7 mars 1936 L’Allemagne nazie réoccupe militairement la Rhénanie

mercredi 15 février 2017.
 

De 1920 à 1938, le capitalisme international, la Grande-Bretagne et les USA veulent utiliser l’Allemagne comme fer de lance face à l’URSS. Rien de mieux pour cela qu’un Troisième Reich fasciste. Leurs objectifs prioritaires ne sont pas contradictoires avec ceux des nazis allemands.

- Hitler leur propose une répartition du monde en trois grandes zones d’influence laissant à l’Allemagne l’Europe continentale, en particulier de l’Est.

De nombreuses raisons auraient dû pousser les USA et la Grande Bretagne à moins soutenir financièrement Hitler et à moins le couvrir diplomatiquement.

Dès son accession à la chancellerie de Berlin en 1933, il a fait ouvrir des camps de concentration dont l’ignominie préfigure parfaitement ce qu’ils deviendront ensuite.

Document de mars 1934 sur le premier camp de concentration nazi, ouvert en 1933 : Dachau

"Dachau, dans le camp des meurtriers" Livre d’Hans Beimler paru en août 1933 sur les débuts des camps d’extermination

Génocide de la gauche allemande et des Juifs par les nazis : Nuit de Noël 1933 au camp de concentration extermination de Fuhlsbuettel

Les projets nationalistes, expansionnistes, totalitaires et racistes d’Hitler sont parfaitement connus, d’autant plus qu’il ne s’en est jamais caché.

Si la Grande-Bretagne et les USA avaient voulu marquer une limite à Hitler avant 1938 1939, plusieurs occasions leur ont été offertes. Voici celle du 7 mars 1936.

Suite à la Première guerre mondiale, le traité de Versailles (28 juin 1919) interdisait à l’Allemagne tout mouvement de troupe sur la rive gauche du Rhin et dans une bande de 50 kilomètres sur la rive droite. Si elle violait ces dispositions, ce serait considéré comme un acte hostile envers les puissances signataires (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France...) et comme une atteinte à la paix du monde.

Le traité de Locarno (16 octobre 1925) avait encore renforcé la menace de sanctions en échange d’une évacuation progressive des troupes étrangères présentes dans la Ruhr ; il stipulait qu’une violation de ces points serait considérée comme une agression de la part de l’Allemagne entraînant une action des puissances signataires (dont Grande Bretagne, France, Belgique...) contre elle. De plus, l’affaire devrait être portée devant la Société Des Nations pour y être discutée. L’Allemagne elle-même s’engage dans ces accords à respecter la démilitarisation de la Rhénanie.

De 1929 à 1930, le grand capital international se concerte pour affronter la crise financière et économique. Il en ressort le plan Young ( industriel, homme d’affaires, homme de loi et diplomate américain) qui poursuit le projet de renforcer l’Allemagne comme fer de lance face à l’URSS indépendamment de toute autre considération. Le traité de Versailles devient caduc sur plusieurs points dont celui des "réparations" ; les dernières troupes françaises évacuent la Rhénanie au cours de l’été 1930.

En janvier 1933, Hitler accède au pouvoir. Beaucoup d’hommes politiques de la gauche française comprennent le danger qu’il représente, quelques hommes politiques de droite aussi dont Louis Barthou, élu de droite modérée et ministre des Affaires étrangères.

Celui-ci prend contact avec la Grande Bretagne peu intéressée par une concertation pour contrer Hitler en qui elle voit un excellent allié face au mouvement ouvrier et à l’URSS. Barthou prend également contact avec Moscou qui applaudit à cette initiative et ouvre immédiatement des discussions.

Le 9 octobre 1934, Louis Barthou est tué, probablement pour empêcher une alliance avec l’URSS contre Hitler. La balle mortelle provient de l’arme d’un policier français. Les journalistes et historiens ont depuis longtemps noté des bizarreries dans cette affaire, en particulier le fait qu’un ministre des affaires étrangères n’ait pas bénéficié des soins urgents que son état nécessitait.

Tout est fait pour éviter de clarifier cet acte gravissime ; pour calmer l’opinion publique, les oustachis croates sont désignés comme responsables.

9 octobre 1934 Louis Barthou est tué, pour empêcher une alliance avec l’URSS contre Hitler ?

Le danger représenté par l’Allemagne nazie se précisant de mois en mois, les gouvernements français et soviétiques n’enterrent pas le projet de Traité d’assistance militaire. Cependant, les milieux patronaux internationaux, et en particulier français, mènent une campagne ignoble et systématique contre cette hypothèse.

Le Traité franco-soviétique d’assistance mutuelle, préparé par les ministres des Affaires étrangères, Maxim Litvinov et Louis Barthou est signé le 2 mai 1935.

Il stipule en particulier :

« Le président de la République française et le Comité central exécutif de l’Union des républiques socialistes soviétiques, animés du désir d’affermir la paix en Europe et d’en garantir les bienfaits à leurs pays respectifs en assurant plus complètement l’exacte application des dispositions du pacte de la Société des Nations visant à maintenir la sécurité nationale, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États, décidés à consacrer leurs efforts à la préparation et à la conclusion d’un accord européen ayant cet objet et, en attendant, à contribuer, autant qu’il dépend d’eux à l’application efficace des dispositions du pacte de la Société des Nations, ont résolu de conclure un traité à cet effet. »

« Au cas où la France ou l’URSS seraient l’objet d’une agression non provoquée de la part d’un État européen, malgré les intentions sincèrement pacifiques des deux pays, l’URSS et réciproquement la France, se prêteront immédiatement aide et assistance ».

Le 27 février 1936, une majorité de députés français valident ce traité malgré l’opposition d’une grande partie de la droite qui crie à la trahison bolchevique. L’état-major de l’armée française est également totalement opposé à ce traité et déjà positionné sur la longueur d’onde "Plutôt Hitler que le Front Populaire".

Au début de l’année 1936, Hitler sait qu’il doit rapidement prendre l’initiative de remilitariser la Rhur s’il veut affermir sa popularité en Allemagne et faire exploser l’ accord franco-soviétique avant qu’il ne soit suivi de dispositions concrètes

Il s’agit de leur premier coup de force international. Les laisser faire signifie leur donner envie d’en tenter d’autres, signifie ouvrir la voie au triomphe, au moins conjoncturel, du fascisme en Europe.

La puissance militaire de l’Allemagne nazie reste alors très limitée. « Le 7 mars 1936 était probablement la dernière occasion de porter un coup d’arrêt à la politique du fait accompli du 3ème Reich », comme l’écrit l’historien René Rémond.

En effet, l’état-major de Berlin estime son armée totalement incapable de résister à une réaction française si elle advient en ce mois de mars 1936 et ne soutient pas Hitler sur ce point.

Pourtant, ce 7 mars 1936, 30000 soldats allemands pénètrent en Rhénanie et défilent dans les principales villes (Cologne, Düsseldorf...

L’historien Martin Allen décrit parfaitement la situation en cette journée décisive qui ouvre la voie à la Seconde Guerre mondiale.

Au moment où les troupes de la Reichwehr franchissaient les ponts du Rhin, Hitler attendait à bord de son train spécial. L’atmosphère était tendue, le Führer distant et inquiet, jusqu’à ce que le train s’arrête dans une gare et qu’on lui remette un message. Hitler le lut et poussa un soupir de soulagement en s’écriant " Enfin ! Le roi d’Angleterre ne va pas intervenir. Il tient parole. Cela veut dire que tout va bien se passer."

Le 11 mars, le gouvernement britannique éconduit le représentant du gouvernement français (Flandin) qui souhaite l’accord britannique à une intervention militaire française. "Après tout, les Allemands ne font que revenir dans leur jardin" déclare Lord Lothian. Devant les Communes, le ministre des Affaires étrangères Anthony Eden prend un engagement surprenant " Nous n’avons heureusement aucune raison de supposer que les actions actuelles de l’Allemagne constituent une menace".

Conclusion

Plusieurs dizaines d’années après la fin de la seconde guerre mondiale, laissons Hitler tirer lui-même le bilan du 7 mars 1936. "Si les Français avaient pénétré en Rhénanie, nous aurions dû nous retirer la queue entre les jambes car les ressources militaires dont nous disposions ne nous auraient même pas permis une résistance modeste." (Paul Schmidt, Interprète d’Hitler).

Jacques Serieys


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