Hésiode, Théognis, Anacréon : poètes grecs opposés à l’argent-roi

samedi 7 septembre 2019.
 

La tradition grecque présente Hésiode comme un petit paysan d’Ascra en Béotie. Il se plaint de l’oppression dont souffrent les petites gens, de l’injustice croissante, de la suprématie des riches. Il déplore en termes émouvants la disparition de l’âge d’or, où "l’on travaillait paisiblement, de sa propre volonté, avec des biens bénis."

Hélas ! fallait-il donc que la rigueur du ciel

M’ait fait naître en un temps et de fange et de fiel !

Et ne pouvait-il pas, aux jours qu’il me dispense,

Ou plus tôt ou plus tard marquer leur existence ?

Sur la terre aujourd’hui pèse l’âge de fer :

Des travaux, nuit et jour, chargés par Jupiter,

Les hommes, corrompus, à l’infortune en proie...

Mais bientôt Jupiter aura mis au tombeau

Cet âge où l’homme est vieux au sortir du berceau

Et qui voit les enfants en horreur à leur père,

Le père à ses enfants, et le frère à son frère ;

Ni respect, ni devoir ! Plus d’hôtes, plus d’amis !

Par d’avides vainqueurs nulle ville épargnée,

Nul respect des sentiments, l’équité dédaignée...

De la terre, aussitôt, vers la voûte céleste,

La pudeur et Némésis partent en même temps,

Le corps environné de tissus éclatants.

Elles vont, loin des lieux d’où l’homme les exile,

A l’arbitre des dieux demander un asile,

Nous laissant ici-bas d’incurables soucis.

(Hésiode, Les Travaux et les Jours, traduction Nisard)

Hésiode poursuit sa description du développement des violences exercées par les riches, les comparant à des rapaces :

Certain jour, dans les airs qu’il fend avec vitesse,

Un épervier emporte, en ses serres pressé,

Un pauvre rossignol palpitant et blessé.

L’oiseau mélodieux se plaint "Paix, misérable !

Paix, lui dit le tyran dont le pouvoir l’accable,

Par un plus fort que toi, loin des tiens emporté,

Tu subis mon caprice et non ta volonté.

Dès ce soir, si je veux, ou tu seras ma proie,

Ou de la liberté tu goûteras la joie.

Insensé qui, bravant un trop pressant danger,

Contre un plus fort que toi tente de s’insurger !

Qu’y gagne-t-il ? la honte : où court-il ? à l’abîme".

Ainsi dit l’épervier, emportant sa victime.

B) Théognis, noble fier et désargenté, vivait au 6ème siècle à Mégare, ville située entre Corinthe et Athènes. L’extension de l’élevage des troupeaux en vue du commerce de la laine entraîna de vastes expropriations paysannes comme cela se produisit plus tard en Angleterre à l’époque de Thomas More. Vers l’année 640 environ, les masses indignées tombèrent sur les troupeaux des grands propriétaires fonciers et les massacrèrent.

Dans ses Elégies et Sentences morales, Théognis se lamente « Ce n’est pas pour rien que Pluton est tellement honoré des mortels car avec lui-même le méchant devient honnête homme. Vraiment, il serait juste que les bons aient la richesse et que les coquins souffrent de la pauvreté... Pour le plus grand nombre des hommes, il n’existe qu’une vertu, la richesse. Le reste n’est d’aucun avantage... Il faut bien que tous conviennent de cette vérité, qu’en toutes choses la richesse a la suprême puissance. »

C) Anacréon (seconde moitié du 6ème siècle)

Que sert d’invoquer aujourd’hui

Sagesse, honneur, vertu, naissance ?

Amour voit tout cela d’un oeil indifférent.

Par l’argent il est ébloui.

Honte à qui le premier laissa naître en son âme

La soif de ce métal infâme !

Par lui, point de parents, de frères, ni d’amis

Par lui le meurtre et la guerre

D’un bout à l’autre ensanglantent la terre.

Et cependant il a fait encore pis.

Il a détruit l’amour !


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