15 septembre 1935 : Lois de Nuremberg, étape vers la shoah

samedi 30 septembre 2017.
 

Du 10 au 16 septembre 1935, le parti nazi réunit son septième congrès annuel à Nuremberg. Le Parlement allemand est convoqué les 15 et 16 septembre dans la même ville.

Trois lois importantes pour le statut des juifs sont alors rédigées précipitamment sur ordre d’Adolf Hitler puis adoptées à l’unanimité par les députés du Reichstag :

- la Reichsflaggengesetz (loi sur le drapeau du Reich) ;

- la Reichsbürgergesetz (loi sur la citoyenneté du Reich) ;

- la Gesetz zum Schutze des deutschen Blutes und der deutschen Ehre (loi sur la protection du sang allemand et de l’honneur allemand).

1) Le 15 septembre 1935, les lois de Nuremberg.

Nuremberg est la ville officielle des congrès du parti nazi allemand (NSDAP). Entre 1933 et 1938, des rassemblements y ont lieu chaque année au cours du mois de septembre. Nommé « Congrès de la liberté », celui organisé en 1935 a pour objectifs de redéfinir le cadre de la citoyenneté et d’organiser la « protection du sang et de l’honneur allemands ».

En effet, l’idéologie nazie, définie par Hitler dans Mein Kampf, fait du peuple allemand une communauté raciale. Elle prétend que ce dernier incarne la race aryenne, classée par le dirigeant nazi au sommet de la hiérarchie. Influencé par les travaux pseudo-scientifiques de médecins comme Eugen Fischer, Hitler souhaite sauvegarder la « pureté » de cette prétendue race. Cela passe notamment par l’élimination de celles et ceux qui n’entrent pas dans son moule. Il va ainsi mettre en place une implacable politique eugéniste. Une batterie de mesures vise notamment les juifs, désignés par Hitler comme « le contraste le plus flagrant avec l’aryen ».

C’est le cas des lois adoptées à Nuremberg le 15 septembre 1935. Celles-ci stipulent notamment qu’« un citoyen allemand est uniquement une personne de sang allemand », que « les mariages entre juifs et citoyens de sang allemand, ou apparentés, sont interdits » ou encore que « les relations extra-conjugales entre juifs et citoyens allemands ou apparentés sont interdites ».

Jugés comme étant porteurs d’un « sang impur », accusés de « contaminer la race », les juifs sont mis à l’écart du reste de la société et dépossédés de leur identité. Du jour au lendemain, ils deviennent des étrangers. Les nazis pensent ainsi les pousser à l’émigration. L’arsenal législatif adopté en septembre 1935 marque une étape charnière dans le cadre des persécutions subies par les juifs depuis le début des années 1930 (boycotts, intimidations, humiliations...).

L’eugénisme nazi vise aussi les homosexuels ou les handicapés. Dès 1933, une politique de stérilisation forcée a été mise en place. Le cadre des lois de Nuremberg s’étend par ailleurs peu à peu aussi aux Tziganes et aux noirs. Les mesures antisémites vont ensuite fortement s’accentuer à partir de 1938. Les juifs se voient alors interdire l’exercice d’un nombre toujours plus important de professions et leurs enfants ne sont plus acceptés à l’école. Tant de persécutions qui mèneront à la planification et à l’exécution du génocide au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Matthieu Lépine

Source : https://heuredupeuple.fr/15-septemb...

2) L’antisémitisme, constante idéologique d’Adolf Hitler

Parmi les nombreux écrits et nombreuses déclarations antisémites d’Hitler, notre lecteur peut en découvrir quelques-unes ci-dessous :

- > 16 septembre 1919. Lettre de Adolf Hitler à Adolf Gemlich « L’antisémitisme fondé sur des motifs purement sentimentaux, trouvera son expression ultime sous forme de pogroms. L’antisémitisme selon la raison doit, lui, conduire au combat législatif contre les privilèges des Juifs et à l’élimination de ces privilèges... Son but ultime [celui de l’antisémitisme] doit, immuablement, être l’élimination des Juifs en général. »

- > 6 avril 1920, réunion du NSDAP (parti nazi)

« Nous n’avons aucune intention d’être des antisémites sentimentaux désireux de susciter des pogroms mais nos cœurs sont remplis d’une détermination inexorable d’attaquer le mal à sa base et de l’extirper de sa racine à ses branches. Pour atteindre notre but, tous les moyens seront justifiés, même si nous devons nous allier avec le diable. »

- > 3 juillet 1920, lettre à en tête du NSDAP par laquelle Hitler écrivait au Major Konstantin Hierl   : « Le Juif en tant que ferment de décomposition (selon Mommsen) n’est pas à envisager comme individu particulier bon ou méchant, [il est] la cause absolue de l’effondrement intérieur de toutes les races, dans lesquelles il pénètre en tant que parasite. Son action est déterminée par sa race. Autant je ne peux faire reproche à un bacille de tuberculose, à cause d’un action qui, pour les hommes signifie la destruction, mais pour lui la vie, autant suis-je cependant obligé et justifié, en vue de mon existence personnelle, de mener le combat contre la tuberculose par l’extermination de ses agents. Le Juif devient et devint au travers des milliers d’années en son action une tuberculose de race des peuples. Le combattre signifie l’éliminer »

- > 18 janvier 1923 Discours d’Hitler à Munich « Il n’y a ici aucune possibilité d’accomodation  : le Juif et ses complices demeureront à jamais des ennemis dans le cœur de notre peuple. Nous savons que s’ils se saisissent des commandes, nos têtes rouleront ; nous savons aussi cependant que lorsque nous aurons le pouvoir entre nos mains, que Dieu ait pitié de vous  ! »

- > Mein Kampf « Si l’on avait, au début et au cours de la guerre, tenu une seule fois douze ou quinze mille de ces Hébreux corrupteurs du peuple sous les gaz empoisonnés que des centaines de milliers de nos meilleurs travailleurs allemands de toute origine et de toutes professions ont dû endurer sur le front, le sacrifice de millions d’hommes n’eût pas été vain. Au contraire, si l’on s’était débarrassé à temps de ces quelques douze mille coquins, on aurait peut-être sauvé l’existence d’un million de bons et braves Allemands pleins d’avenir »

3) Des déclarations antisémites des années 1920 à la terreur des années 1930

De 1919 à 1933, la terreur nazie s’opère essentiellement contre le mouvement ouvrier allemand (parti communiste et autres organisations anticapitalistes, syndicats ouvriers, quartiers de tradition antifasciste).

Vis à vis des Juifs, la politique de dénonciation, d’exclusion puis de brutalité dans les années 1930 a plutôt pour but de les pousser à quitter l’Allemagne

Génocide de la gauche allemande et des Juifs par les nazis : Nuit de Noël 1933 au camp de concentration extermination de Fuhlsbuettel

Dachau : Premier camp de concentration nazi 20 mars 1933

"Dachau, dans le camp des meurtriers" Livre d’Hans Beimler paru en août 1933 sur les débuts des camps d’extermination

Aussi, de grandes banques et de grandes entreprises capitalistes (particulièrement américaines et anglaises) subventionnent puis prennent à charge les salaires des SS et SA.

En 1933 et 1934, le principal objectif des nazis comme des forces de droite alliées au NSDAP consiste à réussir un génocide de la gauche allemande. Comme cela avait déjà été expérimenté contre les poussées démocratiques et sociales des années 1919 à 1925, l’antisémitisme devient déjà un moyen de mobilisation de milieux sociaux réactionnaires se laissant manoeuvrer par la logique des boucs émissaires. Les juifs subissent déjà une terreur de masse, y compris dans les camps de concentration.

Les groupes paramilitaires nazis et les Jeunesses Hitlériennes commencent dès février 1933 à brutaliser des juifs dans la vie de tous les jours et à briser des vitrines.

A partir d’avril 1933 au plus tard, les chefs régionaux du parti prennent en charge eux-mêmes la direction de cette terreur. Dans le même temps, les commerces et entreprises dirigées par des juifs subissent une première vague de boycott. La fonction publique se sépare d’un grand nombre de personnes jugées juives ou d’ascendance juive.

4) Les lois de Nuremberg

4a) Causes de ces lois

En 1935, la base et les cadres du parti nazi se vivent comme désavoués par Hitler qui a pris position en faveur de l’appareil d’Etat et de l’armée contre les SA puis contre les empiètements du parti lui-même.

Que peut faire Hitler pour souder à nouveau cette masse de fidèles sans lequel il ne serait pas arrivé au pouvoir ? Réponse : durcir les lois anti-juives pour prouver que le rôle central de l’antisémitisme n’est pas oublié par les nazis au pouvoir.

De plus comme l’historien britannique Richard J. Evans l’a parfaitement résumé « Depuis la deuxième moitié de 1933, le parti nazi, mais aussi beaucoup de services du gouvernement central et de fonctionnaires demandaient l’interdiction du mariage et des relations sexuelles entre Juifs et non-Juifs, un statut de citoyenneté spécial pour les Juifs et l’accélération de leur exclusion de la vie économique. »

4b) Loi sur le drapeau du Reich

Elle décide le remplacement du drapeau de la république allemande par celui noir, blanc et rouge, à croix gammée.

4c) Loi sur la citoyenneté du Reich

Son contenu exclut les Juifs, comme tout opposant, de la citoyenneté allemande « un citoyen du Reich est uniquement une personne de sang allemand ou apparenté et qui, à travers son comportement, montre qu’elle est à la fois désireuse et capable de servir loyalement le peuple allemand et le Reich ».

Pour Ian Kershaw, « quoique quasiment vide de contenu, la loi définissait le cadre de la masse de décrets annexes qui, dans les années suivantes, allaient repousser les Juifs aux marges de la société, prisonniers au sein de leur propre pays ».

4d) Loi sur la protection du sang allemand et de l’honneur allemand

Cette 3ème loi adoptée à Nuremberg à la mi-septembre 1935 présente une grande importance dans l’histoire du 3ème Reich. En effet, elles inscrivent l’antisémitisme nazi dans le corpus législatif allemand. Elles accentuent le processus d’exclusion des Juifs de la société allemande entamé depuis avril 1933.

4e) Conséquences des lois de Nuremberg

Nous emprunterons la conclusion à l’historien britannique Richard J. Evans, cité plus haut « À partir de septembre 1935, le principe de l’antisémitisme ne domina plus seulement la vie publique, mais aussi la vie privée. Logé au cœur de de l’idéologie nazie depuis le début, il contamina des secteurs de plus en plus étendus de la société allemande et s’y introduisit de plus en plus loin. »


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