Allemagne Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

lundi 5 juin 2017.
 

Confronté à une forte concurrence sur le marché international, une partie importante du patronat allemand des années 1880 à 1914 refuse de reconnaître l’existence des syndicats et bloque le plus possible les concessions en matière de droit du travail, de pouvoir d’achat ou de protection sociale.

Ces chefs d’entreprise fondent des associations patronales et pangermanistes pour combattre, sur une base nationaliste, l’hégémonie social-démocrate dans le mouvement ouvrier. Cette stratégie ne donnant pas de résultat suffisant ils créent des organisations se réclamant de la classe ouvrière et du national-socialisme, utilisant une démagogie anticapitaliste et antisémite : le nazisme est né, bien avant Hitler.

Des associations patronales pangermanistes aux premiers groupes fascistes allemands et au nazisme, nous retrouvons de façon importante les mêmes représentants du patronat, les mêmes secteurs économiques, les mêmes forces para-militaires, les mêmes cadres pour porter la propagande choisie par les bailleurs de fonds.

1) Les secteurs du patronat opposés au choix "démocratique", aux concessions vis à vis des syndicats

« Le but déclaré de l’autre faction de la bourgeoisie (tendance dure représentée par l’industrie lourde et les grands propriétaires terriens, les Junkers) était la soi-disant « nationalisation » des travailleurs allemands et leur « libération » de leurs dirigeants sociaux-démocrates, comme on disait dans leur terminologie » ( Kurt Gossweiler, historien).

1a) Les secteurs opposés au choix "démocratique" : les propriétaires fonciers

Dans de nombreux pays du monde, le secteur de la classe capitaliste le plus actif pour imposer le fascisme a été celui des grands propriétaires fonciers. Cela s’explique par des raisons historiques et idéologiques (importance dans ce milieu de familles anciennement nobles, ayant une vision élitiste et militariste de la société), par des raisons sociales (ouvriers agricoles moins en capacité de se défendre collectivement) mais aussi par des raisons économiques car l’agriculture apporte un retour sur investissement généralement plus faible que la production industrielle.

Au début du 20ème siècle, le noyau dur de ces propriétaires fonciers est constitué en Allemagne par les junkers, héritiers de la noblesse féodale immémoriale allemande (l’Uradel).

Pour comprendre la vision du monde de ces junkers, il faut savoir qu’il s’agit à l’origine de guerriers (Ordre militaire teutonique par exemple) s’accaparant par conquête de terres peuplées par des slaves en Brandebourg, Poméranie, Prusse-Orientale, Silésie, Mecklembourg, Prusse occidentale. Avant 1914, ils obtiennent encore des mesures protectionnistes pour écouler leurs produits et en 1908,une loi d’expropriation permettant d’obliger des propriétaires polonais à vendre leurs terres. Cette spoliation était évidemment contradictoire avec des intérêts individuels mais aussi avec l’aspiration nationale polonaise sur plusieurs de ces secteurs d’où des guerres (que l’on peut faire remonter jusqu’à la bataille de Tannenberg en 1410...). De plus, cette région a aussi été longtemps disputée entre la Prusse, la Pologne, la Russie, l’Autriche et même la Suède d’où le maintien dans cette noblesse terrienne d’une tradition militaire extrêmement forte. Le fait que beaucoup de ces junkers faisait carrière dans l’armée du Kaiser (comme Paul von Hindenburg ) puis du Fuhrer (comme von Rundstedt) dans la première moitié du 20ème siècle , n’a pas amélioré leur sensibilité démocratique.

Pour comprendre la vision du monde de ces junkers, il faut savoir aussi qu’ils exploitent généralement leurs terres sur le modèle extensif des latifundia avec le même type de rapport au monde que les latifundistes d’Amérique du Sud qui ont toujours cherché, eux aussi, à imposer politiquement des dictatures.

1b) Les secteurs opposés au choix "démocratique" : le patronat des industries baignant dans le commerce international

Les secteurs du patronat tournés vers l’exportation ont toujours eu tendance à privilégier leurs seuls intérêts pour affronter la concurrence internationale, se préoccupant peu des droits de l’homme, du droit du travail et autre baratin les affaiblissant économiquement. Ainsi, l’industrie lourde allemande (mines, métallurgie, construction navale...) de la "Belle époque" s’impose de plus en plus en plus sur le marché européen et mondial. La compétition est tellement rude, en particulier face à la Grande Bretagne, aux Etats Unis et à la France que ces patrons allemands refusent la constitution de syndicats dans "leurs" entreprises n’autorisant que des ‘Werkverein’ (comités d’entreprise), des syndicats maison tenus par eux. De même, ils s’opposent sans cesse au fait de négocier des concessions avec les syndicats.

1c) Les secteurs opposés au choix "démocratique" : dans la haute administration

Au cours du 19ème siècle, les hauts postes civils de l’Etat prussien puis allemand ont été occupés par un grand nombre de fonctionnaires d’esprit étroit, réactionnaire et nationaliste. La forte présence de junkers (Otto von Bismarck) dans ce milieu n’explique pas tout. Parmi eux comme bien souvent, l’idéologie de l’intérêt général du pays recoupait facilement l’intérêt du frère général.

1d) Les secteurs opposés au choix "démocratique" : le capitalisme financier

Un dernier secteur du capitalisme est naturellement éloigné de soucis démocratiques, c’est celui de la finance car il ressent moins au jour le jour le besoin d’intégration des salariés que celui des patrons du secteur productif. Nous y reviendrons.

1e) Responsabilité globale du patronat, de la droite, de l’Etat et des médias dans le développement de l’extrême droite pré-nazie

Le patronat n’ayant réussi à unifier l’Allemagne que dans la seconde moitié du 19ème siècle, connaissait un retard important par rapport à la Grande Bretagne et à la France dans l’accaparement des richesses, des colonies et des marchés mondiaux. Aussi, ses principaux dirigeants comme ceux de la droite et de l’Etat stimulent un pangermanisme communautariste qui va largement contribuer à créer un espace politique pour le futur parti nazi.

Les médias jouent également un rôle important dans la montée du pangermanisme avant 1914. Aussi, le sentiment militariste paraît bien plus fort à Berlin qu’à Londres ou Paris lors du déclenchement des hostilités. Les chants patriotiques résonnent sans cesse Wacht am Rhein, Heil dir im Siegerkranz, Deutschland, Deutschland über alles...

Le déclenchement de la première guerre mondiale renforce cette primauté du nationalisme. L’empereur déclare le 2 août 1914 devant la population puis le 4 devant les députés : "Je ne connais plus de partis. Je ne connais que des Allemands." La dictature militaire d’Hindenbourg et Luddendorf va concrétiser cette affirmation.

2) Le patronat allemand dur avant, pendant et après la première guerre mondiale : fondation d’associations nationalistes

Depuis la naissance de l’Empire allemand, l’Etat et le patronat moderniste avaient réussi à faire valoir bon gré mal gré aux forces réactionnaires que leurs intérêts justifiaient des concessions à la classe ouvrière ( très influencée et organisée avant 14 par la social-démocratie) en échange d’une certaine paix sociale et d’une intégration progressive d’élus politiques et bureaucrates syndicaux dans les rouages du système.

Durant la première guerre mondiale, le Parti social-démocrate soutient l’effort de guerre alors que le milieu ouvrier retrouve peu à peu ses réflexes de classe en raison de l’hécatombe et des sacrifices engendrés par le conflit. Le Parti social-démocrate, impliqué dans la logique guerrière du gouvernement, perd peu à peu sa capacité à intégrer la classe ouvrière dans le système en place. En conséquence, l’orientation du pôle moderniste du patronat perd aussi, peu à peu, une partie de sa crédibilité.

Les gouvernants et capitalistes allemands de tendance dure constatent qu’ils ne pourront gagner la guerre sans disposer de relais idéologiques au sein du milieu ouvrier. Leur objectif consistant à soutenir des organisations ouvrières et populaires disputant au socialisme et au syndicalisme, par une idéologie nationaliste, le leadership dans les entreprises, retrouve une fonction majeure . Les premières organisations fascistes et en particulier le parti nazi vont naître de ce projet.

2a) Le Parti de la Patrie Allemande ( Deutschen Vaterlandspartei, DVLP)

Les débuts de la Révolution russe de février à l’été 1917 montrent le danger d’une coupure totale entre ouvriers et soldats d’un côté, dirigeants économiques et politiques de l’autre.

Durant l’été 1917, plusieurs évènements montrent en Allemagne même que le peuple n’en peut plus de la guerre et risque de s’en prendre aux élites du pays :

* manifestation à Wilhelmshaven le 2 août.

* mutineries dans la marine de guerre le 5 août...

Aussi, une partie significative du grand patronat et des junkers lancent le Deutschen Vaterlandspartei (DVP) Parti de la Patrie Allemande qui regroupe diverses associations nationalistes (

Ce nouveau parti entretient des liens "étroits et explicites" avec de grands patrons représentants de l’industrie lourde comme Alfred Hugenberg, membre fondateur en 1891 de la Ligue pan-germanique (Alldeutscher Verband), grandi dans le sérail patronal (fonctions dirigeantes dans la banque et la métallurgie), président du conseil d’administration du producteur d’armes Krupp, , patron depuis 1916 d’un conglomérat d’édition, de cinéma, de presse et de publicité.

Citons déjà quelques représentants de l’industrie lourde comme Paul Reusch, Emil Kirdorf et Albert Vögler

L’article de Wikipedia concernant Drexler définit assez bien le Deutschen Vaterlandspartei (DLVP) (en allemand : Parti de la patrie allemande) dirigé par la « bourgeoisie monopoliste » et les junkers conservateurs. Anton Drexler prend alors la direction à Munich d’organisations ouvrières destinées, sous l’impulsion des milieux nationalistes pangermanistes, à tenter de conquérir la classe ouvrière au nationalisme au détriment du marxisme.

Les junkers pèsent effectivement lourd dans la constitution de cette association pré-fasciste avec par exemple le choix de la ville de Königsberg (capitale de l’Ordre teutonique puis de la province de Prusse, tête de pont au coeur des populations slaves, polonaises et lituaniennes) pour le congrès de fondation.

Ce parti recrute sur le mythe pangermaniste un certain nombre de cadres de milieu populaire que l’on retrouvera ensuite parmi les nazis comme Anton Drexler. Cependant, le type de dirigeant choisi est à ce moment-là contradictoire avec l’objectif d’implantation et d’audience large en milieu ouvrier :

Président : l’amiral Alfred von Tirpitz, symbole de l’impérialisme allemand durant les années d’avant-guerre.

Co-président : le monarchiste Wolfgang Kapp qui représente les junkers de l’armée par ses liens avec le Général Ludendorff favorable à une dictature militaire.

Président d’honneur : Duc Jean-Albert de Mecklembourg, général des colonies, époux de la princesse Élisabeth de Saxe-Weimar-Eisenach puis de la princesse Élisabeth de Stolberg-Rossla.

Le Parti de la Patrie Allemande ayant échoué à gagner une popularité dans les milieux ouvriers, les mécènes patronaux se tournent vers des projets portés par des cadres de milieu populaire. C’est ainsi que se créent durant l’été 1917, en plein processus révolutionnaire russe et après les grèves allemandes du même été :

- Le Parti de la Patrie Allemande dont nous venons d’aborder l’origine

- le Comité libre pour une paix des ouvriers allemands

- la Société de Thulé

2b) Comité libre pour une paix des ouvriers allemands (Für de Freier Ausschuss einen deutschen Arbeiterfrieden)

Cette nouvelle association n’est pas fondée dans un fief symbolique des junkers comme Königsberg mais dans le port de Brême, cher aux matelots et au mouvement ouvrier.

Le nom lui-même de l’association comprend trois mots aptes à gagner une sympathie populaire et ouvrière à ce moment-là : libre pour faire croire à une indépendance vis à vis du patronat et du pouvoir, paix tant espérée et ouvrier, incontournable même s’il écorche les bailleurs de fonds de l’extrême droite. S’ajoute évidemment allemand vu que l’axe de propagande doit rester essentiellement nationaliste.

Durant les premiers mois de l’année 1918, ce « Comité libre pour une paix des ouvriers allemands » présente déjà plusieurs caractéristiques essentielles du nazisme : nationalisme virulent, anti socialisme marxiste, valorisation des Aryens et antisémitisme, positionnement propagandiste ni gauche ni droite, dénonciation du capitalisme international pour gagner des sympathies populaires mais lien réel très fort des dirigeants avec la droite dure et le patronat. Anton Drexler, responsable du groupe de Munich, représente parfaitement ce type de cadre politique.

2c) La Société de Thulé

Les historiens soulignent le rôle direct de l’organisation nationaliste Société de Thulé dans la naissance du nazisme. Au départ, il s’agit d’une association bourgeoise germaniste munichoise. Le baron Rudolf Glaner von Sebottendorf en est la personnalité majeure. Ingénieur, franc-maçon, passionné de numérologie, astrologie et alchimie ce personnage complexe et sans-papier (nationalité turque) bénéficie d’un tel financement de banquiers allemands et internationaux qu’il peut louer à Munich à l’hôtel des Quatre Saisons, cinq grandes salles pour sociétés à dater du 1er juin 1918. C’est là qu’il fonde en août la Société de Thulé, société « secrète » qui va donner au parti nazi : une base idéologique, une tradition paramilitaire (Milice civique de Munich, corps franc d’Oberland) et des dirigeants :

- Alfred Rosenberg, ingénieur-architecte, germano-balte marqué par l’affrontement avec la révolution russe en 1917 1918, futur rédacteur en chef du Völkischer Beobachter, organe du parti nazi, futur « Ministre du Reich pour les territoires occupés de l’Est »

- Hans Frank (Reichsleiter du parti nazi, deuxième grade après fuhrer), également activiste dans le groupe paramilitaire antidémocratique Freikorps Epp, futur ministre, connu comme "bourreau de la Pologne" durant la 2ème guerre mondiale

- Rudolf Hess, élevé en Egypte dans un milieu communautariste germaniste, combattant durant toute la première guerre mondiale, activiste lui aussi du Corps franc de Franz von Epp face à la révolution allemande, secrétaire particulier puis adjoint d’Hitler, futur 3ème personnage de l’Etat nazi.

- Gottfried Feder, père idéologique d’Hitler sur des questions importantes comme l’opposition à la "finance juive internationale"

- Dietrich Eckart qui assurera le premier lien entre industriels et Adolf Hitler, qui lui fera donner des cours de rhétorique... d’où la dédicace de Mein Kampf à « un des meilleurs, l’homme qui a consacré sa vie à réveiller son peuple, notre peuple, par la poésie et par la pensée, et finalement par l’action : Dietrich Eckart »

- Karl Harrer, Paul Tafel (directeur d’usine), Bernhard Rudolf Stempfle (moine théologien, futur contributeur de Mein Kampf)...

2c) Le Politischer Arbeiterzirkel (Outil politique des ouvriers allemands)

Il s’agit de la dernière création d’une organisation d’extrême droite allemande durant la Guerre.

Fondé en octobre 1918, il est dirigé par Anton Drexler (déjà rencontré dans le Parti de la Patrie Allemande et dans le Comité libre pour une paix des ouvriers allemands) et Karl Harrer (Société de Thulé).

Il est utile de signaler ce groupe en raison du jalon qu’il représente vers la création du parti nazi.

3) Du Parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiterpartei, DAP) au Parti national Socialiste

A l’automne 1918 et durant l’hiver 1919, le peuple allemand se mobilise massivement et radicalement contre les élites économiques et politiques qui l’ont mené dans l’impasse et la misère. Le patronat allemand veut lui, conserver ses profits et son statut privilégié ; il pousse alors fortement à la naissance d’un véritable parti de droite disputant au socialisme et au communisme l’hégémonie idéologique sur une base nationaliste et antisémite.

Ainsi naît le Parti ouvrier allemand, porté sur les fonds baptismaux par la Société de Thulé qui lui apporte financement et dirigeants (Karl Harrer premier président du parti). Anton Drexler en est le principal artisan et chef de la section munichoise.

3a) Hitler parmi les premiers membres du Parti Ouvrier Allemand

L’armée joue un rôle décisif durant toutes les années avant la création du parti nazi, à sa naissance en 1921, pour le protéger (1923), pour favoriser son développement.

Ainsi, le capitaine Karl Mayr (chef de la section du renseignement militaire en Bavière) « voulait faire du parti ouvrier allemand une forte troupe d’assaut pour le combat contre la République » et c’est pourquoi « il y envoya quelques-uns de ses protégés, parmi lesquels Adolf Hitler ».

La couille d’Hitler, les fripouilles et les andouilles

Le caporal Hitler prend donc contact avec les dirigeants du DAP parce qu’il en est chargé par ses supérieurs. Sa première présence date du 12 septembre 1919 dans la "Leiberzimmer, ancienne brasserie Sternecker, à Munich ». Il raconte lui-même dans Mein Kampf :

- dans quelles circonstances il intervient durant la réunion, gagnant la sympathie du groupe d’extrême droite.

- l’importance de la brochure de Drexler « Mon réveil politique » dans son évolution vers le DAP

- son adhésion

- son premier discours public au nom du DAP dans la Hofbräuhaus Keller (brasserie) devant un public assez fourni « Cette fois le succès fut vraiment étonnant."

- comment il devient le principal orateur du DAP puis le responsable à la propagande

3b) La gauche socialiste, communiste et le mouvement ouvrier principaux ennemis du DAP

Mein Kampf est extrêmement clair sur ce point. Seuls des "libéraux" mal intentionnés peuvent chercher une origine du nazisme dans le mouvement ouvrier et socialiste :

«  Si les rouges ne prêtaient guère attention à des clubs bourgeois bavards, dont le caractère profondément candide et, par suite, l’innocuité leur étaient bien mieux connus qu’aux intéressés eux-mêmes, ils étaient, au contraire, décidés à liquider par tous les moyens un mouvement (comme le DAP) qui leur paraissait dangereux. Or ce qui, dans tous les temps a agi le plus efficacement, c’est la terreur, la violence.

Les imposteurs marxistes devaient haïr au plus haut point un mouvement dont le but avoué était la conquête de cette masse qui jusqu’à présent, était au service exclusif des partis juifs et financiers marxistes internationaux.

Déjà le titre : « Parti ouvrier allemand » les excitait fort. »

3c) Le DAP gagne une audience de masse à Munich

Le 24 février 1920, il organise une réunion (toujours dans la Hofbräuhaus) devant près de 2000 personnes ; le service d’ordre réduit au silence les opposants venus perturber l’initiative. Ensuite Hitler présente chacun des 25 points du programme.

« Au bout de quatre heures environ, la salle commença à se vider... Et je sentis alors qu’allaient se répandre au loin parmi le peuple allemand, les principes d’un mouvement que l’on ne pourrait plus désormais condamner à l’oubli. Un brasier était allumé : dans sa flamme ardente se forgerait un jour le glaive qui rendra au Siegfried germanique la liberté et à la nation allemande, la vie. Sous mes yeux, le relèvement se mettait en marche. Et je voyais en même temps la vengeance inexorable se dresser contre le parjure du 9 novembre 1918. »

Notons surtout que ces 25 points du DAP préfigurent complètement l’idéologie nazie : pouvoir central totalitaire, Grande Allemagne avec le retour au pays des territoires habités par des minorités germanophones (Tchécoslovaquie, Pologne, France...), persécution des juifs, contrôle de l’enseignement pour mettre fin en particulier à l’esprit critique, démantèlement des grands magasins au profit des petits commerçants, "germanisation" du droit public...

3d Du DAP au NSDAP

Le 8 août 1920, le DAP est rebaptisé NSDAP, l’ajoût national-socialiste s’expliquant toujours par l’objectif de combattre idéologiquement le socialisme sur une orientation privilégiant la nation.

Les fondateurs du DAP jouent encore un rôle très important dans le NSDAP. C’est le cas :

- d’Anton Drexler,

- d’Adolf Hitler

- d’Alfred Rosenberg, Hans Frank, Karl Harrer, Gottfried Feder et Dietrich Eckart déjà rencontrés dans la Société de Thulé

Nous devons signaler aussi :

- le capitaine Ernst Röhm, officier durant la guerre, actif ensuite dans le Freikorps Epp, organisation paramilitaire de droite,, membre en 1919 de l’état-major de la Reichswehr en Bavière. Sa présence apporte un nouvel indice du rôle décisif de l’armée dans la naissance et le développement du parti nazi puisqu’il est officier d’état major du chef d’infanterie de la division bavaroise, le chevalier von Epp. C’est ce Ernst Röhm qui va multiplier les sections d’assaut dans tout le pays et terroriser la gauche.

- Hermann Esser, rédacteur en chef du Völkischer Beobachter.

3e) Le soutien de l’armée au NSDAP (Parti national-socialiste des Ouvriers allemands)

Nous avons déjà pointé le soutien de l’armée allemande au parti nazi dès sa première année. Ajoutons un exemple extrêmement important : Franz Ritter von Epp, chef du corps franc ayant porté son nom, officier supérieur de la Reichswehr dans laquelle il va être promu général major, met à la disposition du NSDAP 60 000 marks provenant des fonds secrets de l’armée afin de permettre le rachat du Völkischer Beobachter (source : Ian Kershaw, Hitler).

Cette affaire est effectivement décisive. Elle fait de Hitler un instrument de l’état-major, du NSDAP une officine du clan fasciste dirigeant l’armée. Hitler peut refuser la fusion des organisations d’extrême droite car il dispose seul d’un outil de propagande de masse (le Völkischer Beobachter) ; il peut réorganiser la direction à sa guise ; il peut créer partout des sections d’assaut semant la terreur parmi les militants de gauche et syndicalistes ; il peut faire parader ses troupes dans les grandes avenues avec une grande violence. Les 14 et 15 octobre 1922, les SA dirigés par Hitler lui-même s’attaquent à une manifestation du parti Social démocrate qui se voit obligé de reculer puis de se dissoudre. Cet épisode donne au NSDAP une gloire et une légitimité considérables dans la droite dure, l’armée et le patronat allemands.

Le rôle actif de Franz von Epp valide aussi le lien établi par Hannah Arendt entre colonialisme et fascisme ; en effet, celui-ci a commencé ses exploits comme chef de compagnie lors du génocide des Hereros.

11 août 1904 : le peuple herero de Namibie est écrasé par les troupes coloniales allemandes

4) Patronat allemand, naissance et développement du nazisme

Cette question est évidemment restée conflictuelle entre historiens de droite et de gauche. Les archives concernant le financement du parti nazi ont disparu grâce à la complicité probable de quelqu’un préférant faire table rase. Le célèbre historien L’historien Richard Paxton rappelle que « l’examen détaillé des archives de l’industrie montre que la plupart des hommes d’affaire allemands, prudents, contribuèrent à toutes les formations politiques non marxistes ayant la moindre chance de barrer la route aux marxistes ». Les nazis en auraient donc profité mais pas plus que les autres.

Plusieurs éléments connus me permettent de penser que le financement patronal fut décisif dans le développement du parti nazi avant son arrivée au pouvoir.

* A la fin de la première mondiale, August Thyssen, le plus grand producteur militaire d’Allemagne, a transféré son butin aux Pays-Bas pour ne pas payer les dédommagements exigés par le traité de Versailles. Les historiens sont certains d’un versement sur cette cagnotte de 100 000 marks-or au parti nazi en 1923 remis par l’intermédiaire du général Ludendorf. Les effectifs de l’organisation bondissent aussitôt. De 1925 à 1933, Thyssen continue à verser ses subsides au parti nazi.

* Otto Dietrich, lien d’Hitler auprès des magnats de l’industrie lourde et chargé de presse auprès de celui-ci écrit que le führer veilla toujours à " cultiver les grands magnats de l’industrie" tellement il en avait besoin.

* Hitler veilla aussi à cultiver les banquiers ; Schacht, ex président de la Banque centrale allemande, procure au NSDAP les subventions des grandes banques, au moins à partir de 1930. En échange, les nazis ne soutiennent pas la nationalisation des banques et un taux maximum d’intérêt au Parlement.

* Le rôle du banquier Kurt Freiherr von Schröder, membre des SS, dans l’ascension politique d’Hitler est connu par son financement mais aussi par son action politique ; c’est lui qui organise l’entrevue secrète entre Hitler et Franz von Papen du 4 janvier 1933, précédant l’arrivée de Hitler au pouvoir quelques semaines plus tard. Parmi les grands banquiers pourvoyeurs de fonds au parti nazi avant sa prise de pouvoir comme après, citons aussi le directeur de la Deutsche Bank und Disconto-Gesellschaft, Emil Georg von Stauss.

* Après la Première guerre mondiale, les dollars américains permettent le regroupement de toute l’industrie sidérurgique allemande dans les Aciéries réunies rapidement florissantes. Friedrich Flick​ possède les deux tiers de ces Vereinigte Stahlwerke ( houille, acier, DaimlerChrysler...) Or, il s’agit d’un membre influent du parti nazi, ami proche de Heinrich Himmler​. Une partie significative des bénéfices financent la Schutzstaffel (SS). Les Vereinigte Stahlwerke vont produire 50,8 % du fer, 41,4 % des tôles d’acier, 35 % des explosifs et 22,1 % du fil d’acier de toute l’Allemagne nazie grâce au travail des "prisonniers".

* Grâce aux liens de Thyssen avec le patronat américain, La banque Dillon, Read & Co est utilisée par Standard Oil​, Ford, General Electric​, Du Pont​ et ITT pour financer Hitler.

* En 1926, le patronat allemand permet à Hitler de faire le tour du pays devant des assemblées de grands entrepreneurs. But essentiel : obtenir des aides financières.

* En 1927 Wilhelm Keppler, industriel de la chimie, adhère au NSDAP.

* De 1927 à 1933, le cartel minier de la Ruhr verse des aides très substantielles aux nazis, grâce en particulier à Emil Kirdof, le "roi du charbon" de la Ruhr, par ailleurs adhérent du parti nazi ayant des relations amicales avec Hitler, invité d’honneur du congrès national du NSDAP à Nuremberg.

* Fin septembre 1930 Walter Tengelmann, directeur de la Gelsenkirchner Bergwerk AG, adhère au NSDAP.

* Hitler arrive au pouvoir (1933) grâce à la puissance de ses groupes paramilitaires (SA et SS). Il ne faut pas croire qu’il s’agissait de bénévoles. William Manchester, auteur d’un ouvrage consacré à la famille Krupp, estime qu’en 1932 le seul entretien des SA coûtait plus de deux millions de marks par semaine.

* A l’automne 1930, Hjalmar Schacht, ex-président de la Reichsbank , intervient aux États- Unis pour convaincre les hauts représentants de la finance américaine qu’il est dans leur intérêt de soutenir les nazis pour leurs investissements en Allemagne et pour affronter le bolchevisme. Il réussit à gagner de nombreuses sympathies.

* "Fin 1930 Walter Funk, jusque-là éditeur du journal destiné à la grande bourgeoisie Berliner Börsenzeitung, adhère au NSDAP et devient conseiller économique de la direction du NSDAP et homme de contact avec les milieux de la banque et de l’industrie"

5) Allemagne 1931 1932 Patronat, armée et droite marchent au nazisme

6) 11 octobre 1931 Front de Harzburg (nazis, droite, patrons, militaires...)

7) Hitler : Diable, malade mental ou fasciste normal ?

8) 28 février 1933 L’Allemagne devient un immense camp de concentration

Sources

http://documents.actionantifasciste...


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message