6 août 1870 à Forbach Spicheren : Les charlots (maréchaux, généraux) à la guerre

mardi 10 janvier 2017.
 

Le 2 décembre 1851, l’armée réussit un coup d’état sanglant au profit de Louis Napoléon Bonaparte qui devient Napoléon 3.

2 décembre 1851 : Coup d’état de Napoléon III

Victor Hugo, opposant exilé, comprend immédiatement la nature de ce régime : un théâtre pour écraser les républicains et amuser le peuple pendant que l’argent-roi fructifie.

Napoléon 3, empereur des crapules autoritaires au service de l’argent roi

Cependant, les intérêts contradictoires des forces sociales et politiques apparaissent de plus en plus ouvertement. Pour tenter de rassembler le pays derrière lui, Napoléon 3 et tous ses proches décident de déclarer la guerre à la Prusse.

19 juillet 1870 Napoléon 3 déclare stupidement la guerre à la Prusse

La France s’engage ainsi très stupidement, dans une logique de guerre contre l’Allemagne qui cessera seulement 75 ans plus tard après des désastres évidents. Cette guerre est d’autant plus stupide que le personnel dirigeant du Second empire peut être caractérisé de particulièrement incompétent.

L’armée française de 1870 était commandée par des branquignoles réactionnaires

A) Le bal des Charlots en "passant par la Lorraine"

Début août, l’armée française est essentiellement groupée dans le département de la Moselle. Trois chefs y jouent un rôle supérieur :

- l’empereur Napoléon 3, malade, indécis, sans qualité militaire

- le général Frossard, commandant du 2ème corps, Gouverneur de son Altesse le Prince impérial (fils de napoléon 3), Président du Comité des Fortifications, postulant au titre de maréchal de France.

- le maréchal Bazaine, jaloux de Frossard, proche de l’impératrice, qui souhaite une défaite militaire en Lorraine pour remporter une victoire politique contre la gauche et les démocrates à Paris.

La première opération menée par l’armée du Rhin consiste à passer la frontière allemande et occuper Sarrebruck le 2 août. Réalisée avec des forces considérables face à un petit millier d’hommes seulement positionnés en éclaireurs, l’opération réussit. Ceci dit, elle révèle un état catastrophique de l’armée, particulièrement du commandement avec sans cesse des ordres et contrordres, des choix stratégiques flous.

La division du général Decaen passe trois jours sans pouvoir faire la soupe ; elle est épuisée de fatigue et complètement démoralisée avant d’avoir tiré un coup de fusil.

B) Disposition des armées en Lorraine au matin du 6 août 1870

L’armée française se regroupe essentiellement entre la Moselle et le Rhin avec un corps d’armée d’élite au centre, formant une avant-garde : le 2ème corps du général Frossard. La gauche est défendue jusqu’à la Moselle par les 3ème et 4ème corps et la droite jusqu’au Rhin par les 5ème et 1er corps. La Garde impériale et d’autres unités sont en réserve à Metz.

La position occupée par le 2ème corps d’armée français en avant de Forbach est décisive :

- elle protège Forbach et la grande route de Sarrebourg (Allemagne) vers Metz

- elle couvre la route de Haguenau Bitche Sarreguemines vers Metz qui relie l’armée française d’Alsace (Mac Mahon) à celle du Rhin (Bazaine)

- elle oblige l’armée allemande à faire sauter ce verrou défensif avant de pénétrer plus avant en France.

La position occupée par le 2ème corps est forte défensivement :

- sur sa gauche, en avant des villages de Stiring et de Schœneck

- surtout sur les hauteurs de Spicheren où elle s’appuie sur un réseau de tranchées couronnant une crête assez escarpée

Le gros de l’armée prussienne s’est rassemblé sur l’axe Mayence Kaiserslautern Neunkirchen Sarrebourg. Il comprend :

- la 1ère armée prussienne (général Von Steinmetz), environ 70000h, comprenant les 1er, 7ème et 8ème corps d’armée

- la 2ème armée prussienne (Frédéric-Charles de Prusse), environ 250000h, comprenant les 2ème, 3ème, 4ème, 9ème, 10ème corps prussiens ainsi que le corps du Wurtemberg et celui de Saxe.

Le 4 août, des troupes allemandes concentrées (3ème armée, 180000h et 500 canons) attaquent une division française (8000h) du 1er corps isolée à Wissembourg au Nord de l’Alsace

4 août 1870 Wissembourg Première défaite des chefs branquignoles

Les chefs militaires français doivent être sur leurs gardes. Eux aussi peuvent subir une attaque.

C) La bataille de Spicheren Forbach ne devait pas être perdue par l’armée française

A l’aube du 6 août 1870, rien ne peut laisser présager une catastrophe dans la journée pour les troupes du 2ème corps.

- > C1) Craignant une trop grande dispersion de ses corps d’armée étirés en cordon sur la frontière, Napoléon 3 et son état-major ont décidé la veille de grouper leurs 2ème, 3ème et 4ème corps sous les ordres du maréchal Bazaine autour de Saint Avold avec le 2ème corps de Frossard toujours en avant garde sur Stiring, Forbach, Spicheren.

Si cet ordre avait été pris en compte rapidement, il aurait permis de faire face aux troupes allemandes qui avançaient vers ce même secteur. Mais l’armée française de 1870 est commandée par des branquignoles très lents à réagir, jaloux les uns des autres, souvent plus mondains que militaires.

Le roi de Prusse et son état-major ayant fixé au 9 août l’attaque vers Forbach. Cela aurait dû laisser le temps aux 2ème, 3ème et 4ème corps français de se concentrer sur Saint Avold Forbach.

- > C2) Le 2ème corps du général Frossard est disposé d’une façon qui rend une attaque surprise sur une division isolée impossible, contrairement à Wissembourg le 4 août.

- Sa 1ère division (général Vergé, 298 officiers et 7 496 sous-officiers et soldats) compte une brigade autour de Stiring (un régiment de chaque côté de la grand route nationale) et une autre sur les hauteurs du Kaninchenberg.

- Sa 3ème division (général Laveaucoupet, 294 officiers et 8 307 sous-officiers et soldats) défend la crête de Spicheren avec une brigade (Micheler) en première ligne et une autre (Doëns) en deuxième sur le Pfaffenberg.

- Sa 2ème division (général Bataille, 306 officiers et 8 363 sous-officiers et soldats) est placée essentiellement en réserve autour de Oeting

- La division de cavalerie du général Valabrègue campe à Forbach avec 5 escadrons détachés auprès des divisions d’infanterie

- > C3) A Wissembourg, ni le chef du 1er corps d’armée (Mac Mahon), ni le chef des troupes placées sur la frontière nord de l’Alsace (Ducrot) ne sont proches du champ de bataille.

A Forbach Spicheren, le problème de la présence du chef militaire ne se pose pas puisque Frossard (chef du 2ème corps d’armée) loge à Forbach même avec son état-major et que Bazaine (commandant des 2ème, 3ème et 4ème corps) se trouve à Saint Avold (environ 20 kilomètres pour parvenir à Forbach).

D) Pendant la bataille, Frossard mange et Bazaine boude !

L’attaque allemande commence vers 9 heures du matin à l’initiative d’un chef de division avec des forces inférieures aux troupes françaises.

Les chefs militaires prussiens

Le chef de la 1ère armée prussienne (Steinmetz) fait preuve d’une grande présence, d’une grande capacité d’initiative, d’une autonomie par rapport aux ordres qu’il a reçus. Il pousse rapidement de nombreux renforts vers les lieux de combat.

Même le chef de la 2ème armée prussienne, plus éloignée, apporte des troupes en complément dès le début de l’après-midi.

Les chefs militaires français font preuve au contraire d’une irresponsabilité sans limite, d’une incompétence totale

- > Le général Frossard, est invité à déjeuner chez le maire de Forbach. Premier informé de l’attaque allemande au matin du 6 août, il ne va pas se rendre compte sur place, ne donne aucun ordre, ne modifie pas son emploi du temps prévu. Ainsi, pendant que les soldats de ses quatre divisions se font tuer sur place, lui, se repaît en bonne compagnie. Notons que les 4 généraux de division ne s’entraident pas, attendant des ordres qui n’arriveront jamais. Après avoir bien mangé et bien bu, Frossard rejoint enfin le front vers 16 heures pour constater qu’il aurait fallu soutenir plus tôt certains secteurs de défense, que de gros renforts allemands s’infiltrent entre Stiring et Forbach, que les positions françaises ne peuvent plus être tenues. Il décide donc la retraite dans les plus mauvaises conditions, retraite qui se transforme rapidement en débâcle même si l’armée allemande poursuit peu ses unités durant plusieurs jours. Vers 19 heures, les derniers défenseurs français de la colline de Spicheren abandonnent le champ de bataille laissant 4708 compagnons morts héroïquement ; le général Frosard et son état-major sont déjà loin ; ils ont pris peur, ne dirigent aucunement l’évacuation des lignes et rejoignent rapidement Sarreguemines.

- > Le maréchal Bazaine fait la tête durent cette journée du 6 août car il est jaloux de Frossard auquel l’empereur a confié la formation militaire de son fils. De Saint Avold où il se trouve avec son état-major (et des troupes), il pourrait rejoindre le front de Forbach en deux heures. Il ne fait rien pour épauler un des trois corps d’armée placés sous ses ordres par l’empereur laissant à la postérité une remarque significative « Que Frossard gagne lui-même son bâton de maréchal »

- > Quant à l’empereur et son chef d’état-major Leboeuf, leur journée n’a pas été perturbée par un combat qu’ils estiment secondaire.

Le lendemain 7 août, toute l’armée du Rhin commence sa retraite vers Metz, abandonnant déjàSsaint Avold et Sarreguemines.


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