29 et 30 septembre 1938 A Munich les gouvernements anglais et français capitulent devant Hitler

mercredi 10 octobre 2018.
 

Les 29 et 30 septembre 1938, les pouvoirs politiques de la France (Edouard Daladier, président du Conseil) et du Royaume-Uni (Neville Chamberlain, 1er ministre) capitulent complètement devant les demandes d’Hitler lors de la conférence de Munich.

PLAN

- 1) Le patronat et la droite d’Europe et des USA préfèrent Hitler que les Fronts Populaires et l’URSS

1a) Leur chouchou nommé Adolf Hitler

1b) La City et Wall Street aident à mettre Hitler au pouvoir

1c) Le rôle du Vatican

1d) Patronat et droite française préféraient Hitler que les Fronts Populaires

- 2) 1936 à 1938 : La trahison de l’Espagne républicaine et de la Tchécoslovaquie par les Occidentaux, prélude de la Seconde guerre mondiale

2a) L’année 1936

2b) Les années 1937 et 1938

2c) Tchécoslovaquie et question des Sudètes

- 3) Les étapes de la trahison britannique et française

3a) La trahison britannique

3b) La trahison occidentale

- 4) Les accords de Munich

1) Le patronat et la droite d’Europe ainsi que des USA préféraient Hitler que les Fronts Populaires et l’URSS

1a) Leur chouchou nommé Adolf Hitler

Quiconque n’admet pas cela ne peut pas comprendre la montée en puissance d’Hitler et la capitulation de Munich, sauf à accepter des bêtises inventées pour les simples d’esprit.

La couille d’Hitler, les fripouilles et les andouilles

Hitler, du SDF au führer antisémite du 3ème Reich

Plutôt que détailler ce point, je renvoie à plusieurs articles que j’ai déjà mis en ligne sur ce site :

- Hitler a été la marionnette du grand patronat allemand soutenu par le patronat US et britannique :

Allemagne Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

12 septembre 1919 : l’armée charge Hitler de construire le parti nazi

8 et 9 novembre 1923 Hitler tente le putsch de la brasserie, perd mais se voit protégé par le patronat, la droite et la justice

30 janvier 1933 : Hitler devient le chancelier allemand. Responsabilités de Von Papen, dirigeant du Centre catholique, proche du futur Pie XII

11 octobre 1931 Front de Harzburg (nazis, droite, patrons, militaires...)

Allemagne 1931 1932 Patronat, armée et droite marchent au nazisme

Parti nazi NSDAP : création, programme, progression, implantation, chefs, action politique

1b) La City et Wall Street aident à mettre Hitler au pouvoir

L’engagement US et britannique derrière le grand patronat allemand s’explique premièrement par l’imbrication de nombreux intérêts financiers et économiques, deuxièmement par leur choix commun de privilégier la guerre contre l’URSS et contre le mouvement ouvrier particulièrement allemand, troisièmement par les fortes sympathies fascistes et au moins hitlériennes de nombreux dirigeants britanniques et globalement occidentaux. N’oublions pas que de grands patrons anglo-saxons ont payé de leur poche les 2 millions de SA et SS sans lesquels les nazis ne seraient jamais arrivés au pouvoir et malgré les exactions terribles qu’ils commettaient bien avant l’arrivée d’Hitler à la chancellerie.

20 janvier 1936 Edouard VIII, roi fasciste, monte sur le trône du Royaume-Uni

Le prince Philip (époux de la reine d’Angleterre Elisabeth II), ancien membre du parti nazi

Henri Deterding : Du cartel Shell, Esso, BP, Mobil, Chevron au fascisme

Comment Londres et Wall Street ont mis Hitler au pouvoir (par William F. Wertz, Jr.)

1c) Le rôle du Vatican

Pour ne pas être trop long, je renvoie le lecteur à 2 articles mis en ligne sur ce site :

Concordat entre Hitler et Eglise catholique allemande 20 juillet 1933

11 février 1929 : la papauté signe les Accords du Latran avec le gouvernement fasciste de Mussolini

1d) Patronat et droite française préféraient Hitler que les Fronts Populaires

Fascisme français et 200 familles dans les années 1930

Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste

2) 1936 à 1938 : La trahison de l’Espagne républicaine et de la Tchécoslovaquie par les Occidentaux, prélude de la Seconde guerre mondiale

2a) L’année 1936

Elle est cruciale dans la construction par les fascistes d’un rapport de forces permettant d’engager la guerre pour un Reich de mille ans dominant l’Europe.

- > La réoccupation de la Rhénanie en mars puis de la rive gauche du Rhin en mai donne aux nazis une puissance économique et des bases de départ militaires décisifs

7 mars 1936 L’Allemagne nazie réoccupe militairement la Rhénanie

- Le golpe des fascistes espagnols le 17 juillet matérialise l’objectif d’hégémonie fasciste européenne. Les "démocraties européennes" ne réagissent toujours pas.

Espagne 17 et 18 juillet 1936 L’armée, les riches, la droite, l’Eglise et les fascistes lancent un coup d’état contre la république

Non seulement, les démocraties occidentales n’aident pas le gouvernement légal espagnol contre les franquistes, largement aidés eux, par le Portugal, l’Italie et l’Allemagne, mais...

1 au 16 Août 1936 : Aux Jeux Olympiques de Berlin, les "démocraties occidentales" valorisent le régime nazi

Cette année 1936 est également cruciale au niveau international avec la conquête italienne de l’Ethiopie puis la signature en novembre du pacte anti-komintern germano-japonais bientôt rejoint par l’Italie.

2b) Les années 1937 et 1938

Avant la trahison de Tchèques, les Occidentaux avaient déjà laissé le champ libre aux fascistes sur trois terrains d’opération décisifs :

- l’Espagne avec une prétendue politique de non-intervention qui laissa en fait le champ libre à Franco et ses alliés

- l’immense Chine envahie par le Japon à partir de juillet 1937

- l’Autriche annexée par le Troisième Reich après l’Anchluss (12 mars 1938)

J’ajoute à cela toutes les opérations financières et politique de déstabilisation du Front Populaire français qui laissent la place à une droite revancharde.

2c) Tchécoslovaquie et question des Sudètes

La Tchécoslovaquie a été créée après l’effondrement militaire de l’empire autrichien à l’automne 1918 par les traités marquant la fin de la Première guerre mondiale (Versailles et Saint Germain en Laye).

C’est la France, principal vainqueur militaire de 1918, qui porte ce nouvel Etat sur les fonds baptismaux. Elle chaperonne la formation de son armée bientôt considérée comme une des meilleures du continent. Elle est fière de voir ce territoire devenir rapidement le plus industrialisé, le plus prospère et le plus semblable aux démocraties occidentales de toute l’Europe centrale et Europe de l’Est. En tant qu’Etat, la France garantit l’existence de la Tchécoslovaquie.

Seul bémol : le point de vue républicaniste français ne tenant aucun compte des minorités culturelles a prévalu pour la Tchécoslovaquie. Ainsi, ce dernier pays réunit les Tchèques à l’histoire très spécifique et les Slovaques qui viennent de passer un millénaire sous domination hongroise. Ces deux populations représentent globalement 50% de la nouvelle Tchécoslovaquie qui compte aussi des Hongrois, des Allemands, des Juifs germanisés, des Polonais, des Ruthènes et des Roms.

Le pourcentage de germanophones des Sudètes est d’environ un pour cinq (3 millions). A partir de la crise économique et sociale suite au krach de 1929, les nazis liés au NSDAP allemand gagnent des sympathies de plus en plus nombreuses. En 1933, ces fascistes forment le Front patriotique des Sudètes largement soutenu par Hitler. En 1935, ils obtiennent un succès électoral important.

Le 12 mars 1938, Hitler annexe l’Autriche au 3ème Reich.

Enhardi par ce succès, le principal dirigeant des nazis sudètes, Konrad Henlein, demande en avril 1938, la création d’un territoire allemand autonome avec pour objectif l’intégration au Troisième Reich. Le gouvernement tchécoslovaque d’Edvard Benes ne veut pas céder et il a raison puisque Henlein a reçu d’Hitler l’ordre de n’accepter aucun accord.

Jusqu’à l’été 1938, le gouvernement français tape du point sur la table pour stopper Hitler. Ainsi, le 12 juin, Edouard Daladier insiste durement sur "le caractère sacré et irrévocable" de l’engagement de la France aux côtés de la Tchécoslovaquie. En particulier, la France se porte garante des frontières de ce pays. Dans le même temps, l’URSS annonce qu’elle est prête à aider une alliance internationale contre Hitler si peu que l’autorisation lui est donnée de traverser la Pologne.

3) Les étapes de la trahison britannique et française

Rassuré par des proches sur l’état d’esprit à Londres mais aussi à Paris, Hitler annonce qu’il annexera au troisième Reich le territoire tchécoslovaque à partir du 1er novembre 1938.

La France mobilise alors son armée et 1,5 millions de réservistes.

3a) La trahison britannique

Le premier ministre britannique est un homme d’affaires, au passé politique très engagé contre les Travaillistes et les syndicats ; le futur Premier ministre travailliste Clement Attlee s’est plaint de ce que Chamberlain « nous traitait toujours comme de la merde ». Devenu chancelier en 1931, il a commencé par réduire drastiquement les allocations chômage et les salaires publics.

Devenu premier ministre, Neville Chamberlain veut construire un axe économique et politique Londres Berlin. Pour complaire aux dirigeants nazis, il va jusqu’ à proposer de leur restituer une partie de l’ancien empire colonial allemand d’avant 1914.

Le gouvernement britannique ne veut absolument pas d’une guerre contre Hitler, considéré comme le rempart face au communisme.

La tension entre Berlin et Prague sur la question des Sudètes s’envenimant, une délégation part de Londres pour Prague, dirigée par lord Walter Runciman, qui veut obtenir l’acceptation par le pouvoir tchèque des demandes formulées par les nazis des Sudètes.

Le gouvernement de Prague mis au pied du mur, se voit obligé d’accepter les demandes d’Henlein (chef des nazis sudètes) et Frank.

Ce compromis imposé par Londres n’ amène de la part des nazis sudètes que plus de haine et de nouvelles demandes.

Dans un contexte extrêmement tendu, une altercation éclate à Mährisch-Ostrau entre des parlementaires sudètes et des policiers tchèques. Le gouvernement de Prague, à nouveau poussé au compromis, licencie les policiers impliqués. Cela ne fait que confirmer le führer dans son pronostic que ni l’Angleterre, ni la France ne souhaitent réellement le stopper.

Le 12 septembre 1938, à la fin d’un congrès du parti nazi à Nuremberg, Adolf Hitler appelle les Allemands des Sudètes à s’insurger. Il annonce en particulier que le 1er octobre 1938, il annexera les territoires sudètes (populations germanophones) de Tchécoslovaquie.

Le gouvernement tchèque ne peut céder. Son armée bien équipée fait face à l’Allemagne hitlérienne sur des frontières souvent peuplées de sudètes. En perdant ces territoires, Prague perdrait aussi toute capacité de défense face aux volontés expansionnistes d’Hitler.

3b) La trahison occidentale

Les gouvernements anglais, français, américain et russe sont également au pied du mur par la détermination des nazis. S’ils cèdent à Hitler sur cette question des Sudètes, ils perdent un atout militaire décisif pour un front Est face à lui vu que la guerre apparaît de plus en plus inéluctable.

L’URSS reste opposée à tout compromis avec Hitler dans la logique de ces positions en Espagne face à Franco, comme dans la logique des positions antifascistes adoptées par les partis communistes dans tous les pays d’Europe.

Le grand capital anglo-saxon pousse lui, à céder encore face à Hitler.

Comme nous l’avons déjà signalé, le gouvernement conservateur anglais d’ Arthur Neville Chamberlain a poursuivi dès sa mise en place en mai 1937 la politique conservatrice habituelle à savoir faire de l’Allemagne un partenaire économique et politique de Londres. En novembre 1937, Lord Halifax, Président du Conseil, a visité l’Allemagne, rencontré amicalement et publiquement Hitler ainsi que d’autres personnalités nazies. Cette visite est considérée comme une réussite par Chamberlain et l’ambassadeur britannique en Allemagne, Nevile Henderson.

Chamberlain établit également une ligne de communication privée avec Benito Mussolini. En avril 1938, la Grande Bretagne reconnaît, de fait, la conquête mussolinienne de l’Ethiopie rompant ainsi l’isolement diplomatique italien sur la question.

Le gouvernement radical d’Edouard Daladier n’est pas chaud pour prendre le risque d’une guerre contre l’Allemagne nazie sans l’alliance anglaise. De plus, les chefs militaires français insistent lourdement sur l’incapacité de l’armée à assumer cet affrontement, en particulier en raison de sa faiblesse aérienne.

4) Les accords de Munich

Le 12 septembre 1938, Hitler a donc annoncé qu’il allait annexer la région des sudètes au 1er octobre.

Que fait Neville Chamberlain ? Au lieu de discuter avec Daladier, président français du conseil, qui le lui a demandé, il envoie un message à Hitler puis part pour Berlin le 15, négocier directement avec lui dans son repaire personnel de Berchtesgaden. Le dictateur nazi obtient de lui l’annexion des sudètes et la fin du pacte militaire entre France et Tchécoslovaquie. Chamberlain obtient l’accord de Paris puis de Prague sur cette traîtrise lamentable. Le gouvernement tchécoslovaque explose sur cette affaire.

Partout en Europe, des voix s’élèvent, même en Grande-Bretagne, contre Chamberlain accusé d’être vendu au fascisme.

Le 22 septembre 1938, Hitler affirme son désaccord avec l’accord du 15 passé à Berchtesgaden. Il demande à présent l’occupation immédiate des Sudètes ainsi que des revendications allemandes en Pologne et en Hongrie.

Chamberlain part à nouveau pour l’Allemagne où il rencontre à nouveau Hitler. Après cette nouvelle discussion, il informe Lord Halifax que « la rencontre avec Herr Hitler a été des plus insatisfaisantes ». Dernière rencontre le 23 septembre qui voit Chamberlain céder sur tout et conclure pourtant publiquement que « La balle est dans le camp des Tchèques à présent ».

Le gouvernement français et le gouvernement tchèque sont, eux, bien plus hostiles, aux accords Hitler Chamberlain. Des ministres britanniques affirment également leurs réticences. La guerre apparaît comme une hypothèse concrète.

Le 28 septembre, Chamberlain demande à nouveau à Hitler de l’inviter en Allemagne. Celui-ci ayant accepté, il part donc pour Munich le 29 et participe à la conférence commune Angleterre, Allemagne, France, Italie sur la question des Sudètes et de la Tchécoslovaquie. Chamberlain cède sur tout et signe un « Accord anglo-allemand » dans lequel les deux nations considèrent les accords de Munich comme « un symbole de la volonté de nos deux peuples de ne plus jamais entrer en guerre ».

Les 29 et 30 septembre, la France et le Royaume-Uni signant donc les "Accords de Munich" qui renforcent considérablement Hitler à la veille de la Seconde guerre mondiale.

Le Reich nazis s’agrandit donc du territoire des Sudètes. La Pologne fasciste, liée à londres, profite de l’affaiblissement tchécoslovaque pour annexer une partie de la riche Silésie. La Hongrie fasciste fait de même au Sud. La déroute occidentale face aux fascistes est totale.

Les conservateurs britanniques dans leur grande majorité soutiennent l’orientation de Chamberlain. Le roi publie un communiqué à son peuple : « Après les prodigieux efforts du Premier ministre au service de la paix, j’espère avec ferveur qu’une nouvelle ère d’amitié et de prospérité puisse naître entre les peuples du monde ».

La bassesse des conservateurs britanniques et français est telle qu’Hitler se sent les mains libres pour engager massivement la politique d’élimination des juifs en Allemagne. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, la nuit de cristal voit des centaines de synagogues brûlées, des milliers de commerces appartenant à des juifs saccagés, des centaines d’assassinats ignobles, 30 000 déportations en camp de concentration.

En France, tous les groupes politiques de l’Assemblée nationale soutiennent les Accords de Munich sauf les communistes et leurs 73 députés.

Le 5 octobre 1938, le valeureux président Benes démissionne. En mars 1939, les armées de Franco chassent d’Espagne les dernières troupes républicaines. Hitler s’enhardit encore et envahit militairement la Bohême (pays des Tchèques) et la Moravie (centre de la Tchécoslovaquie) mettant la main sur les célèbres usines Skoda.

Hitler et Mussolini peuvent s’engager dans la Seconde guerre mondiale.

Jacques Serieys le 4 juillet 2008

Complément 1 : La voix de Gabriel Péri dans L’Humanité contre la honte munichoise

« Le déshonneur 
et la guerre »

Le tandem Bonnet-Daladier vient d’écrire une des pages les plus honteuses de notre histoire. Il a signé la démission de la France (…). Dites donc Daladier, n’entendez-vous pas un bourdonnement tinter à vos oreilles  ? C’est le mépris de la démocratie internationale qui monte vers vous. Car la décision d’hier ne résout rien. À Godesberg, Hitler attend son commissionnaire Neville Chamberlain. 
Il a d’autres exigences à lui formuler  ; depuis vingt-quatre heures le Führer a conféré avec la Hongrie et la Pologne, il réclame d’autres livres de chair. Le premier ultimatum est dépassé. Demain Londres, Paris et Prague seront informés d’un nouveau diktat. Répétons les mots terribles de Winston Churchill  : « Ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre… »

-  L’Humanité, 22 septembre 1938.

« L’accord de Munich 
est un Sedan diplomatique »

Nous ne prenons pas place dans la brigade des acclamations. Nous n’écrirons pas que l’accord de Munich a sauvé la paix. Nous enregistrons que M. Daladier vient de souscrire au dépècement d’un peuple libre. Nous sommes persuadés que la menace que courent les millions d’hommes en France et en Europe est plus grave aujourd’hui qu’elle n’était hier. Nous n’applaudissons pas parce qu’il n’est pas dans la tradition française d’applaudir aux violations du droit. 
Nous n’applaudissons pas parce que nous croyons qu’on affaiblit la paix chaque fois qu’on affaiblit la sécurité française et que l’accord de Munich est un Sedan diplomatique.

Ceux qui reviennent de Munich avec ce bagage peuvent essayer de se faire pardonner. 
Mais ils manquent de pudeur lorsque, gagnés par la contagion, ils prennent debout sur leur voiture des poses de Premier consul. 
Non  ! Nous n’applaudissons pas  ! (…)

Aujourd’hui, l’armée allemande fera son entrée dans la région des Sudètes. Dans les jours qui viennent, le territoire sera complètement occupé. Que vaudront les frêles barrières 
de la commission internationale  ? 
Qu’on imagine le sort de dizaines de milliers d’hommes et de femmes, de Tchèques, de juifs, de socialistes, de communistes, de démocrates qui, en dépit des procédures fragiles imaginées in extremis, seront livrés au couteau de l’égorgeur. Non, on n’a pas le droit de prostituer le beau nom de paix en l’accolant à ces opérations punitives.

Qu’on ne s’y méprenne pas, au moins  ! Non l’effondrement de Munich, ce n’est pas la politique du Front populaire, pas plus que la frauduleuse non-intervention en Espagne. Non, la prime à l’agresseur, le dépècement des peuples libres, le manquement à la parole donnée, ce n’est pas la politique du Front populaire. C’est tout ça que les partis du Front populaire avaient juré de combattre. 
Nous, nous tenons notre engagement.

-  L’Humanité, 1er octobre 1938.

« Le sort de la paix et le destin 
de la France »

Après le coup de tonnerre de l’Europe centrale, un cri sort de toutes les poitrines françaises  : « Il faut que les munichois s’en aillent  ! » Les bons Français comprennent que nous courons aux pires désastres si d’ici quelques jours Georges Bonnet n’a pas quitté les lieux. Car il est, lui, le grand coupable et avec le président du Conseil, le responsable essentiel de ces catastrophes présentes et des catastrophes à venir. (…) Vous savez qu’il est disposé à céder. Vous savez bien, amis radicaux, que ce qui vient de se passer à Prague se produira à Djibouti et à Tunis si la présence de Bonnet au Quai d’Orsay dure une journée de plus. Ne sentez-vous pas qu’il s’agit du sort de la paix et du destin de la France  ? C’est le sort de la paix et le destin de la France qui nous commandent de jeter à la porte les Césars, les Triplepatte et les faux Talleyrand qui resteront dans l’histoire les ministres de la défaite française et du déshonneur public.

-  L’Humanité, 16 mars 1939.

Complément 2 : Un jour, un évènement : le 29 septembre 1938 (Parti de Gauche

Le 29 septembre 1938, les démocraties libérales européennes capitulent face au diktat allemand et signent les accords de Munich.

Depuis le Traité de Saint-Germain-en-Laye en 1919, de nouveaux pays ont vu le jour en Europe sur les ruines de l’empire austro-hongrois. Parmi eux, la Tchécoslovaquie. Ce pays rassemble deux peupels, les Tchèques et les Slovaques en vertu du principe wilsonien du "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes". Mais les frontières incluent de nombreuses minorités, notamment les Allemands des Sudètes.

Dès 1918, certains refusent ce découpage et demandent leur rattachement à l’Allemagne. Jusqu’en 1935, il ne s’agit que d’une minorité. L’arrivée au pouvoir d’Hitler puis l’Anschluss (réunification de l’Allemagne et de l’Autriche) en 1938, remettent la question des Sudètes au centre de la géopolitique européenne.

Hitler annonce en septembre 1938 qu’il annexera la région des Sudètes le 1er octobre au nom du même droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La France et la Grande-Bretagtne sont mises au pied du mur, car la Tchécoslovaquie est leur allié. Face à la menace de la guerre, Mussolini joue les intermédiaires et Hitler organise à Munich une conférence de la dernière chance.

La France de Daladier refuse une guerre avec l’Allemagne sans le soutien de la Grande Bretagne. Pourtant l’Allemagne n’a pas le potentiel militaire pour résister à l’armée française. Mais le sentiment pacifiste est très prégnant dans la société française fortement traumatisé par la boucherie de 14-18 et qui répond à l’idée : "plus jamais ça". La France abandonne donc son allié et cède à Hitler la région des Sudètes. Au lieu de la réprobation populaire à laquelle ils s’attendaient à faire face, Daladier et Chamberlain sont accueillis en héros à) leur retour dans leur pays respectifs.

Rares étaient ceux qui condamnèrent ces accords. Ainsi Winston Churchill déclara : "Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre." En France, Blum évoque "un lâche soulagement et la honte" en ratifiant les accords. Seuls les communistes votent conjtre la ratification des accords.

Face à la menace des fascismes, les principes sont des digues que les Républicains doivent lever et garder étanches.

Par Patrice Perdereau


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