Oradour, symbole français de la barbarie nazie (10 juin 1944)

lundi 18 juin 2018.
 

1) Le bourg d’Oradour sur Glane

Au matin du 10 juin 1944, Oradour sur Glane présente toutes les caractéristiques d’un village (330 habitants) tranquille peu touché par la guerre (aucun soldat de la Wehrmacht n’est venu jusque-là ; pas de groupe ou d’action de résistance...). Ce bourg commerçant propose aux habitants de la commune (1574 habitants) comme aux passagers fréquents de Limoges ou Saint Junien, ses nombreuses boutiques (nombreux cafés, 4 épiceries, 3 merceries-tissus, 3 boucheries, 3 boulangeries et pâtisserie, 3 couturières, 3 cordonniers, un sabotier...). Seule nouveauté par rapport à ce type de bourg au siècle précédent : l’équipe de football, l’orientation socialiste des élus et un nombre important de réfugiés (Lorrains, Espagnols, Juifs...).

En ce samedi 10 juin 1944, Oradour bouillonne de vie. D’une part , c’est le jour hebdomadaire de distribution des rations de tabac, d’autre part les 172 élèves des écoles sont présents car une visite médicale doit se dérouler dans l’après-midi.

2) La division Das Reich

Vers 14 heures, environ 150 soldats débouchent sur la Rue principale. Ils font partie de la Division SS Das Reich ( général Heinz Lammerding) envoyée en Limousin pour mater la Résistance ( éléments du 4ème régiment d’infanterie et du régiment blindé Der Fuhrer). La veille, ils ont pendu à Tulle 99 civils aux balcons et aux lampadaires de la ville.

Unité d’élite de l’armée allemande constituée en 1939, la division Das Reich s’illustrera durant toute la guerre par ses exactions à l’encontre des populations civiles. Elle rayera de la carte un village de Biélorussie tous les deux jours, femmes, enfants et vieillards compris de façon encore plus systématique qu’Oradour puisque souvent, il n’est meme pas resté un pan de mur debout.

Après avoir combattu en Pologne, en Roumanie, en Yougoslavie, en URSS (en Biélorussie, devant Moscou, lors de la contre attaque de Kharkov, durant la dure bataille de Koursk puis à Prokhorovka), la division est dirigée vers Montauban, dans le Sud-Ouest de la France, pour être renforcée en effectifs et armement tout en pouvant intervenir en cas de débarquement anglo-saxon. De nombreux alsaciens et mosellans de 17 à 18 ans y sont affectés.

3) Le massacre d’Oradour

A Oradour, ils raflent rapidement tous les présents, dans leurs champs, leurs maisons, leurs écoles, leurs boutiques puis les rassemblent sur la Place du marché.

Les hommes sont poussés vers des granges où ils sont exterminés à la mitrailleuse, sans oublier le coup de grâce individuel final.

Pendant ce temps, femmes et enfants sont poussés sans ménagements dans l’église. Vers 17 heures, les soldats SS y font exploser une caisse de gaz suffocant, mitraillent au hasard depuis l’extérieur puis mettent le feu au bâtiment.

L’incendie du village complète le travail du détachement SS.

Quand les barbares quittent le village, seuls 642 corps sans vie hantent encore de grands grands murs calcinés dressés comme des fantômes et comme un appel à casser dorénavant le fascisme dans l’oeuf avant que la bête immonde ne devienne dangereuse.

Jacques Serieys

Autres articles de notre site concernant le massacre d’Oradour sur Glane :

Roger Godfrin (de Charly Oradour en Moselle), rescapé du massacre du 10 juin 1944

Oradour 10 juin 1944 (poème de Jean Tardieu)

Le criminel nazi Heinz Barth, "assassin d’Oradour-sur-Glane", est mort

4) Complément : Le crime impuni du massacre d’Oradour

« Écrit en lettres de feu et de sang, le nom d’Oradour, ville assassinée, est entré, il y a huit ans passés, dans l’Histoire. Par là même, le procès qui va s’ouvrir, celui des assassins d’Oradour, prendra à son tour une portée, une résonance historique.  » Le 12 janvier 1953, l’envoyée spéciale de l’Humanité, l’ancienne résistante Marie-Louise Baron, veut encore espérer que les vingt-deux accusés, membres du 1er bataillon du régiment Der Führer appartenant à la division SS Das Reich, qui comparaissent devant le tribunal militaire de Bordeaux, recevront un juste châtiment pour leur implication dans le massacre de 646 personnes.

Au début de l’après-midi du 10 juin 1944, toutes les femmes et les enfants furent enfermés et brûlés vifs dans l’église, les hommes et les jeunes gens mitraillés dans les granges. Il y a bien quelques indices laissant présager que le verdict ne s’inscrira pas dans la lignée du procès de Nuremberg, ne fût-ce que l’absence de la plupart des officiers qui ont planifié et commandé l’opération. Le commandant du bataillon, Adolf Diekmann, a été tué peu après en Normandie. Quant au chef de la division, le général SS Lammerding, il vit en toute tranquillité chez lui à Düsseldorf, en zone d’occupation britannique. Les autorités françaises n’ont pas réclamé son extradition.

Au fil des jours, les accusés racontent les mêmes atrocités

L’Humanité ne tarde pas à dénoncer l’entreprise de torpillage d’un procès embarrassant pour le gouvernement. Parmi les SS incriminés, treize ne sont pas allemands mais français, originaires d’Alsace. Le procès de Bordeaux donne lieu à une polémique enflammée, agitée par la droite alsacienne, visant à disculper les SS français des crimes effroyables commis à Oradour au motif que douze sur les treize Alsaciens avaient été enrôlés d’office. L’Alsace et la Moselle ayant été annexées par les nazis, le régime hitlérien a mobilisé à partir de 1942 quelque 100 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans, versés dans la Wehrmacht, la Luftwaffe ou les Waffen SS. Mais le drame des «  malgré nous  » peut-il excuser la participation à un tel massacre ? «  Il s’agit de juger des criminels de guerre, leur origine n’a rien à voir dans l’affaire, écrit Marie-Louise Baron. Ce sont les massacreurs d’Oradour, les tueurs, les incendiaires, les brutes ignobles qui transportèrent des bottes de paille sur les corps d’enfants encore vivants et y mirent le feu, froidement, en exécution des ordres reçus que l’on accuse aujourd’hui et que l’on condamnera. Espérons-le.  »

Les avocats des SS français réclament la disjonction des poursuites selon la nationalité car, argumentent-ils, faire comparaître des Alsaciens incorporés de force aux côtés d’Allemands signifierait la reconnaissance implicite de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par Hitler. Une thèse inacceptable aux yeux de Marie-Louise Baron.

Dans son premier compte rendu d’audience, l’envoyée spéciale de l’Humanité évoque le jeune Roger Godefrin, venu s’asseoir à ses côtés. Il avait 8 ans lors du massacre. Il est le seul enfant ayant échappé aux tueurs, «  parce que réfugié lorrain, il savait, lui, ce que voulaient dire sur l’uniforme vert les deux initiales ignobles : SS  ». Puis c’est l’interrogatoire d’identité. Le Français Giedenger a exécuté vingt-cinq personnes. Son compatriote Daul a fait partie d’un peloton qui a abattu trente hommes. Lohner alimentait les bûchers. Graff a reconnu avoir achevé une femme et une jeune fille… Au fil des jours, les accusés racontent les mêmes atrocités. L’un d’eux, Louis Hoelinger, «  est fidèle à son étiquette de Waffen SS, note Marie-Louise Baron. Engagé après la débâcle allemande dans les troupes du corps expéditionnaire français en Indochine, il est allé continuer pour le compte des colonialistes français son activité de technicien nazi  ».

Après de longues journées de procédures, l’intensité dramatique atteint son paroxysme lorsque des témoins de la défense viennent soutenir les accusés. «  Cela dépasse tout. Cherchant un qualificatif capable d’exprimer ce que je ressens, je n’en trouve pas. Je ne sais qu’une chose, c’est que c’est intolérable. Physiquement intolérable.  » Marie-Louise Baron décrit «  tout le désespoir du monde sur le banc assigné à tout ce qui reste d’Oradour assassiné  » et un M. Winter, industriel à Mulhouse, déclarant sans sourciller, le bras tendu vers les SS alsaciens : «  Je les considère comme des martyrs.  »

Le plus terrible massacre de population que connut la France sous l’occupation nazie resta scandaleusement impuni. Deux condamnations à mort furent prononcées contre l’Allemand Lenz et le Français Boos, engagés volontaires SS, et des peines de cinq à douze ans de prison pour les autres. Mais, en réalité, aucune de ces peines ne fut exécutée. Le 17 février, les SS d’Alsace étaient amnistiés par le Parlement. Ils furent libérés peu après et l’indulgence fut étendue aux tueurs allemands, de sorte qu’en 1958, plus personne parmi les assassins d’Oradour n’était sous les verrous.


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