Lettre de Guy Môquet (contexte, message, compléments)

jeudi 16 février 2017.
 

27 résistants fusillés à Chateaubriant Débat de 2008 sur la lettre de Guy Môquet

1) LE CONTEXTE HISTORIQUE

La Seconde guerre mondiale a commencé début septembre 1939. Le 10 mai 1940 commence l’offensive allemande dans les Ardennes ; deux mois plus tard, l’armée française s’est complètement effondrée. Le 10 juillet 1940, les parlementaires de droite ( et un nombre important de "gauche") "élisent" à la tête du pays le maréchal Pétain sur une orientation fasciste traditionaliste de collaboration avec le nazisme. Les élus communistes ne participent plus aux réunions de l’Assemblée nationale depuis l’interdiction de leur parti.

L’armée d’Adolf Hitler occupe une grande partie de la France dont le Nord, l’Est, la Région parisienne et la façade atlantique (Nantes, Bordeaux).

Le 22 juin 1941, l’armée hitlérienne attaque l’URSS qui porte alors en totalité le rapport de force militaire face au fascisme. Le Parti Communiste interdit entre dans la clandestinité ; il est le seul à prendre des initiatives militaires de Résistance : déraillement d’un train de soldats allemands à Nantes... Dans ces conditions, le choix fait par la droite française au pouvoir avec Pétain de tout faire pour détruire le Parti Communiste relève seulement d’une aide directe à Hitler, Franco, Mussolini et compagnie. Dans le cas de Guy Moquet, membre des Jeunesses Communistes, cela se traduit par le fait qu’il a été dénoncé pour distribution de tracts par deux policiers français. Il a été arrêté par des policiers français. Il a été interné suite à un décret de l’Etat français pris à l’encontre des communistes. Il a été gardé par des gendarmes français à Chateaubriant et il sera choisi pour être fusillé par des Français.

La droite française liée à tous les milieux profiteurs du pays ( colonisation...) sort de la période du Front Populaire où elle a vu, horrifiée, des ouvriers bénéficier de congés payés. Se retrouvant au pouvoir grâce à la victoire d’Hitler, elle est décidée à faire payer aussi les syndicalistes de la CGTU qui ont obtenu pour les salariés de nouveaux droits. Cette droite française revancharde emprisonne puis choisit pour être fusillés des syndicalistes comme Timbaud, Poulmarch, Grandel... Prosper Moquet, père de Guy, est cheminot, responsable syndical de la CGTU ; son fils va à coup sûr payer aussi pour lui.

2) Guy Moquet

Prosper Moquet, député communiste du XVIIème arrondissement, est arrêté le 10 octobre 1940 et condamné à cinq ans de travaux forcés.

Son fils aîné Guy, âgé de 16 ans, poursuit ses études au lycée Carnot tout en menant une activité militante avec les Jeunesses Communistes ; il est arrêté le 13 octobre 1940 au Métro Gare de l’Est par des policiers français ; conduit au commissariat il est violemment passé à tabac pour qu’il révèle les noms des amis de son père. Il est important de noter cette date du 13 octobre 1940 ; à ce moment-là l’armée allemande d’occupation se désintéresse complètement de l’arrestation de communistes ; elle ne commencera à s’y intéresser qu’à partir de juin 1941 et de l’attaque sur l’URSS. C’est donc seulement la détermination anticommuniste de la droite française qui porte la responsabilité de son arrestation.

Emprisonné à Fresnes puis Clairvaux, Guy est ensuite transféré au camp de Chateaubriant en Loire Atlantique où étaient détenus d’autres Résistants.

Nous savons que Guy Moquet, malgré une discipline sévère, contribua à apporter un peu de joie parmi les internés, en particulier dans la "baraque des jeunes". Il s’éprend d’une jeune communiste également prisonnière, Odette Leclan.

Le 20 octobre 1941, Karl Hotzle, commandant des troupes d’occupation de la Loire-inférieure (Nantes), est exécuté. Le ministre de l’Intérieur du gouvernement Pétain, nommé Pierre Pucheu, particulièrement anticommuniste, décide en représailles, la mort de 50 militants de la région nantaise dont 27 à Chateaubriant (surtout militants du Parti Communiste et quelques-uns de la Quatrième Internationale,trotskystes). Sur ces 27, 17 ont été choisis par les soins de Pucheu et consorts.

Deux jours plus tard, neuf poteaux sont dressés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant.

Dans les camions qui les conduisent au peloton d’exécution, Guy écrit à Odette son amie du camp, sur un petit bout de papier, regrettant de n’avoir pas eu le baiser qu’elle lui avait promis : " Je vais mourir avec mes 26 camarades. Nous sommes courageux. Ce que je regrette est de n’avoir pas eu ce que tu m’as promis. Mille grosses caresses de ton camarade qui t’aime. Guy."

Les gendarmes français font du zèle anticommuniste au service des nazis. Aussi, la seule réaction face à leurs bourreaux est celle de Jean-Pierre Timbaud qui crache sur le lieutenant de gendarmerie Touya.

En trois groupes, les 27 otages s’appuient aux poteaux, refusent qu’on leur bande les yeux et sont fusillés. Guy Môquet, le plus jeune, est abattu à 16h00.

Avant son exécution, il a écrit une lettre à sa famille où il s’adresse en particulier à "son tout petit frère adoré" pour lui donner ses vêtements. Ce jeune frère de Guy Môquet, Serge, âgé de 12 ans en 1941, sera traumatisé par la mort de son aîné et ne lui survivra que de quelques jours.

3) Lettre de Guy Moquet à la veille de sa mise à mort par les nazis le 22 octobre 1941

"Ma petite maman chérie,

mon tout petit frère adoré,

mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime

Guy

Dernières pensées : Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"

4) Message de Brigitte Blang

Dans ma salle de classe (en Sciences... comme quoi tout est dans tout) sont accrochés le portrait d’Anne Frank, la photo des enfants d’Yzieu, la lettre à la jeunesse d’Émile Zola (où allez-vous jeunes gens ?), la Déclaration des Droits de l’Homme, des posters contre le racisme et autres babioles du même acabit.

Je n’ai jamais connu une seule année scolaire sans que l’un ou l’autre de mes gamins demande :

" C’est qui, la fille, Madame ? "

ou "Les enfants, là, ils sont en colo ? Pourquoi vous avez leur photo ? "

Et là, en douce, sans ostentation, sans pathos non plus, sans qu’on y soit OBLIGÉ, l’histoire vient d’elle-même se glisser dans le cours de SVT, mine de rien.

Fastoche ? Eh oui...

Et Sarkozy n’y est pour rien.

Tant mieux d’ailleurs !...

Brigitte

5) REACTION DE COMMUNISTES A LA DECISION DE NICOLAS SARKOZY

1) La section du PCF Paris 15ème, comme des milliers de communistes de France, exprime son indignation devant l’opération de récupération de la mémoire de Guy Môquet à laquelle s’est livrée hier M. Sarkozy, jour de son investiture.

Elle rappelle que Guy Môquet a été arrêté en octobre 1940 par la police française comme militant communiste. Il était le fils de Prosper Môquet, député communiste déchu de son mandat par les députés qui allaient voter les pleins pouvoirs à Pétain et dont un bon nombre est parvenu à rester aux affaires après 1945. Il a été fusillé par les soldats allemands à l’âge de 17 ans, avec 26 de ses camarades à Châteaubriant le 22 octobre 1941. Ils avaient été désignés comme otages à exécuter par le ministre de l’intérieur de Vichy Pucheu parce qu’ils étaient communistes. Ils sont morts en criant « Vive la France ! ».

Militants communistes, nous dénions formellement le droit à M. Sarkozy de s’approprier cette mémoire. Ses orientations politiques, sa conception de l’histoire sont totalement à l’opposé des idéaux patriotiques de justice sociale, d’égalité, de paix et d’amitié entre les peuples pour lesquels nos camarades sont tombés.

Nous enjoignons nos camarades, les citoyens à exprimer publiquement leur réprobation.

« Vive le Parti communiste qui fera une France libre, forte et heureuse ! » avaient écrit ses compagnons Pourchasse, Barthélémy et Timbaud avant d’être fusillés avec Guy Môquet dont la dernière pensée fut : « Vous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ».

6) Poème

Ils sont appuyés contre le ciel

Ils sont trente appuyés contre le ciel

Avec toute la vie derrière eux

Ils sont plein d’étonnement pour leur épaule

Qui est un monument d’amour

Ils n’ont pas de recommandations à se faire

Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus

L’un d’eux pense à un petit village

Où il allait à l’école

Un autre est assis à sa table

Et ses amis tiennent ses mains

Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent

Ils sont bien au-delà de ces hommes

Qui les regardent mourir

Il y’a entre eux la différence du martyre

Parce que le vent est passé là où ils chantent

Et leur seul regret est que ceux

Qui vont les tuer n’entendent pas

Le bruit énorme des paroles

Ils sont exacts au rendez-vous

Ils sont même en avance sur les autres

Pourtant ils disent qu’ils ne sont plus des apôtres

Et que tout est simple

Et que la mort surtout est une chose simple

Puisque toute liberté se survit

Les fusillés de Châteaubriant de Réné-Guy Cadou (Pleine Poitrine 1946)


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