Hitler naît le 20 avril 1889 en Autriche, fief du pré-fascisme

mercredi 13 décembre 2017.
 

Les marottes idéologiques du futur führer puisent largement leurs racines et leur radicalité dans les courants du puissant proto-fascisme autrichien d’avant 1914. Quiconque veut comprendre le nazisme ne peut l’ignorer.

L’historien britannique Ian Kershaw affirme que la formation idéologique d’Hitler, "leur intégration dans un ensemble cohérent, qui n’évoluerait quasiment plus par la suite était achevée... en 1924. Le temps qu’il passa à Linz en 1905-1906... et surtout à Vienne entre 1907 et 1913, fut une période de formation importante..."

Quel contexte historique autrichien a pu ainsi formater l’antisocialisme, l’antisémitisme, l’antislavisme d’Hitler ? C’est à cette question que nous allons essayer de répondre.

A) 20 avril 1889 : Naissance d’Adolf Hitler

De 1933 (Hitler devient chancelier) à 1945 (écrasé militairement, il se suicide), le 20 avril fut dans l’Allemagne nazie une sorte de Noël. Ce jour-là, la Providence avait généré un Sauveur du Peuple allemand. Aussi, les salles de classe regorgeaient ce jour-là de poèmes, de photos, d’affiches à la gloire du führer.

Le 20 avril 1889, donc, Adolf Hitler voit le jour à Braunau sur Inn, ville (3500 habitants) autrichienne frontalière de l’Allemagne. Il s’agit d’une région de tradition historique germanique ayant fait partie de la Bavière du 13ème siècle à la fin du 18ème et parlant un dialecte allemand, le Bas-bavarois qu’ Hitler a appris tout enfant à parler. La continuité linguistique germanophone de ce territoire a été vivifiée par un attachement politique local fort au pangermanisme, attachement symbolisé par la statue de Johann Philipp Palm, fusillé là en 1806 sur ordre de Napoléon pour son texte L’Allemagne dans sa profonde humiliation.

Le 20 avril 1889, 18h30, Franzizka Pointecker (sage-femme) note qu’Adolf Hitler est mis au monde bien conformé sans aucune anomalie. L’enfant aurait pu se nommer Schicklgruber, nom de naissance de son père, mais celui avait pu changer de patronyme en faisant valoir une prétendue confidence de Johann Georg Hiedler sur son lit de mort.

L’hypothèse d’un grand-père paternel juif d’Adolf Hitler, fils de bonne famille de Graz, ne tient pas. Son père Aloïs est né le 17 juin 1837 à Spital au Nord-Ouest de Vienne, à 200 km de Graz (chef-lieu de la Styrie) alors que les Juifs ont été interdits d’installation dans cette province du début du 16ème siècle jusqu’en 1849.

De 1895 à 1897, Adolf Hitler fréquente une école primaire ; son maître le décrit comme éveillé, obéissant, aux "affaires de classe toujours rangées dans un ordre exemplaire". Suite à un déménagement, il devient élève des chanoines de Lampach jusqu’en 1900 ; il collectionne les dix sur dix dans toutes les matières.

« Ses résultats scolaires sont toujours excellents... Il sert la messe comme enfant de choeur... La pompe religieuse l’enivre écrit-il dans Mein Kampf. Il gambade au grand air, en toute liberté, avec les autres élèves. Il s’amuse aux cow-boys et aux Indiens, aux gendarmes et aux voleurs, à la guerre. » (D’où vient Hitler ? Lionel Richard)

Adolf paraît avoir entretenu de bonnes relations avec sa demi-soeur aînée, Angela qui le conduisait à l’école en le tenant par la main et avec laquelle il gardera toujours de bonnes relations. La mort de son petit frère en février 1900 a peut-être pesé sur lui ; Edmund meurt d’une rougeole probablement compliquée en encéphalite. Le Dr Johann Reckenwald, spécialiste de neurologie, estime que certains symptômes présentés par Hitler durant sa vie (hyposexualité, maux d’estomac, tics...) proviennent probablement de cette encéphalite épidémique, moins forte que celle de son frère, mais également non détectée et non soignée.

Ian Kershaw conclut ainsi son travail d’historien sur l’enfance d’Hitler « Les traces extérieures de la petite enfance d’Adolf ne laissent aucunement prévoir ce qui devait naître ». Lionel Richard défend le même point de vue « En vérité, durant cette petite enfance parfaitement banale, semblable à des milliers et des milliers d’autres, il est difficile de reconnaître celui qui accèdera aux plus hautes responsabilités de l’Allemagne... Ce n’est pas un attardé mental, un pervers, un asocial précoce. Aucune agressivité particulière n’est décelable chez lui, et il n’a, pour employer le vocabulaire des psychologues, aucune difficulté relationnelle avec ses parents, ses frères et soeurs, ses maîtres, ses camarades. »

Pour l’essentiel, la clef de compréhension de la violence anti-socialiste et raciste (juifs, slaves, noirs...) d’Hitler ne se trouve pas dans son enfance et dans la formation psychologique de sa personnalité mais dans le contexte historique de sa vie. Commençons par le contexte historique de son pays de naissance : l’Autriche.

B) Adolf Hitler et le pré-fascisme autrichien

Quelles sont les opinions politiques des parents du du jeune Adolf ? Plusieurs biographes (dont Brigitte Hamann, historienne autrichienne) répondent qu’Aloïs Hitler faisait partie de la mouvance du Parti Populaire Allemand, une organisation opposée aux valeurs démocratiques, une organisation communautariste germanophone, antisémite "modérée", majoritaire au Conseil municipal de Linz entre 1900 et 1918. D’autres estiment qu’il se situait dans la mouvance "libérale allemande" qui très majoritairement rejoint le pangermanisme antisémite virulent sur la fin du 19ème, début du 20ème siècle.

Au printemps 2003, Adolf Hitler entre en pension à l’Ecole supérieure de Linz. Dans Mein Kampf, il se présente comme un "nationaliste fanatique" durant ces années de collège, influencé par les combats de Georg von Schonerer.

Ian Kershaw affirme que l’orientation idéologique d’Hitler (dont son antisémitisme) s’est effectivement construite pour l’essentiel durant sa jeunesse par imprégnation des courants pré-fascistes qui dominaient la vie sociale, culturelle et politique des deux villes dans lesquelles il a vécu sa jeunesse de 16 à 25 ans : « A Linz, Hitler lisait déjà les journaux pangermanistes antisémites et comptait même parmi les admirateurs de Georg von Schönerer, le chef de file des pangermanistes et antisémites autrichiens. » Il est vrai que plusieurs titres de la presse locale de Linz (le magazine Linzer Fliegende Blätter en particulier mais aussi Der Sherer dans lequel on trouve la croix gammée, un antisémitisme extrêmement violent, les louanges pour la "race blonde"...) se situent sur une orientation clairement de droite, ce qui signifie pré-fasciste dans l’Autriche de l’époque.

D’autres biographes du futur führer sont plus prudents quant à cet engagement précoce. Personnellement, je me range à l’avis de Ian Kershaw. Qu’il ait été un meneur ou un sympathisant ne change rien à l’imprégnation de l’élève par le bain culturel de la ville, par ses maîtres (en particulier Leopold Poetsch, excellent orateur pangermaniste préfasciste, son enseignant en histoire géographie durant trois ans) et par l’ambiance idéologique parmi les élèves. Dans les années 1950, un ancien camarade de classe d’Hitler affirme que « toute la classe était d’esprit "national-allemand" ». Le fait que les élèves se saluaient par Heil ! donne bien une idée de l’imprégnation ainsi donnée.

En 1908, Hitler habite Vienne, capitale de l’empire austro-hongrois et chef-lieu du préfascisme en Europe. Dans Mein Kampf, il dénonce le "jargon viennois" de ses 2 millions d’habitants, dont plus de la moitié proviennent par leurs parents ou grands parents de Bohême, Moravie, Galicie ou Bukovine, dont 180000 sont Juifs et maintiennent leurs pratiques linguistiques, vestimentaires, alimentaires...

Ian Kershaw situe sa radicalisation antisémite de cette période et de cette ville. « C’est très certainement à Vienne que ses opinions sur les Juifs se radicalisèrent. A cette époque, le maire de la ville, Karl Lueger, démagogue et antisémite, lui fit une si forte impression qu’il le qualifierait plus tard, dans une rare manifestation d’admiration, de "plus éminent bourgmestre allemand de tous les temps"... Il s’abreuvait d’une littérature antisémite qui venait conforter ses préjugés encore embryonnaires. »

Durant cette période viennoise Hitler, orphelin de ses deux parents, dort dans des foyers pour nécessiteux et survit grâce à la vente d’aquarelles. Il s’intègre rapidement au camp politique des Chrétiens-sociaux ; il en rend compte ainsi dans Mein Kampf « Je fis la connaissance de l’homme et du parti qui décidaient du sort de Vienne : le Dr Karl Lueger et le parti chrétien-social... J’eus l’occasion de connaître l’homme et son œuvre et mon appréciation... devint une admiration déclarée. Aujourd’hui plus encore qu’autrefois je tiens le Dr Lueger pour le plus éminent bourgmestre allemand de tous les temps... Son œuvre comme bourgmestre de Vienne est immortelle au meilleur sens de ce mot... » Hitler se remémore les funérailles du Chef chrétien-social « Quand l’imposante procession funèbre, à la mort du bourgmestre, se mit en mouvement de l’hôtel de ville vers la Ringstrasse, je me trouvais parmi les centaines de milliers de personnes qui assistaient à cette triste cérémonie... »

Disposant de beaucoup de temps libre, il lit avidement la presse disponible, en particulier dans le foyer ou en bibliothèque. En 1951, l’ancien directeur de la revue Ostara, Lanz von Liebenfels, a témoigné qu’un jour de 1909, Hitler était venu le voir à son bureau. Lecteur régulier de son périodique, il souhaitait acheter les exemplaires qui lui manquaient. Qui est ce Lanz ? un raciste mystique se battant pour "préserver de la décadence en Europe la reproduction de la race des Seigneurs" (aryens). Financé par l’industriel Johann Walthari Wölffl, il utilise systématiquement la croix gammée, y compris comme drapeau.

Que dit Hitler sur ses lectures viennoises ? « Je lisais énormément et à fond... En quelques années, je me constituai ainsi des connaissances qui me servent aujourd’hui encore. J’ajouterai que c’est à cette époque que prirent forme en moi les vues et les théories générales qui devinrent la base inébranlable de mon action d’alors. Depuis, j’ai eu peu de choses à y ajouter, rien à y changer... Vienne fut et resta pour moi l’école la plus dure mais aussi la plus fructueuse de ma vie... J’y reçus les fondements de ma conception générale de la vie et, en particulier, une méthode d’analyse politique ; je les ai plus tard complétés sous quelques rapports, mais je ne les ai jamais abandonnés... Je ne sais quelle aurait été mon attitude envers les Juifs, envers la social-démocratie, envers la question sociale, etc, si un capital d’opinions personnelles ne s’était amassé en moi depuis mes jeunes années » (Mein Kampf)

Dans sa biographie "L’homme qui défia le monde - Hitler", Konrad Heiden affirme qu’Hitler militait à Vienne pour le Parti Chrétien-Social et distribuait des tracts ; ce fait serait cohérent avec ce que nous savons du futur führer à cette époque ; cela lui donnait la possibilité d’une insertion sociale plus valorisante que la bohème artistique. Sa haine du marxisme et du syndicalisme s’explique très probablement en partie par son expérience viennoise.

Adolf Hitler prétend que sa haine de la démocratie l’envahit durant cette période viennoise de sa vie. Ayant souvent assisté à des séances du Parlement, il se forge des convictions opposées au parlementarisme, reposant sur "le principe aristocratique de la nature" : "l’autorité d’un seul, d’un "chef".

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