Le 18 juin 1940 De Gaulle n’a pas lancé son Appel jusqu’à preuve du contraire

vendredi 3 novembre 2017.
 

1) Le contexte historique du 18 juin 1940

L’attaque allemande commence le 10 mai 1940 en Hollande et Belgique. Le 13 mai, les Panzerdivisions franchissent la frontière française à travers les Ardennes. Le 19 mai, Paul Reynaud (Président du conseil) veut donner plus de poids à son gouvernement ; pour affronter la crise militaire et politique en cours, il fait appel à plusieurs personnalités dont Pétain (vice-président du conseil). Weygand est nommé commandant de l’armée de terre. Mais Rouen tombe le 9 juin, Paris le 14, Orléans le 16, Belfort le 18, Lyon, Clermont Ferrand et Angoulême le 24.

Les soldats français résistent de leur mieux aux armées nazies mais l’imprégnation fascisante de la droite française, du patronat français et du commandement militaire français est trop forte pour que la France ne sombre pas en ce mois de juin 1940.

Les populations civiles fuient par millions sur les routes (6 millions vers le Midi). Le gouvernement (comprenant à présent le général de Gaulle, sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre) se replie vers la Touraine puis Bordeaux (14 juin).

Charles de Gaulle est envoyé par Paul Reynaud en mission auprès de Winston Churchill pour coordonner l’action des deux alliés battus. Le 9 juin, il essaie de persuader le premier ministre d’envoyer en France des forces armées britanniques (dont la Royal Air Force). Le 16, il se rend à nouveau à Londres où Churchill l’utilise pour pousser le gouvernement français à ne pas abandonner le combat face à Hitler puis lui prête un avion pour aller à Bordeaux où le gouvernement français s’est replié. En Gironde, De Gaulle apprend la déroute complète de l’Etat, le remplacement de Reynaud par Pétain, favorable à un armistice avec Hitler. D’ailleurs, le lendemain, Pétain annonce à la radio une demande d’armistice.

De Gaulle repart pour Londres le 17 au matin, toujours avec l’avion prêté par Churchill. Le 17 après-midi, il télégraphie au gouvernement Pétain "pour m’offrir à poursuivre dans la capitale anglaise, les négociations que j’avais commencées la veille au sujet du matériel en provenance des Etats-Unis, des prisonniers allemands et des transports vers l’Afrique" (Mémoires de guerre).

En France même, les premières formes de résistance apparaissent, animées en particulier par des dirigeants et militants communistes malgré le Pacte germano-soviétique.

Résistance : L’appel de Charles Tillon du 17 juin 1940

18 juin 1940 Georges Guingouin commence la résistance

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23 août 1939 Le Pacte germano-soviétique et la Pologne. Réponse à un message de forum

2) " Le texte connu de l’appel est donc un faux"

Le 18, De Gaulle reste en contact permanent avec Churchill et le cabinet britannique. Il voudrait lancer un appel à poursuivre le combat. A partir de sources britanniques, l’historien François Delpla (dont les travaux ont fait partie du dossier officiel de l’UNESCO sur le sujet) résume bien cette journée à Londres : " Le gouvernement anglais se divise profondément sur l’attitude à adopter vis-à-vis de la France, comme sur la continuation même de la guerre contre l’Allemagne, pour le moins mal engagée... Le ministre des Affaires étrangères Edward Halifax est fermement opposé à cette démarche (du Général de Gaulle), et paraît longtemps en mesure de l’emporter sur le premier ministre Churchill, qui n’en fait précisément pas une affaire d’Etat. Le cabinet britannique, réuni le 18 à 12h 30, met carrément son veto, en l’absence il est vrai de Churchill. Du coup la discussion, en ordre dispersé, rebondit dans l’après-midi. Au terme de ces tractations, si de Gaulle parle, c’est après avoir dû amender son texte à plusieurs reprises. Mais la discussion reprend dans la nuit... Le texte connu de l’appel est donc un faux, certes animé des meilleures intentions."

Le général De Gaulle a-t-il prononcé son fameux "discours" sur les antennes de la BBC le 18 juin 1940 ? Jusqu’à preuve du contraire, non. Comme l’argumente François Delpla, il a dû écrire un texte, sans cesse corrigé en fonction de demandes de ses interlocuteurs britanniques, mais il ne l’a pas lu à la radio et rien n’en fait un texte public. D’ailleurs, à ma connaissance, l’enregistrement sonore n’a laissé aucune trace, où que ce soit (alors que les archives de la BBC sont réputées pour leur fiabilité).

J’ai étudié le site http://www.charles-de-gaulle.org pour voir si j’y trouvais un argument contradictoire. Mon point de vue s’est trouvé conforté, par exemple par la phrase ouvrant le site en page d’accueil " « Il n’y a pas eu d’enregistrement (audio ou vidéo) de l’Appel du 18 juin 1940 ».

Dans ses Mémoires de guerre en trois tomes dont le premier s’intitule L’Appel, Charles de Gaulle a l’honnêteté de rester très court sur son "appel du 18 juin" : Le lendemain à 18 heures, je lus au micro le texte que l’on connaît." (page 70 Editions Plon, 1954)

Le Ministère de l’Education Nationale utilise pour ses Centres de Documentation , un logiciel nommé BCDI, comprenant des "Memodocnet" sélectionnés sur le web. Dans la base de celui-ci l’utilisateur peut trouver un lien vers "DOCUMENT : l’appel du 18 juin lancé par Charles de Gaulle depuis Londres". Cliquez et vous admirez une reproduction de l’affiche placardée à Londres... en août 1940.

3) L’appel n’a pas pu être prononcé le 18 juin parce qu’à ce moment-là ni De Gaulle ni Churchill n’affirmait encore une rupture définitive avec le gouvernement français de Bordeaux

Le 19 juin 1940, parmi les ordres et contre-ordres, le gouvernement français n’annule pas la décision de partir à Alger pour se soustraire à l’avance allemande. Les parlementaires reçoivent l’ordre de gagner le Verdon où un paquebot , "le Massilia" est mis à leur disposition. C’est l’amiral Darlan, ministre de la Marine qui signe la note officielle. "Affrété sur les instructions du gouvernement, le paquebot réunit à son bord des Français qui ont dit « non » à la défaite et qu’un seul désir anime : résister. Conformément à la décision prise par le Conseil des Ministres siégeant à Bordeaux, sous la présidence d’Albert Lebrun (président de la république), ils espèrent voir transférer le siège des pouvoirs publics dans les départements d’Algérie, afin de poursuivre la lutte contre l’ennemi sur les terres africaines françaises. Refusant le déshonneur et la honte auxquels l’envahisseur les condamne, les élus de la nation font le choix de quitter la métropole pour incarner en ses territoires la légitimité de la République.(...) tous partent avec la conviction que c’est en quittant la France qu’on peut mieux la servir." (Discours de Raymond Forni sur le site officiel de l’Assemblée nationale).

Le 19, Charles de Gaulle entre en contact avec le général Noguès, commandant en chef des troupes françaises en Afrique du Nord, "pour me mettre sous ses ordres au cas où il rejetterait l’armistice". Dans les jours suivants, il contacte aussi le général Mittelhausser (commandant en chef en Syrie), le général Catroux (gouverneur général de l’Indochine), M. Puaux (haut commissaire au Levant), M. Peyrouton (résident-général en Tunisie)...

Le général De Gaulle engage toutes ces démarches en lien avec le gouvernement britannique qui poursuit le même but : peser sur le gouvernement Pétain et les pouvoirs français dans l’Empire colonial pour éviter que la Grande-Bretagne se retrouve seule en guerre face à l’Allemagne nazie. En particulier, ils espèrent ainsi gagner une partie de la flotte de guerre française, décisive dans le rapport de force face aux armées allemandes positionnées sur les côtes de Normandie, Picardie, Nord de la France et Belgique.

Le 21 juin 1940, le paquebot Massilia (réquisitionné par le gouvernement français) quitte la Gironde pour l’Afrique du Nord (Casablanca) avec à son bord des personnalités politiques importantes décidées à poursuivre la guerre ( Daladier, Mandel, Mendès France, Jean Zay...)

Sur la fin du mois de juin, les Anglais envoient une délégation (de haut niveau : Cooper et Gort) en Afrique du Nord pour proposer au commandant militaire français le concours de leurs forces. Cette dépense d’énergie s’explique par le fait que l’acceptation générale de l’armistice n’était pas jouée avant la fin juin. Le 25 par exemple, le général Noguès, après avoir eu connaissance des conditions allemandes avait informé le gouvernement Pétain qu’il était prêt à poursuivre la guerre. Quant aux généraux Catroux (Indochine) et Legentilhomme (Côte des Somalis), ils maintinrent leur désaccord bien après juin 1940 et furent remplacés.

Le gouvernement britannique espérant encore en l’alliance militaire française, ne peut immédiatement jouer De Gaulle seul plutôt que Reynaud, Mandel ou ensemble Pétain De Gaulle.

De plus, Weygand (ministre de la défense) ordonne le 19 juin au général De Gaulle de revenir en France afin de poursuivre le combat. Si celui-ci avait prononcé son discours sur les ondes de la BBC le 18, quelqu’un l’aurait entendu et en aurait informé le gouvernement ainsi que le commandant suprême des armées.

4) Le mythe du 18 juin 1940 a été construit par les gaullistes pour des raisons politiques

Dès le 18 juin 1941, l’Association des Français de Grande-Bretagne organise une " Manifestation pour commémorer le premier appel du Général de Gaulle : La France a perdu une bataille, elle n’a pas perdu la guerre ".

En 1942, la commémoration prend à Londres un aspect plus institutionnel et plus massif.

En 1943, trois évènements marquent l’anniversaire :

- les cérémonies organisées à Londres, comme les années précédentes

- un discours du Général à Alger " à l’occasion du troisième anniversaire du mouvement de la France Libre ".

- l’inauguration du poste émetteur de Radio Brazzaville, devenue station de puissance internationale

Le 18 juin 1944, Charles de Gaulle choisit Bayeux récemment libéré pour vanter, devant l’Assemblée consultative " le rassemblement national pour la guerre, pour la liberté et pour la grandeur que les Français ont commencé le 18 juin 1940 et qu’ensuite, pas à pas, ils ont poussé jusqu’à son terme "...

" L’appel du 18 juin 1940 n’a eu, n’a revêtu sa signification que parce que la Nation a jugé bon de l’écouter et d’y répondre... Mais puisqu’il fut prouvé depuis, par tant de combats obscurs ou éclatants, puisqu’il est prouvé aujourd’hui, Messieurs, par le magnifique témoignage de votre assemblée et par le concours immense du peuple, que les voies qui ont été définies le 18 juin 1940 étaient bien celles dans lesquelles la Nation entendait faire sa libération et sa rénovation, tous ceux qui la servent et d’abord son gouvernement, n’ont qu’une chose à faire : c’est d’être fidèles aux intentions du pays ".

5) Pourquoi adopter un point de vue critique vis à vis de "l’appel du 18 juin" ?

- parce que ce n’est pas De Gaulle qui a créé la "France libre" par un discours fondateur du "18 juin" mais c’est le début d’existence d’une Résistance en France qui a donné une crédibilité à De Gaulle, que cette crédibilité était dépendante ensuite du lien entre lui et la résistance intérieure. Du 17 à la fin juin 1940, De Gaulle ne parle jamais de résistance populaire, de résistance politique face au nazisme en France. Une telle idée est impensable pour un homme élevé dans une tradition culturelle nationaliste contre-révolutionnaire, plus cléricale et monarchiste que républicaine. Pour lui, continuer la guerre relève du rôle de l’armée, quitte à la poursuivre à partir de "l’Empire colonial" même s’il a reçu très peu de soutien parmi les responsables français (militaires ou civils) présents à Londres ou dans les "colonies" en juin 1940

- parce que la Résistance mérite mieux que des accommodements avec la réalité risquant un jour de jeter le doute sur elle.

- parce que "Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire" Jean Jaurès

- Parce que la valorisation de Charles de Gaulle comme initiateur de la Résistance au nazisme et au pétainisme se comprend de la part de gens qui essaient ainsi de faire oublier que la droite française était majoritairement fasciste en 1940 et que la Résistance était portée à 99% par des gens de gauche convaincus (plus quelques individus, par exemple dans l’extrême droite nationaliste anti-allemande). Reconnaître le "discours du 18 juin" comme " l’acte de foi fondateur de la France Libre" a déjà coûté cher à la gauche à la Libération et depuis la Libération.

- parce que la décision de compter ce discours du 18 juin dans le patrimoine de l’humanité sous la responsabilité de l’UNESCO en fait un document de référence présenté, par exemple en milieu scolaire, comme LA VERITE. Or, nous devons aux enfants de les respecter dans leur crédulité et dans leur confiance envers l’enseignant

- parce que le texte d’inscription de ce discours au patrimoine de l’humanité contredit lui-même la légende gaulliste du 18 juin :

« 18 juin / Installé au 7-8 Seymour Grove, de Gaulle rédige le texte de l’Appel. / Dans l’après-midi, le texte est soumis au cabinet britannique et à Churchill. / En fin d’après-midi, de Gaulle se rend à la BBC et lit son appel au micro de la BBC »

Or, De Gaulle a affirmé toute sa vie ne pas avoir présenté le texte de l’appel au gouvernement britannique.

Les archives de la BBC ne laissent aucun doute sur la date où le général de Gaulle a prononcé de Londres un premier discours d’appel à la résistance : 2 juillet 1940.

http://www.ecpad.fr/ce-film-est-une...

6) L’appel du 2 juillet prononcé par De Gaulle à la BBC

Pourquoi ce discours prononcé le 2 juillet a-t-il été présenté comme datant du 18 juin ?

- parce que des groupes de résistance commencent à se constituer en France autour de personnalités de gauche, en particulier communistes.

18 juin 1940 Georges Guingouin commence la résistance

- Parce que plusieurs appels à la résistance émanant de personnalités de gauche, en particulier communistes, avaient eu lieu plus tôt ; or les milieux gaullistes tenaient à faire du général le père de la résistance, son chef naturel, parce qu’il aurait été le premier.

Résistance : L’appel de Charles Tillon du 17 juin 1940

Qu’est-ce qui rend cet appel crédible le 2 juillet et pas le 18 juin ? parce que Churchill a reconnu De Gaulle comme représentant de la France le 27 juin 1940.

Par ailleurs, l’appel du 18 Juin est très souvent confondu avec le texte de l’affiche « À tous les Français » qui fut placardée sur des murs au Royaume-Uni, en août 1940. L’un et l’autre textes ont été publiés en première page du no 1 du Bulletin officiel des Forces françaises libres le 15 août 1940.

Le premier appel connu du général de Gaulle en juin 1940 est celui du 22 juin, différent de celui du 2 juillet (il n’appelle pas à la Résistance sur le sol français et apparaît plus comme une pression sur le gouvernement Pétain), mais dont l’importance historique ne fait pas de doute :

7) TEXTE DE L’APPEL du 22 JUIN 1940

Le gouvernement français, après avoir demandé l’armistice, connaît, maintenant, les conditions dictées par l’ennemi.

Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l’air seraient entièrement démobilisées, que nos armes seraient livrées, que le territoire français serait totalement occupé et que le gouvernement français tomberait sous la dépendance de l’Allemagne et de l’Italie.

On peut donc dire que cet armistice serait non seulement une capitulation mais encore un asservissement.

Or, beaucoup de Français n’acceptent pas la capitulation ni la servitude pour des raisons qui s’appellent l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la patrie.

Je dis l’honneur, car la France s’est engagée à ne déposer les armes que d’accord avec ses alliés.

Tant que ses alliés continuent la guerre, son gouvernement n’a pas le droit de se rendre à l’ennemi.

Le gouvernement polonais, le gouvernement norvégien, le gouvernement hollandais, le gouvernement belge, le gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.

Je dis le bon sens, car il est absurde de considérer la lutte comme perdue.

Oui, nous avons subi une grande défaite.

Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l’esprit d’abandon du gouvernement pendant ces derniers combats nous ont fait perdre la bataille de France.

Mais il nous reste un vaste empire, une flotte intacte, beaucoup d’or.

Il nous reste des alliés dont les ressources sont immenses, et qui dominent les mers.

Il nous reste les gigantesques possibilités de l’industrie américaine.

Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par cinq mille avions et six mille chars peuvent nous donner, demain, la victoire par vingt mille chars et vingt mille avions.

Je dis l’intérêt supérieur de la patrie car cette guerre n’est pas une guerre franco-allemande, qu’une bataille puisse décider.

Cette guerre est une guerre mondiale.

Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres, aujourd’hui, le resteront demain.

Même les alliés de l’Allemagne resteront-ils toujours ses alliés ?

Si les forces de la liberté triomphent finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d’une France qui se serait soumise à l’ennemi ?

L’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la patrie commandent à tous les Français libres de continuer le combat là où ils seront et comme ils pourront.

Il est, par conséquent, nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible.

Tout ce qui peut être réuni en fait d’éléments militaires français et de capacité française de production d’armement doit être organisé partout où il y en a.

Moi, général De Gaulle, j’entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale.

J’invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l’air, j’invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi. J’invite les chefs, les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l’air, où qu’ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi. J’invite tous les Français qui veulent rester libres à m’écouter et à me suivre.

Vive la France libre dans l’honneur et dans l’indépendance !


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