Vive la gauche d’hier, d’aujourd’hui et de demain !

mardi 14 novembre 2017.
 

Environ 75% des Français continuent à se situer dans le champ politique construit autour des identités droite et gauche. Sur de nombreux sujets, ce clivage repose sur des désaccords fondamentaux ; à la question "jugez-vous les privatisations comme positives" environ 80% des citoyens se positionnant à gauche répondent Non, 80% se situant à droite Oui. Même type de sondages sur grève et syndicalisme, services publics, MEDEF...

Il est évident que de 1940 à 1942, la droite s’est globalement reconnue dans le pétainisme, la gauche beaucoup moins.

Au moment où les dirigeants du Parti Socialiste comme des radicaux assument de plus en plus leur rupture avec les fondamentaux de la gauche, notre rôle doit être de valoriser tout le positif de l’héritage, sans nier les insuffisances et contradictions passées et présentes.

A) Vive la gauche !

La gauche française a connu de grandes heures. Elle a également été enterrée par certains à droite (Boulanger, Pétain, De Gaulle, Sarkozy...) et à gauche (Jules Guesde, le syndicalisme révolutionnaire de la belle époque, le communisme "classe contre classe" de 1927 à 1934, le trotskisme ouvriériste exprimé par Arlette Laguiller..).

En 2014, Manuel Valls explique doctement que "La gauche n’a jamais été aussi faible dans l’histoire de la Ve République"... "Oui, la gauche peut mourir". Quelle honte ! Il fait tout pour détruire les fondations culturelles et économico-sociales de la gauche mais joue à identifier celle-ci à sa seule expression institutionnelle actuelle : l’Elysée, l’Hôtel Matignon et le 10 Rue de Solférino.

Soyons clairs :

- > Le clivage droite gauche, né en France durant la Révolution de 1789 1793, s’est ensuite imposé dans le monde entier. Pourquoi ? parce qu’il correspond à deux choix politiques fondamentaux :

- pour la droite l’inégalité sociale est naturelle, même utile ; l’ambition personnelle, la guerre, la corruption... sont humains

- pour la gauche, une société meilleure est possible d’où ses batailles historiques pour la démocratie, pour l’école gratuite, laïque et obligatoire, pour les droits sociaux, pour la paix, pour la protection sociale maladie et retraite, pour une fiscalité redistributive...

- selon le rapport de force social et politique du moment, la droite prend en compte l’espérance portée par la gauche ou la gauche agit au pouvoir comme la droite

- > Le clivage droite gauche, né en France durant la Révolution de 1789 1793, s’est maintenu durant plus de deux siècles par delà les guerres, les bonapartismes, les fascismes, les échecs, les trahisons, les périodes de doute sur sa pertinence

- > Selon le contexte politique ce clivage droite gauche présente un aspect plus ou moins marqué, plus ou moins intelligible par l’ensemble des citoyens, plus ou moins global

Personnellement, je suis furieux de la politique de droite menée par les clampins en costume autour de François Hollande. Je constate évidemment qu’ils rendent le clivage droite gauche de moins en moins compréhensible.

Ceci dit, je crois que la vraie gauche ne doit pas chercher à contourner le clivage droite gauche. Historiquement, la gauche a connu ses grandes heures dans les périodes de fort mouvement social. De plus, c’est dans ce contexte que les forces à gauche du Parti Socialiste ont également connu leurs meilleures audiences, implantations et progressions.

B) Vive la gauche d’hier !

Oui, vive la gauche née de l’immense mouvement social et politique des années 1789 à 1794 qui a jeté les bases d’une pratique politique progressiste.

Vive la gauche qui a porté la lutte contre les débris du royalisme totalitaire puis "libéral" de 1815 à 1848, pour la défense des acquis sociaux et juridiques de la Révolution française, pour renouer le lien entre peuple et patrie !

Vive la gauche qui a porté la lutte pour l’amélioration des conditions de vie des milieux ouvriers et populaires du 19ème siècle que les rentiers de droite réduisaient à la misère totale !

Vive la gauche qui a porté la lutte pour les droits sociaux, pour le suffrage universel, pour une République sociale et démocratique !

Vive la gauche qui s’est levée massivement en 1934 dans tous les départements de France pour écraser dans l’oeuf les ligues et partis putschistes de droite !

Vive la gauche qui a imposé les retraites par répartition, la sécurité sociale, le droit des femmes, la réduction du temps de travail... !

Né aussitôt après la Seconde guerre mondiale, je sais pertinemment qu’aucun Résistant n’aurait demandé entre 1940 et 1943 une aide à quelqu’un de droite.

Dès 1940, les premiers réseaux se sont constitués à 99% autour de personnalités locales de gauche. J’ai souvent entendu la plaisanterie « On n’aurait même pas demandé où aller pisser à quelqu’un de droite ». Des dirigeants de la Résistance de départements voisins (Cantal, Lozère...) m’ont confirmé largement ce point de vue, surtout pour les années 1940, 1941, 1942, début 1943.

Pourquoi la gauche a-t-elle fourni les bataillons antifascistes et non la droite ?

- parce que les fondements idéologiques du pétainisme de 1940 étaient ceux de la droite des années 1880 à 1939.

- parce que dès 1924, des personnalités de droite criaient sur le perron de l’église en sortant de la grand messe : Vive Mussolini !

- parce que durant la Guerre antifasciste espagnole, la droite française soutenait partout les armées franquistes et appelait à l’écrasement des Républicains.

- parce que le 10 juillet 1940 : 173 parlementaires de droite sur 174 ont installé légalement en France le fascisme traditionaliste de Pétain

- parce que la droite française s’est souvent positionnée à droite d’Hitler en 1940 en ce qui concerne la politique à mener en France

C) La gauche d’aujourd’hui en transition

Durant deux siècles, c’est dans le cadre de la Nation française que la gauche a pu mettre en pratique certaines orientations. De même pour les autres pays européens. Or, la mondialisation en cours rend difficile cette autonomie des politiques dans un seul pays ; c’est d’autant plus le cas dans le cadre de l’Union européenne qui sert de cheval de Troie à la mondialisation libérale.

Dans ce contexte, le brouillage du message de gauche présente plusieurs raisons objectives :

- La droite et ses multiples relais idéologiques ont toujours tout fait pour nier, moquer, "dépasser" le clivage historique droite gauche gênant pour eux qui descendent des royalistes, des intégristes religieux, des nationalistes colonialistes et des pétainistes. De plus, le nombre de Français se reconnaissant vraiment comme "Français de droite" ne dépasse pas 28 à 35% (droite et extrême droite confondue).

- Le milieu ouvrier et populaire, souvent écrasé sous le rouleau compresseur libéral ( licenciements, précarité, conditions de travail, prix excessifs du logement et du crédit...), n’a pas trouvé dans la gauche au pouvoir un soutien, une protection suffisante. De 1981 à 1991, ce milieu est resté majoritairement ancré à gauche. Le vote significatif pour l’extrême droite dans des quartiers urbains montrait une détresse profonde. En 1993, le milieu ouvrier et populaire s’est largement abstenu. De 1994 à 1997, il est prudemment et progressivement revenu vers un vote de gauche. De 1997 à 2002, le balancier est à nouveau parti vers l’abstention ou pire la dénonciation "Tous pareils", le refus de se situer à droite ou à gauche.

- En 2001 2002, 41% des ouvriers, 38% des employés, 40% des 25/34 ans, 38% des 18/24 ans, 37% des salariés du privé, 37% des femmes au foyer déclarent ne pas s’occuper de politique, ne pas voter, refuser de se situer sur un axe droite droite gauche. Un autre type d’enquête SOFRES a photographié autrement l’explosion du camp social de la gauche de 1983 à 2002 : le sentiment d’appartenance de classe. Il s’est effondré à gauche de 69 % en 81 à 63% en 91 puis 58% en 2002 ; par contre, il a progressé spectaculairement à droite de 53% en 91 à 62% en 2002. Dans une telle situation où en grande partie la base sociale naturelle de la gauche ne reconnaît plus sa représentation institutionnelle, celle-ci ne peut gagner électoralement. D’ailleurs ces enquêtes d’opinion ont été confirmées par les résultats des municipales de 2001 puis présidentielles et législatives de 2002.

- Pour toutes les enquêtes d’opinion, un autre fait contribue à l’atténuation du clivage droite gauche depuis 25 ans : le glissement insensible mais régulier d’une partie significative de l’électorat de droite vers les positions historiques de la gauche. En 1991, 67% des électeurs de droite réclamaient le rétablissement de la peine de mort, en 2002 ils ne sont plus que 52%. En 1991, 62% s’affirmaient contre l’intégration des immigrés ; ce pourcentage est tombé à 41% en 2002. La même évolution se constate en ce qui concerne le travail des femmes, sujet sur lequel l’électorat de droite est resté longtemps très réticent ; en 2002, son attitude très majoritairement positive (78%) est identique à celle de l’électorat de gauche.

- Une dernière explication de l’atténuation du clivage gauche droite mérite qu’on s’y attarde. Il s’agit de la méfiance vis à vis de tout parti, tout élu, tout message politique. Il fallait s’y attendre vu que tous les libéraux et sociaux-libéraux pensent la politique en terme de marketing.

D’après la SOFRES, 69% des Français ne se sentent pas bien représentés par un parti politique ou leurs leaders. 84% estiment que notre pays connaît une "crise du politique", une "crise de la représentation par les élus". Le nombre de citoyens jugeant que les hommes politiques ne se préoccupent pas ou très peu d’eux est passé de 42% en 1977 à 59% en 1997. A la question de la SOFRES "En règle générale, les élus et les dirigeants politiques français sont-ils plutôt honnêtes ou plutôt corrompus ?" 38% répondaient plutôt corrompus en 1977 et 59% n 1997.

J’estime personnellement que les principaux responsables du brouillage du message de la gauche, ce sont les principaux dirigeants du Parti Socialiste.

Quand j’intitule cet article « Vive la gauche d’hier, d’aujourd’hui et de demain ! », je ne compte pas du tout la direction du Parti Socialiste et encore moins le gouvernement de Manuel Valls dans la gauche d’aujourd’hui.

D) Construire une nouvelle gauche pour aujourd’hui et pour demain

L’espérance d’un autre monde possible, fondement de la gauche prend une actualité encore plus forte :

- A l’heure où les inégalités n’ont jamais été aussi fortes en France comme en Europe et au niveau mondial

- A l’heure où le libéralisme tente de redonner des lettres de noblesse aux valeurs rancies de la compétition et de la concurrence

- A l’heure où les fondamentalismes religieux continuent leur multiséculaire combat pour que les humains se plient à l’ordre hiérarchique et répressif voulu par leur Dieu

Il est grand temps que l’agonie de la gauche officielle se termine et qu’une nouvelle gauche soit apte à la remplacer ou au moins à peser suffisamment pour tirer à gauche la masse des adhérents socialistes. Je ne parle pas ici d’une petite troupe en carré, sortant rayonnante de 80 années de défense d’une ligne politique minoritaire. Je souhaite une gauche apte à peser largement sur la conscience et sur les luttes, une gauche apte à la conquête électorale, apte à mettre en pratique ses objectifs.

Cette gauche, 100% à gauche, se construira nécessairement au fil des années à venir et il est bien difficile d’en imaginer les étapes. Ceci dit, je crois qu’elle devra articuler :

- l’alliance avec les partis communistes comme cela a été réalisé en France lors de la campagne du NON en 2005 mais ne pas rester prisonniers de cette alliance qui serait mortifère si elle se pliait aux intérêts spécifiques d’une part importante des élus et dirigeants de ces partis.

- l’alliance si possible avec des courants d’extrême gauche non sectaires tout en faisant très attention à ne pas se laisser glisser vers des positionnements marginalisants

- l’objectif permanent de se faire comprendre par les militants et électeurs socialistes qui représentent aujourd’hui une majorité du peuple de gauche

- la référence au camp social du salariat (ouvriers, employés, techniciens, professions intermédiaires) dans le cadre de la défense du peuple (comprenant tout le précariat de même que les paysans, artisans et commerçants sans salariés...)

- la référence à l’objectif de la république sociale et démocratique sans repli souverainiste

- la prise en compte des questions sociétales particulièrement apparues depuis 1968 (écologie, féminisme, minorités culturelles...). La défense de l’environnement devient décisive ; il s’agit d’un aspect incontournable de l’anticapitalisme du 21ème siècle ; l’alliance avec tout courant écologiste ne partageant pas cette façon de voir l’écologie serait difficile.

- la question de l’unité de la gauche restera la question la plus difficile à manier, nécessaire pour peser sur la réalité du pays, anesthésiante si cet objectif empêche la construction d’une gauche combative absolument indispensable. Entre unité sans rapport de force et discours sans audience réelle, nous devons être capables de trouver le fil de l’eau d’une politique intelligente ; la gauche, c’est aussi cela !

Conclusion

Je sais parfaitement que la référence à la gauche ne constitue pas un socle idéologique suffisamment précis et cohérent pour construire un parti ou même un mouvement sur elle seule. C’est bien pour cela que le sigle Parti de gauche est accompagné des trois mots République Socialisme Ecologie.

Voici trois liens précisant le sens de ces trois références :

8 et 9 avril 2006 : Manifeste Pour la République Sociale

Socialisme ! histoire, anticapitalisme, idéal, camp social, théorie, parti

1er décembre 2012 : Assises du Parti de Gauche pour l’écosocialisme Une journée fondatrice (9 articles)

Jacques Serieys le 17 mai 2006, un peu actualisé ensuite


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