1968 en Tchécoslovaquie : l’été des Deux mille mots

lundi 10 septembre 2018.
 

Je souhaite partager ma lecture de l’été 1968. Nos plus grands espoirs socialistes. Je laisse au lecteur la découverte. Pas de préface. Comme put l’écrire Aragon, « rien n’est plus stupide, à ceux qui vont lire un roman que de leur en raconter l’histoire. »

Juste un petit rappel historique, car c’était hier.

Printemps de Prague 5 janvier au 21 août 1968

Juillet-août 1968 : les communistes tchécoslovaques discutent pour leur XIV congrès extraordinaire la "rupture de leur parti avec son passé stalinien" (par Karel Kostal)

Le 27 juin 1968, Literarni Listy, l’hebdomadaire de l’Union des écrivains, publiait « Deux mille mots qui appartiennent aux ouvriers, aux paysans, aux employés, aux artistes, et à tous », le premier manifeste politique spontané de toute l’histoire de la Tchécoslovaquie socialiste. Avec une centaine de signatures, toutes communistes, de personnalités appartenant à différents secteurs de la société tchécoslovaque, artistes, acteurs, savants, universitaire comme le recteur de l’Université Charles Oldrich Stary, et le philosophe Karel Kosik, dix ouvriers syndicalistes, sportifs comme Emil Zatopek et sa compagne. Le texte sera repris par Student, l’hebdomadaire de l’Union des étudiants, Mlada Fronta, le quotidien des Jeunesses communistes, Prace, l’Union des syndicats, Zemedelske Noviny, le quotidien des coopératives agricoles, plusieurs journaux de province, peu de temps après par Rude Pravo, le quotidien du PCT et Obrana Lidu, le quotidien de l’armée.

L’été 1968, Prague est un camp retranché, la population lit... Dans les cafés, dans les rues, dans les parcs, dans les jardins publics, sur les lieux de travail. La presse de Moscou dénonce « le manifeste de la réaction et de la contre-révolution : deux mille mots », les observateurs étrangers signalent plusieurs milliers de chars de combats soviétiques massés à nos frontières, en somme deux ou trois chars de trente tonnes pour chaque mot.

La traduction française du manifeste des Deux mille mots sera publiée dans le Monde du 25 juillet 1968.

Quand, en septembre 1968, j’arrivai en France, j’eus une surprise. Dès le début de mon exil, j’avais pris connaissance de textes de la Quatrième internationale, et dès ma première rencontre politique j’apprenais que ses militants avaient la connaissance approfondie du Printemps de Prague en général et du manifeste en particulier. Je n’étais plus un étranger dans ce pays.

Il ne m’a plus quitté depuis lors le souvenir de cette fraîcheur des discussions de cet après-mai automnal.

J’utilise la traduction dans Pierre Broué « Le printemps des peuples commence à Prague », et dans Pierre Daix, Prague au coeur, Julliard, 1968.

Si je pouvais remonter le temps aujourd’hui, je saurais …

Voici le coeur de ce manifeste.

Karel Kostal

« En premier, c’est la guerre qui a mis en péril la vie de notre nation. Puis vinrent d’autres périodes sombres avec des événements qui menacèrent sa santé morale et son caractère même. C’est avec espoir que la majorité de notre nation avait accueilli le programme du socialisme. Mais les leviers de commande tombèrent entre les mains de gens faux. Qu’ils n’aient ni l’étoffe d’hommes d’État, ni les connaissances pratiques, ni la culture philosophique, n’auraient pas eu autrement d’importance, si au moins, ils avaient eu un peu plus de bon sens et la décence de savoir écouter l’opinion des autres et d’admettre leur relève progressive par de plus compétents qu’eux.

Le Parti communiste qui, après la guerre, avait la confiance du peuple, la troqua peu à peu contre les places, jusqu’à les obtenir toutes et n’avoir rien d’autre. Il faut le dire tout net, et ceux parmi nous qui sont communistes, le savent bien, eux dont la déception devant le résultats est aussi grande que la déception des autres. Une ligne directrice erronée a fait du Pari, qui était une formation politique et communauté idéologique, une organisation du pouvoir pleine d’attraits pour les égoïstes avides de dominer, les lâches calculateurs et les mauvaises consciences. Leur marée montante a affecté la qualité et le comportement du Parti. Son organisation interne ne permettait pas à des gens honnêtes d’y prendre de l’influence sans intrigues honteuses et d’y opérer sans heurts les transformations qui assureraient son adaptation constante au monde moderne. Beaucoup de communistes ont lutté contre cette décadence, mais ils n’ont rien pu empêcher de ce qui est arrivé.

Les conditions dans le Parti communiste ont été le modèle et la cause d’une situation identique dans l’État. La jonction du Parti et de l’État lui a fait perdre l’avantage d’avoir un recul par rapport au pouvoir exécutif. L’activité de l’État et des organismes économiques fut à l’abri de la critique. Le Parlement désapprit à débattre, le gouvernement à gouverner, les dirigeants à diriger. Les élections perdirent leur sens et les lois leur poids. Nous ne pouvions faire confiance à nos représentants dans aucun organe. Ou, si nous pouvions leur faire confiance, nous ne pouvions rien leur demander, car ils ne pouvaient rien obtenir. Pis encore, nous ne pouvions plus guère avoir confiance les uns dans les autres. L’honneur personnel et collectif périclitait. L’honnêteté ne menait à rien, et on parlait même plus d’une appréciation selon les compétence. C’est pourquoi la plupart des gens perdit tout intérêt pour les affaires publiques pour ne s’occuper de de soi ou d’argent. Mais en même temps, à ces mauvaises conditions appartient le fait qu’on peut même plus faire confiance à l’argent. Les rapports entre les gens se sont corrompus. La joie du travail accompli s’est perdue. Bref, la santé morale de la nation, son caractère étaient menacés.

Nous sommes tous responsables de l’état actuel des choses, mais plus encore les communistes parmi nous. Cependant la responsabilité principale incombe à ceux qui étaient partie ou instrument du pouvoir incontrôlé. C’était le pouvoir d’un groupe opiniâtre, mis en place à l’aide de l’appareil du Parti en tous lieu, de Prague aux moindres districts et villages. Cet appareil décidait de ce qu’on pouvait et de ce qu’on ne pouvait pas faire. Il dirigeait les coopératives pour les coopérateurs, les usines pour les ouvriers et les conseils municipaux pour les citoyens. Aucune organisation n’appartenait à ses membres. Pas même le Parti communiste. La faute principale et la grande mystification de ces souverains, c’est d‘avoir fait passer leur arbitraire pour la volonté de la classe ouvrière. Si nous attachions crédit à cette tromperie, nous devrions aujourd’hui considérer les ouvriers comme responsable de la décadence de notre économie, des crimes commis sur des innocents, de l’instauration de la censure qui a empêché que tout cela soit écrit. Les ouvriers seraient responsables des mauvais investissements, des pertes de marché, du manque de logement. Il n’est évidemment aucune personne sensée qui puisse attribuer la culpabilité de telles fautes à la classe ouvrière. Nous savons tous – et surtout chaque ouvrier sait – que la classe ouvrière ne décidait pratiquement rien. Les responsables ouvriers étaient élus par quelqu’un d’autre. Pendant que certains ouvriers s’imaginaient qu’ils gouvernaient, une certaine couche de fonctionnaires de l’appareil du Parti et de l’État, spécialement formée, gouvernaient en leurs nom et place. Ce sont eux, qui dans les faits, remplacèrent la classe renversée devinrent la nouvelle autorité. Pour être juste, nous devons reconnaître que certains d’entre eux ont pris depuis longtemps conscience de ce mauvais tour que l’Histoire avait joué : On les distingue aujourd’hui à leurs efforts pour réparer les injustices, redresser les fautes, rendre pouvoir de décision aux militants et aux citoyens, limiter les prérogatives et la pléthore des fonctionnaires de l’appareil. Toutefois, beaucoup de ces fonctionnaires se défendent contre les changements et ils ont encore du poids. Ils ont encore en main les moyens du pouvoir, surtout en province et dans les villages, où ils peuvent utiliser ces moyens dans le secret et sans craintes d’être inquiétés.

Depuis le début de cette année, nous sommes dans un processus de rénovation démocratique. Il s’est tout d’abord manifesté dans le Parti communiste. Nous devons le dire ainsi, car tout le monde le sait, y compris les non communistes qui’ n’attendaient plus rien de bon de ce côté. Il convient d’ajouter que ce processus ne pouvait commencer ailleurs. Car seuls les communistes ont pu, pendant vingt ans, vivre une sorte de vie politique. Seule la critique communiste était au fait des choses là où elle se faisait. Seule l’opposition dans le Parti communiste avait le privilège d’être en contact avec l’adversaire. C’est pour cela même que l’initiative et les efforts des communistes démocrates ne sont que le remboursement d’une dette que l’ensemble du Partie a contractée envers les non communistes qu’il maintenait en position d’inégalité. Nous ne devons donc aucun remerciement au Parti communiste. Nous devons seulement lui reconnaître qu’il s’efforce honnêtement d’utiliser cette dernière chance de sauver son honneur et celui de la nation. Le processus de rénovation n’apporte rien de bien neuf. Parmi les idées et suggestions qu’il propose, certaines sont antérieures aux erreurs de notre socialisme. D’autres furent engendrées sous la surface des événements visibles. Elles auraient dû être exprimées depuis longtemps, mais on les étouffait. Ne nous berçons pas de l’illusion que ces idées vaincront maintenant par la force de la vérité. Leur victoire a plutôt été décidée par la faiblesse de la vieille direction, visiblement usée en premier lieu par vingt années d’un règne sans entraves. Il était sans doute nécessaire que mûrissent jusqu’au bout tous les éléments vicieux dissimulés dans les fondements et l’idéologie de ce système. Il ne faut pas surestimer cependant la portée des critiques lancées par les écrivains et les étudiants. La source des changements sociaux se trouve dans l’économie. Le mot juste n’a son sens que s’il est prononcé dans des conditions déjà élaborées de façon juste. Dans notre pays, il faut hélas comprendre par « conditions élaborées de façon juste » notre pauvreté générale et la totale désintégration de l’ancien système de gouvernement où les politiciens d’un certain type se compromettaient tranquillement à nos dépens. La vérité n’a donc rien d’un triomphe – la vérité est tout simplement ce qui subsiste quand tout le reste a été galvaudé. Il n’y a pas là de quoi faire une fête nationale pour célébrer la victoire, il y seulement de quoi espérer.

Nous nous adressons à vous en ce moment d’espoir, sur lesquels planent pourtant encore des menaces. Il a fallu plusieurs mois avant que certains d’entre nous puissent croire qu’ils pourraient parler et certains d’entre nous ne le croient pas encore. Mais nous en avons déjà tellement dit et nous nous sommes si bien découverts qu’il ne nous reste qu’une seule solution : concrétiser notre intention de rendre ce régime humain. Sinon, la revanche des anciennes forces sera implacable. Nous nous adressons surtout à ceux qui sont restés dans l’attentisme. Les jours à venir seront décisifs pour de nombreuses années.

Les jours à venir, c’est l’été et les vacances, l’époque où chacun a coutume de tout laisser tomber. Mais, parions plutôt que nos chers adversaires, eux, ne vont accorder aucun répit, qu’ils vont mobiliser toute leur clientèle afin de s’assurer dès à présent des fêtes de Noël paisibles.

Faisons donc attention à ce qui va se passer. Sachons comprendre et répondre. Renonçons une bonne fois à cette attente vaine qu’on va nous servir, d’en haut, la seule explication valable et la bonne conclusion à en tirer. Chacun d’entre nous devra tirer ses propres conclusions, sous sa propre responsabilité. Des conclusions communes et concordantes ne sauraient naître que de la discussion, laquelle implique la liberté d’expression - en fait la seule conquête démocratique de cette année.

Toutefois, il nous faudra aussi aborder les jours à venir avec notre propre initiative et notre propre détermination.

En premier lieu, nous nous opposerons aux idées qui pourraient se manifester, selon lesquelles le renouveau démocratique pourrait se faire sans les communistes, ou même contre eux. Ce serait non seulement injuste, mais encore déraisonnable. Les communistes ont des organisations solidement construites dont il faut soutenir les tendances de progrès. Ils ont des responsables expérimentés et au bout du compte, ils tiennent entre leurs mains les leviers et les boutons de commande. En outre, le public a sous les yeux leur programme d’action, qui est vraiment le premier programme visant à réparer les injustices les plus flagrantes et personne d’autre ne possède de programme aussi concret. Il faudra leur demander de présenter au public des programmes d’action locaux pour chaque district et chaque commune. Il s’agira d’autant de mesures justes, mais très ordinaires et attendues depuis longtemps du Parti communiste tchécoslovaque qui prépare son congrès et élira un nouveau Comité central. Nous devons exiger qu’il soit meilleur que le comité sortant. Si le Parti communiste déclare qu’il veut désormais fonder sa position dirigeante sur la confiance, croyons-le aussi longtemps que nous pourrons faire confiance à ceux qui sont déjà ses délégués aux conférences régionales et locales.

On redoutait, ces derniers temps, que le processus de démocratisation se fût ralenti. Cette impression qui vient en partie de la fatigue due au bouillonnement d’événements précipités, correspond pour le reste au fait que la saison des révélations sensationnelles, des démissions à l’échelon le plus élevé, des discours enivrants d’une audace verbale inouïe, est passée. La lutte entre les forces existe toujours, seulement elle est d’une certaine façon moins visible, parce qu’on se bat pour l’esprit et la lettre des lois, l’étendue des mesures pratiques. En autre, il faut laisser aux nouveaux dirigeants le temps de travailler, qu’ils soient ministres, présidents, procureurs ou secrétaires du Parti. Ils ont droit à ce temps pour montrer qu’ils sont capables ou bien qu’ils ne font pas l’affaire. On ne peut rien demander de plus pour le moment aux organes politiques centraux. Ils ont, même malgré eux, fait preuve de vertus surprenantes.

En fin de compte, la qualité pratique de notre démocratie future se jugera dans les entreprises et avec les entreprises, car, en dépit de toutes nos discussions, ce sont les économistes qui ont le dernier mot. De bons économistes qu’il faut rechercher et imposer. Il est vrai que, par comparaison avec les pays les plus avancés, nous sommes tous plus mal payés les uns que les autres. Nous pouvons sans doute demander plus d’argent – c’est si facile d’imprimer des billets et donc de les dévaluer, mais il vaut mieux demander aux directeurs et aux responsables ce qu’ils veulent produire et à quel prix de revient, et ce qu’ils veulent vendre, à qui et avec quel bénéfice. Quelle part du profit sera investie dans la modernisation de la production et quelle part pourra être distribuée. Dans la presse, des titres qui paraissent ennuyés couvrent les échos d’une lutte acharnée entre la démocratie et les pots de vin. Les ouvriers peuvent y intervenir en tant que producteurs, par le choix de ceux qu’ils éliront dans les conseils de gestion et les comités d’entreprise. En tant que salariés, ils prendront le mieux en main leurs affaires en déléguant comme représentants dans les organisations syndicales leurs dirigeants naturels compétents et honnêtes, sans considération de leur appartenance politique.

S’il est impossible d’attendre plus du côté des organes politique centraux sous leur forme actuelle, il est nécessaire d’obtenir beaucoup plus sur le plan des districts et des communes. Nous exigeons le départ de tous ceux qui ont abusé de leur pouvoir et dilapidé les deniers de la nation, qui se sont distingués par leur malhonnêteté et leur brutalité. Il faut inventer des méthodes pour les obliger à partir, par exemple, la critique publique, des résolutions, des manifestations, des brigades du zèle, des grèves, des collectes de dons pour leur retraite, la mise à l’index. Il faut cependant rejeter les méthodes illégales, incorrectes ou grossières qui leur serviraient de prétexte pour influencer Alexander Dubcek. Notre répugnance devant les lettres d’insultes devrait être si notoire que, s’ils en reçoivent de nouvelles, on puisse dire qu’ils se sont fait adresser à eux-mêmes de telles lettres.

Réactivons le Front national. Exigeons que les comités locaux siègent en séance publique. Sur les questions à quoi personnes ne comprend rien, constituons nos propres comités et commissions. C’est très simples : quelques personnes se réunissent, élisent leur président, tiennent régulièrement procès-verbal, rédigent leurs doléances et réclament des solutions sans se laisser intimider. La presse régionale et locale qui a le plus souvent dégénéré en porte-voix officiel doit se transformer en une tribune de toutes les forces politiques de progrès. Demandons l’instauration de comités de rédaction avec les représentants du Front national, ou bien fondons de nouveaux journaux. Créons partout des comités de défense de la liberté d’expression. Organisons notre propre service d’ordre pour nos différentes réunions. Lorsque des nouvelles bizarres nous parviennent, il faut les vérifier, envoyer une délégation auprès des autorités compétentes et rendre leurs réponses publiques., au besoin en les affichant. Soutenons les organes de la Sécurité lorsqu’ils traquent les vrais criminels, car nous ne désirons pa créer l’anarchie ni une atmosphère d’incertitude. Evitons les querelles entre voisins, ne nous saoulons pas dans les réunions politiques, démasquons les mouchards.

Pendant l’été, les déplacements plus nombreux à travers le pays vont provoquer un regain d’intérêt pour la réorganisation des rapports constitutionnels entre Tchèques et Slovaques. Nous considérons, pour notre part, la fédération comme le moyen de résoudre la question des nationalités. A part cela, elle n ‘est qu’une des mesures importantes pour démocratiser la situation. En effet, à elle seule, elle n’assurera pas une vie meilleure aux Slovaques, et la question du régime – que ce soit chez les Tchèques ou chez les Slovaques – ne s’en trouvera pas résolue. Rien n’empêche que le gouvernement de la bureaucratie du Parti et de l’État règne d’autant mieux en Slovaquie que cette dernière pourra se vanter d’avoir « arraché une plus grande liberté.

L’éventualité d’une intervention des forces étrangères dans notre évolution intérieure a été ces derniers temps une grande source d’inquiétude. Face à toutes ces forces supérieures en nombre, il nous reste qu’à tenir bon, fermement et poliment et à éviter les provocations. Nous pouvons assurer notre gouvernement que nous le soutiendrons s’il faut par les armes, aussi longtemps qu’il fera la politique pour laquelle nous l’avons mandaté. Pour ce qui est de nos alliés, nous pouvons les assurer que nous honorerons nos traités d’amitié, d’alliance et de coopération économique. Des reproches véhéments et des soupçons non justifiés ne feraient que rendre plus difficile la position de notre gouvernement, sans pour autant nous avancer en quoi que ce soit. De toute manière, nous n’aurons des rapports internationaux d’égalité que si nous parvenons à améliorer notre situation intérieure et à pousser notre processus de rénovation assez loin pour pouvoir élire ensuite des hommes d’Etat doués d’assez de courage, d’honneur et de sagesse politique pour institutionnaliser et sauvegarder de tels rapports. C’est d’ailleurs un problème commun à tous les gouvernements des petits pays.

Comme en 1945, cette année le printemps nous aura apporté une grande chance. Nous avons en effet, une autre fois, l’occasion de prendre en main notre affaire commune qui a pour dénomination de travail : le socialisme, à l’image de la bonne réputation que nous avions et de l’opinion relativement favorable que nous nous faisions autrefois de nous-mêmes. Ce printemps vient de finir pour ne plus jamais revenir. En hiver, nous saurons à quoi nous en tenir.

Ainsi s’achève notre manifeste aux ouvriers, paysans, employés, artistes, savants, techniciens et nous autres, écrit à l’initiative des hommes de science. »


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