Les femmes et 1793 : Adieu à Onfray

vendredi 13 janvier 2017.
 

Pour Onfray, Robespierre et les Montagnards étaient des démagogues sans politique sociale qui instrumentalisaient le peuple contre les Girondins. Mensonge.

Comme nous étions nombreux à aimer ce qu’il disait ! Comme nous avons été enthousiaste de son université populaire, de son dictionnaire de l’athéisme, de sa réhabilitation des philosophes matérialistes. Puis, nous l’avons vu glisser d’émission en émission jusque sur la berge peuplée où courent les chiens de garde. Après avoir voté Besancenot en 2007, en 2012 il avait déjà accepté de faire le tireur dans le dos pour le Nouvel Obs. Il appelait à voter blanc, ne pouvant ni voter Hollande, ni Sarkozy et surtout pas pour le Front de gauche à cause de Robespierre… déjà !

Le voici qui vide la mémoire de son sens. Le récit de la Révolution Française aurait été confisqué par de brutes marxistes infectées de stalinisme. Onfray arrive et nous révèle la vérité : la Révolution de 1789 a été faite par des femmes, toutes girondines, toutes ennemies du sang et de la violence, toutes condamnées à mort par Robespierre.

Voici recommencée l’erreur que commentent tant de cuistres. Trier dans les faits et les êtres impliqués dans le tremblement de terre qui ouvrit l’ère moderne, selon le mot de Goethe ! Clemenceau l’a dit une fois pour toutes à notre avis : « la révolution est un bloc ». On ne trie pas. On doit seulement comprendre dans les conditions de l’époque l’exploit qu’a été la conduite victorieuse d’un bouleversement historique que personne n’avait entrepris avant cela.

Voici donc cinq femmes mises en portrait pour servir la cause d’Onfray. Malin et tellement mainstream ! Oui les femmes ont fait les moments clefs de la grande révolution. Mais surtout pas dans le sexisme genré qu’avouent les lignes d’Onfray. Non ce n’était pas de purs esprits, de gentilles mamans ou de délicates mains blanches qui refusaient la violence. Les jeunes femmes de 16 à 25 ans les bras chargés d’enfants qui marchèrent sur Versailles pour ramener de force le roi à Paris y tuèrent un cheval pour le manger et quelques gardes royaux qui encombraient leur chemin.

Mais pour Onfray il y a femme et femme. Voyez comment il présente la compagne de Marat qui filtre l’accès à « l’ami du peuple » comme une « mégère ». Ce mépris pullule sous sa prose. Pour lui, les femmes du peuple ne peuvent être que des tricoteuses, qui se repaissent du spectacle des condamnés que l’on mène à la guillotine. Il renoue avec un imaginaire extrêmement stéréotypé dans lequel la femme ne peut être qu’une martyr « vierge » comme Charlotte Corday, ou une furie monstrueuse à la sexualité débridée et menaçante, quand elle vient du peuple. Quel cliché !

Pourtant, voyez Pauline Léon et Claire Lacombe fondant la Société des républicaines révolutionnaires ni pour faire du tricot ni pour gazouiller de doux libelles comme les apprécieraient Onfray ! En mars 1792, elles présentèrent une pétition demandant la permission d’organiser une garde nationale féminine ! Armée !

Cette cause des femmes, qui sert de paravent aux attaques d’Onfray, fut-elle défendue par les girondins ? Absolument pas. Le philosophe girondin Condorcet ne fut favorable au droit de vote des femmes que dans le cadre d’un suffrage censitaire exclusivement réservé aux propriétaires : pour lui, comme pour Olympe de Gouges d’ailleurs, seules les femmes propriétaires devaient pouvoir voter. Mais, lorsque les luttes politiques imposent le suffrage universel, il essaye alors de mettre en place un dispositif électoral qui peut le contourner et n’évoque plus le vote des femmes. La Constitution dite "girondine" dont il est le maître d’œuvre n’attribue pas non plus ce droit de vote aux deux sexes. Enfin, Onfray néglige de dire que Robespierre organisa le droit de vote des femmes, dans les si importantes assemblées de villages décidant du sort des communaux en 1793 et 1794. Il tait également la parole de Saint-Just : « Chez les peuples vraiment libres, les femmes sont libres et adorées. »

Les girondins, ce groupe politique traversé de contradictions et un temps majoritaires à l’Assemblée nationale, serait donc la pureté incarnée de la Révolution Française ? De grands humanistes qui détestaient la violence ? Non. Ils sont justes à l’origine de la guerre déclarée le 20 avril 1792 au reste de l’Europe. C’est cette guerre qui fera tant de mal à la Révolution. C’est cette guerre qui a entraîné les mesures répressives, et finalement la radicalisation du peuple qui entreprit de lui-même le massacre des opposants sans que les ministres girondins ne fassent rien, et qui permis à Danton, et non à Robespierre opposé à cette guerre, de créer le tribunal révolutionnaire !

Enfin rappelons que ces girondins adulés par Onfray n’étaient pas de purs esprits mais des propriétaires féroces. C’est eux qui demandèrent la peine de mort contre quiconque proposerait une loi agraire, s’acharnant à faire appliquer leur politique économique libérale par une loi martiale. Elle devait assurer par la force la liberté illimitée du commerce des grains qui faisait tant souffrir le peuple affamé. Le tribunal révolutionnaire, les comités de surveillance, le comité de salut public : toutes les institutions de ce que l’on nomme « La Terreur », évoquées par Onfray sans aucune contextualisation historique, sont toutes créées sous la Convention girondine. Mais cela ne cadre pas avec le récit d’Onfray, ennemi du peuple en mouvement, amis des nobles dames élégantes qui assassine dans les baignoires.

Pour Onfray, Robespierre et les montagnards étaient des démagogues qui instrumentalisaient le peuple contre les girondins sans politique sociale. Mensonge. C’est après la chute des Girondins à l’issue des journées révolutionnaires du 31 mai et du 2 juin 1793, que la Convention peut mettre en œuvre un certain nombre de revendications du mouvement sans-culotte comme la liquidation définitive du système féodal et combien d’autres mesures sociales.

Mais tout cela n’intéresse pas Michel Onfray.

Lecteurs, amoureux de l’histoire : la grande Révolution est un tout. C’est le socle de notre appartenance commune à la Nation française. Elle enseigne que la solution aux impasses de l’histoire c’est l’action du grand nombre.

Alexis Corbière

Jean-Luc Mélenchon


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