Juppé, Sarkozy, Macron, Le Pen, Fillon, Lemaire, Valls ... candidats de guerre sociale contre le peuple

jeudi 4 juillet 2019.
 

Pour cette élection présidentielle 2017, les télévisions, radios, revues et journaux nous saoulent de jour en jour sur les différences entre tel ou tel candidat de droite. En fait, leurs programmes sont identiques : prendre toujours plus au peuple (salaires, retraites, minimas sociaux, emploi, taxes...) pour gaver les très riches.

En meeting à Lille pour la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a lancé à propos de de ses principaux concurrents, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon "Si vous élisez ces trois-là, vous allez cracher du sang". Je suis persuadé qu’il a raison.

A) La soif de revanche du capitalisme français

Il faut bien comprendre la soif de revanche de tous les privilégiés français.

Leurs accointances avec le fascisme et la Collaboration dans les années 1924 à 1944 les avaient affaiblis.

Tout heureux de ne pas être poursuivis, même la famille Renault a laissé s’opérer la nationalisation de son entreprise.

Mieux valait alors garder sa tête et un patrimoine suffisant que faire les malins en contrariant le programme des Jours heureux :

- retraite par répartition,

- « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État »

- « instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie »,

- « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques »

- une véritable démocratie dont vote des femmes...

Même le général De Gaulle y va de son couplet le 12 septembre 1944 dans l’annonce des principes de sa politique

« ... (la France) veut faire en sorte que l’intérêt particulier soit toujours contraint de céder à l’intérêt général, que les grandes sources de la richesse commune soient exploitées et dirigées ... pour l’avantage de tous, que les coalitions d’intérêt ... soient abolies une fois pour tous, et qu’enfin chacun de ses fils, chacune de ses filles puisse vivre, travailler, élever ses enfants dans la sécurité et la dignité... »

De 1945 à 1958, les rentiers rongent leur frein. Enfin, en 1958, le coup d’état réussi par les gaullistes, l’armée et l’extrême droite leur laisse espérer de casser la constitution de 1946 et les acquis sociaux.

Lorsque les capitalistes se sentent suffisamment forts pour faire voter des lois permettant de privilégier les privilégiés, la crise révolutionnaire de 1968 éclate. Ils doivent encore céder sur les salaires, les acquis sociaux, le rôle du syndicalisme dans les entreprises plutôt que risquer de tout perdre.

Lorsque les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Commission européenne et autres forces atlantistes réussissent le tournant "libéral" de la fin des années 1970 et des années 1980, la France est dirigée par les socialistes qui, globalement, n’appliquent pas leur programme commun mais réussissent à retarder l’irruption politique du capitalisme financiarisé.

Lorsque la gauche politique paraît laminée au milieu des années 1990, Alain Juppé veut enfin mettre les bouchées doubles, en particulier contre la Sécurité sociale et les acquis sociaux les plus forts (comme les cheminots). L’immense mouvement social de 1995 lui coupe alors les ailes ; à tel point que la "gauche plurielle" revient au gouvernement jusqu’en 2002.

Par la suite, la présidence Chirac s’est usée face aux mouvements sociaux de 2003 (retraite) et de 2006 ( CPE) sans compter la défaite politique sur le Traité Constitutionnel Européen (2005).

Nicolas Sarkozy s’est cru plus fort que ses prédécesseurs avant de préférer peaufiner sa popularité afin d’emporter un second mandat quinquennal. Malheureusement pour lui, le voilà battu par François Hollande qui subira la Tyrannie néolibérale du MEDEF, privatisera, imposera la loi El-Khomri mais n’aura pas la force d’attaquer plus frontalement les salariés et les milieux populaires.

Et nous voici à l’automne 2016 en début de nouvelle campagne présidentielle.

B) 1917 1922 Vers un quinquennat de guerre sociale ?

De toute évidence, la bourgeoisie française (une large majorité du patronat, des riches héritiers, des profiteurs de la Bourse, des titulaires de strapontins au service du capitalisme, des exilés fiscaux...) est décidée à engager un quinquennat de guerre sociale entre 2017 et 2002 pour casser les grands acquis sociaux issus de la Libération et de 150 ans de lutte.

C’est son leitmotiv depuis une quinzaine d’années.

C’est la chanson quotidienne de ses journaux, de Challenges au Figaro.

Il est vrai que le moment est assez bien choisi. La direction du Parti Socialiste politiquement décisive pour la gauche et les milieux populaires depuis plus d’un siècle, vient de connaître une déroute, du début à la fin du quinquennat Hollande. Le syndicalisme ouvrier sort très affaibli de cette période, n’ayant pas obtenu le retrait de la loi El-Khomri malgré une mobilisation très importante. Surtout, le rôle de la CFDT (Confédération Française à Direction Traître) depuis au moins 25 ans a fait comprendre à de nombreux salariés combatifs les limites des batailles syndicales traditionnelles.

Le quinquennat Hollande ayant ouvert la voie d’un "marché du travail à l’allemande", la droite n’a plus qu’à aller plus loin.

Des Think tank liés au MEDEF sont à coup sûr déjà au travail pour fixer les grands projets anti-sociaux du quinquennat à venir. Ces Think tank seront à coup sûr décisifs si la présidence est conquise par l’un d’eux : Juppé, Sarkozy, Macron, Le Pen, Fillon, Lemaire, Valls ...

Tous les éditorialistes des médias ont noté la proximité du programme des candidats à la primaire de droite. Ainsi, Le Monde affirme Fin des 35 heures, retraites, coupes dans les dépenses publiques, suppression de l’ISF, non-remplacement de fonctionnairee… Plus de deux ans avant la présidentielle, les ténors UMP développent des idées assez similaires.

Parmi ces candidats " de droite" je place Alain Juppé en tête car c’est celui qui est actuellement adoubé par les milliardaires, leurs télés, leurs journaux, leurs radios, leurs sondeurs.

Je le place également en tête car il avait annoncé la couleur dès son plan de 1995 axé sur quatre grandes mesures : allongement de la durée de cotisation retraite de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique ; étatisation de la Sécurité sociale ; accroissement des tarifs d’accès à l’hôpital et restrictions sur les médicaments remboursables ; blocage et imposition des allocations familiales versées aux familles, combinés avec l’augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs. Il fallut une longue grève et deux millions de manifestants le 12 décembre pour que ce plan soit retiré.

Je le place enfin en tête parce que son équipe de campagne a tous les attributs d’un think tank patronal avec Virginie Calmels, directrice financière de Canal+, directrice générale d’Endemol monde (multinationale de téléréalité), présidente du groupe Euro Disney, administratrice de Free et de Technicolor. Elle est également membre du Cercle de l’Union interalliée ainsi que de l’association Le Siècle, deux clubs dont le but est de mieux faire payer les pauvres pour mieux remplir les poches des riches. Elle se décrit comme "une Thatcher à la française" et veut appliquer les mêmes méthodes à la république française. L’organisation de la campagne d’Alain Juppé est prise en charge par Vincent Leroux, par ailleurs directeur du service adhérents du MEDEF. Sa porte parole n’est autre que Fabienne Keller, sénatrice, ancienne élève de l’École polytechnique et diplômée d’économie de l’Université US de Berkeley...

C) Quels grands objectifs de guerre sociale ?

Oui, de guerre sociale car ce programme du MEDEF ne peut qu’accentuer la difficulté à survivre d’une bonne dizaine de millions de Français et les raisons de se battre d’une bonne vingtaine de millions supplémentaires. Vont-ils se battre ? Je ne peux savoir. Mais que ce soit Juppé, Fillon, Sarkozy, Macron ou Valls qui soit élu, je m’attends à une répression terrible des mouvements sociaux, à la limite entre guerre sociale et guerre civile. Leur baratin sur la démocratie, la république, la protection sociale ne relève que de la communication.

En matière de communication, même danger. Si l’un d’entre eux est élu, il est fort probable que tous les grands médias propriété des milliardaires vont aussi entrer en guerre sociale contre le peuple avec leur stylo et leur parole.

Reste à savoir qui a le plus de chance d’être élu.

Il ne fait pas de doute qu’Alain Juppé donne le ton dans son livre programme Cinq ans pour l’emploi : la suppression de l’impôt sur la fortune, la suppression des 35 heures, le recul progressif de l’âge de départ à la retraite à 65 ans, la baisse des cotisations des entreprises – plus aucune cotisation ­patronale sur le Smic –, la dénonciation des minima sociaux qui ­seraient encore trop généreux pour inciter à chercher un travail… La fiscalité du capital est évidemment trop lourde pour l’ancien premier ministre, la taxation des revenus du capital étant selon lui « absurde et nocive ». Devant ses soutiens parlementaires et quelques personnalités du milieu économique, comme Alain Minc ou Jean-François Cirelli, ancien PDG de Gaz de France, Juppé affirme vouloir aussi augmenter d’un point la TVA pour financer une partie de la réduction de 10 milliards d’euros des cotisations famille des entreprises.

De Juppé à Macron, de Fillon à Lemaire, nous retrouvons les mêmes grands axes politiques :

- "libérer" le capital, c’est à dire enrichir les riches en supprimant l’ISF, en favorisant la fiscalité des actionnaires, en maintenant et aggravant toutes les largesses en faveur des privilégiés (par exemple sur le gasoil des yachts).

- poursuivre la diminution des retraites et pensions

- utiliser la Sécurité sociale comme vache à lait à exonérations diverses pour créer un prétendu "trou" et s’en servir pour faire glisser une part de plus en plus grande de la protection sociale vers le privé

- diminuer le coût du travail, c’est à dire bloquer les salaires, réduire les allocations chômage...

Cette détermination vient aussi de la Commission européenne et du gouvernement allemand d’Angela Merkel pour qui certaines traditions républicaines françaises doivent disparaître pour laisser place au monde néolibéral, fait de profit des milliardaires et de boniments des institutions politiques pour tromper les citoyens.

Cette détermination vient enfin du glissement de plus en plus néo-conservateur, néo-libéral et va-t-en-guerre de l’atlantisme autour des Etats Unis.

D) Présidentielle et aléas des élections : Juppé out

Le grand patronat français avait prévu depuis au moins deux ans de faire élire Alain Juppé. Les revues et instituts d’opinion propriété des milliardaires nous préparaient au triomphe du "meilleur d’entre nous". La primaire de droite devait lui servir de rampe de lancement.

Pourtant, rien ne s’est passé comme prévu par eux. Les "politologues", les "experts" et autres "éditorialistes politiques" en sont à palabrer sans cesse sur les « surprises » et « coups de tonnerre » de cette campagne.

Quels éléments d’explication peuvent être avancés ?

Premièrement, des candidatures trop proches sur le fond d’Alain Juppé ont affaibli son potentiel de voix et de crédibilité majoritaire pour la primaire. C’est particulièrement le cas de Bruno Lemaire mais aussi de Nicolas Sarkozy.

Deuxièmement, la vieille droite traditionaliste catholique a toujours représenté le bloc électoral principal de la droite française. Regonflée par La Manif pour tous, elle pousse aujourd’hui derrière François Fillon car il met en avant sa pratique religieuse, le baptême de ses enfants, le rôle de catéchiste de sa femme... « Je suis catholique. J’ai été élevé dans cette tradition et j’ai gardé cette foi » (Faire, son ouvrage programme publié en septembre 2015). Aussi, d’après un sondage OpinionWay réalisé au lendemain du premier tour de la primaire de droite, le pieux François y aurait recueilli les voix de 55,4 % des catholiques pratiquants réguliers, contre 23,8 % pour Alain Juppé et 13,1 % pour Nicolas Sarkozy.

Troisièmement, le milieu politique de droite a une certaine autonomie vis à vis du MEDEF. Il partage son programme mais n’est pas aligné comme une bande de marionnettes sur ses choix tactiques. Ainsi, des personnalités fortes de la droite comme Philippe Bas (Manche), Bernard Debré, le président du Sénat, Gérard Larcher et l’ancien ministre Thierry Mariani ont poussé derrière Fillon.

Je me suis trompé en pensant qu’Alain Juppé emporterait la primaire de droite mais je maintiens le contenu de l’article ci-dessus. J’avoue même me trouver un peu perdu en restant persuadé de la justesse des analyses avancées dans les parties 1, 2 et 3 mais sans plus savoir comment va tourner cette présidentielle.

Je crois seulement que la victoire de Fillon lors de cette primaire donne plus de chances à Emmanuel Macron et, moins probablement, à Manuel Valls qui représentent, tous deux, le même projet du MEDEF.

J’ajoute donc un point concernant Emmanuel Macron. Bien des éditorialistes présentent son "projet" comme relevant d’un modèle social-libéral à la scandinave. Je n’en crois pas un mot ; s’il est élu, il assumera l’orientation des battus Juppé et Sarkozy, avec pour entourage les mêmes think tank, avec peut-être pour principaux ministres leurs principaux lieutenants et même peut-être encore leur soutien personnel plus ou moins officiel, plus ou moins officieux.

Quant à Marine Le Pen, je ne doute pas de la similitude de ses objectifs avec les précédents, en plus violent comme pratique politique.

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Jacques Serieys Ajout du 2 décembre 2018

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