Royalisme et fascisme. Camelots du Roi et Résistance.

vendredi 16 décembre 2016.
 

- A) Article original

- B) Message en forum de désaccord avec cet article sur Action française, mouvement fasciste

- C) Réponse à ce message de Jacques Serieys, sur l’affirmation que des Camelots du Roi étaient les premiers Résistants en 1940 ainsi que sur le rapport entre royalisme et fascisme

A) Article original Action française : mouvement fasciste (1889 à 1945)

B) Message en forum reçu sur notre site en désaccord avec l’article ci-dessus

J’émets une réserve sur le titre et le sens même de l’article en rappelant que les premiers résistants de 1940 furent aussi des "Camelots du roi" de l’Action Française comme Daniel Cordier qui deviendra secrétaire de Jean Moulin, mais aussi Gilbert Renault (pseudo : colonel Rémy) ou Luc Robet mais aussi Guy Steinbach qui reviendra sous l’uniforme américain et qui restera "d’Action Française" jusqu’à sa mort en novembre 2013, et beaucoup d’autres...

L’écrivain Jacques Laurent, ami de Mitterrand (qui garda des amitiés dans les milieux maurrassiens jusqu’à sa mort, et dont le corps fut veillé par le Camelot du roi Guillain de Bénouville en janvier 1996...), a écrit que, justement, c’était l’enseignement d’Action Française qui lui avait évité le fascisme, ce que corroborera aussi André Malraux en personne...

L’histoire est moins simple qu’on le croit généralement. Cordialement.

Jean-Philippe Chauvin

C) Réponse de Jacques Serieys

Bonjour Monsieur Chauvin,

Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait que l’histoire est moins simple qu’on ne le croit généralement. Aussi, il est nécessaire de ne pas la complexifier davantage.

"L’histoire" doit, à mon avis :

- dégager prioritairement les faits historiques généraux. Ainsi, les royautés comme les courants royalistes dans chaque pays ont largement participé au phénomène fasciste dans tous les pays européens concernés même si des conflits d’intérêt ont pu apparaître parfois (Roumanie, Autriche...) entre fascisme royaliste et fascisme nazi.

- ne pas oublier la moindre particularité contradictoire avec un fait historique général car elle participe évidemment de la vérité. La présence de quelques royalistes dans la Résistance en 1940 relève de cette particularité ; elle s’explique surtout par des raisons nationales.

C1) Importance des royautés et du royalisme dans la procréation du fascisme

Les royautés et empires européens couvrent en 1914 une superficie dix fois supérieure aux républiques avec :

- Guillaume II, roi de Prusse et empereur d’Allemagne, secondé de princes comme Ruprecht de Bavière et Maximilien de Bade.
- François-Joseph Ier, empereur d’Autriche et roi de Hongrie
- Nicolas II, empereur de Russie
- Mehmed V, sultan de l’empire ottoman
- George V, souverain du Royaume-Uni
- Alphonse XIII, roi d’Espagne
- Constantin I de Grèce, roi des Hellènes
- Victor-Emmanuel III, roi d’Italie
- Ferdinand I, roi de Roumanie ;
- Ferdinand I, roi de Bulgarie
- Pierre Ier, roi de Serbie
- Albert Ier, roi de Belgique...

Ces monarques du 20ème siècle restent profondément imbus de principes hiérarchiques et anti-démocratiques hérités du Moyen Age. Leur politique est fortement marquée par le couple militarisme / autoritarisme. Même leur vie privée en est affectée. Guillaume II possède plus de 200 uniformes et en change plusieurs fois par jour (12 "valets" entretiennent cette collection) ; ses fils dont le kronprinz participent à la réunion qui prépare l’arrivée de Hitler au pouvoir.

Ces têtes couronnées ne sont que le sommet de la pyramide. Dans les campagnes, un nombre important de nobliaux conservent un rôle économique, social et culturel incontournable.

Lorsqu’à la fin du XIXème siècle et début du XXème, les privilégiés capitalistes cherchent des alliés pour noyer dans le sang les nouvelles aspirations à mieux vivre, à voter, à exercer des droits... ils peuvent compter sur l’expérience sanglante des héritiers du Moyen Age, particulièrement dans la noblesse et le haut clergé.

Ainsi naissent les organisations préfascistes d’avant 1914 largement composées de royalistes (Union du Peuple Russe, Parti Chrétien Social Autrichien, Action française...).

C2) Le royalisme fasciste des années 1919 à 1945 en Europe

L’alliance entre royalisme et fascisme, entre beaucoup de nobles et les loques meurtrières fascistes se discerne dans tous les pays :

- en Hongrie derrière le royaliste amiral Horthy, allié militaire d’Hitler durant la Seconde guerre mondiale.

- en Italie, le système politique mis en place est comparé par Mussolini à celui d’une "chambre a coucher avec lits jumeaux" puisque le Duce et le roi cohabitent à la tête de l’Etat. Il est vrai que les institutions royales italiennes ne demandaient que de faibles changements pour convenir au fascisme. Le Statut fondamental de la Monarchie concédé le 4 mars 1848 pour le Piémont-Sardaigne puis repris comme constitution lors de la création du royaume d’Italie en 1861 (et jusqu’en 1946) stipule que l’exécutif est nommé par le souverain indépendamment du législatif et seulement dans la mesure où les citoyens sont « dignes de la magnanime concession royale ». Le Roi héréditaire est le chef suprême de l’État ; il exerce le pouvoir exécutif au travers des ministres. Il possède même le pouvoir décisif en matière législative puisqu’il convoque, dissout la chambre et a le pouvoir de valider les lois. De plus, le parlement est composé de deux chambres : d’une part le Sénat, nommé par le Roi et qui ne peut être dissous, d’autre part celle élective, la Camera dei Deputati, élue au scrutin uninominal de circonscription à deux tours. Le pouvoir judiciaire, également, « émane du Roi » qui nomme les juges.

- en Allemagne, deux fils de l’empereur Guillaume II sont présents à la réunion de Harzburg qui organise l’arrivée au pouvoir d’Hitler.

- en Autriche (prince de Stahremberg), en Belgique, en Espagne, en Roumanie, en Bulgarie... et même en Grande Bretagne nous retrouvons cette proximité entre royautés, royalisme et fascisme.

- en Espagne, Roumanie, Grèce...

20 janvier 1936 Edouard VIII, roi fasciste, monte sur le trône du Royaume-Uni

C5) Un fascisme royaliste français

Chaque fascisme présente un aspect national. Le fascisme français de l’entre-deux-guerres a compris des courants admirateurs de Hitler et Mussolini mais aussi des groupes et individus restés largement germanophobes suite à la Première guerre mondiale.

Maurras, fondateur et principal dirigeant d’Action française est évidemment le meilleur représentant de cette forme de fascisme. En 1940, il apprécie la victoire des armées hitlériennes sur la France car elle « a eu le bon résultat de nous débarrasser de nos démocrates ». Il est autorisé par Vichy et l’occupant hitlérien à continuer la parution d’Action française ; cependant, on ne peut le caractériser comme un "collabo".

Monsieur Chauvin cite Daniel Cordier, Gilbert Renault, Luc Robet et Guy Steinbach. Je reconnais leur courage et leur activité résistante mais je suis persuadé de leur conviction bien plus nationaliste anti-allemande qu’antifasciste.

Pour l’essentiel, je suis prêt à faire un pari : les Anciens combattants de mon bourg d’Entraygues marqués politiquement à gauche ont refusé d’adhérer à la Légion Française des Combattants, soutien de masse du gouvernement de Vichy. Je suis certain du fait qu’ils ont été plus nombreux dans cette attitude que tous les royalistes de tout le pays.

Jacques Serieys


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