21 et 22 août 1968 en Tchécoslovaquie : Va pensiero (extrait du Nabucco de Verdi) guide les délégués communistes face à l’intervention militaire russe

lundi 16 septembre 2019.
 

Réponse à l’article A lire et voir absolument : Lorsque Giuseppe Verdi et Nabucco disent quatre vérités à Silvio Berlusconi

Ce n’est pas la première fois que le peuple fait son irruption avec Va pensiero dans la vie politique.

Le 21 août 1968, pendant l’invasion militaire du Pacte Varsovie, les stations de radio tchèques et slovaques, restées dans les mains du peuple, diffusent les informations et les appels à la résistance pacifique au son de Va Pensiero. C’est le choeur des esclaves et les informations codées qui guident les délégués communistes tchèques et slovaques du XIV congrès qui se rendent clandestinement aux lieux de rassemblement tenus secrets. C’est le comité central « provisoire », élu au XIV congrès, avec Venek Silhan en tête, qui gouverne la Tchécoslovaquie au cours de cette semaine fatidique, depuis les usines CKD situées dans le 8° arrondissement à Prague, jusqu’au retour de la direction Dubcek, retenue de force à Moscou, et avec Va pensiero sur les ondes. A jamais gravé dans ma mémoire.

Je me dois de corriger ici une injustice. Tout le monde connait Nabucco et Va pensiero de Giuseppe Verdi, mais seuls les mélomanes connaissent le poète et librettiste italien, l’auteur du livre de ce célèbre opéra, l’extraordinaire Temistocle Solera. Temistocle Solera, né en 1815 à Ferrare, mort en 1878 à Milan, conquiert sa notoriété grâce à sa profitable collaboration avec Giuseppe Vedi, pour lequel il écrit les livrets d’Oberto (1839), Atilla(1840), Nabucco (1842), Giovanna d’Arco (1845), I Lombardi (1843). S’il est vrai que Solera conquiert sa notoriété grâce à Verdi, il n’en demeure pas moins que Verdi doit beaucoup à Solera. Solera se présente un jour chez Verdi pour lui proposer son livret Nabucco. Verdi n’est pas en forme, son premier opéra est un semi-échec, il n’a pas vraiment envie de discuter, il demande à Solera de revenir le lendemain. Selon certains témoins, le librettiste laisse sur la table son livret ouvert sur le passage Va pensiero. Verdi jette un coup d’oeil presque par inadvertance, il est littéralement foudroyé par les paroles, il se met à composer.

Solera revient le lendemain, les grandes lignes de l’opéra Nabucco sont tracées. C’est peut-être une légende, mais elle est belle, elle mérite de vivre dans la mémoire des hommes. A partir de ce jour, tous les opéras de Verdi écrits en collaboration avec Solera remportent de beaux succès.

Après avoir voyagé et séjourné à l’étranger, de retour en Italie dans les dernières années de sa vie, Solera s’affaire dans les coulisses de la politique, servant même semble-t-il de courrier entre Cavour et Napoléon III. Dans les tavernes milanaises on l’appelle « l’espion bonapartiste ». Il a vécu. Temistocle Solera meurt le jour de Pâques 1878 dans la solitude. Ses funérailles sont célébrées le jour suivant au Cimetière Monumental de Milan.

Le choeur des esclaves,« una granda aria cantata da soprani, contralti, tenori, bassi », selon Rossini, est écrit dans l’insolite tonalité de la fa dièse majeur. Figure-t-il dans nos recueils de chants révolutionnaires ?

Karel Kostal


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