Front National et retraites : retraite à 65 ans, capitalisation, sacrifices, suppression des régimes spéciaux...

jeudi 14 février 2019.
 

Marine Le Pen est donnée en tête des intentions de vote pour 2017 par les instituts de sondage, particulièrement en milieu populaire.

Or, les propositions du F-Haine concernant leurs retraites conduiraient à un effondrement du revenu des retraités français de milieu populaire et des "classes moyennes" encore plus que les gouvernements passés de Juppé, Fillon, Sarkozy et Hollande. C’est peu dire !

FN et retraites en 2017 : valse hésitation entre démagogie électoraliste et intérêts du grand capital

Il serait erroné de se baser sur le seul programme du Front National pour savoir quelle est sa position.

Pour le comprendre, il est nécessaire de différencier d’une part son intérêt électoral à court terme pour prendre des voix en milieu populaire, d’autre part son lien aux intérêts du grand capital. Il s’agit là d’une caractéristique commune à tous les partis d’extrême droite et fasciste, Hitler d’avant la prise de pouvoir constituant un archétype.

L’exemple des retraites est extrêmement révélateur avec une valse hésitation permanente entre retraite à points, retraite par répartition avec âge légal de départ à 60 ans mais augmentation du nombre d’annuités, retraite à 65 ans, prime aux retraites par capitalisation...

Prenons un seul point : celui de la retraite à 60 ans. Des interviews d’électeurs FN montrent leur conviction que Marine Le Pen fait de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans avec quarante annuités une priorité de son projet politique.

Son interview ce mardi soir sur LCI mérite notre attention.

La question posée par le journaliste, suite à une demande d’internaute était simple « La retraite à 60 ans sera-t-elle effective en 2018 si vous êtes élue ? »

La candidate d’extrême droite s’est embourbée dans des salmigondis prouvant qu’elle ne voulait pas répondre précisément

« Non, elle sera effective, à la…, probablement, euh… à la fin du quinquennat, parce que, euh… nous devons, euh… effectivement mettre en œuvre […] le retour à l’emploi. Vous comprenez bien que cette retraite à 60 ans, il faut qu’on la finance, par évidemment l’emploi, et moi j’essaie, j’essayerai, qu’à la mi-quinquennat, on puisse arriver à cela, mais euh… Voilà. » Et d’ajouter prestement : « En tout cas, à la fin du quinquennat, c’est sûr ! » passant ainsi, en une minute, de « probablement » à « c’est sûr ». Avant finalement de conditionner, de fait, cette mesure à la baisse du chômage, parlant même d’une diminution de trois points. Rien de moins.

Cette prise de position est en contradiction flagrante avec sa vidéo de campagne postée le 11 avril intitulée « Mes 10 mesures immédiates » : « Dans les deux premiers mois de mon mandat, je prendrai tout de suite 10 mesures concrètes », dont la mesure numéro 6, à savoir le « rétablissement de la retraite à 60 ans avec quarante annuités de cotisations ».

Ces zigzags entre démagogie et vrais objectifs ne sont pas nouveaux.

La vraie position du FN a été donnée par exemple par Nicolas Bay, secrétaire général du Front national, interviewé par Boursorama « Nous n’avons jamais défendu la retraite à 60 ans. Nous avons défendu le principe des quarante annuités, ce qui est un peu différent. » C’est surtout si on les compare au programme de 2012 du Front national que les propos de Bay sont « un peu différents ». La feuille de route de la candidate FN affirmait alors : « L’objectif doit être fixé de revenir le plus rapidement possible au principe de quarante annuités de cotisation pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein. L’âge légal sera progressivement ramené à 60 ans. »

En janvier 2015, à la question d’Europe 1 qui lui demandait si elle maintenait la retraite à 60 ans, Marine Le Pen répondait : « Moi, je pense que la retraite à 60 ans est viable sur le plan économique. Lorsque nous aurons fait toutes les économies nécessaires sur les gabegies de l’Etat, nous reverrons la situation, si nous nous rendons compte qu’il faut travailler plus longtemps, alors nous vous dirons précisément les raisons pour lesquelles il faut le faire. » Comprendra qui pourra.

A) Le programme du FN concernant les retraites

Le programme du Front National, disponible sur son site jusqu’en 2011, développe un constat particulièrement conforme à celui des milliardaires et ultra-libéraux ainsi que des propositions tout aussi conformes, tout aussi catastrophiques pour le niveau de vie des milieux populaires français.

En gros, que veut faire le Front National :

- pousser les femmes à rester le plus souvent possible à la maison (cette partie du programme lepéniste est intitulée "encouragement de la famille et de la natalité")

- faire travailler les Français plus longtemps pour une retraite moindre. Longtemps, le programme du FN prévoyait l’ouverture des droits à la retraite à 65 ans. Aujourd’hui, il le cache mais ne parle jamais du droit à la retraite à 60 ans, seulement de la retraite à 60 ans pour 40 ans de cotisations (et plus de 40 ans si nécessaire).

- développer les retraites par capitalisation des riches au dépens des retraites par répartition, en déduisant fiscalement tout versement vers ces retraites par capitalisation. Il s’agit là du processus qui a conduit les retraites par répartition britanniques à s’effondrer.

- diminuer de façon draconienne les retraites de celles et ceux n’ayant pas le nombre légal de trimestres cotisés

Nous reproduisons ci-dessous, en partie B, le texte intégral du FN sans commentaire :

B) Le programme du Front National présenté sur leur site jusqu’en 2011

CONSTAT

Le système de retraite par répartition auquel les Français sont attachés connaît un déséquilibre financier qui ne fera que s’aggraver, malgré les deux réformes (1993 et 2003) que le régime général et le régime de la fonction publique ont connues. Il faut d’ailleurs noter que la France est l’un des derniers pays développés à réformer, et encore partiellement, son système de retraites et à prendre en compte un problème démographique pourtant prévisible et prévu, depuis des décennies.

Car les causes réelles du déficit des retraites, qui mettent en danger le principe même de la répartition, sont :

La croissance économique faible et le chômage (le taux d’emploi des Français est parmi les plus faibles des pays industrialisés).

Les données démographiques : natalité insuffisante, vieillissement de la population, allongement de la durée de vie. Il n’y a plus aujourd’hui qu’un peu plus de 2 cotisants pour un retraité, contre 4 il y a 25 ans. En 2050, il n’y aura plus que 1,3 à 1,4 actif pour un retraité.

Le mode de financement de la protection sociale, qui pèse essentiellement sur le travail, avec ses implications en termes d’emploi.

MESURES

Pour sauver notre système de retraite par répartition, il faut d’abord et avant tout engager une véritable politique :

* de retour au plein emploi pour les Français ;

* d’encouragement de la famille et de la natalité.

Il faut également en finir avec les inégalités et les injustices, en proposant aux Français :

* Le retour à 65 ans de l’âge légal de la retraite, pour tenir compte de la réalité des parcours (entrées tardives sur le marché du travail, périodes de chômage…) après 40 annuités de cotisation.

* Le développement de régimes de retraite complémentaire par capitalisation ouvert à tous et dont les versements, auprès d’organismes agréés par l’Etat, seront déductibles des revenus imposables.

* La proportionnalité de la retraite par rapport à la période effective de cotisation

* Incitation à prendre leur retraite dans leur pays d’origine pour les travailleurs étrangers.

* Une harmonisation des régimes de retraite (entamée partiellement par la réforme de 2003), en regroupant les différents régimes de base en un seul régime national, géré directement par l’Etat et sous contrôle du Parlement. Le choix laissé aux régimes spéciaux qui n’ont été affectés par aucune des réformes de 1993 ou 2003 : soit ils s’incluent avec les mêmes obligations et prestations dans le régime national et bénéficient de la solidarité nationale, soit ils prévoient un financement spécial, hors fonds publics, pour maintenir leurs spécificités...

C) Le double discours du FN pour 2017

Pour la campagne présidentielle 2017, le Front national tient un double discours :

-> des titres sur papier glacé pour les couillons qui veulent bien les croire comme "RETRAITE à 60 ans pour 40 ans de cotisation"

-> des explications pour les richissimes qui manipulent le FN " Ne vous en faites pas, nos slogans ne servent qu’à gagner des voix ; notre objectif réel est exactement inverse"

- le maintien par Marine Le Pen de sa position donnée plusieurs fois publiquement depuis 2012 : IL FAUDRA FAIRE DES SACRIFICES. « Si il apparaît qu’on ne peut pas maintenir notre système de retraite, alors nous nous tournerons vers les Français pour leur dire que ce n’est pas possible. Et je crois que, alors, les Français seront d’accord pour les sacrifices nécessaires. »

http://www.francetvinfo.fr/replay-r...

- le maintien par le Front national de sa position pour l’allongement au-delà de 40 ans de cotisation pour ouvrir les droits à la retraite. Parmi les déclarations récentes, voici celle de sa responsable du programme (Madame Joëlle MELIN ) : « Nous aurons du mal à rester sur les 40 ans de cotisation car il faut tenir compte de l’allongement de la vie ».

Pour prouver que sa véritable position, c’est bien de faire de la surenchère sur les réformes de 2003 et 2010 en faisant plus payer les Français pour une retraite de plus en plus tard, le Front national s’est fendu d’un communiqué officiel de son bureau national.

D) Articles précisant la position du Parti de Gauche et de France Insoumise

Retraites : Toujours moins ! Toujours plus tard ! ça suffit ! (81 articles)


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