Marie-Antoinette, "glamour", "rebelle", "d’une générosité inlassable", "princesse Diana" à la française. Et quoi encore ?

mercredi 24 mai 2017.
 

Le 16 mai 1770, Marie-Antoinette, fille de l’empereur d’Autriche, épouse le futur roi de France, Louis XVI.

Le 16 octobre 1793, Marie Antoinette Capet, soeur de l’empereur d’Autriche et ci-devant reine de France est guillotinée. Cet évènement est utilisé aujourd’hui par les conservateurs dans le but de noircir la Révolution française.

Ci-dessous, article de notre site mis en ligne lors de la sortie du film "Marie Antoinette".

D’année en année, l’idéologie libérale ringardise et barbarise la tradition de gauche tandis qu’elle valorise reines, empereurs et milliardaires. Le film de Sofia Coppola "Marie Antoinette" en est une bonne illustration. Il a bénéficié lors de sa sortie d’une publicité phénoménale. Toutes les revues, tous les journaux lui accordaient une large place. Dans la revue de cinéma Studio, la réalisatrice nous livre son fil conducteur : "Faire ce film du point de vue de Marie Antoinette".

1) Marie-Antoinette, psychologie et histoire

Le portrait psychologique individuel ne peut remplacer l’analyse historique.

J’ai connu des individus ayant adhéré à la Milice durant la Seconde guerre mondiale par conviction politique personnelle d’extrême droite ou par suivisme. A titre personnel, comme pères et maris, certains étaient de "braves types". Des cas semblables pourraient être notés sans aucun doute parmi les fascistes de tous les pays d’Europe.

Sofia Coppola aurait pu réaliser un film sur Eva Braun, un officier franquiste ou sur une cadre de camp de concentration. Elle ne l’a pas fait parce que le souvenir de la barbarie fasciste est encore prégnant au sein des populations et prime logiquement sur le portrait psychologique individuel des bourreaux.

La fonction historique de Marie-Antoinette est-elle plus juste moralement que celle d’Eva Braun, d’un officier franquiste ou d’une cadre de camp de concentration ? Je ne le pense pas. En conséquence, cela prime sur son portrait psychologique.

Je n’irai pas voir ce long métrage qui "dresse de Marie Antoinette un portrait idéal et idéalisé" (Ouest France) alors qu’il caricature les sans-culottes républicains en barbares sanguinaires. Je n’irai pas le voir parce que je ne supporte plus de voir les Montagnards de 1793 traînés dans la boue. Ce film apporte sa touche à une offensive idéologique de réhabilitation de la famille royale au détriment de la Révolution française.

Le Nouvel Observateur publie un interview d’ "Antonia Fraser, historienne, épouse du prix nobel de littérature 2005, auteur de nombreuses biographies" dont une sur Marie Antoinette qui a servi de base au script du film". Que dit-elle ? "Quand j’étais une petite fille, je lisais l’histoire de la Révolution française et j’étais déjà trés touchée par le destin de cette femme et de ses enfants... Quand j’ai commencé ce livre, Lady Diana venait juste de mourir. J’ai pensé qu’il y avait de grandes similitudes entre ces deux destins tragiques... Marie Antoinette représente le type même de bouc émissaire féminin... Jacques Hébert voyait la mort de Marie Antoinette comme un sacrifice sanguin, la nécessité de commettre un acte de violence en commun pour en finir avec la veuve Capet".

Le Nouvel Obs livre aussi aux lecteurs la haine connue de Jean Chalon (auteur de "Chère Marie Antoinette") à l’encontre de la Révolution : "Plus personne n’ignore que la reine était d’une inlassable générosité et qu’elle faisait porter du pain à ceux qui en manquaient... La reine était profondément pieuse et n’a jamais manqué d’accomplir ses devoirs religieux. Si elle avait commis le péché d’adultère, son confesseur aurait immédiatement exigé le départ de son partenaire".

Toutes ces balivernes ont pour but d’effacer dans les consciences populaires l’opposition transmise par les écoles publiques d’antan entre d’une part la misère du peuple, d’autre part le faste de la Cour royale. Le Monde du 24 mai considère que le film rend bien cet aspect de la personnalité de Marie Antoinette "une femme ivre de robes, guitares et bijoux, de fêtes et de feux d’artifice... Happenings et bamboulas, overdose de macarons pistache, framboise et citron, flots de champagne, parties de campagne jusqu’au petit jour". Tout cela pour illustrer "l’adolescence éternelle, la hantise de l’ennui" selon le journaliste du Monde, le refus des règles sociales bridant l’"émancipation de cette jeune fille" dans d’autres publications.

Quel était le sort du peuple au même moment ? Retenons de l’enquête réalisée en 1771 cette phrase valable pour toute la province du Rouergue : "On ne saurait fixer le nombre des pauvres, ni distinguer ceux qui ont besoin de secours plus ou moins, dans un temps de misère tel que celui qui court". Les mendiants représentent environ un quart de la population. Lorsqu’ils ne meurent pas assez vite, une partie d’entre eux est enfermée dans des camps comme celui de la Gascarie sous Rodez où leur mortalité s’accroît et soulage la bonne conscience des quelques riches qui se goinfrent. Le pourcentage cumulé des mendiants et des pauvres sous-alimentés avoisine les trois quarts de la population.

Pour finir, Un coup de gueule...

Le réduit où Robespierre passa sa tragique dernière nuit vient d’être rasé pour agrandir la salle présentant la détention de Marie Antoinette. Pourquoi ? Paraît-il pour répondre à l’attente des touristes. Grotesque. Comme si l’intérêt des touristes ne dépendait pas des informations véhiculées par l’école, les médias et des films comme celui de Sofia Coppola.

Et une dernière remarque :

L’objectif du socialisme, c’est l’émancipation de chaque être humain et de toute l’humanité du règne de la nécessité à celui de la liberté. Cette soif de pouvoir vivre sa vie correspond sans aucun doute à un besoin profond des êtres humains eux-mêmes. Pour entrer en écho avec cette aspiration, le cinéma utilise souvent des personnages historiques de catégories sociales privilégiées ; nous pouvons le comprendre puisque c’étaient les seuls à ne pas vivre totalement pliés sous le règne de la nécessité. Marie-Antoinette adolescente eut effectivement un comportement rebelle vis à vis de l’étiquette royale. Nous pouvons le comprendre sans y adhérer. Etre républicain socialiste c’est, à mon avis, choisir un camp social, historique et idéologique sans enfreindre le principe : "Toute licence en art".

http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bp...


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