mouvement venu des athlètes. Or, c’est ce qui se produit. Dans la délégation étasunienne elle-même, les engagés afro-américains mais aussi une majorité de leurs amis blancs arborent le macaron "Olympic project for human rights" (Projet olympique pour les droits humains). La cérémonie du podium du 200 mètres marque l’apogée de cette contestation.

La revanche du 16 octobre

Pour tous les noirs américains assassinés durant cette année 1968, pour tous les enfants du Mexique assassinés en cette année 1968, les trois vainqueurs du 200 mètres olympique apportent au moins un symbole de solidarité.

Jeux Olympiques 1968 : Tommie Smith, John Carlos, Peter Norman Podium du 200 m

Ce n’est qu’un début, le combat continue

Les gouvernements mexicain et étatsunien ainsi que le CIO sont catastrophés par l’écho formidable du podium du 16 octobre, écho dû à leur geste amis aussi à leur course battant le record du monde. Mais enfin, c’est passé...

Arrive une nouvelle course reine : le 400 mètres. A nouveau, le record du monde est battu. Horreur et damnation pour tous les racistes et conservateurs de la terre entière rivés sur leurs écrans : les athlètes américains Lee Evans, Larry James et Ronald Freeman auteurs d’un triplé sur 400 mètres, montent sur le podium avec un béret noir vissé sur le crâne pour dénoncer encore le racisme institutionnel de leur pays et apporter leur solidarité aux vainqueurs du 200m.


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