20 juin 1789 Serment du Jeu de Paume, symbole du combat pour la souveraineté populaire

samedi 8 juillet 2017.
 

17 juin 1789 : Les Communes (tous les élus aux Etats généraux hors ceux du clergé et de la noblesse) se proclament Assemblée nationale et s’octroient le vote de l’impôt (1789 2009 10ème partie)

20 juin 1789 : Ces 578 députés du Tiers état (représentant environ 96% de la population française) élus aux Etats généraux trouvent leur salle de réunion fermée sous prétexte de réparation. Les gardes du roi en interdisant l’approche, ils occupent alors la Salle du Jeu de Paume où ils prêtent le serment de ne pas se séparer tant qu’ils n’auront pas donné une constitution à la France.

1) Le Serment du jeu de Paume, symbole historique de la souveraineté populaire

Durant mon enfance, les grandes journées de la Révolution constituaient le substrat principal d’une culture collective, enseignée par les instituteurs et vivifiée dans les familles laïques. Les manuels scolaires comprenaient une partie importante sur cette période de fondation simultanée de la République et de la nation.

Des illustrations évocatrices faisaient ressortir l’essentiel pour chaque moment décisif de cette épopée :

* Le Serment du Jeu de Paume et Mirabeau prononçant sa célèbre phrase du 23 juin

* Hulin et son canon face à la Bastille le 14 juillet

* Valmy, son moulin et la phrase de Goethe "De ce jour et de ce lieu date une ère nouvelle de l’histoire du monde"

* les volontaires montant au front en chantant la Marseillaise

* La levée en masse

* Bara criant "Vive la république" éventré par les Chouans...

Ces six clichés concrétisaient la caractéristique fondamentale de la révolution française : une mobilisation populaire particulièrement massive, radicale, longue, s’étant donné des formes institutionnelles fondées sur la souveraineté populaire.

La phrase de Mirabeau ( "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes !"), par exemple, résume à la fois :

* la mobilisation populaire lors de la préparation des états généraux (cahiers de doléances, élections, luttes...),

* la supériorité de la souveraineté populaire sur tout autre pouvoir, cette souveraineté populaire étant synonyme de souveraineté nationale.

* le rôle du pouvoir législatif comme principal moyen de représentation de cette souveraineté populaire.

Quant au Serment du Jeu de Paume lui-même, cette transformation d’une assemblée élue en assemblée constituante représente évidemment un symbole éminemment politique.

2) La journée du 20 juin 1789

Constatant le début de ralliement d’élus du clergé à l’Assemblée nationale créée par le Tiers le 17 juin, Louis XVI décide de s’opposer fermement aux principales revendications et décisions prises aux Etats Généraux depuis le 6 mai. Il commence à grouper des soldats autour de la capitale et de Versailles, ferme la salle de réunion des députés.

Voici comment Bailly, président, et ses deux secrétaires (Camus et Pison) relatent la situation dans le procès verbal de l’Assemblée nationale :

" A neuf heures du matin, heure indiquée pour la séance de l’assemblée nationale, le Président et les deux secrétaires se sont présentés à la porte de l’entrée principale ; ils l’ont trouvée gardée par des soldats et ils ont vu un grand nombre de députés qui ne pouvaient entrer. M. le Président a demandé l’officier de garde. M. le Comte de Nassau s’est présenté et a dit qu’il avait ordre d’empêcher l’entrée de la salle, par rapport aux préparatifs qui s’y faisaient pour une séance royale.

M. le Président lui a dit qu’il protestait contre l’empêchement mis à l’ouverture de la séance indiquée le jour d’hier à l’heure présent et qu’il la déclarait tenante. Monsieur le Comte de Nassau ayant ajouté qu’il était autorisé à laisser entrer les officiers de l’assemblée pour prendre les papiers dont ils pouvaient avoir besoin, M. le Président et les secrétaires sont entrés et ont vu en effet que la plus grande partie des bancs étaient enlevés et que toutes les avenues étaient gardées par un grand nombre de soldats.

Ils ont remarqué dans la cour et à la porte extérieure plusieurs affiches conçues en ces termes : Etats généraux. De par le Roi. Le Roi ayant résolu de tenir une séance royale aux Etats généraux, lundi 22 juin, les préparatifs à faire dans les trois salles qui servent aux assemblées des ordres exigent que ces assemblées soient suspendues jusqu’après la tenue de ladite séance. Sa Majesté fera connaître par une nouvelle proclamation l’heure à laquelle elle sera lundi à l’assemblée des Etats. A Versailles de l’imprimerie royale, 1789.

M. le Président et les deux secrétaires étant sortis, ils se sont transportés dans le jeu de paume de la rue du Jeu de paume où les membres de l’assemblée se sont successivement réunis.

Les élus occupent donc une autre salle de Versailles, qui sert généralement à la pratique du jeu de paume.

Là, ils prennent individuellement le serment suivant :

" Arrêté contre toute suspension ou interruption de l’Assemblée

L’Assemblée nationale,

Considérant qu’appelée à fixer la Constitution du royaume, opérer la régénération de l’ordre public, et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu’elle ne continue ses délibérations dans quelque lieu qu’elle soit forcée de s’établir, et qu’enfin partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale ;

Arrête que tous les membres de cette Assemblée prêteront, à l’instant, serment solennel de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que ledit serment étant prêté, tous les membres, et chacun en particulier, confirmeront par leur signature cette résolution inébranlable.

20 juin 1789 "

" Lecture faite de l’arrêté, M. le Président a demandé pour lui et pour ses sécrétaires à prêter le serment les premiers, ce qu’ils ont fait à l’instant ; ensuite l’assemblée a prêté le même serment entre les mains de son Président. Et aussitôt l’appel des Bailliages, Sénéchaussées, Provinces et Villes a été fait suivant l’ordre alphabétique, et chacun des membres présents en répondant à l’appel, s’est approché du Bureau et a signé.

M. le Président ayant rendu compte à l’assemblée que le Bureau de vérification avait été unanimement d’avis de l’admission provisoire de douze députés de S. Domingue, l’assemblée nationale a décidé que les dits députés seraient admis provisoirement, ce dont ils ont témoigné leur vive reconnaissance ; en conséquence ils ont prêté le serment, et ont été admis à signer le procès verbal l’arrêté.

Après les signatures données par les Députés, quelques uns de MM. les Députés, dont les titres ne sont pas [….] jugés, MM. les Suppléants se sont présentés, et ont demandé qu’il leur fût permis d’adhérer à l’arrêté pris par l’assemblée, et à apposer leur signature, ce qui leur ayant été accordé par l’assemblée, ils ont signé. M. le Président a averti au nom de l’assemblée le comité concernant les subsistances de l’assemblée chez demain chez l’ancien des membres qui le composent. L’assemblée a arrêté que le procès verbal de ce jour sera imprimé par l’imprimeur de l’assemblée nationale. La séance a été continuée à Lundi vingt-deux de ce mois en la salle et à l’heure ordinaires ; M. le Président et ses Sécrétaires ont signé. »

Le serment a été voté à l’unanimité moins une voix, celle de Martin-Dauch de Castelnaudary.

3) La journée du 22 juin marque un nouveau succès du Tiers et un durcissement du Roi

Nouveau succès des députés du Tiers ayant pris le nom de Communes puis d’Assemblée nationale. Ils se retrouvent dans l’église Saint-Louis de Versailles. Cent cinquante membres du clergé et deux de la noblesse se réunissent à eux.

Pendant ce temps, le Roi signe l’ordre de marche pour appeler à lui le régiment suisse.

Les 10 précédents articles de cette série 1789 2009 :

* 220ème anniversaire de la Révolution française. Défendons-la. Plan des articles de notre rubrique (1789 2009 1ère partie)

* Sur les causes structurelles de la Révolution française (1789 2009 2ème partie)

* Vive la Révolution française qui a balayé l’Ancien régime, son roi omnipotent, son haut clergé parasite, sa noblesse inhumaine et sa justice arbitraire (1789 2009 3ème partie)

* Crise de l’Ancien régime et convocation des Etats Généraux (1789 2009 4ème partie)

* Marat, Robespierre et Saint Just avant la Révolution française (1789 2009 5ème partie)

* 1788 1789 Une situation prérévolutionnaire : journée des Tuiles, Etats de Franche-Comté, Etats de Bretagne... (1789 2009 6ème partie)

* Cahiers de doléances et préparation des Etats Généraux de 1789 accroissent l’aspiration à la justice sociale et l’implication politique populaire (1789 2009 7ème partie)

* A la veille des Etats généraux de 1789, la crise prérévolutionnaire s’aggrave : émeutes de Besançon et Amiens, émeute Réveillon

* 4 mai, 5 mai 1789 : Ouverture des Etats généraux à Versailles. Une révolution politique et juridique en marche (1789 2009 9ème partie)

* 17 juin 1789 Les députés du Tiers état se proclament Assemblée nationale (1789 2009 10ème partie)


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