Le fascisme clérical (cléricalo-fascisme)

lundi 30 novembre 2020.
 

- A) Comprendre les racines du cléricalo-fascisme

- B) La notion de fascisme clérical

- C) Catholicisme et fascisme dans les années 1920 et 1930

- D) Exemples de forces fascistes cléricales

- Article à suivre : Le fondamentalisme islamiste est-il un fascisme religieux ?

La notion de fascisme clérical n’est pas utilisée par quelques historiens français réputés en comparaison par exemple des pays anglo-saxons, de l’Italie, du Portugal... Pourquoi ? ces grands noms répugnent à classer le pétainisme dans la constellation fasciste car cela concernerait souvent leurs grands parents. Aussi, ils avancent des critères de définition du fascisme (par exemple un parti unique) permettant de limiter essentiellement celui-ci à l’Allemagne et à l’Italie. D’autres historiens français n’hésitent pas à définir des régimes cléricaux comme fascistes ; tel est le cas par exemple de Michel Laran dans L’Encyclopedia Universalis qui caractérise la Slovaquie de Tiso comme un « État totalitaire et corporatiste ».

Les mouvements et régimes concernés par ce concept de fascisme clérical représentent-ils des forces négligeables ? Non, bien au contraire. Prenons par exemple l’article Klerikalfaschismus de wikipedia en allemand. Il classe parmi les forces dont le fascisme clérical est un marqueur important : le régime français de Vichy ( Pétain, Laval...), le régime portugais de Salazar, le franquisme espagnol, le Front Patriotique autrichien (Engelbert Dollfuss, Kurt Schuschnigg), le totalitarisme chrétien slovaque, le rexisme belge, le metaxisme grec, le Mouvement national yougoslabe (ZBOR), les oustachis croates et le régime de ¨Pavelic, la Garde de Fer roumaine, l’Organisation de Nationalistes Ukrainiens, le Parti de Horthy en Hongrie... Excusez du peu ! Voilà des forces dont l’importance justifie de réfléchir à la validité du concept de fascisme clérical, à ses origines, à son rôle dans les années 1920 à 1945.

L’introduction des occurrences du web russe pat google en vient à affirmer que tous les fascismes présentent les caractéristiques d’un fascisme clérical Le fascisme clérical (Klerophasisme) est une construction idéologique qui combine les doctrines politiques et économiques du fascisme avec la théologie ou la tradition religieuse. ... Dans une certaine mesure, le terme « fascisme clérical » n’a pas de sens, car le cléricalisme est en quelque sorte caractéristique de tous les régimes et mouvements fascistes. Cette analyse est plus facile à étayer que les âneries des rédacteurs de manuels scolaires français surtout soucieux d’intégrer superficiellement nazisme et communisme dans la catégorie du "totalitarisme".

Avant de continuer, je tiens à préciser que personne ne fait du fascisme clérical un synonyme de fascisme, seulement un facteur important dans les années 1920 à 1945.

Fascismes de 1918 à 1945 : naissance, caractéristiques, causes, composantes, réalité par pays

A) Comprendre les racines du cléricalo-fascisme avant la Première guerre mondiale

L’historien Zeev Sternhell a bien montré que des éléments fondamentaux de l’idéologie fasciste des années 1920 à 1945 sont déjà fortement exprimés dans les années avant 1914 par l’Action française par exemple. Il voit même une certaine continuité du combat clérical des Anti-Lumières du 18ème jusqu’au fascisme clérical. Je partage ces deux points de vue.

De la féodalité au fascisme : les fantômes barbares (royalistes, cléricaux, conservateurs autoritaires) contre le progrès humain Jacques Serieys

A1) Des racines historiques anciennes et profondes

La religion jouait un rôle central dans le mode de production féodal ; le clergé y faisant fonction d’appareil idéologique centralisé. Aussi, l’Eglise a mené un farouche combat contre toute évolution dangereuse pour la féodalité, par exemple contre la liberté d’expression et de conscience, contre les découvertes scientifiques pouvant contredire le dogme...

Dans chaque pays, le cléricalo-fascisme véhicule une histoire mythique justifiant son combat : lutte des Pères de l’Eglise contre les hérétiques, actes de génocide des Saxons non chrétiens par Charlemagne, Croisades, Inquisition, lutte armée pour exterminer le protestantisme...

Revenir au Moyen Age ne pouvant être la seule référence, le cléricalo-fascisme fait l’apologie des grands rois de l’absolutisme, par exemple Louis XIV pour la France.

A2) Un mouvement moderne

Le cléricalo-fascisme ne représente pas seulement un traditionalisme. Il répond à des questions posées à l’Eglise par l’actualité :

- nationalisme exacerbé, militarisme, valorisation de la force au détriment du droit

- promotion d’une troisième voie, ni socialiste, ni capitaliste mais corporatiste

- défense des rentiers et actionnaires au lieu de l’ancien refus du prêt

- lutte contre le fisc...

Les repères idéologiques habituels du catholicisme comme la justification de la hiérarchie, le devoir d’obéissance aux supérieurs, la définition du pouvoir comme incarné par une personne au nom de Dieu et non la souveraineté populaire... permettent une forme de synthèse avec les fondements réels du fascisme.

Du point de vue idéologique, le cléricalo-fascisme se distingue principalement du royalisme et catholicisme conservateur :

- par une volonté d’implantation en milieu populaire, ouvrier en particulier

- par un caractère militant

- par l’utilisation de la doctrine sociale de l’Eglise afin de lutter contre le socialisme en milieu ouvrier

- par un nationalisme et un racisme plus actifs, plus véhéments

A3) Naissance d’un préfascisme clérical

Il apparaît durant les années 1880 à 1914 lorsque plusieurs forces (droite conservatrice, nobliaux chouans, cléricaux divers...) décident d’instrumentaliser la religion et les écoles confessionnelles comme cadre unitaire de combat politique face à la marée montante des aspirations démocratiques et socialistes.

Le cléricalo-fascisme se développe surtout dans les Etats et régions d’implantation catholique ancienne et forte, à l’identité communautaire forgée par les combats contre la Renaissance et l’humanisme, contre les Lumières, contre les droits de l’homme, contre la république et la laïcité.

Sa base sociale essentielle est constituée par la petite bourgeoisie déjà déstabilisée par le développement du capitalisme (paysans, commerçants, artisans, petits rentiers...) ainsi que les familles liées aux intérêts économiques concrets de l’Eglise. Dans la répartition traditionnelle des tâches au sein de la famille, les femmes assuraient la responsabilité de la pratique religieuse (éducation, direction de la prière, fleurissement des statues et images...) ; leur forte implication dans le fascisme clérical doit s’expliquer ainsi.

Les cadres se recrutent plutôt parmi les religieux, nobliaux et notables de droite.

A4) Hiérarchie catholique et cléricalo-fascisme

Durant cette période 1880 1914, la papauté joue à la fois :

- une petite ouverture vis à vis des institutions républicaines lorsque le rapport de force national l’impose

- un soutien des forces cléricalo-fascistes à chaque fois que le rapport de forces national ou local le permet.

En Autriche, fief historique lié au Vatican, les catholiques conservateurs traditionalistes, électoralement bousculés par le parti chrétien-social (cléricalo-fasciste) s’adressent au pape dans un mémorandum pour protester contre l’aide apportée par la Curie à celui-ci et dénoncer sa violence, sa démagogie, son antisémitisme. Le pape ayant confirmé son soutien public aux chrétiens-sociaux et donné sa bénédiction publique à leur dirigeant Karl Lueger, toutes les nuances du puissant catholicisme politique autrichien se groupent derrière celui-ci.

Comme dans d’autres pays, le développement d’une force fasciste cléricale s’accompagne d’un renouveau religieux du catholicisme. Albert Fuchs décrit bien ce phénomène dans son ouvrage sur les Courants spirituels en Autriche de 1867 à 1918 « Parallèlement à l’essor des chrétiens-sociaux et en étroite relation avec cet essor, se développa un large mouvement culturel rempli d’esprit catholique qui eut une influence considérable sur la conscience religieuse des masses. Les églises étaient combles et surtout les processions de la Fête-Dieu devinrent des manifestations prodigieuses auxquelles participaient des centaines de milliers d’hommes et de femmes. Ainsi, grâce aux chrétiens-sociaux, le catholicisme acquit un grand poids dans la vie publique, à partir de 1890 environ et jusqu’à la fin de la monarchie. »

B) La notion de fascisme clérical

B1) Fascisme clérical et naissance du fascisme italien

Durant la première guerre mondiale, les Etats de l’Entente soutiennent militairement (France) et financièrement (Royaume-Uni) le gouvernement italien entré en guerre à leurs côtés. L’argent sert particulièrement à former des groupes paramilitaires chargés de casser la contestation anti-guerre particulièrement forte dans le parti socialiste et le mouvement ouvrier.

Après guerre, l’Italie connaît un fort développement des revendications ouvrières et populaires, un fort mouvement gréviste, une auto-organisation qui débouchent sur une crise révolutionnaire. Le patronat italien finance alors les groupes para-militaires dans le cadre des fasci dirigés par Mussolini, pour casser la grève.

Ces fasci recrutent essentiellement des militaires démobilisés (en particulier d’anciens membres des unités d’élite déçus par les traités de paix), des petits bourgeois et actionnaires ruinés par la crise économico-sociale du pays. Des officiers apportent des cadres.

Lors des élections législatives du 15 mai 1921, les candidats mussoliniens n’obtiennent que 0,45% des voix et deux élus. Leur poids réel va être multiplié par leurs liens dans la police, dans l’armée et dans l’appareil d’Etat qui leur permettent de réaliser des assassinats individuels, des attaques de locaux syndicaux et politiques de gauche et même des mairies sans être inquiétés.

L’alliance avec les libéraux se comprend pour des raisons de programme économique et de volonté de détruire le mouvement ouvrier et socialiste comme dans tous les autres pays d’Europe. Cependant, c’est le glissement du catholicisme, y compris sa grande organisation politique, le Parti Populaire qui va jouer le rôle principal pour propulser le Duce au pouvoir.

En 1919 et 1921, le Parti Populaire (chrétien) est sorti très renforcé des élections. Il va jouer ainsi un rôle central dans les alliances politiques gouvernementales en particulier en soutenant le premier gouvernement Mussolini qui se maintiendra au pouvoir jusqu’en 1944..

La victoire physique aux dépens du mouvement populaire et progressiste donne des ailes aux courants réactionnaires ruraux essentiellement animés par de grands propriétaires terriens, marqués par l’ancestral combat de l’Eglise catholique contre le Risorgimiento et la modernité... Des tensions apparaissent au sein du Parti National Fasciste en 1921 et 1922, le fascisme libéral patronal considérant que la terreur physique imposée par ces groupes fascistes ruraux peut retourner massivement l’opinion publique contre le fascisme.

En octobre 1922, Mussolini se décide, avec diverses accointances, à tenter un "coup d’Etat avec l’aide de l’Etat". Plusieurs villes sont acquises par la force : Bolzano, Civitavecchia, Trente notamment. A Naples, le 24 octobre, le Duce prononce devant 40.000 chemises noires un discours pendant lequel il proclame : "Ou ils nous donnent le gouvernement, ou nous le prenons en allant à Rome !". Et le 27 octobre, donc, quelque 26.000 chemises noires marchent vers la capitale. Mussolini fait le trajet en train. Le roi refuse de signer un décret pour arrêter leur démonstration de force ; pire, après cette "marche sur Rome, il demande à Mussolini de former un nouveau gouvernement avec l’appui particulièrement des députés catholiques et libéraux.

En avril 1923, à l’issue du IVème Congrès, le prêtre Don Sturzo, dirigeant du PPI, retire le soutien de sa délégation parlementaire au gouvernement Mussolini ; sa réaction est bien trop tardive et bien trop isolée face au pape. Le 6 avril 1924, les candidats de Mussolini créent les conditions pseudo-légales et de terreur permettant de l’emporter.

Italie 6 avril 1924 Comment la droite (fascistes, libéraux et catholiques) gagne les élections

Les catholiques favorables au fascisme fondent alors le 12 août 1924 un rassemblement politique autonome et philo-fasciste, le Centro Nazionale Italiano (CNI) que Sturzo caractérise comme clérico-fasciste. Le pape lui demande de démissionner de la direction du PPI ; celui-ci se voit même obligé de s’exiler.

L’alliance entre catholiques, fascistes et libéraux est ainsi scellée.

B2) Deux analyses intéressantes de Wikipedia

Wikipedia en italien

"Le fascisme clérical (ou fascisme clérical) est une locution de la dialectique politique, utilisée en Italie depuis le début des années 1920" pour nommer des courants à la fois internes au fascisme et internes à l’Eglise catholique agissant pour un rapprochement, des combats communs puis une synthèse entre ces deux mouvements. Il a également désigné "d’autres genres de fusion ou, en tout cas, une extrême proximité de régimes... avec les hiérarchies ecclésiastiques... En toile de fond, il y avait la fragmentation des catholiques en politique, accentuée après la démission du secrétaire du Parti populaire que le pape avait demandée à Don Sturzo. Et il y avait aussi l’intérêt de l’Église catholique et du fascisme à raccourcir les distances qui les séparaient, dans le but commun de parvenir à un concordat.

11 février 1929 : la papauté signe les Accords du Latran avec le gouvernement fasciste de Mussolini

Wikipedia en anglais :

« Fascisme clérical » Le terme a été popularisé en Italie pendant les années 1920, en particulier par les opposants qui cherchaient à désigner ceux au sein de l’Eglise catholique qui soutenaient le fascisme. Plus tard, le terme a été élargi pour englober les liens entre les églises et le fascisme ailleurs. Le terme a également été appliqué aux mouvements fascistes qui étaient ouvertement et sincèrement religieux, tels que la Garde de Fer roumaine, dirigée par le dévotement orthodoxe Codreanu Corneliu. La plupart des historiens qui utilisent le terme, comme Hugh Trevor-Roper, cherchent à affiner les typologies des différentes formes de fascisme différenciant une variante « autoritaire-conservatrice » dont les fascismes cléricaux de variantes plus radicales et plus dynamiques comme le nazisme.

B3) Analyses d’historiens

D’après l’historien italien Carlo Santulli, cette caractérisation de "fascisme clérical" concernait au départ la faction "philofasciste" catholique du Parti Populaire Italien.

Le célèbre historien Walter Laqueur, né en Silésie prussienne en 1921, devenu citoyen US et professeur à l’université hébraïque de Jérusalem) nomme ainsi "un groupe de croyants catholiques dans le Nord de l’Italie qui a préconisé une synthèse du catholicisme et du fascisme" très tôt (avant 1922).

Pour plusieurs historiens italiens, ce terme de fascisme clérical a surtout été théorisé à l’époque par Don Luigi Sturzo, prêtre animateur du courant opposé au sein du PPI. L’ordre qui lui fut donné par le pape de démissionner de sa fonction de secrétaire national du PPI symbolise bien le choix opéré par le Vatican.

Des historiens conservateurs comme le lord britannique Hugh Trevor-Roper ont utilisé ce concept pour différencier des fascismes aux caractéristiques particulières au sein de la constellation fasciste des années 1920 à 1945.

Ces analyses rejoignent bien celles d’Antonio Gramsci, dirigeant du Parti Communiste Italien à cette époque. Après l’écrasement de la grève générale ouvrière et des conseils ouvriers, le courant politique soutenant Mussolini du patronat italien considère les assassinats barbares et attaques armées de villes à municipalité de gauche comme contre-productifs et pouvant retourner l’opinion publique contre le fascisme ; ii a donc marqué son désaccord. Gramsci théorise alors l’existence de "deux fascismes" complémentaires mais aux caractéristiques particulières :

- l’un servant les intérêts du grand capitalisme, s’appuyant sur des couches moyennes essentiellement urbaines, tenté par le jeu électoral

- l’autre plus ancré dans les milieux ruraux, essentiellement dirigé par de grands propriétaires terriens réactionnaires

C) Catholicisme et fascisme dans les années 1920 et 1930 (par Robert Souci, grand historien français du fascisme)

Pour citer Michael Mann, le problème est que Pie XI a remercié Mussolini d’avoir appliqué en Italie le catholicisme social ; bien que le Vatican ait de prime abord « regardé de travers » les fascistes, il en vint à les considérer favorablement après qu’ils eussent accepté de protéger ses intérêts institutionnels : « « Le Vatican les préférait à la démocratie si celle-ci incluait les socialistes » [32] Michael Mann, op. cit., p. 126.

Michael Mann observe également qu’en Autriche à partir du milieu des années 1920, les gouvernements sociaux-chrétiens empiétèrent sur les droits constitutionnels, purgèrent les socialistes de l’armée et de l’administration, s’engagèrent dans une répression sélective et coopérèrent avec le Heimwehr, une milice patriotique paramilitaire fasciste qui avait elle-même « des relations étroites avec le clergé ». En Italie, en Autriche et ailleurs, le catholicisme s’infiltra également dans le fascisme : « En se développant, le fascisme a absorbé une influence catholique croissante. » [33] Ibid., p. 229, 84-85

Le 14 janvier 1933, La Croix, principale voix du catholicisme conservateur en France, avait critiqué Hitler pour ses méthodes brutales, particulièrement contre les catholiques allemands. Cependant, le 14 février 1933, elle fait son éloge comme force contre le communisme : « Si Hitler s’élève contre le communisme et manifeste l’intention de le supprimer ou, du moins, de le combattre vigoureusement, un tel projet ne peut que rencontrer l’approbation générale. » Le 3 juillet 1934, La Croix approuve l’élimination des éléments de gauche des SA et félicite le Führer de s’être rendu « maître de la situation » grâce à « une remarquable rapidité de décision et une volonté audacieuse ».

L’historien américain Paul Mazgaj a décrit comment les intellectuels catholiques de la Jeune droite comme Henri Massis et les néothomistes Jean de Fabrègues et Jean-Pierre Maxence ont succombé dans les années 1930 à l’« attrait du fascisme ». Massis considéra Mussolini comme un modèle de « l’Homme chrétien » et Maxence adhéra à Solidarité française de François Coty et devint l’un de ses principaux porte-parole lors des événements du 6 Février. [34] Paul Mazgaj, « Engagement and the French Nationalist...

Un autre historien américain, John Hellman, libéral catholique, a décrit l’admiration que les intellectuels catholiques français d’Ordre nouveau portaient dans les années 1930 au national-socialisme allemand « pur » ou au « fascisme blanc ». Même s’ils s’associaient également au catholicisme social du Vatican et critiquaient le populisme « vulgaire » de Hitler, ils défendaient « une forme virilisée de christianisme ». Un des fondateurs d’Ordre nouveau, Alexandre Marc, écrivait également pour Sept, une revue qui était « sans équivoque antinazie », mais qui avait « une attitude plus nuancée envers le fascisme italien ». Dans les années 1930, Robert Loustau de l’Ordre nouveau était un conseiller de premier plan de Doriot et de La Rocque. [35] John Hellman, The Communitarian Third Way : Alexandre...

Absoudre La Rocque de fascisme parce qu’il était « bon catholique » est donc peu convaincant si son type particulier de catholicisme politique est minimisé. Comme l’ont noté Stanley Payne et d’autres historiens américains, dans les années 1930, il existait, à travers toute l’Europe et le monde, nombre d’exemples de fascistes « soi-disant » chrétiens. En Espagne, la Phalange prétendait défendre l’Église catholique contre les marxistes athées et les libéraux anticléricaux, tout comme les mouvements fascistes en Pologne, au Portugal, en Autriche, en Hongrie, en Roumanie, en Croatie, en Bolivie, en Argentine, au Pérou, au Chili et au Brésil. [36] Stanley Payne, op. cit., p. 112, 261-262, 341, 343-346,...

Le fait d’être « nationalistes et chrétiens » n’empêchait pas ces mouvements, comme le suggère Michel Winock pour les Croix-de-Feu/parti social français, d’être fascistes. [37] Michel Winock, op. cit., p. 23.

En Italie, où des versions concurrentes de fascisme existaient, un grand nombre de conservateurs fascistes étaient catholiques pratiquants. Les accords du Latran furent suivis d’un afflux de catholiques dans le parti mussolinien qui, comme l’a écrit Alexandre De Grand, « a créé un fascisme clérical [qui a rivalisé] avec d’autres idéologies pour s’attribuer la véritable identité fasciste ». [38] Alexander De Grand, Fascist Italy and Nazi Germany :....

Naturellement, aucun de ces faits ne diminue l’honneur des catholiques restés insensibles au fascisme et au nazisme pendant l’entre-deux-guerres, que l’on songe à Heinrich Breüning, le chef du Zentrum qui, en 1933, plaida infructueusement auprès des membres de sa formation pour qu’ils ne signent pas la loi accordant les pleins pouvoirs à Hitler ou au docteur Erich Klausner, président du mouvement de jeunesse Action catholique allemande, assassiné par les chemises brunes de Hitler en 1934. En France, le 14 janvier 1933, des journalistes de La Croix critiquèrent également le Führer pour ses « méthodes agressives et meurtrières » contre les catholiques allemands et invitèrent leurs « frères catholiques » à voter contre lui aux prochaines élections. Le catholique libéral Robert d’Harcourt dénonça également les nazis pour leur « goût pour la violence » et écrivit à propos de la politique étrangère : « On ne parle pas avec Caliban. » [39] Robert Soucy, « French Press Reactions to Hitler’s...

À cette époque, La Rocque pensait que la France devrait « bavarder » avec Hitler. Au demeurant, Michael Mann a montré que parmi les électeurs allemands inscrits en juillet 1932, seuls 16 % de catholiques votèrent pour les nazis, contre environ 38 % de protestants, « différence considérable ». [40] Michael Mann, op. cit., p. 186.

Il est patent que nombre de catholiques européens résistèrent aux sirènes du nazisme ou du fascisme dans les années 1930. Mais ce ne fut pas toujours le cas.

De sorte qu’il importe moins de savoir si La Rocque était ou non « un bon catholique » que de savoir à quelle tendance politique du catholicisme il se rattachait. Michel Winock cite plusieurs circonstances où La Rocque proclame sa fidélité à la légalité, aux principes, aux libertés et aux institutions de la république. [41] Cité dans Michel Winock, op. cit., p. 8, 11, 14, 2...

Je précise également, dans Fascismes français ?, qu’en 1936, il déclare être « fermement attaché aux libertés républicaines » et rejeter « l’absolutisme hitlérien ». Il affirme en 1937 que la conduite fasciste est « contraire au tempérament français », et être opposé « à toute imitation servile du totalitarisme fasciste » et « férocement hostile à toute imitation des régimes dictatoriaux » [42] Robert Soucy, Fascismes français ?…, op. cit., p. ...

Ces proclamations sont toutefois difficiles à prendre pour argent comptant ; car hormis lorsque La Rocque prend ses distances avec le fascisme hitlérien, ces affirmations sont contredites par d’autres, émises avant 1936 et après 1939. On ne trouve pas trace de son attachement aux libertés républicaines en 1933, lorsqu’il écrit qu’aucune élection ne devra avoir lieu sans une « purification » préalable des commissions gouvernementales et de la presse et que « notre intervention initiale consistera à réduire au silence les fauteurs de troubles ». [43] Cité dans Robert Soucy, « Fascism in France… », op.... En juin 1936, il réclame une « réconciliation » qui « éliminerait » les forces nocives de la vie politique française et « proscrirait » ceux dont la vie privée ne se conformerait pas à leurs déclarations publiques. [44] Cité dans ibid.

Dans Disciplines d’action (1941), il exige l’« extirpation intégrale des éléments contaminés » de la société française pour laquelle il préconise « une résolution impitoyable ». Il dénonce également la « dégénérescence » française et réclame une « France régénérée » en des termes caractéristiques d’autres fascistes français de l’époque, y compris Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach et Bertrand de Jouvenel [45] Colonel de La Rocque, Disciplines d’action, Clermont-Ferrand,...

D) Exemples de forces dont le fascisme clérical constitue une composante significative dans les années 1920 à 1945 (partie en cours de rédaction)

D1) Des mouvements fascistes et philo-fascistes

Comme l’ont noté Stanley Payne et d’autres historiens américains, dans les années 1930, il existait, à travers toute l’Europe et le monde, nombre d’exemples de fascistes « soi-disant » chrétiens. En Espagne, la Phalange prétendait défendre l’Église catholique contre les marxistes athées et les libéraux anticléricaux, tout comme les mouvements fascistes en Pologne, au Portugal, en Autriche, en Hongrie, en Roumanie, en Croatie, en Bolivie, en Argentine, au Pérou, au Chili et au Brésil [36]. Le fait d’être « nationalistes et chrétiens » n’empêchait pas ces mouvements, comme le suggère Michel Winock pour les Croix-de-Feu/parti social français, d’être fascistes [37]. En Italie, où des versions concurrentes de fascisme existaient, un grand nombre de conservateurs fascistes étaient catholiques pratiquants. Les accords du Latran furent suivis d’un afflux de catholiques dans le parti mussolinien qui, comme l’a écrit Alexandre De Grand, « a créé un fascisme clérical [qui a rivalisé] avec d’autres idéologies pour s’attribuer la véritable identité fasciste [38] ». (Robert Soucy)

Autriche

L’Autriche est à coup sûr le pays permettant de saisir le mieux la diversité des courants fascistes et leurs caractéristiques cléricales communes. Elle a été marquée par un puissant pré-fascisme clérical d’avant 1914 (parti chrétien social du Docteur Karl Lueger), par un grand parti catholique typiquement fasciste clérical longtemps majoritaire lié à l’institution catholique (comme son dirigeant Monseigneur Seipelr), l’austro-facisme (autrichien et catholique) du chancelier Dollfuss, une force paramilitaire fasciste aristo-cléricalo-patronale (la Heimwehr)

France

Parmi les mouvements, le plus typique est évidemment l’Action française :

Action française : mouvement fasciste français (1889 à 1945)

Parmi les dirigeants de droite jouant un rôle éminent dans l’action de l’Eglise catholique :

Xavier Vallat... symbole de la droite "républicaine, catholique, économiquement libérale" et fasciste si nécessaire

- le Parti Social Français du colonel De La Rocque

- la Phalange espagnole

Phalange espagnole, un mouvement fasciste

Allemagne

Dès sa fondation, le NSDAP (parti nazi) se définit idéologiquement ainsi dans ses statuts : Le Parti en tant que tel défend le point de vue d’un christianisme positif. Dès les années 1920, les "chrétiens allemands" adoptèrent de nombreux aspects nationalistes et racistes de l’idéologie nazie. Une fois les nazis au pouvoir, ce groupe demanda la création d’une Eglise nationale du Reich et soutint une version nazifiée du christianisme. (encyclopédie de la shoah). S’il y eut une lutte parmi les protestants entre "chrétiens allemands" et Eglise confessante anti-nazie, tel ne fut pas le cas parmi les catholiques ; par exemple le congrès des enseignats catholiques vota à l’unanimité l’adhésion au parti d’Hitler.

Concordat entre Hitler et Eglise catholique allemande 20 juillet 1933

- la Garde de fer roumaine

- le ZBOR serbe

D2) Régimes fascistes marqués par "un genre de fusion ou, en tout cas, une extrême proximité... avec les hiérarchies ecclésiastiques" (wikipedia italien)

- le régime croate de Pavelic

Etat fasciste oustachi de Croatie

- le régime slovaque de Josef Tiso

- le régime grec de Metaxas

https://journals.openedition.org/ce...

E) Le fondamentalisme islamiste estl un fascisme religieux


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