Le Parti communiste tchèque toujours menacé d’interdiction

vendredi 16 octobre 2015.
 

Les faits que j’évoque se passent dans le pays où je suis né, en République Tchèque, membre de l’Union Européenne depuis 2004. Ils se passent à Prague, qu’André Breton appelait la « capitale magique de l’Europe ».

Il n’y a plus de place pour le doute : le gouvernement tchèque veut à tout prix imposer une loi « visant à interdire le Parti communiste de Bohême-Moravie. » Il n’y a aucun doute sur le fait que pour le gouvernement ultralibéral Klaus-Necas tous les moyens sont bons, y compris des provocations, pour justifier cette décision. La presse « politiquement correcte » nous informe que « les services secrets n’arrivent pas à démontrer qu’il y a un lien entre les mouvements terroristes et le Parti communiste », c’est la preuve que la coalition ultralibérale au pouvoir en République Tchèque cherche à prouver qu’il y a un « lien » entre le Parti communiste et les terroristes.

Le premier ministre Petr Necas admet que « pour interdire le Parti communiste, les matériaux adéquats ne sont pas disponibles », le gouvernement doit se contenter « comme première étape » de « suspendre les activités » de ce parti, toutefois, « l’élaboration de l’acte d’accusation à l’égard du Parti communiste est en cours », les « experts » promettent d’autres « arguments », afin de « mettre le Parti communiste hors d’état de nuire. »

Quels sont les « arguments » de la droite au pouvoir ? Le sénateur Jaromir Stetina, du « parti dont le président Klaus est président d’honneur », ODS, « parti des entrepreneurs », selon Klaus, explique : « Les communistes glorifient la terreur. Je le sais, j’ai lu Lénine . » Le sénateur rappelle « le caractère nocif de l’idéologie communiste contenu dans les classiques rouges. » « Par le fait même de l’acceptation du mot communiste, le Parti communiste de Bohême-Moravie démontre bien qu’il ne renonce nullement à la violence pour parvenir à ses fins. » « Le mot communiste n ’est pas ici un communisme de Platon, par exemple, ou un communisme juif de kiboutz, ou encore un communisme chrétien, non, il s’agit bel et bien du communisme violent marxiste-léniniste.« Ainsi, « les communistes par cette dénomination viole l’article 5 de la Constitution selon lequel seuls les partis et les mouvements qui renoncent à la violence font partie de notre système politique. »

Rappelons à toutes fins utiles que le Parti communiste de Bohême-Moravie ne s’appelle pas marxiste-léniniste, et que la « commission d’enquête » crée par le gouvernement tchèque n’a trouvé aucun « acte illégal » commis par les communistes tchèques. « Pour l’instant la situation n’est pas mûre pour l’interdiction. »

Jaromir Stetina, et sa quasi officielle « fraction anticommuniste » au sénat, ne l’entendent pas de cette oreille-là. Ils parlent d’ »erreur d’appréciation . » « C’est très simple, explique le sénateur, il suffit de jeter un coup d’oeil sur les principes de base du marxisme léninisme. La bible de tous les communistes, y compris des communistes tchèques, le Manifeste du parti communiste, lisez la, vous verrez, c’est clair, elle se termine par cette affirmation : nos objectifs ne peuvent être atteints que par la violence. » « En ce qui concerne le léninisme, il suffit de lire l’Etat et la révolution, le plus parfait manuel de terreur jamais écrit, au début du 20 ° siècle. »

Depuis quelque temps, les « experts » du ministère de l’intérieur annoncent aussi que « les communistes se déploient et se redéploient. » Cette formule énigmatique évoque incontestablement des complots et des conspirations en cours. Malheureusement, il manque dans cette composition un élément indispensable pour que le complot puisse être « assimilable au coup de Prague », du 25 février 1948, régulièrement évoqué par la propagande de la droite. Il n’est que juste de mentionner qu’aucune « coalition gouvernementale socialo-communiste », régulièrement annoncée par la droite au pouvoir, n’est en vue. Le Parti communiste et le Parti social-démocrate certes remontent dans les sondages, mais c’est l’anticommunisme viscéral de la direction social-démocrate qui empêche toute tentative de dialogue.

Le ministère de l’intérieur et le ministère de la justice n’arrivent pas à « boucler le dossier », le ministre de la défense Alexandr Vondra arrive en renfort. Pour ainsi dire, en dehors et au-delà du droit et des lois, en dehors et au-delà de l’Etat de droit. Le ministre déplore « le retard » qu’accuse le dossier, et selon toute apparence c’est lui qui prend l’affaire en main personnellement. En République Tchèque, Etat membre de l’Union Européenne, l’initiative de « mettre hors d’état de nuire » le Parti communiste a été apparemment dévolue au ministre de la défense. Les troupes tchèques, qui combattent en Afghanistan aux côtés des troupes US sous le commandement de l’OTAN, en vertu de l’article 27 du Traité de Lisbonne que l’ »eurosceptique » Klaus a signé, ont déjà acquis une bonne expérience dans le lutte contre le »terrorisme international », sont-elles capables de combattre l’ »ennemi intérieur », si le cas se présente ?

A chaque manifestation syndicale, la droite au pouvoir voit « une foule assoiffée de sang dans les rues », persuadée que les syndicats ont adopté « les théories léninistes de l ’aggravation de la lutte de classe. » L’oligarchie au pouvoir prépare des « lois anticommunistes » et pille avec l’ahurissement de l’hypnose. Toutefois, ce trésor amassé par les privatisations prévarications ne lui procure pas la tranquillité dans la richesse, mais lui inspire la crainte d’être chassée par les urnes. Dans une éventuelle coalition avec le Parti social-démocrate, le Parti communiste est crédité désormais de 15 %, la gauche serait majoritaire dans le pays. La droite en a bien conscience, et veut l’empêcher par tous les moyens, y compris par des actions qui s’apparentent sous certains aspects à un coup d’Etat, alors qu’aucune coalition « socialo-communiste » n’est en vue, je tiens à le souligner. La droite réclame préventivement les têtes des communistes, mais aussi des électeurs communistes, réels ou potentiels. « Les communistes et leurs électeurs ne sont que racaille, populace méprisable, rebut de la société », « une bande de veaux illettrés, « , « incapables de subvenir à leurs besoins », « envieux et tout juste capable de voler ceux qui réussissent dans la vie. »

Nous visionnons le cheminement de la pensée de l’oligarchie, ajoutons un détail. Les idéologues pragois présentent le Printemps de Prague comme un « simple règlement de compte entre la fraction Brejnev et la fraction Dubcek . »

C’est incontestablement l’Institut libéral de Prague qui décroche le lot avec cette déclaration : « L’union Européenne met en pratique le Manifeste du parti communiste, avec ses services publics, ses impôts progressifs et son enseignement obligatoire elle est sur la voie des Etats- unis socialistes d’Europe. » Tout cela est surprenant mais reste logique. La zone d’influence et le pouvoir de nuisance de cette oligarchie paraissaient cantonnés à une région limitée, quelque part entre la frontière bavaroise et les collines d’Austerlitz. Mais depuis qu’elle guerroie aux côtés des troupes US en Afghanistan, elle prend de l’assurance, et je redoute que ses élans et sursauts d’anticommunisme messianique et de messianisme anticommuniste puissent devenir incontrôlables, si bien que la tentation de nous délivrer des chaines de l’Europe des Lumières, dont nous sommes prisonniers jusqu’à nouvel ordre, puissent se manifester subitement dans ce pays.

Personne n’est dupe, nous sommes tous concernés. Cette attaque frontale contre le Parti communiste tchèque est une attaque frontale contre le mouvement socialiste et communiste européen, contre le mouvement ouvrier dans son ensemble, ses acquis, ses traditions historiques. C’est une attaque frontale contre la démocratie et les forces progressistes, et qui rappelle les heures les plus sombres de l’Europe.

J’écris ces lignes à la hâte, le temps presse. Du simple fait que le Parti communiste de Bohême -Moravie est membre du PGE, le Front de gauche est directement concerné également, et c’est là, par- dessus tout, ce que justifie, sans plus tarder, notre entrée en scène. Organisons la riposte.

Karel Kostal


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