23 août 1939 Le Pacte germano-soviétique et la Pologne

lundi 9 janvier 2017.
 

Le message de forum ci-dessous, signé Roland LEFEVRE, a été mis en ligne sur le site Parti de Gauche Midi Pyrénées à la suite de l’article Du 1er au 11 juillet 1940 : Cléricalisme et fascisme traditionaliste expriment leur soutien à Pétain, vomissent laïcité, République et syndicalisme, sont satisfaits de la situation créée par la victoire nazie

En fait, ce texte de Monsieur LEFEVRE ne constitue pas une réponse à notre article mais un procès d’intention : vous dites du mal de l’Eglise catholique française en 1940 mais " Il est important de dire la vérité et toute la vérité" ; or, vous ne dites rien sur le Pacte germano-soviétique dont l’Église catholique polonaise, "pilier de l’identité nationale, persécutée par les deux parties", a fait les frais.

Premièrement, nous vous remercions pour votre contribution argumentée, même de la part d’une personne qui ne paraît pas partager nos références politiques. Comme d’habitude, nous plaçons votre texte en page Une tout en nous réservant évidemment un droit de réponse.

Deuxièmement, nous n’avons pas occulté le Pacte germano-soviétique puisque nous avons déjà donné cinq points de vue sur ce sujet : deux émanant du PCF, un du Monde diplomatique, un des Jeunesses SFIO en 1938, un de la LCR :

Le PCF en1940, rétablir la vérité ( Annie Lacroix-Riz, PCF, professeur d’histoire contemporaine, université Paris 7 )

Le pacte germano soviétique (par le blog PCF des Pyrénées atlantiques)

Les dessous du pacte germano-soviétique

23 août 1939 : Tract distribué par les Jeunesses Socialistes de la Seine contre le Pacte germano soviétique Molotov Ribbentrop

LE PACTE GERMANO-SOVIETIQUE (Par Luc Gérard, LCR Loiret)

Nous n’occultons pas non plus le totalitarisme de Staline. Une trentaine d’articles de notre site en font foi, comme :

5 mars Joseph Staline est mort depuis 58 ans. Qu’il reste dans sa tombe !

11 et 12 juin 1937 : Staline fait fusiller les chefs militaires de la Révolution russe

Staline (né le 18 décembre 1878) « un authentique intellectuel », « un érudit », un grand lecteur, poète, chanteur et cinéaste ! (Révélation du Nouvel Observateur !)

Troisièmement, je partage votre indignation concernant cet accord diplomatique entre Staline et Hitler ainsi que votre indignation sur les compléments secrets de celui-ci (second pacte), en particulier le fait que Staline ait livré à Hitler des dirigeants communistes qui en sont morts. J’ai toujours considéré le Pacte germano soviétique comme la quintescence de la trahison du socialisme internationaliste par Staline.

Ceci dit, votre analyse du Pacte germano soviétique me paraît très unilatérale :

* l’intervention militaire française, anglaise, allemande, étatsunienne, canadienne, italienne, japonaise, roumaine... contre la Russie révolutionnaire naissante avait marqué tous les dirigeants de ce dernier pays qui en ont gardé la conviction, à juste titre, que les pays capitalistes cités ci-dessus étaient parfaitement capables d’utiliser le fascisme pour détruire leur ennemi principal : l’URSS.

* l’Etat polonais naît après la Première Guerre Mondiale comme bastion du « cordon sanitaire » antibolchevique mis en place par ces mêmes pays capitalistes cités ci-dessus. De 1919 à 1939, le gouvernement de Varsovie va rester (tout comme la majorité de la société polonaise), au plan idéologique comme au plan diplomatique, plus proche d’Hitler que d’une possible alliance défensive face à lui. Vous connaissez la formule de Josef Pilsudski : « Avec les Allemands nous risquons de perdre notre liberté, avec les Russes, nous perdons notre âme. » Que fait Josef Beck (ministre polonais des affaires étrangères) dans les années où la soif expansionniste d’Hitler s’affirme ? L’article de Wikipedia le concernant répond : "La Pologne est alors confrontée aux volontés expansionnistes de l’Allemagne. Il chercha à obtenir l’appui de la France et de la Grande-Bretagne pour sauvegarder l’indépendance de son pays et écarter les menaces pesant sur lui." Cette affirmation me paraît bien péremptoire concernant ce germanophile plus fascisant que démocrate, opposé à toute idée d’alliance militaire intégrant l’URSS ; par ailleurs, il s’est toujours prévalu du "testament" ci-dessus de Pilsudski. Je ne sous-estime pas le jeu stupide de la France et de la Grande-Bretagne qui péroraient sur le rôle de l’URSS pour bloquer le Reich à l’Est tout en ne faisant rien, tout en soutenant aussi la volonté polonaise et roumaine de ne pas autoriser le passage d’unités de l’armée rouge face aux nazis.

* De 1917 à 1940, l’ennemi principal pour les Etats capitalistes et droites européennes était resté l’URSS et non Hitler. Vous savez le rôle important du grand capital américain dans les progrès du nazisme par son soutien à de grands patrons allemands qui finançaient Hitler, par le rôle de banques US par qui transitaient les subsides aux NSDAP, par l’activité inlassable de la diplomatie US afin d’éviter la constitution d’une alliance militaire, ne serait-ce que défensive, face au Troisième Reich.

* Avant 1936, la France et la Grande Bretagne (avec le soutien par exemple de la Tchécoslovaquie, de la Pologne, de la Roumanie, des Etats baltes) auraient pu casser le pouvoir d’Hitler, par exemple en lui interdisant d’intervenir en Espagne, par exemple en rompant les relations diplomatiques et commerciales tant que les camps de concentration fonctionnaient... Mais les droites d’Europe occidentale ne se sentaient pas menacées tant que les camps n’exterminaient que des rouges et des juifs.

Document de mars 1934 sur le premier camp de concentration nazi, ouvert en 1933 : Dachau

Génocide de la gauche allemande et des Juifs par les nazis : Nuit de Noël 1933 au camp de concentration extermination de Fuhlsbuettel

"Dachau, dans le camp des meurtriers" Livre d’Hans Beimler paru en août 1933 sur les débuts des camps d’extermination

Quant à la Pologne, Roumanie et Etats baltes, ils étaient nés de la guerre contre l’URSS. S’ils parlaient d’une alliance face à Hitler, celle-ci n’intégrait pas l’URSS, attitude militairement suicidaire dans les années 1938 à 1939 où l’armée nazie était devenue extrêmement forte. Si la Pologne avait accepté assez tôt certaines propositions d’alliance militaire de la France et de la Grande Bretagne, les marges de manoeuvre contre Hitler auraient été différentes et l’histoire aurait peut-être évolué autrement

* en 1938, constatant la volonté occidentale (en particulier du britannique Chamberlain) de diriger Hitler contre l’Union soviétique, Staline a choisi la solution qui lui paraissait le mieux préserver les intérêts de son pays, réarmer et jouer perso.

* durant les premiers mois de 1939, Hitler prévoit d’attaquer la France. Tirant le bilan négatif du combat sur deux fronts Est et Ouest) durant la Première Guerre Mondiale, il cajole conjoncturellement Moscou. Staline n’est pas dupe mais refuse de s’engager militairement face aux nazis sans une alliance militaire avec la France et la Grande Bretagne comme en 1914. Le secrétaire britannique au Foreign Office (Affaires étrangères), Charles Lindsley Halifax, a bien résumé ce positionnement le 6 mai 1939 : l’URSS refuse d’« être impliquée toute seule dans un conflit avec l’Allemagne ».

Quatrièmement, j’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour le peuple polonais et ses luttes. L’agression conjointe de la Pologne en 1939 par l’Allemagne nazie et par l’URSS fut une ignominie. Ceci dit, je peux critiquer violemment le Pacte germano soviétique et l’envahissement de la Pologne en 1939 tout en trouvant votre phrase sur le catholicisme polonais surprenante : "L’Église catholique, pilier de l’identité nationale de la Pologne, sera persécutée par les deux parties". En tant que républicain socialiste, je considère qu’aucune religion ne constitue in vitam aeternam l’identité d’une nation, ni le catholicisme pour la Pologne, ni l’Islam pour l’Arabie saoudite, ni la religion juive pour Israel ; aucune idéologie politique non plus d’ailleurs ; nous faisons appel à la conscience citoyenne, à la souveraineté populaire, aux aspirations émancipatrices pour sans cesse "marcher vers l’idéal".

Cinquièmement, comme vous le dites à juste titre, " Il est important de dire la vérité et toute la vérité". Le fait que l’Eglise catholique polonaise se vivait comme le "pilier de l’identité nationale de la Pologne" n’a-t-il pas contribué à son anti-sémitisme et au rôle important de catholiques polonais entre 1939 et 1945 dans la persécution des Juifs ?

Sixièmement, l’Eglise polonaise était aussi touchée par le fascisme traditionaliste que l’Eglise française, sinon plus, mais cela nécessiterait un autre article. Cela n’est pas dû à l’occupation allemande ; c’était déjà le cas sous la Pologne des colonels (1935 1939) et même avant.

Jacques Serieys

Message de Roland LEFEVRE

mis en ligne le 17 juin 2009 sur le site Parti de Gauche Midi Pyrénées à la suite de l’article Du 1er au 11 juillet 1940 : Cléricalisme et fascisme traditionaliste expriment leur soutien à Pétain, vomissent laïcité, République et syndicalisme, sont satisfaits de la situation créée par la victoire nazie

Il est important de dire la vérité et toute la vérité. La Pologne a été attaquée sur deux fronts : à l’ouest par les divisions allemandes du troisième Reich et à l’est par l’armée rouge de l’union des républiques socialistes et soviétiques.

Le 23 août 1939, l’URSS, représentée par Molotov, et l’Allemagne nazie, représentée par Ribbentrop, signèrent à Moscou un Traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte germano-soviétique ou encore Pacte Molotov-Ribbentrop, du nom de ses signataires.

l’Allemagne nazie a envahit la Pologne le 1er septembre 1939, suivie par l’URSS le 17 septembre. La ligne de partage suivait à peu près le tracé de la ligne Curzon, qui aurait dû séparer la Pologne de la Russie après la guerre russo-polonaise de 1920.

Par ce traité, la Gestapo s’engageait aussi à livrer au NKVD les réfugiés russes présents sur le territoire allemand et réclamés par l’URSS, en échange de quoi l’URSS livrait à l’Allemagne de nombreux réfugiés antifascistes allemands et autrichiens réfugiés en Union soviétique (ce fut le cas de Margarete Buber-Neumann et du fondateur du Parti communiste autrichien, Franz Koritschoner).

Un des protocoles du traité stipulait que, en cas de partage de la Pologne, les deux parties avaient l’obligation de prendre des mesures pour prévenir et empêcher toute action de la Résistance polonaise. Des consultations mutuelles à propos de toutes les actions répressives qui sembleraient utiles était même prescrites :

« Aucune des deux parties ne tolèrera sur son territoire d’agitation polonaise quelconque qui menacerait le territoire de l’autre partie. Chacune écrasera sur son propre territoire tout embryon d’une telle agitation, et les deux s’informeront mutuellement de tous les moyens adéquats pouvant être utilisés à cette fin. »

Ces moyens firent l’objet d’échanges constants entre la Gestapo et le NKVD, durant tout l’hiver 1939-1940, moment à partir duquel chacun des deux occupants s’appliquera à se débarrasser des élites polonaises. Les Allemands mettent en avant des critères raciaux et les Soviétiques, des critères de classes. L’Église catholique, pilier de l’identité nationale de la Pologne, sera persécutée par les deux parties. Les exactions commises par chacune des deux parties furent tenues secrètes et ne reçurent aucun écho dans les presses nationales.

Il est aussi important de préciser que le camarade Maurice THOREZ, secrétaire général du parti communiste français qui comme les autres citoyens français de sa classe d’age avait été mobilisé, a préféré déserté l’armée Française pour rejoindre l’Union Soviétique de façon à ne pas avoir à combattre les alliés des camarades soviétiques.


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