15 août 778 : Roland et l’arrière garde de Charlemagne sont écrasés à Roncevaux

mercredi 16 août 2017.
 

Dans les années 770, les territoires entre Pyrénées et Ebre connaissent une grande instabilité due :

* aux appétits des Francs, des musulmans d’Espagne, de l’ancienne aristocratie wisigothe qui aspire à retrouver sa puissance.

* aux ambitions des seigneurs locaux divers qui oscillent entre ces alliances, entre islam et christianisme, au mieux de leurs intérêts.

En 778, le roi des Francs nommé Charles (futur Charlemagne) convoque l’ost de toutes ses terres et de tous ses peuples pour marcher sur l’Ebre au nom d’un droit de suzeraineté très discutable.

Charlemagne L’empereur européen ?

Des seigneurs d’origine wisigothe, superficiellement islamisés, les Banu qassi, ont pris Saragosse et soumis des chrétiens. En fait, Charles pense ainsi aider les petits royaumes chrétiens repoussés par les Musulmans sur les montagnes des Cantabres et des Pyrénées. Il veut peut-être aussi aider le calife de Bagdad opposé comme lui à Bysance et à l’émir de Cordoue.

Or, le roi des Francs, bien que chrétien, partage avec le calife une commune hostilité à l’égard de l’empereur chrétien qui règne à Byzance. Il se dit qu’en intervenant contre l’émir de Cordoue, il rendrait service au calife de Bagdad Al-Mansour.

Une armée franque orientale composée d’Austrasiens, Bavarois, Bourguignons, Lombards, Provençaux et Septimaniens passe les Pyrénées au col du Perthus, traverse Gérone et Barcelone, prend Huesca avant d’atteindre Saragosse.

L’armée franque occidentale, réunissant Neustriens, Normands, Bretons, Aquitains et Gascons descend vers le Sud sous les ordres de Charlemagne lui-même. Sur son passage, Pampelune ouvre ses portes.

Les deux colonnes se retrouvent enfin devant les remparts de Saragosse. D’après la chronique de l’abbaye de San Millàn, jugée digne de foi par les historiens, cette armée réunie compte "douze gardingi", chacun "entouré de trois mille cavaliers armés", soit le total énorme de 36000 chevaliers. Les principaux dignitaires sont là : Rodland, Bertland, Oggier, Spatacurta, Ghigelmo, Alcorbituna, Olivier, Turpin...

Mais en ce mois de juillet 778, les terres hispaniques subissent un été brûlant. Sous une chaleur torride, les soldats francs, couverts de leurs armures de métal, poursuivent un siège difficile et long. Les vivres manquent de plus en plus. Pendant ce temps-là, les Banu Qassi reprennent Pampelune. Les chrétiens espagnols qui bénéficient d’un statut de "protégé" sous la domination musulmane ne se soulèvent point en faveur des Francs connus pour leur barbarie.

L’émir de Cordoue, Abd er-Rahman 1er, groupe une armée et marche sur les Francs. Au même moment, le chef saxon Witukind remporte plusieurs succès face aux Francs à l’Est du Rhin, profitant de l’absence des troupes parties pour l’Espagne.

Le roi Charles préfère lever le siège de Saragosse. L’armée orientale prend le chemin du retour par le Languedoc. L’armée occidentale prend Pampelune, rase ses murs puis marche au Nord par le col de Cize.

Charles marche en tête de colonne parmi des forêts denses, des sentiers tortueux, étroits, difficiles, surplombant des pentes parfois abruptes. Les prisonniers (dont les otages des grandes familles de l’Ebre Souleyma, ; Tawr...) sont placés en queue de convoi avec les chariots contenant des richesses royales.

L’arrière garde franque est commandée par le jeune Roland, "comte et marquis de Bretagne", accompagné d’Anselme (comte du palais) et Aggiard (chef des équipements de l’armée).

Voici le récit donné par L’astronome (biographe de Louis, fils de Charles, devenu roi des régions pyrénéennes en 781) :

" Alors que l’armée progressait en colonne allongée à cause de l’étroitesse des lieux, les Gascons en embuscade sur les sommets -l’endroit est propice aux embuscades à cause des épaisses et abondantes forêts- dévalèrent sur le convoi des bagages, surprirent l’arrière-garde engagée dans la vallée, attaquèrent et massacrèrent les hommes jusqu’au dernier. Puis, ayant pillé les bagages, ils se dispersèrent de tous côtés à la nuit tombante. La légèreté de leur armement, leur connaissance des lieux ont aidé les Gascons. Les Francs avaient contre eux leur lourd équipement et leur position désavantageuse. Dans cette embuscade, Aggiard, administrateur des richesses royales, Anselme comte du palais et Roland, préfet de la marche de Bretagne furent tués, ce dont on ne put immédiatement tirer vengeance parce que l’ennemi, la chose accomplie, se dispersa de telle sorte que l’on en entendit plus parler et que l’on ne sut chez quels peuples les chercher."

Voici également la conclusion du site historique Hérodote sur ce combat de Roncevaux : "Les chroniqueurs évoquent la mort de quelques nobles dont le comte Roland, obscur préfet de la marche de Bretagne. Il faudra attendre 300 ans avant que les troubadours, poètes itinérants, se saisissent de cet événement pour lui donner une dimension épique. Ce sera la Chanson de Roland, plus célèbre poème du Moyen Âge."

Roland était-il un "obscur préfet de la marche de Bretagne". Cela me paraît exagéré. La chronique presque contemporaine de San Millàn cite Rodland en tête des gardingi (dignitaires, gardes) du roi Charles. Concernant Roncevaux, cette même source précise : " Il plut au roi de placer Roland, combattant vigoureux, à l’arrière-garde, afin de protéger l’armée."

Quant à la Chanson de Roland, elle mérite à coup sûr sa renommée, sa lecture et une étude particulière.

Jacques Serieys


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