Qu’est ce que le socialisme ? Des réponses pour réfléchir (Proudhon, Marx, Jaurès, Blum...)

jeudi 14 septembre 2017.
 

De tout temps, le socialisme a représenté un mouvement réel contre l’ordre existant des choses mais aussi un champ de débats pour exprimer la conscience de ce mouvement. Il a compté dans son histoire des courants différents, des individus se référant à des corpus idéologiques parfois divergents. Quelle définition ont-ils donné du socialisme ?

J’ai déjà mis en ligne un texte sur ce site et ne reviens donc pas ici sur une définition du socialisme :

Socialisme ! histoire, anticapitalisme, idéal, camp social, théorie, parti

Les citations ci-dessous ont pour seul objet de susciter une réflexion collective dans le cadre d’un travail de formation.

2 décembre 2006

1) Pierre Leroux

« C’est moi qui me suis servi le premier du mot socialisme. C’était un néologisme alors, un néologisme nécessaire. Je forgeai ce mot par opposition à individualisme. »

2) Pour Proudhon, Qu’est-ce que le socialisme ? "Sa racine est en 89 ; son objet, à ne le considérer qu’au point de vue des intérêts matériels, c’est l’interversion des rapports entre le travail et le capital. C’est la Justice dans son application aux choses de l’économie".

Pour lui, le socialisme, c’est l’idée même de justice, une idée "à la fois objective et subjective... qui embrasse dans sa synthèse le réel et l’idéal" . Pour lui, la recherche de justice est aussi vieille que l’homme, l’exigence de justice est ancrée dans la nature humaine, il faut la cultiver et la faire passer dans la réalité.

" La conscience de l’homme n’est pas double... elle ne relève point, pour une part de l’animalité et pour l’autre de Dieu. Partie intégrante d’une existence collective, l’homme sent sa dignité tout à la fois en lui-même et en autrui, et porte ainsi dans son coeur le principe d’une moralité supérieure à son individu. Et ce principe, il ne le reçoit pas d’ailleurs ; il lui est intime, immanent. Il constitue son essence, l’essence de la société elle-même. C’est la forme propre de l’âme humaine, forme qui ne fait que se préciser et se perfectionner de plus en plus par les relations que fait naître chaque jour la vie sociale..."

"Qu’est-ce que pratiquer la Justice ? C’est faire à chacun part égale des biens sous la condition égale du travail ; c’est agir sociétairement."

3) Quelques citations de Marx et Engels

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer. » (Marx 1845)

" La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat... A mesure que grandit la bourgeoisie, c’est à dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent que si leur travail accroît le capital... (Marx Manifeste du Parti communiste 1848)

« Les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! « L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». (Marx 1848)

« L’histoire est la véritable histoire naturelle de l’homme... Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. » « L’histoire ne fait rien, c’est l’homme, réel et vivant, qui fait tout. » (Marx 1859)

"La technologie met à nu le mode d’action de l’homme vis-à-vis de la nature, le procès de production de sa vie matérielle, et, par conséquent, l’origine des rapports sociaux et des idées ou conceptions intellectuelles qui en découlent... Le mouvement de la pensée n’est que le reflet du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme » (Marx Le Capital)

"Dans la famille, l’homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du prolétariat." Karl Marx

L’Etat n’est que " l’Etat de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. C’est ainsi que l’Etat antique était avant tout l’Etat des propriétaires d’esclaves pour mater les esclaves, comme l’Etat féodal fut l’organe de la noblesse pour mater les paysans serfs et corvéables, et comme l’Etat représentatif moderne est l’instrument de l’exploitation du travail salarié par le capital » (F. Engels)

« Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d’abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l’intérêt général. » (Marx 1846)

"La démocratie est l’énigme résolue de toutes les Constitutions... la démocratie est l’essence de toute Constitution politique : l’homme socialisé considéré comme Constitution politique particulière... le communisme, (c’est) la vraie démocratie où l’Etat politique disparaît". (Marx 1843)

4) Benoît Malon

« Les racines du socialisme plongent dans toutes les douleurs humaines, dans tous les progrès intellectuels et moraux. Le prolétariat industriel est l’avant-garde du socialisme. Il n’est pas toute l’armée socialiste ; celle-ci est composée de tous les souffrants, de tous les militants, de tous les espérants..." "Le socialisme est l’aboutissement synthétique de toutes les activités progressives de l’humanité, morales et philosophiques aussi bien que politiques et économiques. »

5) Emile Durkheim 1895 (cours publié sous le titre LE SOCIALISME)

« Le socialisme est tout entier orienté vers le futur. C’est avant tout un plan de reconstruction des sociétés actuelles, un programme d’une vie collective qui n’existe pas encore ou qui n’existe pas telle qu’elle est rêvée, et qu’on propose aux hommes comme digne de leurs préférences. C’est un idéal. Il s’occupe beaucoup moins de ce qui est ou a été que de ce qui doit être... Il aspire à une refonte complète de l’ordre social. »

6) Notre but : L’Humanité (Jean Jaurès)

" C’est, en effet, à la réalisation de l’humanité que travaillent tous les socialistes. L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine. À l’intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée, par l’antagonisme des classes, par l’inévitable lutte de l’oligarchie capitaliste et du prolétariat. Seul le socialisme, en absorbant toutes les classes dans la propriété commune des moyens de travail, résoudra cet antagonisme et fera de chaque nation enfin réconciliée avec elles-mêmes une parcelle d’humanité.

" De nations à nations, c’est un régime barbare de défiance, de ruse, de haine, de violence qui prévaut encore.

" Même quand elles semblent à l’état de paix, elles portent la trace des guerres d’hier, l’inquiétude des guerres de demain : et comment donner le beau nom d’humanité à ce chaos de nations hostiles et blessées, à cet amas de lambeaux sanglants ? Le sublime effort du prolétariat international, c’est de réconcilier tous les peuples par l’universelle justice sociale. Alors vraiment, mais seulement alors, il y aura une humanité réfléchissant à son unité supérieure dans la diversité vivante des nations amies et libres. Vers ce grand but d’humanité, c’est par des moyens d’humanité aussi que va le socialisme. À mesure que se développent chez les peuples et les individus la démocratie et la raison, l’histoire est dissipée de recourir à la violence. Que le suffrage universel s’affirme et s’éclaire ; qu’une vigoureuse éducation laïque ouvre les esprits aux idées nouvelles, et développe l’habitude de la réflexion ; que le prolétariat s’organise et se groupe selon la loi toujours plus équitable et plus large ; et la grande transformation sociale qui doit libérer les hommes de la propriété oligarchique, s’accomplira sans les violences qui, il y a cent dix ans, ensanglantèrent la Révolution démocratique et bourgeoise, et dont s’affligeait, en une admirable lettre, notre grand communiste Babeuf."

7) Lénine

" Si Marx conclut à la transformation inévitable de la société capitaliste en société socialiste, c’est entièrement et exclusivement à partir des lois économiques du mouvement de la société moderne. La socialisation du travail qui progresse toujours plus rapidement sous mille formes diverses et qui, pendant le demi-siècle écoulé depuis la mort de Marx, s’est surtout manifestée par l’extension de la grande production, des cartels, des syndicats et des trusts capitalistes, ainsi que par l’accroissement immense des proportions et de la puissance du capital financier ; et c’est là que réside la principale base matérielle de l’avènement inéluctable du socialisme.

" Le moteur intellectuel et moral, l’agent physique de cette transformation, c’est le prolétariat éduqué par le capitalisme lui-même. La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, revêtant des formes diverses et de plus en plus riches de contenu, devient inévitablement une lutte politique tendant à la conquête du pouvoir politique (« dictature du prolétariat »). La socialisation de la production ne peut manquer d’aboutit à la transformation des moyens de production en propriété sociale, à « l’expropriation des expropriateurs ». L’augmentation énorme de la productivité du travail, la réduction de la journée de travail, la substitution du travail collectif perfectionné aux vestiges, aux ruines de la petite production primitive et disséminée, telles sont les conséquences directes de cette transformation.

" Le capitalisme rompt définitivement la liaison de l’agriculture avec l’industrie, mais il prépare en même temps, par son développement à un niveau supérieur, des éléments nouveaux de cette liaison : l’union de l’industrie avec l’agriculture sur la base d’une application consciente de la science, d’une coordination du travail collectif, d’une nouvelle répartition de la population (mettant un terme à l’isolement de la campagne, à son état d’abandon et d’inculture, de même qu’à l’agglomération contre nature d’une population énorme dans les grandes villes). Les formes supérieures du capitalisme moderne préparent une nouvelle forme de la famille, de nouvelles conditions quant à la situation de la femme et à l’éducation des nouvelles générations ; le travail des femmes et des enfants et la dissolution de la famille patriarcale par le capitalisme prennent inévitablement, dans la société moderne, les formes les plus terribles, les plus désastreuses et les plus répugnantes.

8) Léon Blum, définit ainsi le socialisme dans son ouvrage A l’échelle humaine :

" L’objet du socialisme est l’établissement d’une société universelle fondée sur la justice égale à l’intérieur des nations, sur la paix égale entre les peuples. Bien des moyens devront concourir à cette fin, mais aucun socialiste digne de ce nom n’a jamais pensé qu’elle pût être atteinte sans un perfectionnement, un enrichissement, un approfondissement de la personne humaine..."

" On a maintes fois reproché au socialisme de n’attirer à lui la multitude des malheureux qu’en faisant miroiter à leurs yeux la "satisfaction de leurs volontés purement matérielles, comme disait Renan... Quand un ouvrier réclame un meilleur salaire , il ne pense pas seulement à charger sa table de plus de nourriture, il pense à un logement plus spacieux et plus sain, il pense... La vie, la famille, le foyer, la croissance saine des enfants, la sécurité de la vieillesse, ce ne sont pas là des intérêts matérialistes.

" Si le socialisme s’était borné à des revendications... il n’aurait pas groupé autour de lui de telles foules humaines. Mais il enseigne à l’individu que ses propres besoins égoïstes sont solidaires des besoins de tous les autres hommes, ses droits de leurs droits, sa liberté de leur liberté ; qu’ils n’obtiendront satisfaction que tous à la fois, par leur commun effort, dans une création d’ensemble...

" Sur la doctrine (socialiste) planent les plus vastes idéaux humains : l’universalité de l’ordre et de la fraternité... L’idée de l’Humanité devient un principe de progrès pour la civilisation entière... Elle peut fournir un nouveau fondement à des principes moraux... à des usages et à des droits changeants, un nouvel aliment à l’art et à la pensée spéculative. Elle peut imprégner tous les modes de la vie personnelle, et toutes formes de l’existence collective, comme fit au Moyen-Age l’idée de Dieu."

Tirant un bilan de l’action du parti, il ajoute " Le socialisme dans son action publique, dans son inspiration politique, dans la justification spirituelle de sa doctrine devait se montrer le plus digne, le plus noble, le meilleur aussi, pour les autres partis et pour la nation tout entière, il devait être un modèle et un exemple. Nous devions donner l’exemple de la fierté, du désintéressement absolu, de la grandeur d’âme... Nous devions viser toujours les objets les plus hauts, exclure toujours les moyens vils et médiocres, même ceux dont on usait contre nous."

9) Bertrand Russel (mathématicien et philosophe anglais de tendance socialiste libertaire)

" Le socialisme signifie la propriété commune de la terre et du capital sous une forme démocratique du gouvernement. Il implique la production dirigée en vue de l’usage et non du profit, et de la distribution des produits, sinon également à tous, tout au moins avec les seules inégalités jusitifiées par l’intérêt public."

10) Etienne Balibar (philosophe, PCF)

Dans son ouvrage "L’idée du socialisme a-t-elle un avenir ?", il dégage six fondements du socialisme :

* "conception radicalement démocratique de la citoyenneté"

* volonté de "justice concrète" dont répartition des richesses produites

* un travail coopératif

* volonté de planification, d’organisation de la production en fonction des ressources et des besoins

* un projet de culture de masse

* une orientation pacifiste, internationaliste

11) Jean-Yves Calvez (mort en 2010), membre du Centre de recherche et d’action sociales des Jésuites de France, enseignant à l’Institut catholique de Paris. Dans "Socialismes et marxismes", il pose la question de la nature profonde du socialisme.

" Ne serait-il pas avant tout un mouvement émancipateur, libérateur... contrairement aux définitions courantes qui le caractérisent par ses positions sociales ? Ne faut-il pas du moins le considérer d’abord et avant tout comme une culture, au delà d’une pensée sociale ?...

Pour Marx, "pas de bonheur-liberté, sans la relation réconciliée à autrui que constitue la communauté communiste, mais il s’agit bien de bonheur-liberté de l’individu. Il dit à propos de cet individu "En lieu de la richesse et de la pauvreté en termes d’économie politique apparaît le besoin humain riche", celui de l’humain "qui a besoin d’une totalité d’expression vitale humaine".

12) Le parti social-démocrate de l’Empire austro-hongrois d’avant 1914 représente un moment très important dans l’histoire du socialisme. Jacques Droz (histoire générale du socialisme) insiste sur sa tradition théorique néo-kantienne "il réagissait contre la sous-estimation facteurs moraux dans la conduite humaine et faisait intervenir dans l’explication du processus historique une mutation qualitative, liée à l’action libre de l’homme et restituant à l’impératif catégorique une importance d’autant plus grande qu’il était lui-même chargé d’une éthique sociale."

Ce projet socialiste porteur d’une morale allait nécessairement de pair avec une action culturelle émancipatrice "une culture librement répandue et librement assimilée était la condition de l’émancipation de la classe ouvrière ; aussi, l’un de leurs soucis majeurs fut de lui fournir les moyens éducatifs" adéquats : une éducation de base fondée sur "la morale laïque", un quotidien, "l’école supérieure des travailleurs" avec son hebdomadaire, la "poésie ouvrière", le rapprochement avec Freud

13) les universitaires Georges Bourgin et Pierre Rimbert définissent le socialisme comme « une forme de société dont les bases fondamentales sont les suivantes :

1. Propriété sociale des instruments de production ;

2. Gestion démocratique de ces instruments ;

3. Orientation de la production en vue de satisfaire les besoins individuels et collectifs des hommes. »

14) Déclaration de principe du Parti Socialiste 1969

Le but du Parti socialiste est de libérer la personne humaine de toutes les aliénations qui l’oppriment et par conséquent d’assurer à l’homme, à la femme, à l’enfant, dans une société fondée sur l’égalité et la fraternité, le libre exercice de leurs droits et le plein épanouissement de leurs facultés naturelles dans le respect de leurs devoirs à l’égard de la collectivité.

Le Parti socialiste regroupe donc, sans distinction de croyances philosophiques ou religieuses, tous les travailleurs intellectuels ou manuels, citadins ou ruraux, qui font leurs l’idéal et les principes du socialisme.

Le Parti socialiste affirme sa conviction que la liberté de l’homme ne dépend pas seulement de la reconnaissance formelle d’un certain nombre de droits politiques ou sociaux, mais de la réalisation des conditions économiques susceptibles d’en permettre le plein exercice. Parce qu’ils sont des démocrates conséquents, les socialistes estiment qu’il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C’est en ce sens que le Parti socialiste est un Parti révolutionnaire. Le socialisme se fixe pour objectif le bien commun et non le profit privé. La socialisation progressive des moyens d’investissement, de production et d’échange en constitue la base indispensable. La démocratie économique est en effet le caractère distinctif du socialisme. Cependant, l’objectif des luttes ne concerne pas seulement une appropriation des moyens de production, mais aussi les pouvoirs démocratiques de gestion, de contrôle et de décision. Le socialisme nécessite le développement et la maîtrise d’une société d’abondance et la disparition du gaspillage engendré par le capitalisme.

Pour que l’homme soit libéré des aliénations que lui impose le capitalisme, pour qu’il cesse de subir la condition d’objet que lui réservent les formes nouvelles de ce capitalisme, pour qu’il devienne un producteur, un consommateur, un étudiant, un citoyen libre, il faut qu’il accède à la responsabilité dans les entreprises, dans les universités, comme dans les collectivités à tous les niveaux.

Seul un régime socialiste peut résoudre le problème posé par la domination de minorités, héréditaires ou cooptées, qui, s’appuyant sur la technocratie ou la bureaucratie, concentrent de plus en plus entre leurs mains, au nom de la fortune acquise, de la naissance ou de la technicité, le profit et les pouvoirs de décision. Le Parti socialiste propose aux travailleurs de s’organiser pour l’action, car l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Il les invite à prendre conscience de ce qu’ils sont la majorité et qu’ils peuvent donc, démocratiquement, supprimer l’exploitation - et par là même les classes - en restituant à la société les moyens de production et d’échange dont la détention reste, en dernière analyse, le fondement essentiel du pouvoir.

Le Parti socialiste, non seulement ne met pas en cause le droit pour chacun de posséder ses propres biens durables acquis par le fruit de son travail ou outils de son propre ouvrage, mais il en garantit l’exercice. Par contre, il propose de substituer progressivement à la propriété capitaliste une propriété sociale qui peut revêtit des formules multiples et à la gestion de laquelle les travailleurs doivent se préparer. De nouvelles formes de culture doivent accompagner la démocratisation économique et politique de la société et se substituer à l’idéologie de la classe dominante. Elles seront affranchies de toutes les aliénations intellectuelles ou commerciales et favoriseront l’indépendance matérielle et morale du travail créateur.

Le Parti socialiste est essentiellement démocratique parce que tous les droits de la personne humaine et toutes les formes de la liberté sont indissociables les unes des autres. Les libertés démocratiques et leurs moyens d’expression, qui constituent l’élément nécessaire à tout régime socialiste, doivent être amendés et étendus par rapport à ce qu’ils sont afin de permettre aux travailleurs de transformer progressivement la société.

C’est pourquoi le Parti socialiste affirme sa volonté d’assurer les conditions essentielles à l’établissement d’un régime démocratique : suffrage universel et égal ; éducation, culture et information démocratiquement organisées ; respect de la liberté de conscience et de la laïcité de l’école et de l’État.

L’utilisation des réformes implique que l’on ait conscience de leur valeur et de leurs limites. Le Parti socialiste sait toute la valeur des réformes qui ont déjà atténué la peine des hommes et, pour beaucoup d’entre eux, accru leurs capacités révolutionnaires. Mais il tient à mettre en garde les travailleurs, la transformation socialiste ne peut pas être le produit naturel et la somme de réformes corrigeant les effets du capitalisme. Il ne s’agit pas d’aménager un système, mais de lui en substituer un autre. Le Parti socialiste estime que la construction permanente d’une société socialiste passe par la voie démocratique : c’est la combinaison entre les différentes possibilités démocratiques, politiques et syndicales, qui créera les conditions de passage d’un régime à l’autre. Dans cette perspective, le mouvement socialiste considérera comme indispensables l’adhésion et le consentement des masses aux actions menées et ses militants doivent tendre à modifier, par les voies multiples de la démocratie, le rapport de forces actuellement imposé par la classe dominante.

Le Parti socialiste est un parti tout à la fois national et international. Il est national parce qu’il n’y a pas d’hommes libres dans une nation asservie ou sujette, où la domination d’une puissance étrangère se superposerait à celle qu’exerce le capitalisme national, et parce que chaque pays doit pouvoir élaborer librement son propre modèle du socialisme.

Il est international parce que la patrie n’est qu’une fraction de l’humanité ; parce que les relations entre les peuples ont pris un caractère universel ; parce que le socialisme ne peut accepter de discriminations résultant de la couleur, de la race, des frontières ou du degré de développement et exige la solidarité active entre nations riches et nations pauvres et à l’égard des peuples privés du droit de gérer démocratiquement leurs propres affaires. En conséquence, le Parti socialiste participera à l’élargissement et au renforcement de l’organisation internationale des socialistes. Il luttera pour l’établissement et le maintien de la paix, menacée par le capitalisme, l’impérialisme, le colonialisme. A cette fin, il travaillera à l’établissement de nouveaux rapports entre les nations, fondés sur l’existence d’une organisation internationale dotée de pouvoirs réels : arbitrage, désarmement général, simultané et contrôlé, force internationale, communautés supra-nationales. Le Parti socialiste est un parti ouvert aux formes modernes de pensée et de connaissance. C’est pourquoi tous ceux qui, dans ces disciplines, sont soucieux de servir l’idéal socialiste, doivent venir renforcer son effort de recherche et son action. Face aux changements incessants de la société, à l’accélération du progrès technique, aux menaces mêmes que peut faire peser sur l’homme la mauvaise utilisation de nouvelles découvertes (par exemple dans les sciences nucléaires, biologiques ou socio-psychologiques) c’est un impératif pour les socialistes que d’établir un accord constant entre la société en mouvement et une action restant conforme aux principes permanents du socialisme.

15) Manuel Valls (interview dans Libération)

L’appellation « Parti Socialiste » doit donc disparaître ?

Parti renvoie à la lutte d’une classe contre une autre et socialisme renvoie à un projet hérité du XIXe siècle. Ils nous enferment l’un et l’autre dans des conceptions dépassées. Après dix ans d’absence de travail sur nous-mêmes, sur les évolutions de la société française, sur nos propositions concrètes et sur nos mots, notre langage est devenu une langue morte.

16) Texte d’orientation voté par le Congrès constituant du PG (conclusion)

Dans l’histoire du mouvement ouvrier, cet objectif s’est incarné dans la perspective du Socialisme. Nous ne pouvons prolonger cet idéal sans tirer la leçon du siècle écoulé. Dans le capitalisme, c’est l’économie (le capital) qui domine l’Etat et la société. Dans le socialisme bureaucratique c’est l’Etat qui soumettait l’économie et la société. Le socialisme auquel nous aspirons devra donner la prééminence complète à la société. Nous le nommons « la République sociale ». Pour nous, en toutes circonstances, il n’y a de changements politique et social que voulu et décidé par le suffrage universel. Et dans notre méthode, la démocratie n’est pas confinée aux seules rencontres électorales même si pour finir c’est toujours le vote libre et démocratique qui doit avoir le dernier mot. Notre stratégie de transformation sociale devra combiner conquête du pouvoir politique et implication populaire permanente comme on peut l’observer dans les révolutions démocratiques en cours en Amérique Latine par exemple. Notre formule est : la démocratie jusqu’au bout, la République partout et pour tous. Ainsi se trouve résumée notre vision d’un changement pris en charge et voulu depuis la société et pas seulement octroyé par l’action gouvernementale.

L’alternative immédiate est entre « rénovation du néo-capitalisme » ou « extension de la démocratie et de la République » c’est-à-dire de la maîtrise collective de l’avenir aujourd’hui accaparé par les forces aveugles du marché. L’objectif à terme, c’est une société libérée de l’exploitation et de l’oppression, libérée des impératifs absurdes de l’accumulation capitaliste, de ses modèles de consommation, de ses hiérarchies sociales et symboliques, des ses rivalités ostentatoires. La souveraineté populaire, la démocratie, la République jusqu’au bout est la méthode stratégique. Elle porte en elle la plus forte potentialité pour transformer radicalement l’ordre existant. Elle combine les formes de libération de la société : démocratie politique redonnant le pouvoir aux citoyens, démocratie économique mettant l’économie au service des besoins humains, démocratie sociale faisant entrer la citoyenneté dans les entreprises. Ce changement d’un modèle de société vers un autre implique un processus d’élaboration programmatique, de conquête de l’hégémonie idéologique, de prises de positions institutionnelles, d’extension des domaines ou seuls prévalent l’intérêt général et les services publics, de développement d’expériences d’autogestion sociale, de contrôle accru des citoyens sur les institutions, d’interventions des travailleurs dans les affaires économiques, etc. La démocratisation et la socialisation de l’économie résulteront d’une série d’avancées transformatrices partielles, mais qui combinées font reculer le pouvoir du capital jusqu’à poser la question du choix : « République sociale ou Capitalisme ? ».

Le « bloc social » de cette transformation ne peut pas être réduit à une seule catégorie sociale mais rassembler des forces sociales qui, dans une grande diversité, se sont opposées ces dernières années au mythe de l’autorégulation du marché. Notre projet est de les faire converger pour faire valoir les intérêts de la société toute entière contre les logiques mortifères du capitalisme. En ce sens notre visée d’une refondation républicaine de la société et des institutions est un projet global. Nous le nommons la République Sociale. Il est notre proposition pour la renaissance d’une perspective socialiste rénovée dans le siècle qui s’ouvre.

17) Juliette Grange (professeur à l’université Nancy II)

« Il faut parler des socialismes au pluriel. "Les socialismes" désignent ainsi, prioritairement, les corps de doctrine critiques du capitalisme développant des formes d’organisation sociale nouvelles fondées sur la justice, l’égalité et la solidarité. »


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