Hitler, du SDF au führer antisémite du 3ème Reich

mardi 10 octobre 2017.
 

Hitler a fait couler beaucoup de sang mais aussi beaucoup d’encre. Comment un homme peut-il passer des foyers d’accueil pour SDF à la tête d’un Etat aussi puissant, aussi civilisé que l’Allemagne vingt ans plus tard ? Personne ne peut répondre raisonnablement à une telle question en une phrase. Dans cet article, nous allons essayer de reprendre les étapes de sa vie dans l’ordre chronologique.

A) Comment le SDF Hitler put-il devenir führer de l’Allemagne ?

Trois grandes réponses ont été apportées à cette question :

- le rôle qu’une partie importante de la classe dominante allemande a fait jouer à Hitler (patronat, armée, religieux, hommes politiques de droite...). Les historiens marxistes ont donné une importance primordiale à ce point.

- le contexte autrichien (pangermanisme et christianisme pré-fasciste de 1890 à 1914) puis allemand de l’entre deux guerres mondiales (défaite de 1918, traité de Versailles, mouvements sociaux, crise de 1929...) favorable à une personnalité d’extrême droite comme Hitler. Des spécialistes comme Kershaw ou Bracher insistent sur cet aspect

- la responsabilité personnelle d’Hitler, sa généalogie familiale, sa jeunesse difficile, sa relation aux femmes, sa sexualité tordue... Des psys et écrivains nord-américains comme Mailer s’appesantissent sur ces questions.

Fondamentalement, ces trois causes ne sont pas contradictoires. Les deux premières avancées ci-dessus sont évidentes et complémentaires. Quant à la troisième, qu’Adolf Hitler ait été atteint de psychose paranoïaque ne remet, de toute façon, pas en cause l’analyse selon laquelle il n’aurait pu devenir führer du Troisième Reich sans un appui important du grand patronat et un contexte national favorable.

B) Généalogie d’Adolf Hitler et thèse psy sur ses idées nationalistes antisémites

Hitler présentait de graves insuffisances dans sa maturité psychique. Bien sûr ! Cependant, je n’ai encore jamais lu un travail sérieux, écrit par un spécialiste sur ce point. Nous en sommes donc réduits à pointer les causes possibles de ce psychisme déréglé telles que divers auteurs généralement anglo-saxons les ont avancées :

B1) Un doute sur sa généalogie

Les tenants de la responsabilité primordiale de l’individu Hitler dans l’ascension du nazisme pointent le doute qui a tiraillé le führer sur ses ascendants :

- puisqu’il a chargé vers 1930 Hans Michael Frank, dirigeant nazi, futur reichsleiter, ministre du Troisième Reich et gouverneur général en Pologne, de faire des recherches sur sa généalogie

- puisqu’il fera complètement raser en 1938 le village natal de son père (Döllersheim) en le transformant en champ de tir (il craignait probablement une révélation gênante sur ses origines).

Cette généalogie d’Adolf Hitler n’a été établie avec certitude par personne. Nous ne connaissons ni les parents de ses deux grands pères possibles : Johann Georg Hiedler et Johann Nepomuk Hiedler ( deux frères), ni leur lien de parenté avec sa grand mère Maria Anna Schicklgruber (cousins germains d’après plusieurs biographes).

Maria Anna Schicklgruber joue un rôle important dans cette saga familiale particulière. Elle naît à Strones, un patelin rural de quelques petites masures au toit de chaume... Norman Mailer brode sur la promiscuité inévitable dans la fratrie Schicklgruber de 11 enfants et écrit qu’elle avait certainement dû cohabiter avec plusieurs de ses frères. Devenue domestique dans une famille de Graz, elle tombe enceinte à l’âge de 42 ans, très probablement de Johann Nepomuk Hiedler. Celui-ci étant déjà marié et père de 3 filles, Maria Anna épouse le frère aîné de celui-ci Johann Georg Hiedler, ouvrier meunier itinérant, alcoolique invétéré qui refusera durant toute sa vie de reconnaître l’enfant prénommé Aloïs dont il ne pouvait être le géniteur. Après le décès de ce frère, Nepomuk conclut les démarches pour le faire reconnaître comme père d’Aloïs ; après la mort de Maria Anna, ce sera encore Nepomuk qui élèvera Aloïs et en fera un héritier.

Parmi les hypothèses échafaudées sur la généalogie d’Hitler, celui d’un grand-père juif, patron de Maria Anna Schicklgruber, a bénéficié du chantage du demi-neveu, William Patrick Hitler (fils d’Aloïs junior) et du témoignage de Hans Frank (SS chargé par Hitler d’enquêter sur ses origines). Plusieurs recherches paraissent invalider cette piste.

B2) Aloïs Hitler, "père dominateur"

Voilà Aloïs Schicklgruber, enfant "illégitime" (note du curé sur le registre paroissial), orphelin de mère à l’âge de 10 ans, élevé par son oncle Johann Nepomuk (très probablement aussi son père) qui suit ses débuts professionnels (apprenti cordonnier puis douanier autrichien). En 1876, Aloïs obtient le droit de changer son nom de famille afin de prendre celui d’Hiedler (devenu Hitler suite à une erreur d’état-civil). Il épouse une femme assez âgée et malade (mais riche) qui décède sans enfant. Il se remarie ensuite avec sa servante Franziska qui enfante un fils (Aloïs junior) et une fille (Angela) avant de mourir, elle aussi. Approchant la cinquantaine, Aloïs vit en couple avec une servante embauchée depuis plusieurs années, Klara Poelzl (petite fille de Johann Nepomuk) qui tombe rapidement enceinte. L’évêque de Linz refuse leur mariage, pour cause de consanguinité, mais ils bénéficient d’une dispense pontificale.

Quel est la personnalité de cet Alois Schickelgruber Hitler, père d’Adolf ?

- l’autoritarisme de son père Aloïs Hitler ("dominateur") et sur les désaccords de celui-ci avec son fils : Désaccord sur le type de lycée, Aloïs imposant à Adolf une filière technique, désaccord sur le projet professionnel, le père voulant orienter le fils vers un métier de fonctionnaire comme lui (fin de carrière : inspecteur en chef des douanes), désaccord encore sur le terrain des idées. En effet, Adolf s’enthousiasme déjà pour les idées ultranationalistes et pangermanistes de Georg von Schönerer (qui exaltent l’Empire allemand de Guillaume II), s’enthousiasme pour les mythes et le passé allemands, assiste à des cérémonies interdites pour célébrer les victoires de Sadowa et Sedan. Début janvier 1903, ce père contrariant meurt d’une crise cardiaque, assis devant son vin à l’auberge.

Quel est le rapport d’Adolf Hitler à son père ?

Plusieurs ouvrages biographiques et de nombreux sites internet affirment que le fils a haï son père.

Les trois premiers enfants d’Aloïs Hitler et de Klara Poelzl décèdent en bas âge : Gustav (1885-1887), Ida (1886-1888), Otto (1887-1887).

C’est alors que voit le jour Adolf Hitler le 20 avril 1889, à Braunau am Inn, dans l’auberge où demeurent ses parents. Viendront ensuite Edmund (1894-1900) et Paula (1896-1960).

De toute façon, le climat politique pré-fasciste dans lequel vit Hitler à Linz, à Vienne puis à Munich paraît une cause largement suffisante de son pangermanisme et de son antisémitisme. De petits éléments factuels ont pu envenimer cette orientation chez Hitler, rien de plus.

B3) Famille d’Adolf Hitler et thèse psy sur les causes du nazisme

Les tenants de la responsabilité primordiale d’Hitler dans la réussite et les catastrophes du nazisme insistent sur les conséquences psychologiques d’une enfance difficile, dans une famille peu stabilisante. Cette hypothèse pourrait représenter un complément utile aux autres recherches mais leurs textes mélangent trop souvent réalité, exagération et fiction pour étayer une réflexion approfondie.

Les psychanalystes, psycho-historiens et autres , qui ont écrit sur la personnalité d’Hitler insistent sur :

- sa mère Klara Pölzl, qui surprotège Adolf après avoir perdu ses trois premiers enfants. "Ma mère vaquait aux soins de son intérieur et entourait ses enfants de soins et d’amour". Maniaque de l’ordre et de la propreté dans la maison, elle est catholique pratiquante, fait donner à son petit Adi une instruction religieuse (d’où les références d’Hitler chancelier au Tout-Puissant et à la Providence), enfin lui fait passer sa communion solennelle dans la cathédrale de Linz. On sait par son ami August Kubizek qu’Hitler s’intéressait de plus en plus à la politique, soutenant toujours les idées pangermanistes et antisémites de Shönerer... En janvier 1907, le docteur de famille l’informe qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Adolf Hitler "l’entoure alors, nuit et jour, avec une tendresse, dont personne ne l’aurait cru capable. Klara Hitler s’éteignit le 21 décembre 1907 et il fit son dernier portrait sur son lit de mort." (2)

- sa fratrie dans laquelle il est coincé entre d’une part son demi-frère et sa demi-soeur plus âgés, d’autre part son jeune frère et sa jeune soeur qui captent l’énergie de sa mère après leur naissance

- les nombreux déménagements de la famille dues aux mutations professionnelles du père.

- l’accumulation d’échecs depuis ses mauvais résultats au lycée technique de Linz jusqu’à son insuccès au concours d’entrée aux Beaux Arts de Vienne.

De plus, en l’absence de source autre, pourquoi ne pas prendre au sérieux ce que dit Hitler de lui-même dans Mein Kampf. Je suis persuadé qu’il écrit la vérité :

- lorsqu’il affirme l’importance du rite catholique sur son enfance et que son premier idéal fut de devenir abbé « je suivais des cours de chant au chapitre des chanoines de Lambach et j’y trouvais une fréquente occasion de m’enivrer de la pompe magnifique des fêtes religieuses. Quoi de plus naturel que la situation de mon révérend abbé m’apparût alors comme un idéal digne des plus grands efforts ». La croyance religieuse relayée par la mère et la "pompe des rites" peuvent lourdement peser sur une psychologie d’enfant.

- lorsqu’il affirme aussi la "révélation importante" de sa vie que fut la découverte de livres militaires « Farfouillant la bibliothèque paternelle, je tombais sur divers livres militaires, dont une édition populaire de la guerre franco allemande de 1870-1871. Il y avait là deux volumes d’un journal illustré de ces années. Ils devinrent ma lecture favorite. En peu de temps, la grande guerre héroïque passa au premier plan de mes préoccupations morales. Dès lors, je butinai de plus en plus tout ce qui avait rapport à la guerre et à l’état militaire. »

Personnellement, je suis frappé par l’importance de la guerre durant son enfance, comme lecture, comme jeu préféré, comme conception du monde et comme centre d’intérêt principal, suivant dès l’âge de dix ans les aléas de la guerre des Boërs. "Je guettais tous les jours les journaux et dévorais les dépêches et les communiqués, et j’étais déjà heureux de pouvoir être témoin tout au moins à distance de ce combat de héros... La guerre russo-japonaise me trouva sensiblement plus âgé et aussi plus attentif. J’avais alors pris parti déjà pour des motifs nationaux pour les Japonais. Je voyais dans la défaite des Russes une défaite du slavisme autrichien." (Mein Kampf)

Cette valorisation de la guerre va de pair avec son pangermanisme expansioniste « Une heureuse prédestination m’a fait naître à Braunau-am-Inn, bourgade située précisément à la frontière des deux Etats allemands dont la nouvelle fusion nous apparaît comme la tâche essentielle de notre vie... L’Autriche allemande doit revenir à la grande patrie allemande... Lorsque le territoire du Reich contiendra tous les Allemands, s’il s’avère inapte à les nourrir, de la nécessité de ce peuple naîtra son droit moral d’acquérir des terres étrangères. La charrue fera alors place à l’épée, et les larmes de la guerre prépareront les moissons du monde futur. »

Hitler présente son nationalisme allemand comme ancré en lui dès l’enfance. Rien ne permet d’en douter. En 1906, à Braunau-am-Inn « lors du plus complet effondrement qu’ait connu notre patrie, un libraire de Nüremberg, Johannes Palm, nationaliste endurci et ennemi des Français, mourut pour cette Allemagne qu’il aimait si ardemment jusque dans son malheur »

Ceci dit, les deux périodes qui me paraissent les plus importantes dans sa vie pour comprendre son fascisme radical, son antisémitisme radical sont :

- sa vie à Vienne de 1908 à 1913

- la première guerre mondiale puis l’après-guerre dans les rangs de l’armée allemande

C) Adolf Hitler à Vienne de 1908 à 1913

Au début de l’année 1908, il rejoint la capitale autrichienne. Tous les biographes s’accordent sur l’importance de cette période. Durant quelques mois, il bénéficie de la compagnie de son ami Kubizek par qui nous connaissons

- sa passion du moment pour l’opéra de Wagner (qui le plonge dans un état second d’enthousiasme), et sa mise en scène (lumières, décorations, effets musicaux...)

- son admiration pour le maire de Vienne, principale personnalité pré-fasciste européenne d’avant 1914. Karl Lueger est le fondateur puis le dirigeant du Parti Social Chrétien. Député, il vote, en 1887, en faveur de la proposition de loi de Georg Ritter von Schönerer pour restreindre l’immigration des Juifs de Roumanie et de Russie. Il soutient la Société Guido von List, une société nationaliste et prend position contre toute démocratisation politique en faveur des peuples slaves de l’Empire. En 1895, il gagne les élections municipales de Vienne, réussit à être réélu en 1903.

A l’automne 1908, Hitler tente à nouveau le concours d’admission à l’Académie des Beaux Arts mais échoue. " Il sombre dans une existence errante et misérable. A vingt ans, c’est un sans domicile fixe, se réfugiant pour se chauffer et pour lire dans les cafés, fréquentant les soupes populaires. Fin 2009, on retrouve sa trace dans un asile de nuit où il demeure quelques jours." (2)

Sa fascination pour le populisme antisémite de Karl Lueger croit encore : « ... je fis la connaissance de l’homme et du parti qui décidaient du sort de Vienne : le Dr Karl Lueger et le parti chrétien-social... lorsque j’eus l’occasion de connaître l’homme et son oeuvre, mon appréciation mieux fondée devint une admiration déclarée. Aujourd’hui plus encore qu’autrefois je tiens le Dr Lueger pour le plus éminent bourgmestre allemand de tous les temps. » (Adolf Hitler, Mein Kampf).

En 1909, Karl Lueger emporte encore les élections municipales de Vienne mais il décède le 10 mars 1910 « « Quand l’imposante procession funèbre, à la mort du bourgmestre, se mit en mouvement de l’hôtel de ville vers la Ringstrasse, je me trouvais parmi les centaines de milliers de personnes qui assistaient à cette triste cérémonie. À mon émotion intérieure se mêlait le sentiment... » (Adolf Hitler, Mein Kampf).

Durant les années avant 1914, Hitler espère le déclenchement d’une grande guerre européenne pour imposer la suprématie des peuples allemands, en particulier sur les slaves de l’empire autrichien qu’il exècre « Pendant mon séjour à Vienne, s’étendait sur les Balkans cette terne et accablante chaleur qui annonce habituellement l’ouragan et déjà parfois apparaissait une lueur plus vive... C’est alors que se déchaîna la guerre des Balkans et le premier coup de vent balaya l’Europe fébrile. L’air qui survenait oppressait l’homme comme un lourd cauchemar, couvant comme une fiévreuse chaleur tropicale, de sorte que le sentiment de la catastrophe imminente se transforma par suite d’une perpétuelle inquiétude en une attente impatiente : on désirait que le ciel donnât enfin un libre cours à la fatalité que rien ne pouvait plus arrêter. »

Hitler est déjà raciste. Il reproche à la dynastie austro-hongroise ses compromis visant à amadouer les peuples slaves de l’empire. Lorsque l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc héritier sera connu, il pensera immédiatement que les auteurs en sont « des étudiants allemands qui, indignés par le travail constant de slavisation auquel se livrait l’héritier du trône, voulaient libérer le peuple allemand de cet ennemi intérieur »... (Quand) « je lus la nouvelle qu’ils étaient identifiés comme Serbes, je fus envahi d’une sourde épouvante devant cette vengeance de l’insondable destin. Le plus grand ami des Slaves était tombé sous les balles de fanatiques slaves. »

Avec les préfascistes autrichiens de Karl Lueger, Hitler a "si souvent chanté Deutschland über alles et crié à pleine gorge Heil !", qu’il rejoint l’Allemagne dès qu’il le peut. En 1913, il reçoit sa part d’héritage paternel et en profite pour s’installer à Munich (24 mai 1913).

[D) De la Première guerre mondiale à la seconde

La couille d’Hitler, les fripouilles et les andouilles

Allemagne Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

Comment Londres et Wall Street ont mis Hitler au pouvoir (par William F. Wertz, Jr.)

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BUSH HITLER Deux noms souvent associés dans l’histoire du fascisme

7 mars 1936 L’Allemagne nazie réoccupe militairement la Rhénanie

29 et 30 septembre 1938 A Munich les gouvernements anglais et français capitulent devant Hitler

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