1936 Front Populaire, grève générale et conquêtes sociales

jeudi 20 avril 2017.
 

- A) Le Front Populaire prouve qu’il ne faut jamais désespérer

- B) Face au fascisme, la contre-offensive des syndicats ouvriers, de la gauche et des intellectuels, de 1934 à 1936

- C) 3 mai 1936 : Victoire du Front Populaire aux élections législatives. 6 au 7 juin Accords Matignon.

- D) De 1936 à 1938 : le Front populaire en échec

A) Le Front Populaire prouve qu’il ne faut jamais désespérer

Dans les années 1930 à 1936, le contexte politique et social est catastrophique pour des syndicalistes et pour des militants politiques de gauche :

A1) Le fascisme prend alors le pouvoir dans toute l’Europe

- > Mussolini a éradiqué la gauche et le syndicalisme en Italie.

Le fascisme naît en Italie comme agent du patronat et de la droite libérale

6 avril 1924 Comment la droite italienne (fascistes et libéraux) gagne les élections

- > Le grand mouvement ouvrier, républicain et socialiste autrichien est écrasé par le fascisme

- > La royauté et la classe capitaliste britanniques voit avec faveur ces succès fascistes

20 janvier 1936 Edouard VIII, roi fasciste, monte sur le trône du Royaume-Uni

- > En Allemagne, le patronat, l’armée, l’Eglise catholique et la droite portent Hitler au pouvoir pour un génocide de la gauche anticapitaliste et des syndicalistes.

12 septembre 1919 : l’armée charge Hitler de construire le parti nazi

Allemagne 1931 1932 Patronat, armée et droite marchent au nazisme

11 octobre 1931 Front de Harzburg (nazis, droite, patrons, militaires...)

30 janvier 1933 : Hitler devient le chancelier allemand

- > L’Eglise catholique valorise le fascisme comme défenseur de la civilisation :

11 février 1929 : la papauté signe les Accords du Latran avec le gouvernement fasciste de Mussolini

Concordat entre Hitler et Eglise catholique allemande 20 juillet 1933

Pie XII allié du fascisme et d’Hitler

- > La constellation fasciste s’impose aussi au Portugal, en Hongrie, en Lettonie, en Lituanie, en Estonie, en Pologne, en Roumanie, en Grèce, bientôt en Espagne.

- > Des mouvements fascistes de masse se développent aussi aux Pays Bas, en Belgique, en Suisse, en Yougoslavie, en Bulgarie et même aux Etats Unis, en Amérique latine...

- > Le grand capital international paie les salaires des assassins SS et SA qui torturent et exterminent les syndicalistes

De New-York à Berlin... Big Business avec Hitler

A2) La situation des salariés et des milieux populaires est catastrophique

- > A l’usine, on y naît presque alors dans les familles ouvrières, seul horizon indépassable avec cadences pour les uns et profit pour les autres. La durée hebdomadaire de travail est de 48 heures. Avec la fin des années 1920, une crise économique majeure voit le jour, avec des conséquences sociales, morales et politiques.

- > La crise boursière de 1929 génère une crise économique, sociale et politique mondiale. Fin 1931, la production industrielle a baissé de 42 % en Allemagne, 37 % aux États-Unis, 33 % en Belgique par rapport à 1929.

- > Le nombre des chômeurs s’accroit rapidement alors qu’aucune indemnisation n’est prévue pour les aider. On compte par exemple en 1932 : 6 millions de chômeurs en Allemagne et 2,7 millions de chômeurs au Royaume-Uni.

- > Les Etats réagissent en premier lieu par la réduction des dépenses publiques dont la réduction des effectifs et du traitement des fonctionnaires, décision qui conforte le patronat dans le même sens des licenciements et des baisses de salaire pour leurs ouvriers.

- > On fait de plus en plus la queue à la soupe populaire Face à cet état de faits les gouvernements s’enchaînent sans gouverner vraiment, de 1932 à 1934, avec une troisième République qui semble impuissante.

- > Les principes démocratiques sont balayés dans tous les pays, même ceux où l’extrême droite ne parvient pas au pouvoir. En France, les gouvernements prennent 400 décrets lois, par exemple pour les baisses de salaire et des pensions d’Anciens combattants.

A3) Le syndicalisme et la gauche au bord de l’effondrement

Constater que le premier acte des mouvements fascistes consiste à assassiner les syndicalistes ne pousse pas à l’émergence de nouveaux militants. Constater que le premier acte des Etats fascistes consiste en un génocide des syndicalistes crée un contexte d’angoisse parmi les cadres organisateurs des salariés, de marginalisation sur leur milieu.

De plus, les trois syndicats présents en France (CGT proche des socialistes, CGTU proche du PCF et CFTC proche de l’Eglise) sont alors bien plus divisés que ce n’est le cas aujourd’hui. Ils ne prennent jamais de décision commune et ne manifestent pas ensemble.

L’afflux en France de réfugiés venus de toute l’Europe, fuyant le fascisme, marque la gauche et les syndicats comme les faux-frères qui préfèrent aider les étrangers que les Français. Le racisme se développe comme une épidémie impossible à stopper.

Les partis de gauche ne se portent pas mieux. Prenons seulement pour preuve, le glissement vers l’extrême droite et le fascisme de forts courants comme celui de Gaston Bergery (Parti radical), de Marcel Déat (Parti Socialiste), de Jacques Doriot, maire de Saint-Denis (PCF).

A4) Les institutions républicaines en danger

Alexandre Stavisky, né en Ukraine, escroc notoire, a su se faire des relations dans les milieux politiques jusqu’au gouvernement, grâce auxquelles il échappe à la justice. En janvier 1934, il est retrouvé mort et la police conclut au suicide. "Le Canard enchaîné" titrera " Stavisky s’est suicidé d’une balle tirée à 3 mètres. Ce que c’est que d’avoir le bras long." La presse de droite et d’extrême-droite exploite l’événement et déclenche une campagne violemment antisémite et antiparlementaire.

Cette situation profite à ceux qui voient d’un oeil complice la montée des fascismes en Europe. Les ligues factieuses se regroupent, de l’Action française à la Ligue des croix de feu du colonel de La Rocque en passant par La Ligue des jeunesses patriotes. Le 6 février 1934, profitant du flottement du pouvoir qui ne propose rien pour remédier à la situation, les fascistes français décident de passer à l’action. Ils veulent faire tomber le gouvernement et prendre le parlement, en finir avec la République.

9 octobre 1934 Louis Barthou est tué... pour empêcher une alliance avec l’URSS contre Hitler ?

B) Face au fascisme, la contre-offensive des syndicats ouvriers, de la gauche et des intellectuels, de 1934 à 1936

B1) La progression fasciste stoppée dans la rue

A un moment où le patronat finance à guichet ouvert les ligues fascistes pour renverser la république et instaurer un "Etat fort".

A un moment où les grands médias, l’Eglise catholique, l’armée, la droite sont infestés par la vermine fasciste

Ce ne sont ni les lois, ni les forces de l’ordre, ni le gouvernement, encore moins l’institution judiciaire qui stoppent la poussée putschiste de l’extrême droite.

Ce sont durant plusieurs mois, les poings des militants ouvriers, des militants socialistes et communistes.

Fascisme français et 200 familles dans les années 1930 (6) Les agressions fascistes en 1935)

Ceci dit, il est vrai qu’en 1934, les dirigeants des partis de gauche, en particulier Léon Blum, ont assumé leurs responsabilités face à la tentative de putsch du 6 février 1934.

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

B2) Les intellectuels se mobilisent. Le PCF propose l’unité

De nombreux intellectuels dont Paul Rivet, Alain, Paul Langevin, Malraux, Eluard, Vigo, Léger... se sont mobilisés pour hâter la réalisation de l’union qui tarde à venir et le 10 février ont proclamé leur soutien à l’idée d’une grève générale. Le 12 février, la grève rassemble un million de travailleurs ! Lors de l’énorme manifestation parisienne, les socialistes se regroupent côté Sud du cours de Vincennes, les communistes côté Nord, ils manifestent côté à côte pour la première fois, ils se rejoignent puis se fondent aux cris d’" Unité d’action ! " C’est la mise à feu du Front populaire. Des comités de vigilance antifascistes se constituent dont le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA). En juillet 1934 un premier accord politique est signé entre le Parti Communiste et la SFIO (socialiste). Le peuple a défendu la République et sort renforcé de cette épreuve.

C’est dans cette période que les choses évoluent sur l’initiative du Parti communiste qui abandonne la tactique " classe contre classe " fondée sur la dénonciation de la traîtrise du socialisme vis-à-vis de la classe ouvrière, au profit de celle de l’" alliance des classes moyennes et ouvrières ". L’internationale communiste n’y est pas étrangère qui tire les enseignements de l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Elle propose en Europe une stratégie de fronts unitaires face au fascisme devenu l’ennemi. Il faut aussi compter avec la pression des militants de gauche favorables à l’unité. La nation prend une référence nouvelle pour les communistes qui lient la Marseillaise à l’Internationale. C’est Maurice Thorez, à Nantes le 24 octobre 1934, qui appelle lors d’un meeting à la constitution d’un " front populaire de liberté, du travail et du pain ".

B3) Vers la réunification syndicale CGT et CGTU

Elle se réalise lors d’un congrès tenu du 2 au 5 mars 1936.

Plusieurs facteurs y ont contribué :

- Les affrontements fréquents assumés en commun face aux descentes fascistes contre les piquets de grève et initiatives syndicales

- Le 12 février 1934, la manifestation contre les ligues donne lieu à une convergence des cortèges de la CGT et de la CGT-U.

- L’alliance électorale des socialistes et des communistes dans le cadre du Front Populaire permise par un changement de stratégie du PCF

- Une aspiration évidente de la base syndicale à cette unité puis réunification

Cette réunification est le préalable aux grèves victorieuses de mai-juin 1936 et aux conquêtes sociales du Front populaire (conventions collectives, institution des délégués d’atelier, hausse des salaires, congés payés et 40 heures hebdomadaires). En un an, la CGT réunifiée multiplie son audience ; elle compte alors quatre millions d’adhérents.

4 et 5 mars 1936 Réunification syndicale en France CGT CGTU

B4) Création du Front Populaire : la manifestation du 14 juillet 1935

La tension politique et sociale entretenue par le contexte international et par l’activisme des ligues factieuses, puis par l’accession de Pierre Laval à la présidence du Conseil appellent une réaction urgente : Le Comité national de lutte contre la guerre et le fascisme organise « les Assises de la paix et de la liberté » au stade de Buffalo le 14 juillet 1935.

48 formations participent à cet événement dont le cérémonial reproduit celui de la Fête de la Fédération de 1790. Les délégués prêtent unanimement le serment « de rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine. »

Pour ne pas être trop long, nous proposons au lecteur le magnifique film de 35 minutes réalisé à l’époque sur le grand rassemblement du 14 juillet 1935.

Ce document retrace la journée décisive du 14 juillet 1935. Face à la menace représentée par la montée des ligues fascistes et l’accession de Pierre Laval à la présidence du Conseil, les forces de gauche proclament leur union lors d’une gigantesque manifestation allant de la Bastille à la Porte de Vincennes. Première manifestation unitaire, cette journée clé préfigure le Front Populaire.

Le film s’ouvre sur les assises du Rassemblement populaire, qui se sont tenues le matin même au vélodrome de Buffalo à Montrouge. Devant des gradins remplis, les dirigeants communistes, socialistes et radicaux, de même que des représentants des deux C.G.T., les Chrétiens de la Jeune République, les représentants de la F.S.G.T. (Fédération Sportive et Gymnique du Travail), le comité de vigilance et la Ligue des droits de l’homme, font le serment solennel de rester unis pour défendre la paix et la démocratie et élaborent un programme commun en vue des élections législatives d’avril 1936. La diversité des orateurs qui se succèdent à la tribune atteste de la réussite de ces assises : SFIO, PCF, CGT, Ligue des Droits de l’Homme...

On rejoint ensuite le défilé qui a lieu l’après-midi entre la Bastille et la Porte de Vincennes. Des différents quartiers de Paris converge une foule immense et joyeuse, qui défile le poing tendu en entonnant la Marseillaise et l’Internationale. Deux voitures, l’une arborant le drapeau rouge, l’autre le drapeau tricolore, ouvrent la marche – Jacques Duclos a le matin même à la tribune proclamé l’union des deux drapeaux. En écho à Buffalo, une immense banderole traverse le cortège : "Nous faisons le serment solennel de rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine."

Outre la photogénie de la manifestation sous le soleil de juillet, ce document est également remarquable pour sa bande sonore : le son a été enregistré, ce qui témoigne de l’importance accordée à l’événement, et permet d’entendre les chants et cris scandés par la foule : “Du Travail et du pain !”, “L’unité vaincra !”, “Front Populaire !”...

http://parcours.cinearchives.org/Le...

C) 3 mai 1936 : Victoire du Front Populaire aux élections législatives

C1) Du 14 juillet 1935 au 3 mai 1936

Les 500 000 manifestants du 14 juillet 1935 ont régulièrement scandé UNITE D’ACTION en défilant de la Bastille au cours de Vincennes, derrière le socialiste Léon Blum, le communiste Maurice Thorez, le radical Edouard Daladier. L’unité est en marche. Un accord de désistement électoral est conclu entre les partis membres du Rassemblement populaire et une plate-forme commune adoptée autour du slogan " le pain- la paix-la liberté ". Le 5 mars 1936, au Congrès de Toulouse, CGT-U et CGT ne font plus qu’un après une scission de 15 ans consécutive à la naissance du Parti communiste en 1920. L’unité syndicale fait passer les effectifs de la CGT de 490 984 en 1934 à 5 millions en 1937. Unité syndicale et unité de la gauche font naître dans le pays un immense espoir.

Le programme du Front populaire définit les mesures indispensables pour garantir les libertés essentielles (liberté d’opinion et d’expression, liberté syndicale, liberté de conscience et laïcité) : dans l’ordre international, il pose les conditions nécessaires à la sauvegarde de la paix ; dans l’ordre économique et financier, il s’attache à lutter, dans l’intérêt des masses laborieuses et épargnantes, contre la crise et contre les organisations fascistes qui l’exploitent pour le compte des puissances d’argent...

C2) Victoire électorale. Gouvernement Léon Blum

Avril-mai 1936, l’union a payé, lors des élections législatives, c’est la victoire du Front populaire ! Le PCF passe de 11 à 72 sièges. Le Parti socialiste (SFIO) passe de 132 à 147 sièges. Les radicaux, par contre, perdent 50 sièges.

C’est Léon Blum, principal dirigeant socialiste auquel il est fait appel par le Président de la République pour former le gouvernement du Front populaire. Il est constitué le 5 juin. Il est composé de socialistes et de radicaux, les communistes le soutiennent mais n’y participent pas. Petite révolution, pour la première fois dans l’histoire politique de la France trois femmes sont nommées " sous-secrétaire d’Etat " : Irène Joliot-Curie, Cécile Brunschwicg, et Suzanne Lacore.

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement du Front populaire prononce la dissolution des ligues d’extrême droite. Le gouvernement se forme sur un fond de grèves sans précédent qui touchent 12000 entreprises et deux millions de salariés qui veulent des réponses à la crise à partir des revendications ouvrières.

C3) Grève générale avec occupation des usines

A l’époque, le 1er mai n’est pas chômé légalement. Les syndicats y appellent sous forme de grève.

Des patrons licencient des ouvriers qui n’ont pas travaillé le 1er mai 1936. Il s’agit évidemment d’une forme de provocation de la part de chefs d’entreprise généralement marqués à l’extrême droite.

La riposte à cette provocation est cinglante, les usines d’aviation Bréguet du Havre se mettent en grève les premières le 11 mai ; détonateur d’un embrasement prend une ampleur sans précédent durant ce mois de mai. Le 13 mai, c’est Latécoère (Toulouse, autre usine d’aviation). Le 14 mai, chez Bloch, à Courbevoie...

Le 24 mai, le rythme des départs en grève s’accélère : chez Lavalette à Saint Ouen, Crété à Corbeil, Sautier-Harlé à Paris, Hotchkiss à Levallois. Le 28 mai, chez Renault à Billancourt.

Le 2 juin, c’est une nouvelle étape vers la généralisation des grèves des chaussures Pillot aux raffineries Say et des pneus Dunlop aux studios Gaumont. Le 5 juin, la grève est totale : des garçons de café aux ouvriers agricoles. Les secteurs les plus syndiqués sont pourtant restés en dehors du mouvement : la presse, les cheminots, l’électricité, le gaz et les mines de charbon.

L’ambiance est extraordinaire. Raymond Bussière témoigne : « 36, c’est la plus grande kermesse ouvrière que j’ai vu de ma vie, c’était insensé, incroyable… Tout était d’une gaieté ! C’était la force calme, tranquille, l’évidence… Le Front Populaire, je pensais que cela devait durer éternellement. Si on m’avait dit que, trois ans après, il y aurait la guerre, j’aurai été sidéré. »

Les grèves qui se multiplient avec occupation des lieux surprennent les patrons qui s’affolent, croyant y voir une révolution sociale qui scellerait leur expropriation. Aucune consigne n’a été lancée à l’origine de la grèves par les partis ou les syndicats. La spontanéité du mouvement n’est pas contestable mais elle s’exprime dans un contexte où l’efficacité organisationnelle et idéologique des militants ouvriers n’est pas négligeable. Autant les petites affaires familiales que les grandes entreprises et tous les secteurs d’activité sont concernés. La grève est ressentie comme un cri de délivrance ! Simone Weil, intellectuelle engagée de l’époque témoigne : " Cette grève est en elle-même une joie (...) Enfin, pour la première fois, et pour toujours, il flottera autour de ces lourdes machines d’autres souvenirs que le silence, la contrainte, la soumission. "

C4) Une formidable victoire ouvrière, des " accords Matignon " aux lois sociales...

Les grèves qui se multiplient avec occupation des lieux surprennent les patrons qui s’affolent, croyant y voir une révolution sociale qui scellerait leur expropriation. C’est à leur demande que Léon Blum réunit leurs représentants à l’Hôtel Matignon et ceux de la CGT qui le 7 juin signent les "accords Matignon" : 7 à 15 % d’augmentation des salaires, reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise, le principe des conventions collectives est acquis avec délégués du personnel (entreprises de plus de 10 salariés).

6 juin 1936 : Signature des Accords de Matignon

Mais Léon Blum veut rassurer les acteurs économiques, il parle d’une expérience de gouvernement social dans le cadre capitaliste. La grève se termine lentement sur un goût ambigu. Il faut toute l’autorité du dirigeant communiste Maurice Thorez pour y mettre fin selon la phrase célèbre : " Il faut savoir arrêter une grève " Tout était-il possible ? comme s’interroge alors le dirigeant socialiste dissident Marceau Pivert. On ne le saura jamais. Pour autant, les avancées du Front populaire améliorent la condition des ouvriers qui sortent de cette épreuve comme une classe à laquelle des droits nouveaux sont prioritairement reconnus.

Les deux grandes " lois sociales " du gouvernement du Front populaire pour lutter contre le chômage vont dans ce sens : la création des congés payés autrement dit, 15 jours de vacances payées par le patron, et la limitation à 40 heures de la durée hebdomadaire de travail. Avec deux semaines de congés pour tous, les vacances ne sont plus " le privilège de la bourgeoisie ". C’est un véritable bouleversement dans les conditions de vie des travailleurs, qui vont enfin connaître des repos prolongés et la joie des départs en vacances. Il s’ensuit une euphorie qui marque l’été 1936. L’humanisme de ces mesures donne une nouvelle dignité à l’ouvrier qui est ainsi considéré, au-delà de la machine à laquelle l’économie l’enchaîne, comme un homme.

C5) Découverte des loisirs pour tous et autres conquêtes du Front populaire

La loi des quarante heures et les congés payés dégagent du temps aux ouvriers pour les loisirs. Léo Lagrange, sous-secrétaire d’Etat aux Sports et aux Loisirs crée un Billet de congés payés à tarif réduit (-40%) afin de faciliter l’organisation des vacances des familles ouvrières : elles sont 550 000 à l’utiliser pour l’été des premiers congés payés en 1936 et 907 000 en 1937. Il encourage les " Auberges de jeunesse " et les théâtres populaires... La droite y voit une dégradation de la société et désigne Léo Lagrange du surnom de " Ministre de la paresse ".

Sous la responsabilité de Jean Zay, Ministre de l’Education nationale, l’âge de la scolarité obligatoire est porté à quatorze ans. Il jette les bases du CNRS, du Musée de l’Homme, du Festival de Cannes, il encourage des pédagogies nouvelles qui marqueront l’histoire à venir... Plus de 5000 postes d’instituteurs et 225 postes de professeurs sont créés afin de dédoubler les classes dépassant les 35 élèves... Il édite une circulaire en mai 1937 qui vise la propagande confessionnelle, celle-ci rappelle le caractère laïque de l’enseignement public : " aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements ".

Sur le plan économique, le statut de la Banque de France change, on y donne le pouvoir de décision aux 40000 actionnaires et à un conseil général de 20 membres, majoritairement nommés par l’Etat, dans l’espoir d’en finir avec la domination des fameuses " 200 familles " les plus riches. Le principe de la nationalisation des industries de guerre est adopté. L’Office national interprofessionnel du blé est créé, destiné à en garantir le prix assurant un meilleur revenu aux paysans. Dans le prolongement des réformes du Front populaire, la SNCF naît de la loi d’août 1937, elle embauche 80 000 cheminots. Léon Blum à la radio le 31 décembre 1936 : " Il est revenu un espoir, un goût du travail, un goût de la vie. La France a une autre mine et un autre air (...) Tout fait sentir qu’en France la condition humaine s’est relevée. "

D) De 1936 à 1938 : le Front populaire en échec

D1) La droite, l’extrême droite et le patronat déclenchent une offensive terrible

De l’affaire Stavisky que la presse de droite et d’extrême-droite exploite comme une machine de guerre contre le régime au retour de Daladier au pouvoir, toute la période sera marquée par une campagne violemment antisémite et antiparlementaire. C’est dans ce contexte qu’une campagne de presse d’une violence inouïe orchestrée par la droite et l’extrême-droite se déchaîne contre le Front populaire, anti-ouvrière et antisémite, qui attaque les membres israélites du gouvernement. Roger Salengro, le ministre de l’Intérieur, est faussement accusé d’avoir déserté durant la guerre. La calomnie ne cesse d’enfler dans l’espoir odieux qu’elle éclabousse le gouvernement. Le ministre, déjà gravement affecté par le décès récent de son épouse, se suicide le 17 novembre 1936.

Dans le patronat (Michelin par exemple) et l’armée, des personnalités significatives travaillent main dans la main avec les fascistes pour renverser la république.

11 septembre 1937 Le patronat fait sauter ses locaux pour accuser syndicalistes et communistes

Ainsi, la Cagoule tente un coup d’état en novembre 1937.

Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste

Du 15 au 16 novembre 1937, échec du coup d’état fomenté par la Cagoule

D2) Hésitations devant un rapport de force incertain et des choix difficiles

Une première épreuve ébranle l’unité. La guerre d’Espagne éclate en juillet 1936. Mais le gouvernement de Blum, malgré les manifestations massives des militants ouvriers qui demandent " Des canons, des avions pour l’Espagne ! " refusera de l’aider. La jeune République espagnole à défaut d’une aide du gouvernement de la France du Front populaire drainera des milliers de volontaires pour prendre les armes pour elle, les Brigades internationales.

Léon Blum et les événements d’Espagne (discours de Luna Park, 6 septembre 1936)

Devant les pressions des milieux financiers qui menacent de fuite des capitaux à l’étranger mettant en péril la monnaie, l’augmentation des prix contre laquelle rien n’est fait qui très rapidement rattrape les augmentations de salaires, Léon Blum proclame " la pause " des réformes sociales en février 1937. Il renonce à la " retraite des vieux ", solennellement promise.

Un mois plus tard la police tire sur les ouvriers à Clichy lors d’une manifestation organisée par la gauche qui veut empêcher un rassemblement du parti d’extrême-droite, le Parti social français, faisant 5 morts et 200 blessés.

16 mars 1937 : Le gouvernement de Front Populaire laisse fusiller par la police la manifestation antifasciste de Clichy

L’embellie du Front populaire fait place au scepticisme et à la colère.

Les communistes sont accusés de préparer des grèves pour affaiblir la France face à la guerre qui menace. Les classes moyennes tournent le dos au Front populaire. Des manifestations hostiles au gouvernement ont lieu en présence de responsables du parti radical. La politique des intérêts partisans reprend la main. En avril 1938 arrive au pouvoir le chef du Parti radical, Edouard Daladier, qui va mettre un terme au Front populaire qui n’aura duré que mille jours. Déjà on entend des voix s’élever pour dire " plutôt Hitler que le Front populaire " et on le verra, malheureusement ! Il reste que l’on retrouvera l’esprit du Front populaire dans le programme du Conseil National de la Résistance qui en reprendra l’essentiel des acquis. Les années de guerre n’auront pas effacé le souffle historique des conquêtes du Front populaire.

E) Quel bilan du Front Populaire ?

Au moment où les richesses se concentrent encore plus que dans les années 1930 entre les mains de quelques spoliateurs médiatisés,

Au moment où l’extrême droite retrouve sa force des années 1930 dans le sillage du Front national,

Au moment où le mouvement social dans notre pays doute de sa force et de sa capacité à influer sur les évènements,

Au moment où la gauche paraît aussi divisée et inaudible, aussi intégrée sous les lambris de la République que celle de janvier 1934,

Mais où d’innombrables signes montrent que la société, particulièrement sa jeunesse, garde l’espérance d’un mieux vivre demain, d’un autre monde à construire après-demain,

Ne négligeons pas les graines semées par nos anciens dans des sillons nourriciers (combat démocratique, syndicalisme ouvrier sur ses revendications, unité populaire, république sociale...) où germent de nouvelles générations avec lesquelles les 200 familles n’en auront jamais fini.

Il est vrai, cependant, qu’en 1936 comme aujourd’hui la question de la force politique nécessaire pour passer d’une victoire électorale ou d’une grève générale à une véritable république démocratique, laïque et sociale n’est pas résolue.

Jacques Serieys, 13 janvier 2007

E1) Interview de Jean-Luc Mélenchon pour les 80 ans du Front populaire

Quelle est selon vous la principale réussite du Front populaire ?

Lui-même. Le peuple se donnant la preuve de la puissance de sa volonté de bonheur. Le Front populaire, c’est la combinaison des élections avec d’immenses manifestations, des grèves, des occupations d’usines. C’est la société presque tout entière mobilisée pour réaliser une rupture de mode de vie.

La principale victoire, c’est évidemment la réduction du temps de travail avec la semaine de 40 heures et les deux semaines de congés payés. Pour la première fois la question de la propriété du temps de la vie est posée en grand.

Le Front populaire avait-il des limites ?

Bien sûr. Il est d’ailleurs mort de n’avoir su y faire face. On pense évidemment à la limite des menaces extérieures : comment tenir le choc quand vous avez Hitler, Mussolini aux frontières ! Le refus d’affronter Franco les armes à la main à ouvert la voie à la déroute.

Mais la limite principale, c’est l’absence de transformation radicale et durable du système politique. La dissolution des ligues fascistes était vitale. A l’époque pas de cyniques pour en jouer comme aujourd’hui. Mais elle est restée essentiellement défensive. Puis le gouvernement Blum butte sur le « mur de l’argent », la Banque de France alors privée, le Sénat, les calomnies de la presse. L’arrêt de la mobilisation populaire après les accords Matignon de juin 1936 et l’absence de réformes des institutions politiques ont empêché le Front populaire d’atteindre un point de non-retour.

Vous aviez appelé à un Front populaire au soir du 2e tour des régionales. Les conditions sont-elles réunies aujourd’hui pour retenter une expérience comparable ?

La suite a prouvé que non. Aucun sursaut n’a eu lieu. Le PS a durci sa ligne libérale. Et le mouvement populaire qui se construit sous nos yeux contre la loi El Khomri se fait contre le PS, ses alliés politico-syndicaux et leur gouvernement. Un front populaire dans ces conditions serait une machine à diviser et à démoraliser. Mais il y a une leçon à tirer de cette période : on ne bat pas l’extrême-droite par des manœuvres tactiques mais par la bataille au grand jour pour le progrès social. Les sociaux-démocrates allemands ont cru contenir Hitler en déroulant le tapis rouge à la droite conservatrice. C’est pourtant elle qui a finalement appelé Hitler au pouvoir !

Cette logique, c’est celle du « il n’y a pas d’alternative », celle qu’applique Hollande dans un contexte évidemment différent. Celle qui dit : « votez Juppé sinon c’est Le Pen ». C’est une logique mortelle. Rien à voir avec Blum qui défendait la « transformation révolutionnaire de la structure sociale et de la propriété » et la prise du pouvoir « par tous les moyens y compris légaux » !

La dynamique du Front populaire a été une digue bien plus solide : il aura fallu un coup d’État en Espagne et la défaite militaire en France pour abattre la République. Le progrès social est la meilleure défense pour la patrie républicaine. C’est l’insoumission du peuple qui a permis à la France des années trente de proposer une autre voie pour l’Europe et de contenir le fascisme !

E2) Distinguer des bilans : la grève générale

La grève générale ouvrière du 12 février 1934 avait déjà acté le fait que face au fascisme soutenu par le patronat, seule la classe ouvrière constituait une force crédible. Des intellectuels de gauche avaient contribué à la mobilisation mais n’aurait rien pesé sans elle. Durant toute l’année 1935, les ligues d’extrême droite essaient de reprendre l’initiative sur le terrain par leurs groupes d’action (Camelots du Roi...) ; encore une fois, c’est surtout le mouvement ouvrier qui le bloque.

Cette affirmation du rôle central du mouvement ouvrier comme force progressiste dans le système capitaliste se confirme définitivement en France, avec Mai 1936, première grande grève générale ouvrière du pays. Il faut bien reconnaître que dans cet Etat qui se veut modèle républicain, les beaux discours sur la Liberté Egalité Fraternité n’avaient pas concerné les entreprises, dans lesquelles les salariés continuaient à être traités comme des moins que rien avec des droits inférieurs à ceux de pays de tradition plus conservatrice.

Il faut bien avoir en tête ce contexte pour comprendre l’explosion de dignité ouvrière que représente la grève de 1936. Elle se traduit par une impression de bonheur que l’on lit sur les visages dans les films et photos d’époque ainsi que dans les écrits.

La philosophe Simone Weil rapporte, à juste titre dans « La condition ouvrière » : « Joie de parcourir librement ces ateliers où on était rivés sur sa machine, de former des groupes, de causer, de casser la croûte. Joie d’entendre au lieu du fracas impitoyable des machines de la musique, des chants et des rires. Joie de passer devant les chefs la tête haute. On cesse enfin d’avoir besoin de lutter à tout instant pour conserver sa dignité. » 1936, c’est d’abord une réaction des travailleurs face aux sacrifices, à la misère, aux licenciements, à l’aggravation des conditions d’exploitation. La vague de grève qui s’étend comme une traînée de poudre est une vague d’espoir du monde ouvrier. Les récits de ce grand maelström social sont nombreux.

Les témoignages les plus nombreux viennent des travailleurs eux-mêmes : « A Moutiers, petite cité ouvrière, le maître de l’usine est maintenant un jeune ouvrier italien de 20 ans » écrit l’un d’eux. « ça s’est déclenché d’un seul coup. C’est la grève, on arrête le boulot. Tout le monde en avait marre. Tout le monde a marché. » rapporte un ouvrier inorganisé de l’Usine O de Renault Billancourt dans « Chronique de Juin 36 ». Au magasin « Trois Quartiers », un membre du comité de grève raconte : « Quelques employés résolus ont couvert les comptoirs, se sont répandus dans les rayons des magasins en disant : on fait grève. C’était une explosion, un déchaînement de passion extraordinaire. Les magasins sans militant au départ ont été ceux où la fermeture fut totale : Galeries Lafayette, Printemps, Trois Quartiers. Les femmes jouaient un rôle très actif. Elles faisaient la garde du jour et de nuit. »

Il est important d’insister sur le phénomène Grève avec occupation des locaux. Cela symbolise bien le sentiment de Mai 1936, repris dans La Jeune Garde "Demain, nous prendrons les usines, Nous sommes des hommes et non des chiens".

E3) Distinguer des bilans : l’action politique du gouvernement de Front Populaire (voir ci-dessus le point de vue de Jean Luc Mélenchon)

La SFIO se réclame alors du camp de la classe ouvrière. Ses adhérents ne combattent pas la généralisation de la grève. Lors des négociations entre patronat et syndicats, le chef du gouvernement Léon Blum pousse le patronat à signer un accord satisfaisant. Ceci dit, il est évident que les conquêtes sociales de 1936 sont dues à la grève générale et non au gouvernement.

Concernant la non-intervention en Espagne, je suis persuadé que le gouvernement Blum aurait dû intervenir en soutien au gouvernement légal dès l’été 1936. A ce moment-là, le rapport de force en Espagne est favorable aux Républicains ; l’Allemagne n’a pas encore la force militaire suffisante pour menacer la France. Ceci dit, je ne partage pas le point de vue développé en E4 ci-dessous La bourgeoisie « de gauche « de Léon Blum ne lève pas le petit doigt. L’historien Pierre Broué est bien plus précis concernant tout ce qu’il a essayé de faire sans prendre le risque de provoquer un coup d’état de l’armée et de la droite.

E4) Le Front populaire, un bon en avant et des acquis qui enjambent l’histoire ! (Respublica)

Il y a un parfum de libération de l’homme à travers le souffle du Front populaire qui a des accents d’universel. Même le gouvernement de Vichy n’osera pas toucher aux congés payés. Un fait historique nouveau s’est constitué à travers ces événements, c’est l’avènement de l’Etat social, c’est-à-dire d’un Etat intervenant directement dans la négociation entre patronat et travailleurs et, particulièrement, en faveur de ces derniers à l’aune d’un rapport de force qui en imposait le sens et la voie. C’était aussi la reconnaissance de la classe ouvrière comme réalité sociale et politique, une nouvelle dignité collective et une conscience nouvelle pour le peuple.

Mis en perspective, les acquis sociaux du Front populaire s’inscrivent dans l’esprit de 1789, Liberté-Egalité-Fraternité. Un mouvement inscrit aussi dans le sens de la conquête d’une République laïque et sociale. Le Front populaire est l’un des grands pas de cette épopée, inachevée...

Le Front populaire a été une exclusivité française selon une tradition de luttes qui a toujours pris des formes originales en raison d’un héritage révolutionnaire très riche et d’une avant-garde trempée dans les luttes. Si cette période reste si ancrée profondément dans la mémoire collective française et même internationale, comme celle qui a fait trembler le capitalisme, c’est surtout comme bon en avant non seulement des conditions de la classe ouvrière mais de la modernisation des rapports sociaux, avec des acquis qui enjambent l’histoire... Le Front populaire a ouvert une brèche de lutte et d’espoir:qui a, toujours et encore, de l’avenir !

E5) Mai-Juin 1936 : de la grève générale à la révolution ou à la guerre

Source : http://www.matierevolution.fr/spip....

La grève générale de mai-juin 1936 en France est non seulement un événement historique important du mouvement ouvrier mais une action collective qui a marqué durablement la conscience ouvrière. Juin 36 n’est pas seulement une date mais un symbole et, pour les participants, une fierté. Il y a un avant et un après 1936. Avant, c’est le patronat de droit divin et l’usine où l’on rentre comme dans une prison. En 1936, les travailleurs occupent les usines et c’est les patrons qui doivent plaider pour négocier, pour demander quelles sont les revendications ouvrières et même pour se voir autoriser l’entrée dans leurs entreprises.

Avant, c’est les attaques anti-ouvrières qui suivent la crise de 1929. Le militantisme ouvrier est fortement combattu. Les droits sociaux sont remis en question. Après, c’est le développement des conquêtes sociales. Avant, c’est la montée fasciste de 1930-33 en Allemagne qui culmine avec la nomination de Hitler comme chancelier et la destruction des organisations ouvrières. En 1934, les ligues fascistes manifestent à Paris.

Avec la montée ouvrière, les fascistes sont balayés au moment où, en Espagne les travailleurs se mobilisent pour faire échec au coup d’Etat fasciste de Franco. La bourgeoisie « républicaine » espagnole est une fiction. La bourgeoisie « de gauche « de Léon Blum ne lève pas le petit doigt. On pourrait espérer que les travailleurs de France et d’Espagne s’unissent pour faire face à la bourgeoisie qui va vers le fascisme dans toute l’Europe, en France comme en Espagne ou en Allemagne. L’Allemagne n’a encore aucune armée et le régime n’a pas encore éradiqué tout mouvement ouvrier en Allemagne. La destruction massive des Juifs n’est pas encore réalisée. C’est la classe ouvrière qui serait capable de se dresser contre le fascisme, mais cet espoir sera déçu : c’est du côté de la bourgeoisie que se tournent les organisations ouvrières, stalinienne comme social-démocrate. Elles ne misent pas sur la force des travailleurs pour renverser la bourgeoisie, même si celle-ci marche au fascisme et à la guerre mondiale.

Complément du dossier

Le Front Populaire, de 1934 à 1936, constitue une expérience féconde :

- par l’articulation entre unité (politique, syndicale) et mobilisation populaire, entre défense démocratique (face au fascisme) et perspective politique offensive (pour un avenir meilleur), entre traditions républicaine et socialiste, entre processus électoral et émergence d’une situation pré-révolutionnaire.

- par la réalisation d’un front unique social du "peuple des usines et des champs" contre les "200 familles" autour de trois mots clés : du pain, la paix et la liberté

- par la grève générale ouvrière qui arrache des conquêtes sociales (larges augmentations salariales, deux semaines de congés payés, semaine de 40 heures au lieu de 48, fondements des conventions collectives et des délégués du personnel) au moment où un mélange de libéralisme économique anti-ouvrier et de fascisme politique anti-ouvrier envahit l’Europe.

Aussi, notre site essaiera de compléter cet article, par d’autres textes abordant le Front Populaire sous d’autres angles.

Jacques Serieys


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