Histoire de France : Mensonges sur nos ancêtres ...

samedi 2 septembre 2017.
 

Tous les Etats de tous les temps et de tous les continents ont inventé une Histoire valorisante pour souder leurs peuples autour d’un mythe collectif. Longtemps, "l’histoire de France" n’a pas échappé à cette fonction avec pour légendes des origines : Troie, Vercingétorix, Clovis ou Capet.

Aussi, nous devons distinguer :

- "l’histoire de France" inventée par le cléricalisme pour justifier l’institution royale. Elle s’inscrit dans la lignée d’une histoire religieuse relevant plus du mysticisme et de la mystification que de l’histoire proprement dite.

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- la discipline scolaire "Histoire de France" des 3ème et 4ème république qui a repris dans ce substrat ce qui contribuait à valoriser l’Etat-nation France (Vercingétorix et les Gaulois, Clovis et les Francs, Poitiers et Charles Martel, serment de Strasbourg, partage de Verdun, Saint Louis...)

- l’histoire réelle de France qui commence à être construite par des historiens. Nous pouvons dater l’existence réelle d’un royaume de France des 13ème et 14ème siècles, l’existence réelle d’une nation française de 1789-1794.

A Nos ancêtres, les Troyens

Dès qu’a commencé à s’écrire une histoire pour la France, le souci de propagande politique l’emporte sur celui de vérité. L’ascendance troyenne des rois de France en est une illustration parfaite.

Ainsi, Frédégaire au VIIème siècle se basant sur Saint Jérôme. Ainsi, les Gesta Regum Francorum au VIIIème siècle. Ainsi Aimoin au XIème siècle.

Ainsi, vers 1250, le roi Louis IX (Saint Louis) commande au moine Primat de Saint-Denis une "histoire" des dynasties du royaume de France. Celui-ci se lance donc dans la rédaction et la publication des Grandes Chroniques de France qui relèvent typiquement de la fiction chrétienne moyenâgeuse. Pourquoi imaginer un tel roman ? "parce que plusieurs gens doutaient de la généalogie des rois de France, de quelle origine et de quelle lignée ils sont descendus".

En 1157, "404 ans avant que Rome fut fondée, Priam régnait sur Troie la Grande." Après la prise et la destruction de la ville par les Grecs, une partie des Troyens suit Francion (fils d’Hector, inventé pour l’occasion) et remonte le Danube, fondant la cité de Sicambre. "1507 ans ils demeurèrent dans cette cité depuis qu’ils l’eurent fondée" même si quelques-uns partirent vers l’Ouest, fondant Lutèce. Sur la fin du IVème siècle, ces Sicambriens s’installent sur le Rhin sous la direction de trois ducs dont Marcomir et son fils Pharamond qui changent le nom de Lutèce en Paris en souvenir du Pâris troyen. " Ce Pharamond fut le premier roi de France" affirme Primat de Saint Denis qui n’hésite devant aucune invention nouvelle.

B) Nos ancêtres les Gaulois

« La France portait anciennement le nom de Gaule... Les Gaulois, ses premiers habitants, étaient un peuple nombreux, puissant et brave... » (Petite histoire de France ; Gustave Ansart, 1861).

"La France, notre pays, s’appelait la Gaule il y a deux mille ans..." affirme toujours Ernest Lavisse dans les instructions pour l’école primaire de 1887. Il demande d’éclairer cette leçon par deux illustrations :

- "les Gaulois dans leurs huttes sans fenêtres"

- "Vercingétorix" un de leurs ancêtres, jetant vêtement et bouclier pour combattre nu, montrant avec orgueil le sang qui décore sa poitrine" puis, encore à cheval, jetant ses armes aux pieds de Jules César, en guise de reddition.

Cette recherche républicaine des ancêtres gaulois est évidemment plus sérieuse que la fiction des origines troyennes de la dynastie française.

Notons cependant que les deux faits proposés pour illustration ne correspondent pas à la réalité. Quant à faire des Gaulois les ancêtres de la France, c’est oublier bien vite :

- qu’il s’agit d’envahisseurs venus du centre de l’Europe, moins nombreux que les autochtones (au moins dans le Midi)

- qu’à l’époque romaine les peuples gaulois étaient installés dans les actuels états d’Irlande, d’Italie (Gaule cisalpine), d’Espagne (Celtibères), de France, de Belgique, du Luxembourg, de Suisse, d’Allemagne, de République tchèque, d’Angleterre, d’Ecosse, du pays de Galles et même de Turquie...

- Les langues gaéliques (irlandais, écossais, mannois) et britonniques (gallois, cornique, breton) proviennent de façon importante du celte mais pas le français.

C) Nos ancêtres les Francs : La France date-t-elle du baptême de Clovis ?

Face à la réflexion rationnelle de la Renaissance puis des Lumières, face à l’histoire républicaine transmise par les écoles publiques, l’origine troyenne des rois de France ne pouvait peser lourd. Aussi, l’Eglise catholique a construit une nouvelle fiction dont la Providence (intervention de Dieu dans l’histoire humaine) représente l’acteur essentiel. Les saints et évêques constituent ses principaux relais terrestres, par exemple Sainte Geneviève qui protège Paris contre les Huns, qui permet à Clovis de vaincre à Tolbiac...

"Les évêques ont fait la France comme les abeilles font la ruche " assène le philosophe royaliste pré-fasciste Joseph de Maistre.

Clovis, fondateur de la France ?

La France commence avec le baptême de Clovis, roi des Francs, ont toujours affirmé l’Eglise catholique et l’extrême droite.

Il est vrai que la conversion de Clovis scelle une alliance entre les Francs, l’Eglise et l’aristocratie romaine qui permet l’émergence d’un royaume au Haut Moyen Age dont le coeur se situe en Ile de France. Clovis peut être considéré comme le fondateur de la monarchie des Francs ayant Paris pour capitale (depuis 508).

Ceci dit, personne ne peut raisonnablement faire de ce sacrement religieux l’acte fondateur de la France :

- parce que le baptême de Clovis nous apparaît plus comme une légende construite a posteriori (comme celle des ancêtres troyens) qu’un fait historique

- parce que les royaumes francs ne sont pas des pays mais plutôt des possessions personnelles. Ainsi, les fils de Clovis se partagent ses territoires à son décès créant un royaume d’Orléans (Clodomir), un royaume de Paris (Childebert) et un royaume de Soissons (Clotaire 1er).

- de toute façon, le royaume de Clovis ne comprend ni vraiment la Bretagne, ni la Gascogne, ni le Languedoc (Wisigoth), ni la Provence (Ostrogoths), ni la Bourgogne, Lyonnais, Savoie... Rien ne présage non plus de l’avenir national de Strasbourg par exemple.

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D) La France date-t-elle de la bataille de Poitiers le 25 octobre 732 ?

Charles Martel, ancêtre illustre de la France par sa victoire de Poitiers en 732 contre les Musulmans ?

Sous les derniers mérovingiens, qui accèdent généralement très jeunes au trône, les maires du palais (à l’origine premiers domestiques du roi) jouent un rôle de plus en plus important. Tel est le cas de Charles Martel. Ceci dit, faire de lui un fondateur de la France constitue aussi une mystification nationaliste.

Les batailles de Toulouse et Poitiers stoppent l’avancée arabo-musulmane en Europe occidentale

Les Musulmans de Poitiers ne sont pas des sauvages vaincus par de bons Français commandés par Charles Martel.

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L’historien Augustin Thierry assure à juste titre que "Le Charles Martel de nos Histoires... fut le dévastateur, non le sauveur, de l’Aquitaine et de la Provence." D’ailleurs, seigneurs et populations pactisèrent parfois avec ces "Arabes" pour se protéger face à la barbarie des Francs ; des groupes "maures" se maintinrent longtemps dans le Massif central et surtout le Midi méditerranéen.

E) La France date-t-elle du Serment de Strasbourg (842)

En 842, Lothaire 1er, fils aîné de Louis le Pieux et petit-fils de Charlemagne, envahit les territoires dont ont hérité ses deux frères ( Charles le Chauve et Louis le Germanique). Ceux-ci passent une alliance et prononcent le 14 février de la même année le Serment de Strasbourg.

Le serment lu par Louis le Germanique est souvent considéré comme le premier texte en français. « Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit. »

Le médiéviste Philippe Walter écrit « Ils constituent le plus ancien texte français conservé. Ce n’est évidemment pas de la littérature mais un document politique de premier ordre pour comprendre l’accession à l’écriture de la langue dite "vulgaire". »

Ce texte est marqué de toute évidence par une ascendance latine. Il relève du gallo-roman. Selon les linguistes ce Serment de Strasbourg est plus ou moins proche de l’occitan, du picard, du lyonnais, du poitevin, du bas-Lorrain et du français. Personnellement, je le considère plus nettement proche de l’occitan actuel que du français actuel.

F) La France date-t-elle du Partage de Verdun (843) ?

En août 843, trois petits-fils de Charlemagne se partagent son empire :

- la Francie occidentale pour Charles le Chauve (de la Mer du Nord aux Pyrénées)

- la Francie médiane pour Lothaire (actuels Pays-Bas, Est de la Belgique, Lorraine, Bourgogne, Lyonnais, Alpes, Provence, Italie)

- la Francie orientale pour Louis (actuels états d’Allemagne, Autriche, Suisse)

L’historien René Grousset affirme que "ce traité de hasard a déterminé tout le destin de l’Europe".

Je ne suis pas d’accord avec lui sur ce "traité" dont aucun exemplaire n’a été conservé.

La Francie médiane disparaît très vite.

Quant à la Francie occidentale, on ne peut en faire rationnellement l’origine de la France puisqu’elle subit tout aussi vite des invasions (Sarrazins, Normands, Hongrois) qui l’affaiblissent, la désorganisent profondément, la divisent au point que le Nord de la Loire et le Midi connaissent des évolutions fort différentes.

G) Ni Clovis, ni Charles Martel, ni serment de Strasbourg, ni Hugues Capet

Au 9ème siècle, le développement de la féodalité contrecarre toute existence d’état royal réel. Le capitulaire de Quierzy sur Oise (877) autorise la transmission héréditaire de tous les bénéfices et de toutes les charges. Dans sa Petite histoire de France, Félix Ansart note fort justement que cela consacre le triomphe de la féodalité et crée en France presque autant de petits souverains qu’il s’y trouvait de gouverneurs de villes et de provinces.

Le roi des Francs ne règne plus que sur son domaine féodal propre qui se limite à Paris, Senlis, Poissy, Etampes et Orléans. Pour défendre ses territoires, il doit lutter contre de puissants seigneurs d’Ile de France comme ceux de Montlhéry.

Nous pouvons noter à cette époque l’existence des royaumes de Navarre, de Provence, de Bourgogne, de Lorraine...

Au 12ème siècle le plus grand roi parmi les premiers capétiens (Louis VI) doit commencer par affronter le comte de Mantes chef d’une coalition de seigneurs fort autonomes d’Ile de France. Sur la fin de sa vie, il s’use face au seigneur pillard de Saint-Brisson-sur-Loire. son fils Louis VII dit le jeune, en guerre contre le comte de Champagne, prend Vitry, ville bien loin de toute frontière "nationale".

Cependant, en accompagnant le mouvement d’affranchissement des Communes, le roi des Francs affaiblit les féodaux et crée une institution intéressée aux réunions d’états généraux du royaume.

Au début du 13ème siècle, la civilisation occitane se situe à la pointe du développement économique, culturel et démocratique de l’Europe ; le comte de Toulouse et le royaume d’Aragon signent une alliance en 1204. Millau, par exemple, prête hommage au roi d’Aragon.

H) La France, fondée par la volonté de Dieu comme fille aînée et bras armé de l’Eglise : Gesta Dei per Francos

Les Croisades : gesta dei per Francos

Au début du XIIème siècle, le moine Guibert de Nogent écrit une histoire de la première croisade qu’il intitule "Gesta Dei per Francos" : "L’action de Dieu passe par les Francs". Ce slogan dépasse évidemment le cadre de la croisade. Il constitue plutôt la poursuite d’un "récit" propagandiste concernant le rôle divin des combattants francs puis français comprenant en particulier :

- le prêche de Saint Rémi lors du baptême de Clovis " Apprenez, mon Fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Église romaine qui est la seule véritable Église du Christ . Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes. Et il embrassera les limites de l’empire romain. Et il soumettra tous les peuples à son sceptre. Il durera jusqu’à la fin des temps !"

- le Testament de Saint Rémi : " Que de cette race sortent des rois et des empereurs qui, confirmés dans la vérité et la justice pour le présent et pour l’avenir suivant la volonté du Seigneur pour l’extension de sa sainte Eglise, puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance et méritent ainsi de s’asseoir sur le trône de David dans la céleste Jérusalem ou ils règneront éternellement avec le Seigneur. Ainsi soit-il."

- la déclaration du pape Etienne II à Pépin Le Bref en 756 " Au dessus de toutes les nations qui sont sous le ciel, votre peuple franc s’est montré le plus dévoué envers moi, Pierre, apôtre de Dieu".

- le prêche d’Urbain II, pape, appelant à la première croisade le 27 novembre 1095 lors du concile de Clermont :

" "Français qui m’écoutez, rappelez-vous les vertus de vos ancêtres. Plus qu’à toute autre nation, Dieu vous a donné la gloire des armes. C’est de vous, surtout, que Jérusalem attend le secours dont elle a besoin... Armez-vous du glaive des Macchabées et allez défendre la maison d’Israël, Dieu le veut !" (...)

Je vous avertis et vous conjure non en mon nom mais au nom du Seigneur, vous les hérauts du Christ, d’engager par de fréquentes proclamations les Francs de tout rang, gens de pieds et chevaliers, pauvres et riches, à s’empresser de secourir les adorateurs du Christ et de chasser loin des régions soumises à notre foi la race impie des dévastateurs….. C’est le Christ qui l’ordonne…..A tous ceux qui partiront là-bas…. Une rémission immédiate de leurs péchés leur sera faite ; je l’accorde à tous ceux qui vont partir, investis par Dieu d’un si grand don….."

- par la lettre (21 octobre 1239), du pape Grégoire IX au roi de France Louis IX (saint Louis) : " Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi ici-bas des royaumes différents, suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l’accomplissement de Ses desseins.

Et comme autrefois Il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob et comme Il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi Il choisit la France, de préférence à toutes les autres nations de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, la France est le Royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ.

De même qu’autrefois la tribu de Juda reçut d’en-haut une bénédiction toute spéciale parmi les autres fils du patriarche Jacob ; de même le Royaume de France est au-dessus de tous les autres peuples, couronné par Dieu lui-même de prérogatives extraordinaires. La tribu de Juda était la figure anticipée du Royaume de France...

Aussi, nous est-il manifeste que le Rédempteur a choisi le béni Royaume de France comme l’exécuteur spécial de Ses divines volontés ; Il le porte suspendu autour de Ses reins, en guise de carquois ; Il en tire ordinairement ses flèches d’élection quand, avec l’arc, Il veut défendre la liberté de l’Église et de la Foi, broyer l’impiété et protéger la justice... ".

I) De quand pouvons-nous donc dater la naissance de la France ?

Je crois qu’il faut distinguer quatre périodes :

- l’histoire avant le 13ème siècle des territoires actuellement français. Voir ci-dessus.

- l’affirmation d’un "royaume de France" (et non plus de la dynastie franque) du 13ème (surtout du 14ème) au 16ème siècle

- la construction d’un véritable état royal aux 17ème et 18ème siècles correspondant à l’époque dite absolutiste.

- la fondation d’une nation par la Révolution française

Il serait fastidieux d’étudier les trois dernières périodes dans le cadre de ce texte déjà trop long. Aussi je le complèterai peu à peu par des liens vers d’autres articles.

Jacques Serieys


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