Sarkozy, la morale et Mai 68 (29 avril 2007 Discours de Bercy)

mardi 2 mai 2017.
 

B) Sarkozy, la morale et Mai 68 (Jacques Serieys)

1) La morale à quatre sous de la droite française

Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa prenait un gros risque en centrant sa campagne médiatique sur ce thème de la morale.

La gauche aurait pu l’envoyer dans les cordes et ne pas le lâcher ; malheureusement, le dégoût des politiciens de droite et de leurs pratiques ne s’apprend pas à l’Ecole Nationale d’Administration dans laquelle le PS puise ses experts et ses candidats mais plutôt dans la dureté de la vie et dans quelques journaux comme Le Canard Enchaîné, L’Humanité, A Gauche, Rouge, Lutte Ouvrière...

La droite française de la cinquième république (dont le gaullisme) est marquée par des affaires particulièrement nombreuses et immorales. Dès le début, les réseaux gaullistes ont intégré la pègre criminelle ( Jo Attia, Christian David...). Leur caractéristique essentielle c’est l’absence de prise en compte de la légalité et effectivement de toute morale ; l’affaire Ben Barka (1965) l’illustre bien mais n’oublions pas par exemple les membres du SAC déguisés en ambulanciers qui récoltent des manifestants blessés pour aller les tabasser au sous sol du local national gaulliste.

A l’automne 68, l’Affaire Markovic prouve que les liens entre gaullisme et pègre restent importants. Chaque responsable départemental du SAC est membre de droit du comité départemental de l’UNR, de l’UDR puis du RPR. Or, de 1968 à 1981, ce SAC se trouve aux prises avec la justice pour « coups et blessures volontaires, port d’armes, escroqueries, agressions armées, faux monnayage, proxénétisme, racket, incendie volontaire, chantage, trafic de drogue, hold-up, abus de confiance, attentats, vols et recels, association de malfaiteurs, dégradation de véhicules, utilisation de chèques volés, outrages aux bonnes mœurs. » (François Audigier, Histoire du SAC, p. 462). Quel pédigrée !

N’oublions pas les immondes Affaire de la Garantie foncière (1971), Affaire des avions renifleurs (1975 à 1979), Affaire des diamants (années 1970), Affaire Villarceaux (années 1970), Affaire Boulin (1979), Tuerie d’Auriol (1981), Affaire René Lucet (1982), Affaire des otages du Liban (1985) déjà liée à des rétro-commissions, Affaire Pierre Botton (années 1990), Affaire des frégates d’Arabie saoudite et des sous-marins du Pakistan (années 1990), Affaire des chargés de mission de la mairie de Paris, Affaire des HLM de Paris, Affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, Affaire du casino d’Annemasse, détournements de fonds publics (SEMPAP...), Affaire des marchés publics truqués d’Île-de-France, fausses factures de la Société Maillard et Duclos...

La pratique politique actuelle de la droite française est bien plus marquée par la tactique politicienne que par la morale

Programme 2007 2012 de l’UMP : le marketing comme credo

Pourquoi Ségolène Royal n’envoie-t-elle pas tout ça dans les dents de Sarkozy ? Parce qu’elle craint un déballage général intégrant des affaires concernant la gauche ? Cela n’irait pas bien loin. Parce qu’elle ne veut pas s’abaisser à ce type d’attaque ? Alors, elle ne sera jamais présidente de la république. Quand la gauche est attaquée comme immorale par le candidat de droite, c’est à elle de répondre parce qu’elle dispose d’un accès aux medias ; si elle ne le fait pas, les paroles de Sarkozy vont imprégner l’électorat.

2) La morale à quatre sous de Nicolas Sarkozy

Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa prenait un gros risque en centrant sa campagne médiatique sur ce thème de la morale.

La gauche aurait pu l’envoyer dans les cordes et ne pas le lâcher ; malheureusement, les fondamentaux républicains et socialistes sur la complémentarité de la morale et de la justice sociale, sur la contradiction entre morale et capitalisme ne s’apprennent pas à l’Ecole Nationale d’Administration dans laquelle le PS puise ses experts et ses candidats.

Le nouveau président de la république française constitue un exemple parfait de politicien capitaliste, ayant pour seul but d’être élu pour ensuite protéger les intérêts de la grande bourgeoisie.

Nicolas Sarkozy est très lié au cercle restreint des milliardaires de notre pays. Il présente Arnaud Lagardère comme son "frère", Edouard de Rothschild comme son ami "depuis longtemps". Bernard Arnault et Martin Bouygues ont été ses deux témoins de mariage. Serge Dassault est un grand client de son cabinet d’avocat et son soutien électoral indéfectible parce "que la France est en faillite (...), que les acquis sociaux, on ne peut plus les payer".

Pour un candidat comme Sarkozy, obtenir des suffrages nécessite parfois de tromper les citoyens sur ses intentions véritables. De ce point de vue, le discours de Bercy prononcé ce 29 avril 2007 est un modèle.

Voilà cet interprète d’un texte d’Henri Guaino lancé dans la dénonciation du "culte de l’argent roi, du profit à court terme, de la spéculation, des dérives du capitalisme financier" au nom de "LA MORALE".

Henri Guaino, plume, conseiller spécial et ami de Nicolas Sarkozy : tradition, nation, affirmations, constatations, manipulation

"Nous conjurerons le pire en remettant de la morale dans la politique. Oui, de la morale. Le mot « morale » ne me fait pas peur."

La morale de la droite a toujours consisté à prêcher au peuple les "valeurs" de travail, famille, patrie, sacrifice, devoir, réussite individuelle en cachant totalement le vol permanent des riches au détriment des pauvres.

Nicolas Sarkozy est bien placé pour savoir à quel point le capitalisme est étranger à toute morale, à quel point un système économique fondé sur le profit peut écraser les gens du peuple et bénéficier aux cent familles. Depuis que je suis né, j’en vois les preuves chaque jour dans le pillage des pays dits du tiers-monde, dans la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux tuant ce que "l’Etat social" apportait aux pauvres avec parcimonie, dans les délocalisations et le dumping social, dans les salaires de misère, dans le drame des travailleurs de l’amiante...

Le philosophe Emmanuel Lévinas résumait la morale dans la formule de politesse " Après vous, je vous en prie". Par nature le capitalisme constitue le modèle contradictoire à cela. La formule du capitalisme libéral, c’est "Tout pour moi, rien pour les autres", "Bien mal acquis ne profite jamais assez !"

Marx avait bien vu ce fond amoral du capitalisme "Elle (la bourgeoisie) a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. (…) La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu’on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages. La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n’être que de simples rapports d’argent."

La morale sociale de la gauche, elle, peut s’appuyer sur des sources qui touchent profondément au coeur des électeurs de ce pays. c’est le cas par exemple dans la tradition catholique même si les actes n’ont jamais suivi les paroles au niveau des papes et de la hiérarchie.

3) Défendre la morale sociale de la gauche n’est pas minorisant : la tradition religieuse

Le Coran comprend des affirmations comme « Quant aux injustes, ils formeront le combustible de l’Enfer. » (Allah, Les djinns) « Les équitables seront installés le Jour de la Résurrection, à droite du Trône du Tout Miséricordieux sur des chaires en lumière. »

La Bible, l’Evangile et d’autres textes du christianisme naissant regorgent d’appels à la justice sociale. "Heureux les affamés et assoiffés de justice... Heureux les persécutés pour la justice car le royaume des cieux est à eux" (Jésus dans les Béatitudes)

Pour ne pas être trop long, prenons seulement quelques extraits du document publié en 2005 par la Librairie Editrice Vaticane sous le titre COMPENDIUM DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L’ÉGLISE.

La rémunération est l’instrument le plus important pour réaliser la justice dans les rapports de travail... Le simple accord entre travailleur et employeur sur le montant de la rémunération ne suffit pas à qualifier de « juste » le salaire concordé, car celui-ci « ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier » : la justice naturelle est antérieure et supérieure à la liberté du contrat.

La doctrine sociale comporte également un devoir de dénonciation, en présence du péché : c’est le péché d’injustice et de violence qui, de diverses façons, traverse la société et prend corps en elle. Cette dénonciation se fait jugement et défense des droits bafoués et violés, en particulier des droits des pauvres, des petits, des faibles ; elle s’intensifie d’autant plus que les injustices et les violences s’étendent, en touchant des catégories entières de personnes et de vastes zones géographiques du monde, entraînant ainsi des questions sociales comme les abus et les déséquilibres qui affligent les sociétés »...

Les salariés ont « droit à des lieux et des méthodes de travail qui ne portent pas préjudice à la santé physique des travailleurs et qui ne blessent pas leur intégrité morale ... droit à des subventions convenables et indispensables pour la subsistance des travailleurs au chômage et de leurs familles, droit à la retraite ainsi qu’à l’assurance vieillesse, l’assurance maladie et l’assurance en cas d’accidents du travail, droit à des mesures sociales liées à la maternité 657, droit de se réunir et de s’associer. »

4) Défendre la morale sociale de la gauche n’est pas minorisant : la tradition républicaine

La tradition républicaine pèse encore lourd dans le fonds culturel du peuple français. Or, cette tradition définit souvent la morale et le but de la politique par la justice sociale. Voici quelques citations pour illustrer mon propos :

Robespierre 1792 « Les auteurs de la théorie ( du libre marché) n’ont considéré les denrées les plus nécessaires à la vie que comme une marchandise ordinaire, et n’ont mis aucune différence entre le commerce du blé, par exemple, et celui de l’indigo... La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister... Le plus grand intérêt de l’homme n’est pas d’amasser des trésors, et la plus douce propriété n’est point de dévorer la subsistance de cent familles infortunées. Le plaisir de soulager ses semblables, et la gloire de servir sa patrie, valent bien ce déplorable avantage... Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide... les ennemis de la liberté n’arrêteront pas plus le cours de la raison humaine, que celui du soleil... Législateurs, souvenez-vous, que vous n’êtes point les représentans d’une caste privilégiée, mais ceux du peuple français, n’oubliez pas que la source de l’ordre, c’est la justice »

Victor Hugo L’importance de la justice sociale comme morale unit toutes les oeuvres de Victor Hugo : Le Dernier Jour d’un condamné (1829), Claude Gueux (1834), Les Misérables (1862), Les Travailleurs de la mer (1866). Son oeuvre de la plus grande maturité Quatre vingt treize reprend un thème déjà abordé dans les Misérables : le rôle fondateur de la Révolution française dans la conscience littéraire, politique, sociale et morale du pays. Parmi ses poèmes mis en ligne sur notre site, signalons :

Victor Hugo, le travailleur et le Joueur en Bourse

Quand Victor Hugo soutenait les mineurs d’Aubin, Firmi, Decazeville

Travail mauvais..., Qui produit la richesse en créant la misère (Hugo, Melancholia, extrait)

Clémenceau 1881) « En même temps que la liberté, nous voulons la justice, une meilleure répartition de la justice sociale. L’émancipation politique du citoyen ne serait qu’un leurre sans l’émancipation sociale de l’homme... Il s’agit de poursuivre la réformation sociale inaugurée par la Révolution française dont le principe était la création d’une démocratie égalitaire »

Emile Zola « Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. » (J’accuse 1898)

Jaurès « Je n’ai jamais séparé la République des idées de justice sociale, sans laquelle elle n’est qu’un mot ».(1887) « Le fond de la société bourgeoise est un monstrueux égoïsme de classe compliqué d’hypocrisie... La Révolution n’a pas seulement façonné un monde nouveau, elle a créé une nouvelle philosophie de l’histoire : elle a fait du droit, elle a fait de la justice le ressort, l’aboutissant suprême de l’histoire et du mouvement humain ; elle a créé une nouvelle philosophie de l’histoire pour expliquer à la fois par l’idée de justice l’avenir et le passé... Ce n’est pas seulement par la force des choses que s’accomplira la révolution sociale ; c’est par la force des hommes, par l’énergie des consciences et des volontés. Le niveau moral de la société communiste de demain sera marqué par la hauteur morale des consciences individuelles dans la classe militante d’aujourd’hui... il faudra un flot nouveau, le grand flot prolétarien et humain, pour que l’idée de justice enfin soit remplie. C’est le socialisme seul qui donnera à la Déclaration des Droits de l’Homme tout son sens et qui réalisera tout le droit humain. » (1902)

5) Nicolas Sarkozy, Mai 1968 et l’affaiblissement moral du capitalisme

Nicolas Sarkozy prétend que cet affaiblissement moral du capitalisme date de Mai 1968.

Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, vous êtes bien placé pour savoir que les grandes dynasties capitalistes ont été fondées dès les 16ème et 17ème siècles dans le déni de toute morale : traite des esclaves, vol des terres des autochtones, génocides, guerres.

Au début du 16ème siècle, Thomas More avait bien vu la nature du système capitaliste "Les riches diminuent, chaque jour, de quelque chose le salaire des pauvres, non seulement par des menées frauduleuses, mais encore en publiant des lois à cet effet... sur tous les points du royaume, où l’on recueille la laine la plus fine et la plus précieuse, accourent, pour se disputer le terrain, les nobles, les riches, et même de très saints abbés. Ces pauvres gens n’ont pas assez de leurs rentes, de leurs bénéfices, des revenus de leurs terres ; ils ne sont pas contents de vivre au sein de l’oisiveté et des plaisirs, à charge au public et sans profit pour l’État. Ils enlèvent de vastes terrains à la culture, les convertissent en pâturages, abattent les maisons, les villages, et n’y laissent que le temple, pour servir d’étable à leurs moutons. Ils changent en déserts les lieux les plus habités et les mieux cultivés."

Thomas More (décapité le 6 juillet 1534) dénonce la naissance du capitalisme "Ces riches détestables, avec leur insatiable avidité, se sont partagé ce qui devait suffire à tous"

Il est vrai que le capitalisme a changé ces 40 dernières années devenant encore plus vorace, plus prédateur de la planète entière.

De quand date ce changement ? Non pas de Mai 1968 :

- mais de l’instauration par les Etats Unis (et pays alliés dans l’OTAN) d’Etats fascistes et dictatures militaires qui ont permis aux milliardaires de refaire leurs profits et de jouer les rois du monde.

- mais du vol à grande échelle qu’a représenté l’utilisation de la planche à billets par la réserve fédérale américaine sans aucune garantie réelle de cet argent fictif

- mais de l’écrasement de luttes ouvrières comme la grande grève des mineurs britanniques

- mais de nouvelles inventions techniques comme le web qui ont démultiplié les possibilités de spéculer, à la seconde, sur tout.

Ce capitalisme financier transnational met en avant une idéologie à sa mesure : le libéralisme, censé être moral selon des argumentations de pacotille héritées d’Adam Smith selon lequel "Ce n’est pas par générosité de coeur que le boulanger vend son pain à la ménagère à un prix que celle-ci peut supporter, mais parce que tel est son intérêt". L’histoire humaine n’en est plus au rapport du boulanger et de la ménagère dans un village britannique quelconque ; la politique menée par les multinationales méprise toute réflexion autre que l’intérêt à court terme des dirigeants et des actionnaires.

Croyez-vous, Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, que ce libéralisme va permettre aux peuples et citoyens du vaste monde de mieux manger, mieux dormir, mieux se soigner, mieux s’éduquer... Bien sûr que non ! de toute façon, vous n’en avez cure. "Après nous le déluge" serait une bonne formule pour résumer ce capitalisme de notre temps, en particulier dans son rapport à l’environnement.

La morale ne peut se fonder essentiellement sur le principe individualiste du gagner plus et sur le respect des contrats. Imaginer une vie en société implique de penser les fondements moraux, économiques, politiques, juridiques, culturels permettant de placer l’humain d’abord, le profit individuel après.

6) Nicolas Sarkozy, la république et Mai 68

Nicolas Sarkozy dispose dans son équipe de quelques intellectuels interlopes venus du milieu "républicain" capables de servir la soupe à un candidat de droite libérale comme de gauche social-libérale.

Sa critique de Mai 68 vient directement de cette souche idéologique prétendument républicaine, émanant en réalité de milieux politiciens (élus ou insérés dans l’appareil d’Etat) utilisant cette référence pour mieux tromper le peuple et rester dans le flou le plus total.

Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, qu’est-ce qui vous permet de dire que "Mai 68 avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid." Je pense exactement l’inverse ; il y eut dans les années 1968 une aspiration morale de masse qui n’a pas trouvé d’expression politique à la hauteur. Les organisations qui ont tenté de combler cet écart entre haute aspiration morale et plus faible niveau de conscience politique ont été écrasées par vos semblables sous les mitrailleuses au Mexique, sous le napalm au Vietnam, par les exécutions sommaires de dirigeants en Afrique, par les liens entre services secrets et fascistes poseurs de bombes comme en Italie...

Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa qu’est-ce qui vous permet de dire que "Mai 68 avait cherché à faire croire qu’il ne pouvait exister aucune hiérarchie de valeurs"

Premièrement vous êtes bien mal placé pour prétendre cela. " Vous en avez eu, vous, des valeurs en tant que ministre de l’intérieur, en mettant le feu aux banlieues pour faire monter les sondages en votre faveur, en vous moquant de la loi comme de votre première chemise...

L’élection de Nicolas Sarkozy est illégale et relève du code pénal ! (articles 433-19 et 433-22 du code pénal).

Deuxièmement, vous trompez vos auditeurs en prétendant que Mai 68 avait cherché à faire croire qu’il ne pouvait exister aucune hiérarchie de valeurs. Je viens de relire le texte que j’avais écrit, jeune lycéen, durant l’été 1968 et je trouve qu’il respire d’aspiration morale "En ce soir du 24 mai nous avons cru en la liberté, et nous avons dénoncé toute entrave aux droits de l’homme, toute oppression des femmes et des jeunes que ce soit à Bogota ou à Moscou, à New York ou au Cap, à Saïgon ou à Paris. Nous avons tellement cru en l’égalité qu’à la demande de jeunes ouvriers nous avons majoritairement voté de ne jamais passer les concours ouvrant l’accés à des métiers de cadres. Nous avons tellement cru en la fraternité et au progrés de l’humanité que nos propositions peuvent apparaître aujourd’hui utopiques, en matière d’habitat, de recherche médicale, de gestion des entreprises ou de syndicalisme jeune international. Qu’importe ! Nous avons lié notre espérance à l’idéal démocratique des générations précédentes, au combat des travailleurs, au socialisme universel et l’un de nous a arboré un grand chiffon rouge qui flottait à l’entrée du lycée occupé. Ne chicanez pas sur la couleur ; dans une ville comme Rodez, elle avait la fraîcheur de la première tulipe, d’une tulipe éternelle.

Nous avons essayé de penser et de construire une autre société que celle des usuriers et des marchands de canon. Nous n’avons pas changé pour celles et ceux que l’on peut considérer comme faisant partie de la génération politiques des années 1968.

Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa qu’est-ce qui vous permet de dire, toujours à propos des jeunes de 1968 " Ils avaient proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit." Philippe Meirieu vous a bien répondu sur le sujet "ce que Nicolas Sarkozy dit sur l’autorité ressemble au discours de Pétain, avec un retour à l’autoritarisme, à une forme d’obéissance arbitraire fondée sur la force et non sur la compétence"

7) Quelques réaction intéressantes au discours de Bercy

Georges Moustaki, chanteur : “Il s’en prend à une période de ma vie et de la vie de ma génération qui était très importante au niveau des libertés qui ont été conquises. Et de vouloir les occulter, de vouloir les combattre, c’est un crime de lèse-liberté”, fustige Georges Moustaki.

Henri Weber, député européen socialiste “Nicolas Sarkozy a trouvé un nouveau bouc émissaire : après les immigrés, les fonctionnaires, c’est Mai 68 qui est désormais responsable de tous les malheurs de la France !” “Imputer à un événement vieux de 40 ans nos difficultés d’aujourd’hui est inepte. C’est comme si on attribuait à l’affaire Dreyfus la responsabilité de la défaite de 1940 !”. Selon lui, “Mai 68 fut un grand mouvement démocratique et libertaire”, qui a été “à l’origine du mouvement de libération des femmes, des mouvements écologiques, régionalistes, homosexuels”. “Ce fut aussi la plus grande mobilisation ouvrière de l’histoire de France”, rappelle-t-il. La “campagne de la droite” contre Mai 68 a “deux objectifs”, explique-t-il : “En finir avec le modèle social français” et “revenir à l’ordre moral répressif et à l’exercice autoritaire du pouvoir qui prévalaient avant le soulèvement de mai”. (Communiqué, lundi 30 avril)

Philippe Meirieu, pédagogue “Ce que dit Sarkozy sur l’autorité ressemble au discours de Pétain, avec un retour à l’autoritarisme, à une forme d’obéissance arbitraire fondée sur la force”.

Alain Krivine et Daniel Bensaïd

Coupable, Mai 68. Et de quoi ?

D’avoir imposé « le relativisme intellectuel et moral » pour lequel tout se vaut et s’équivaut ? Comme si ce n’était pas l’esprit du capitalisme qui inculquait que tout s’achète et tout se vend. Comme si c’était Mai 68, et non la boulimie de profit, qui était responsable du scandale du Crédit lyonnais, des parachutes dorés, des frégates de Taiwan, des orgies de la mairie de Paris, des délits d’initiés, des combines immobilières et des trafics boursiers.

D’avoir « liquidé l’école de Jules Ferry » et fait « détester la laïcité » ? Comme si la liquidation de l’école pour tous n’était pas d’abord le fait des discriminations sociales et des ségrégations spatiales ! Comme si la laïcité n’était pas davantage menacée par la décentralisation et la privatisation rampante de l’éducation publique et par le transfert, exigé par le Medef, de la mission éducative à l’entreprise !

D’avoir « introduit le cynisme dans la société et dans la politique » et favorisé le culte de l’argent roi, du projet à court terme, des dérives du capitalisme financier ? Comme si le cynisme n’était pas chez les patrons du CAC 40, qui empochent les subventions, les allégements de charges, et délocalisent pour gagner plus, en exigeant 15 % de retour sur investissement pour une croissance de 2 % ! Et comme si le chef-d’oeuvre du cynisme n’était pas dans ce discours de Bercy qui invoque Jeanne d’Arc et la misère qu’il y avait alors au royaume de France, pour en appeler à un sursaut moral, sans un mot sur les politiques qui ont produit cette détresse sociale et sur le rôle de l’orateur lui-même.

Chaque passage de ce discours laisse un profond malaise. C’est un discours de revanche et de vengeance. Un discours versaillais, qui fait frissonner d’aise la brochette des ministres et des ministrables. Pourquoi tant de haine ? Sans doute est-elle proportionnelle à une grande peur. A la grande peur d’hier, la vieille peur recuite des possédants, des momies rassemblées bras dessus bras dessous pour chasser leurs cauchemars, un certain 30 mai devant l’Arc de triomphe.

CONCLUSION

Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, vous qui avez surfé sur le thème du projet de civilisation, soyez certain qu’aucun progrès de civilisation ne naîtra de l’égoïsme individuel et du mensonge politicien.

Jacques Serieys

A) Sarkozy : Discours de Bercy le 29 avril 2007

Relisons ce triste discours qui a bénéficié d’une couverture extraordinaire de la part des médias et n’a pas été critiqué suffisamment par la gauche

« Nous conjurerons le pire en remettant de la morale dans la politique. Oui, de la morale. Le mot « morale » ne me fait pas peur. La morale, après mai 68, on ne pouvait plus en parler. C’était un mot qui avait disparu du vocabulaire politique. Pour la première fois depuis des décennies, la morale a été au cœur d’une campagne présidentielle.

Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l’élève valait le maître, qu’il ne fallait pas mettre de note pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, qu’il ne fallait pas de classement.

Ils avaient cherché à faire croire que la victime comptait moins que le délinquant.

Ils avaient cherché à faire croire qu’il ne pouvait exister aucune hiérarchie de valeurs.

Ils avaient proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit.

Souvenez-vous du slogan de mai 68 sur les murs de la Sorbonne : « Vivre sans contrainte et jouir sans entrave. »

Voyez comment l’héritage de mai 68 a liquidé l’école de Jules Ferry qui était une école de l’excellence, une école du mérite, une école du respect, une école du civisme, une école qui voulait aider les enfants à devenir des adultes et non à rester de grands enfants, une école qui voulait instruire et non infantiliser, parce qu’elle avait été construite par de grands républicains qui avaient la conviction que l’ignorant n’est pas libre.

Voyez comment l’héritage de mai 68 a liquidé une école qui transmettait une culture commune et une morale partagée grâce auxquelles tous les Français pouvaient se parler, se comprendre, vivre ensemble.

Voyez comment l’héritage de mai 68 a introduit le cynisme dans la société et dans la politique.

Voyez comment le culte de l’argent roi, du profit à court terme, de la spéculation, comment les dérives du capitalisme financier ont été portés par les valeurs de mai 68.

Voyez comment la contestation de tous les repères éthiques, de toutes les valeurs morales a contribué à affaiblir la morale du capitalisme, comment elle a préparé le terrain au capitalisme sans scrupule et sans éthique des parachutes en or, des retraites chapeaux et des patrons voyous, comment elle a préparé le triomphe du prédateur sur l’entrepreneur, du spéculateur sur le travailleur.

Voyez comment les héritiers de mai 68 ont abaissé le niveau moral de la politique »

Nicolas Sarkozy, discours de Bercy, 29 avril 2007

Source : http://www.u-m-p.org/site/index.php...


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