Campagne du Mexique de Napoléon 3 (1861 - 1867)

mercredi 7 novembre 2018.
 

Napoléon III, encouragé par Morny, (qui soutient les créances du banquier Jecker sur le Mexique), veut créer un empire catholique, contrepoids à la puissance des États-Unis. À en croire les réfugiés mexicains de France, victimes des libéraux, l’entreprise paraît aisée.

A) 7 et 8 janvier 1862 Débarquement d’une armée française. Pourquoi ?

Deux grandes causes peuvent expliquer cette campagne militaire qui va se terminer en catastrophe.

A1) Les manoeuvres du clan cléricalo-monarchiste

Depuis quelques années, le gouvernement républicain mexicain de Benito Suarez prend des décisions qui déplaisent profondément à l’Eglise catholique comme aux grands propriétaires terriens et monarchistes liés à elle.

- La "loi Lerdo" (1856) ordonnait à la richissime l’Église catholique mexicaine de vendre à leurs locataires les biens qu’elle leur louait.

Les généraux cléricaux conservateurs Zuloaga et Miramón déclenchent alors une guerre civile terrible pour chasser le pouvoir légal. Pour obtenir le soutien du très réactionnaire pouvoir de Madrid, ils s’engagent à rembourser toutes les dettes.

Pour l’emporter Juarez prend en 1859 et 1860 des décisions encore plus radicales en faveur des petits paysans contre l’Eglise :

- Loi de nationalisation des biens ecclésiastiques : suppression des ordres religieux, les livres et œuvres d’art en possession de l’Église passent en mains publiques ;

- Loi du mariage civil et contrat de mariage civil sans intervention du clergé ;

- Loi du registre civil. Les statistiques, le contrôle de la population, les registres des naissances et des décès passent sous contrôle exclusif de l’État ;

- Loi de sécularisation des cimetières, interdiction d’enterrer quiconque dans une église ;

- Loi de liberté des cultes.

Durant cette période, plusieurs personnalités mexicaines monarchistes exilées en Europe interviennent auprès de l’impératrice Eugénie de Montijo pour qu’elle pousse son mari Napoléon 3 à intervenir militairement au Mexique dont ils décrivent l’institution républicaine comme en lambeaux et rejetée par la population. L’empereur ne se laisse pas convaincre.

A2) L’intérêt des banquiers

En 1861, le président Benito Suarez réussit enfin à repousser l’armée conservatrice mais les caisses de l’Etat sont alors désespérément vides. Aussi, il décide en juillet 1861 de suspendre pour deux ans le paiement de la dette extérieure aux créanciers anglais (70 millions de pesos), espagnols (9 millions) et français (montant discuté).

Cette décision est logique au sortir d’une guerre civile très dure. Aussi Anglais et Espagnols négocient avec le Mexique et signent la Convention de Soledad en février 1862.

La France décide au contraire, d’attaquer le Mexique en utilisant ce prétexte de la dette.

Qui a pu ainsi influencer Napoléon 3 et les décideurs qui l’entourent ?

- d’une part le duc de Morny, demi-frère de Napoléon 3. Pourquoi ? parce qu’il est lié au banquier franco-suisse Jean-Baptiste Jecker, établi à Mexico depuis 1835, devenu un puissant industriel (mines) et surtout le propriétaire de la plus importante banque du pays. Le général conservateur Miguel Miramón lui avait affermé la conversion de la dette intérieure. En 1861, Benito Juárez victorieux, déclare nuls et non avenus les engagements pris par Miramón, décide de suspendre la transaction en même temps que le paiement de la dette mexicaine. Ainsi lésé d’une somme équivalente à 75 millions de francs, Jecker se tourne vers les milieux d’affaires parisiens, et notamment vers le duc de Morny, demi-frère de l’empereur Napoléon III et président du Corps législatif. Ce dernier, en échange d’une commission de 30 %, fait ajouter la somme réclamée par Jecker aux 60 millions exigés par les créanciers français de l’État mexicain....

- d’autre part la camarilla conservatrice catholique autour de l’impératrice pour les raisons signalées plus haut.

B) La Guerre du Mexique (Hérodote)

Après avoir triomphé en 1856 au congrès de Paris, qui a mis fin à la guerre de Crimée, Napoléon III, empereur des Français, forme le projet de renverser le président mexicain et de transformer le Mexique en un empire latin et catholique.

Il y est encouragé par son demi-frère le duc de Morny, pour des raisons financières, et son épouse Eugénie de Montijo, soucieuse de développer l’influence de la France en terre hispanique et catholique. Cet empire serait en Amérique du nord le pendant des États-Unis anglophones et protestants, au même moment à feu et à sang en raison de la guerre de Sécession.

Mais cette « plus grande pensée du règne » va sombrer dans le drame.

B1) De l’intimidation à la guerre

En 1860, un conflit politique a éclaté au Mexique entre conservateurs catholiques et libéraux anticléricaux. Ces derniers, conduits par Benito Juarez, l’ont emporté sur l’ancien président Miramon. Devenu président, Juarez exerce aussitôt des représailles contre le clergé, frappe d’un impôt les résidents étrangers et suspend le paiement des intérêts de la dette.

La France convainc l’Angleterre et l’Espagne d’intervenir avec quelques troupes pour obliger le président à honorer les dettes de son pays. La dette mexicaine

Sur les 260 millions de francs-or que représente la dette mexicaine, la Grande-Bretagne en réclame 85, l’Espagne 40 et la France 135. Mais dans les faits, les investisseurs et résidents français ne sont créditeurs que de 60 millions de francs-or. Le reste de la dette revendiquée par la France correspond aux « bons Jecker »...

Le gouvernement conservateur de Miramon avait emprunté 3 750 000 francs-or à un établissement suisse, la maison Jecker, qui avait reçu en contrepartie des bons d’un montant de... 75 millions de francs-or exigibles à tout moment du gouvernement mexicain ! Lorsque Juarez remplace Miramon à la tête du gouvernement, le banquier Jean-Baptiste Jecker présente aussitôt ses bons et exige d’être remboursé. Refus de Juarez.

Le banquier, opportunément naturalisé français, soudoie le demi-frère de l’empereur des Français, le duc de Morny, un affairiste et viveur qui est aussi le président du Corps Législatif. En échange d’une commission de 30% sur ses crédits mexicains, il le convainc d’intervenir auprès de l’empereur pour obtenir le remboursement de la dette mexicaine et, qui sait ? mettre la main sur un pays, le Mexique, aux ressources prometteuses.

B2) Vers un nouvel Empire latin

L’empereur Napoléon III justifie la guerre en affichant sa crainte que les États-Unis ne s’emparent du Mexique et ne bouleversent de la sorte l’équilibre politique du continent.

Il projette de transformer le Mexique en empire et d’en confier la couronne à l’archiduc Ferdinand-Maximilien, le frère cadet de l’empereur autrichien François-Joseph 1er.

Mais les Français se heurtent à la résistance farouche et inattendue des Mexicains qui prennent le parti de Juarez. Une première armée de 7.000 hommes est repoussée devant Puebla, une ville fortifiée sur la route de Mexico. Il faut envoyer en catastrophe 28.000 hommes en renfort, sous le commandement du général Forey, pour enfin avoir raison de la résistance de la ville.

B3) Fierté mexicaine

En souvenir de leur victoire de Puebla, les Mexicains ont fait de l’anniversaire du 5 mai 1862 un jour férié et chômé.

Pendant le siège de Puebla se produit le drame de Camerone et la résistance héroïque d’une poignée de légionnaires.

Après la prise de Puebla et l’entrée des Français à Mexico, un simulacre d’assemblée nationale octroie la couronne de l’Empire du Mexique à Ferdinand-Maximilien. Celui-ci hésite longtemps avant d’accepter et finalement se rend au Mexique.

Le général François Achille Bazaine remplace Forey à la tête de l’armée française. Il doit faire face à la guerilla des partisans juaristes et peine à former une armée mexicaine au service du nouvel empereur. En désespoir de cause, il demande à celui-ci le droit de faire fusiller tous les rebelles pris les armes à la main, décision qui a pour effet de relancer la guerilla.

Pour tout compliquer, Bazaine, marié à une aristocrate mexicaine, croit habile de traiter pour son compte, dans le dos de Ferdinand-Maximilien, avec un général de Juarez, Porfirio Diaz.

Entre temps, les États-Unis, arrivés au terme de leur guerre civile exigent le retrait de la France. En Europe même, la situation internationale se dégrade rapidement. Une guerre se profile entre la Prusse et l’Autriche qui débouchera sur Sadowa.

B4) Fiasco français

En avril 1866, Napoléon III décide de rapatrier le corps expéditionnaire en catastrophe. Il laisse sur place quelques rares volontaires au service de l’armée mexicaine.

Après avoir longtemps hésité, l’éphémère empereur du Mexique refuse au dernier moment de s’enfuir, sur les instances de son épouse, l’archiduchesse Charlotte, fille du roi des Belges Léopold Ier. Ayant renoncé à ses droits sur la couronne d’Autriche, il n’a rien à espérer en Europe.

Ferdinand-Maximilien (36 ans) est pris et fusillé par les juaristes le 19 juin 1867 au Cerro de las Camparas, une butte qui domine la ville de Queretaro, avec deux de ses généraux.

Sa dernière pensée est pour sa femme, devenue folle de chagrin : Pauvre Charlotte, murmure-t-il avant de mourir. Charlotte, en effet, a sombré dans la folie la même année après avoir tenté de mobiliser les souverains d’Europe et le pape en sa faveur.

La mort tragique de Ferdinand-Maximilien affecte gravement Napoléon III dans son prestige et son honneur à un moment où l’Empire français doit affronter une situation européenne des plus périlleuses.

Trois ans plus tard, Napoléon III est lui-même battu et fait prisonnier par les Prussiens à Sedan. Bazaine, rentré du Mexique avec une épouse métisse et devenu maréchal, se rend aux mêmes Prussiens avec son armée à Metz.


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