Révolution française : Le processus révolutionnaire

jeudi 9 novembre 2017.
 

- 1) Rapprochement entre 1789 et 2016
- 2) 8 août 1788 : Louis XVI convoque les Etats Généraux
- 3) Une révolution sans avant-garde révolutionnaire
- 4) L’intervention populaire est le véritable moteur de la Révolution française

1) Rapprochement entre 1789 et 2016

Le processus révolutionnaire de 1789 comprend 3 dimensions, troublantes en ce qu’elles rappellent furieusement le moment que nous vivons :

1) Des causes qui le précèdent et qui illustrent un état d’urgence politique.

2) Une participation populaire sans précédent dans le changement politique, lors de la période « ascendante » tout au moins (1789-1794).

3) Des réalisations liées au projet révolutionnaire visant manifestement l’avènement de la République sociale, se rapportant toutes aux registres de l’émancipation

Avant la Révolution française, les conditions de l’état d’urgence politique sont réunies

Les ingrédients de l’état d’urgence sont tous présents :

a) La crise financière est extrême.

L’Etat royal est en banqueroute. Les réformes fiscales sont bloquées par une résistance féodale féroce. La tension est inouïe entre une aristocratie qui tient les Parlements (c’est-à-dire le pouvoir délibérant et judiciaire de l’époque). Elle entraîne donc une tension de type institutionnel.

b) La crise institutionnelle est consommée

Le pouvoir politique ne maîtrise plus grand chose. Oscillant entre des orientations contradictoires, son parole perd de plus en plus son crédit et son fonctionnement s’apparente de plus en plus à une clownerie.

Il se protège derrière :

- des rites dont les journées du 5 mai et du 20 juin 1789 constituent de bons exemples :

4 et 5 mai 1789 : Ouverture des Etats généraux à Versailles

20 juin 1789 Serment du Jeu de Paume, symbole du combat pour la souveraineté populaire

- des relais idéologiques, en particulier l’Eglise catholique dont les sermons dominicaux dans chaque paroisse jouent la fonction du 20h d’aujourd’hui

- des courtisans confidents, parfois ministres, n’ayant guère plus de recul sur les impasses du système qui les a produits que les énarques aujourd’hui.

- et surtout, sur les forces de l’ordre et des décisions judiciaires souvent iniques, instruments indispensable de tout pouvoir politique en crise.

c) La crise politique s’ancre dans les contradictions de la société

Outre l’opposition entre l’aristocratie et le pouvoir royal, la crise prend corps au travers de la tension qui règne entre l’aristocratie toujours et le nouveau monde de la bourgeoisie.

Face à l’accroissement du pouvoir des banquiers, la noblesse décline mais les nobles réagissent violemment sentant parfaitement la menace.

d) La crise sociale submerge l’ensemble.

Les « petits » se retrouvent au beau milieu de cet affrontement entre « gros », de sorte que se développe à son tour une crise sociale massive.

On trouve des manifestations de cette crise dans le développement exponentiel de la « chicane », c’est-à-dire du contentieux judiciaire dû précisément aux troubles institutionnels. Cela signifie que le consentement à l’autorité décline.Ceci n’est pas sans rappeler le développement des contentieux de toutes sortes à l’heure actuelle, traduisant l’insatisfaction générale et la contestation de l’ordre établi.

e) La conjoncture climatique exceptionnelle n’arrange rien...

Durant l’année 1788-1789, on rapporte que l’été a été caniculaire et l’hiver glacial si bien que la situation du ravitaillement est tout bonnement dramatique.

Ces éléments se rapportent à tous les registres de crise possibles. Autant dire que tous les voyants sont au rouge !

L’exacerbation des tensions n’aurait peut-être pas été telle si le personnel politique au pouvoir avait été à la hauteur. Mais rien ne vient apaiser les crises.

Autrement dit, aucune réponse politique n’est apportée à l’état d’urgence pourtant avéré.

2) 8 août 1788 : Louis XVI convoque les Etats Généraux

Le roi prend cette initiative pour essayer de trouver une solution au problème de la dette publique.

En fait, la préparation des Etats généraux va faire mûrir la conscience du peuple et son intervention directe. En fait, ces Etats généraux vont aboutir à la prise du pouvoir politique par les députés devenus Assemblée nationale.

Louis XVI et ses ministres étaient-ils des imbéciles ? Non. Ils ont simplement été dépassés par un processus complexe où des privilégiés voulant en revenir à l’institution médiévale des Etats généraux ouvrent la voie à la mobilisation démocratique la plus puissante des deux derniers millénaires.

La mobilisation populaire va générer un processus de glissement du pouvoir politique national vers un courant réellement démocrate révolutionnaire, réellement républicain.

Le processus politique de la révolution est lancé par des aristocrates souvent conservateur, émanant particulièrement des Parlements. Ils veulent profiter des difficultés de la royauté pour retrouver un rôle politique significatif. Avant mai 1789, ils n’imaginent pas un dépassement de la division de la société par ordre ; ils n’imaginent absolument pas un Etat sans royauté.

Au fil des mois, des erreurs de Louis XVI et de ses proches, des journées révolutionnaires... se développe un courant monarchiste constitutionnel favorable à une Assemblée nationale responsable du budget national, à une royauté tempérée par une constitution. Mirabeau peut être cité comme symbole de ce courant-là.

Au fil des mois, des évènements imprévisibles (fuite du roi à Varennes, déclaration de guerre...), de nouvelles journées révolutionnaires, de l’auto-organisation populaire grandissante, un troisième courant se renforce jusqu’ diriger le pays durant la Convention montagnarde. Du point de vue de la philosophie politique, il s’agit d’une orientation nettement démocratique liant liberté politique et égalité sociale. Robespierre en est le principal théoricien et le principal acteur.

3) Une révolution sans avant-garde révolutionnaire

L’historien américain Timothy Tackett a étudié les députés des trois ordres — clergé, noblesse et tiers-état — convoqués en mai 1789 pour les Etats généraux ; il constate qu’on peine à trouver les suspects habituels de la sédition. Sont réunis au contraire des individus qui comptent parmi les plus respectables du royaume : princes, ducs, marquis, comtes, barons, archevêques, évêques, magistrats, avocats, médecins, professeurs d’université, banquiers... A l’exception d’une centaine de députés du tiers-état et d’une partie du clergé constituée des prêtres de paroisse, l’immense majorité du millier de délégués qui convergent à Versailles appartient aux catégories les plus privilégiées de l’Ancien Régime.

Pourtant, ce sont eux qui, en quelques semaines, vont jeter à bas les fondements mêmes du système monarchique. Des années après les faits, le constituant Malouet s’étonnait encore de l’œuvre accomplie en 1789 : « On ne sait comment, sans plan, sans but déterminé, des hommes divisés dans leurs intentions, leurs mœurs, leurs intérêts, ont pu suivre la même route et arriver de concert à la subversion totale (3). »

Pour expliquer ce phénomène, des historiens comme Albert Soboul ou Michel Vovelle ont mis l’accent, dans un contexte de crise financière profonde de l’Ancien Régime, sur l’antagonisme entre la bourgeoisie économique et la noblesse foncière.

Dans une analyse publiée en mai 2009 ("En 1789, subversifs malgré eux") par Le Monde diplomatique, Laurent Bonelli apporte un éclairage qui ne manque pas d’à-propos pour quiconque connaît les phases de radicalisation politique du printemps 1789.

Pour lui,« La Révolution se déroule par à-coups, sans que personne ne soit en capacité de la maîtriser complètement. Elle passe d’abord par le renforcement de l’unité du tiers-état, qui paradoxalement va être favorisé par l’attitude du clergé et de la noblesse. En effet, en refusant de rencontrer les représentants du tiers et en les obligeant à se réunir séparément, les ordres privilégiés ont contribué à développer chez les premiers une cohésion que leurs différences d’origines et d’aspirations rendaient peu probable. L’intransigeance des nobles, emmenés par leur fraction la plus conservatrice, provoque une virulente hostilité à leur encontre. Leur morgue et leur dédain irritent les délégués du tiers-état jusqu’aux plus modérés, si bien que ceux-ci se constituent le 17 juin en Assemblée nationale, sans représentants des deux autres ordres.

Le décret fondateur de cette assemblée indique qu’elle contrôle l’intégralité de la levée des impôts. La mesure, remarquablement révolutionnaire, déclenche immédiatement l’hostilité du roi. Ce dernier laisse entendre qu’il va dissoudre l’assemblée et déploie des troupes autour de la salle du conseil. Mais le bras de fer est enclenché : les députés prennent leur nouvelle fonction au sérieux et, encouragés par le soutien enthousiaste des centaines de Versaillais et de Parisiens qui assistent aux séances, déclarent que quiconque tenterait de les disperser ou de les arrêter serait « coupable d’un crime capital ». L’audace de cet acte collectif accélère le rythme de la mobilisation : une bonne part du clergé puis quarante-sept nobles rejoignent l’Assemblée nationale. Le roi fait alors volte-face. Il ordonne à l’ensemble du clergé et de la noblesse de siéger ensemble dans ce qu’il appelle encore les Etats généraux. Les députés des trois ordres se mettent au travail dans de multiples bureaux et commissions, limant peu à peu les antagonismes qui les opposaient quelques jours plus tôt... »

Printemps 1789 : une révolution politique et juridique impulsée par le pouvoir législatif, texte 1

4) L’intervention populaire est le véritable moteur de la Révolution française

La Révolution française se caractérise par une interaction continue entre le peuple organisé et ses représentants.

a) De quel peuple parle-t-on ?

Ce peuple en action est d’abord une réalité démographique. La France est l’Etat le plus peuplé d’Europe. Il n’y a donc pas de hasard à ce que ce soit « la Grande Nation » qui ait mis le peuple aux commandes. C’est également ainsi que l’on explique l’écho retentissant de la Révolution française en Europe et dans le monde. La Révolution a donc émané du plus grand nombre...

Le peuple français, qu’il soit rural ou urbain, se caractérise par une large majorité n’ayant « rien à perdre » et donc susceptible de se révolter. Dans les campagnes, 50% de la population sont des agriculteurs dépendants et 15% sont assistés et mendiants. Dans les villes, 80% de la population sont ouvriers compagnons, artisans commerçants, indigents, assistés et mendiants : c’est le peuple des « sans-culottes ».

b) Comment ce peuple va-t-il se mettre en mouvement ?

C’est d’abord une organisation en bureaux de vote ; c’est-à-dire des assemblées de quartier permanentes qui discutent de toutes les mesures politiques, y compris et surtout des lois !

On trouve les sections les plus actives et volontaristes rive droite et dans l’est parisien. Elles sont composées d’une majorité d’ouvriers et d’indigents. C’est la même chose à Marseille, Nantes, Grenoble...

Les sections sont elles-mêmes organisées en commissions thématiques (pain, surveillance républicaine et police, salpêtre/armes car le peuple est armé...). C’est donc une organisation administrative de terrain dont la fonction est principalement de lire les actes publics (ce qui n’est pas sans rappeler les ateliers de lecture que nous mettons en place pour permettre aux citoyens de connaître et critiquer les textes législatifs) et contrôler les élus.

Les sections importent donc l’idée que l’exercice du pouvoir consiste à faire. Elles font basculer la Révolution dans une phase plus avancée et plus radicale.

Les sociétés populaires et les Clubs (Jacobins, Cordeliers, etc.) structurent encore davantage le peuple. Les Jacobins mènent une politique d’affiliation qui consiste en une mise en réseau assez centralisée puisque les antennes décentralisées (non parisiennes) reçoivent régulièrement la « correspondance » en provenance de Paris qu’elles lisent et commentent. C’est ainsi que la contagion des mouvements révolutionnaires a pu avoir lieu.

A leur apogée, 6000 communes sont couvertes par les sociétés populaires.

Le peuple réparti dans les société populaires et les clubs se forge une conscience civique très aiguisée ainsi qu’une pré-conscience de classe.

Ces ancêtres de nos partis politiques de gauche sont donc d’abord des éducateurs politiques de masse.

Une culture sans-culotte, le sans-culottisme, se développe. Elle se manifeste dans les habits, le tutoiement, les signatures épistolaires : « ton égal en droit untel », culte de la souveraineté populaire et du mandat impératif, droit à l’insurrection permanente, culte de la publicité des votes, culture égalitaire opposée au droit de propriété individuelle, prônant le droit à l’existence pour le contester...

La presse aussi se développe.

Les journaux prolifèrent. Il en est fait lectures publiques. En conséquence, l’alphabétisation fait de gigantesques progrès. Par exemple : L’ami du Peuple dirigé par Marat, Le Père-Duchesne dirigé par Hébert.

c) La révolte et l’agitation sociales se transforment en une révolution.

Le peuple s’empare du processus révolutionnaire en se révoltant contre le « gros Tiers ». C’est la multiplication des révoltes anti-seigneuriales (ex. L’émeute Réveillon du 27 avril 1789 fait plus de 300 morts, La Journée des Tuiles à Grenoble, cf. Tableau chron.)

La signification politique de ces événements est que les Parlements défendent la noblesse, pas le peuple. La révolte sociale est manipulées dans un sens contraire à l’intérêt du peuple.

A partir de la convocation des Etats Généraux, on apprend la citoyenneté et l’engagement politique [Rec. p. 6], même si le règlement de convocation des Etats Généraux et la rédaction de cahiers de doléances sont compliqués par des difficultés d’application sur tout le territoire ainsi que par le suffrage censitaire.

L’enchaînement des événements est une succession de passe d’armes entre le pouvoir royal ou la noblesse et le peuple.

5) La République sociale est déjà en chantier dans la Révolution

1789-1794 est une période de boulimie réformatrice !

Les domaines de la transformation correspondent aux registres d’émancipation qui caractérisent notre projet de République sociale (cf. Projet de Manifeste de PRS).

a) Révolution des formes juridiques politiques

C’est ici principalement la Révolution des droits de l’homme. Ils constituent un programme qui engage l’Etat.

La nouveauté est dans les formulations, les principes que sont l’égalité devant la loi dès la loi du 4 août 1789, la souveraineté populaire qui se traduit dans l’administration, la justice, l’armées et le principe de l’élection qui se pratique à tous les étages !

De ce point de vue, la Constituante et la Convention sont de véritables laboratoires administratifs puisqu’on y pratique l’élection pour tous les postes occupés.

Le point commun de toutes ces expériences est le primat du fait parlementaire ; c’est-à-dire la puissance de l’assemblée et la faiblesse de l’exécutif (ce qui sera le cas, soulignons-le, même sous la Terreur !).

b) Réalisations dans les registres de l’émancipation

La liberté individuelle est déclinée.

- Lutte contre le risque de l’arbitraire judiciaire : procédure pénale protectrice avec les droits de l’accusé ; contrôle citoyen de la justice (élection des juges et jurys populaires) ;

- Lutte conte les inégalités : liberté du divorce, égalité successorale...

L’émancipation sociale et économique est prévue.

- homogénéisation des poids et des mesures

- réduction des droits de douanes et barrages

- restauration de la souveraineté sur le régime financier de la Nation : nationalisation des administrations financières

- premières expériences de taxation par les prix

- abolition du maquis des taxes indirectes

- nationalisations dès 1790 : biens de l’Eglise redistribués, terres des émigrés redistribuées

- interventionnisme économique à l’occasion des transports aux armées (nationalisation des transports) et politique des prix (prix du pain)

- droit de propriété vs. droit à l’existence ? Par un décret de 1794 les biens des émigrés nobles servent à mettre en place un premier système d’assistance publique.

A l’initiative de Saint-Just, un livre de bienfaisance national prévoit une indemnité sous condition de ressources.

L’émancipation culturelle signe une hégémonie culturelle alternative.

- Projets éducatifs en voie de radicalisation

- Education politique et populaire sont liées à la citoyenneté

- Première expérience de la laïcité avec le Décret du 3 Ventôse An III

- Détachement des citoyens de leur conditionnement cf. rues rebaptisées, calendrier républicain, fêtes républicaines...

- Culture de l’universalisme avec la culture des droits de l’homme et la lutte pour l’abolition de l’esclavage.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message