29 et 30 septembre 1938 A Munich les gouvernements anglais et français capitulent devant Hitler

dimanche 1er juillet 2018.
 

Lors des traités marquant la fin de la Première guerre mondiale (Versailles et Saint Germain en Laye), le point de vue républicaniste français ne tenant aucun compte des minorités culturelles a prévalu. Tel fut le cas par exemple pour la Turquie, pour la Roumanie, pour la Tchécoslovaquie.

Concernant ce dernier pays, il comprend environ 3 millions de germanophones. En 1933, des fascistes forment le Front patriotique des Sudètes largement soutenu par Hitler. En 1935, ils obtiennent un succès électoral important.

Le 12 mars 1938, Hitler annexe l’Autriche au 3ème Reich.

Enhardi par ce succès, le principal dirigeant des nazis sudètes, Konrad Henlein, demande en avril 1938, la création d’un territoire allemand autonome avec pour objectif l’intégration au Troisième Reich. Le gouvernement tchécoslovaque ne veut pas céder et il a raison puisque Henlein a reçu d’Hitler l’ordre de n’accepter aucun accord.

Le gouvernement britannique, lui, ne veut absolument pas d’une guerre avec Hitler, considéré comme un rempart face au communisme. De Londres, une délégation part pour Prague, dirigée par lord Walter Runciman, qui veut obtenir l’acceptation par le pouvoir tchèque des demandes formulées par les nazis des Sudètes.

Le gouvernement de Prague mis au pied du mur, se voit obligé d’accepter les demandes d’Henlein et Frank.

Ce compromis imposé par Londres n’ amène de la part des nazis sudètes que plus de haine et de nouvelles demandes.

Dans un contexte extrêmement tendu, une altercation éclate à Mährisch-Ostrau entre des parlementaires sudètes et des policiers tchèques. Le gouvernement de Prague, à nouveau poussé au compromis, licencie les policiers impliqués. Cela ne fait que confirmer le führer dans son pronostic que ni l’Angleterre, ni la France ne souhaitent réellement le stopper.

Le 12 septembre 1938, à la fin d’un congrès du parti nazi à Nuremberg, Adolf Hitler appelle les Allemands des Sudètes à s’insurger. Il annonce en particulier que le 1er octobre 1938, il annexera les territoires sudètes (populations germanophones) de Tchécoslovaquie.

Le gouvernement tchèque ne peut céder. Son armée bien équipée fait face à l’Allemagne hitlérienne sur des frontières souvent peuplées de sudètes. En perdant ces territoires, Prague perdrait aussi toute capacité de défense face aux volontés expansionnistes d’Hitler.

Les gouvernements anglais, français, américain et russe sont également au pied du mur. S’ils cèdent à Hitler sur cette question des Sudètes, ils perdent un atout militaire décisif pour un front Est face à lui vu que la guerre apparaît de plus en plus inéluctable.

L’URSS reste opposée à tout compromis avec Hitler dans la logique de ces positions en Espagne face à Franco, comme dans la logique des positions antifascistes adoptées par les partis communistes dans tous les pays d’Europe.

Le grand capital anglo-saxon pousse lui, à céder encore face à Hitler.

Le gouvernement conservateur anglais d’ Arthur Neville Chamberlain a poursuivi dès sa mise en place en mai 1937 la politique conservatrice habituelle à savoir faire de l’Allemagne un partenaire économique et politique de Londres. En novembre 1937, Lord Halifax, Président du Conseil, visite l’Allemagne, rencontre amicalement et publiquement Hitler ainsi que d’autres personnalités nazies. Chamberlain établit également une ligne de communication privée avec Benito Mussolini. En avril 1938, la Grande Bretagne reconnaît, de fait, la conquête mussolinienne de l’Ethiopie rompant ainsi l’isolement diplomatique italien sur la question.

Le gouvernement radical d’Edouard Daladier n’est pas chaud pour prendre le risque d’une guerre contre l’Allemagne nazie sans l’alliance anglaise. De plus, les chefs militaires français insistent lourdement sur l’incapacité de l’armée à assumer cet affrontement, en particulier en raison de sa faiblesse aérienne.

Le 12 septembre donc, Hitler annonce qu’il va annexer la région des sudètes au 1er octobre.

Que fait Neville Chamberlain ? Au lieu de discuter avec Daladier, président français du conseil, qui le lui a demandé, il envoie un message à Hitler puis part pour Berlin le 15, négocier directement avec lui dans son repaire personnel de Berchtesgaden. Le dictateur nazi obtient de lui l’annexion des sudètes et la fin du pacte militaire entre France et Tchécoslovaquie. Chamberlain obtient l’accord de Paris puis de Prague avec cette traîtrise lamentable. Le gouvernement tchécoslovaque explose sur cette affaire.

Partout en Europe, des voix s’élèvent, même en Grande-Bretagne, contre Chamberlain accusé d’être vendu au fascisme.

Le 22 septembre 1938, Hitler affirme son désaccord avec l’accord du 15 passé à Berchtesgaden. Il demande à présent l’occupation immédiate des Sudètes ainsi que des revendications allemandes en Pologne et en Hongrie.

Chamberlain part à nouveau pour l’Allemagne où il rencontre à nouveau Hitler. Après cette nouvelle discussion, il informe Lord Halifax que « la rencontre avec Herr Hitler a été des plus insatisfaisantes ». Dernière rencontre le 23 septembre qui voit Chamberlain céder sur tout et conclure pourtant publiquement que « La balle est dans le camp des Tchèques à présent ».

Le gouvernement français et le gouvernement tchèque sont, eux, bien plus hostiles, aux accords Hitler Chamberlain. Des ministres britanniques affirment également leurs réticences. La guerre apparaît comme une hypothèse concrète.

Le 28 septembre, Chamberlain demande à nouveau à Hitler de l’inviter en Allemagne. Celui-ci ayant accepté, il part donc pour Munich le 29 et participe à la conférence commune Angleterre, Allemagne, France, Italie sur la question des Sudètes et de la Tchécoslovaquie. En accord avec Daladier, Chamberlain cède sur tout et signe un « Accord anglo-allemand » dans lequel les deux nations considèrent les accords de Munich comme « un symbole de la volonté de nos deux peuples de ne plus jamais entrer en guerre ».

Les conservateurs britanniques dans leur grande majorité le soutiennent. Le roi publie un communiqué à son peuple : « Après les prodigieux efforts du Premier ministre au service de la paix, j’espère avec ferveur qu’une nouvelle ère d’amitié et de prospérité puisse naître entre les peuples du monde ».

La bassesse des conservateurs britanniques et français est telle qu’Hitler se sent les mains libres pour engager massivement la politique d’élimination des juifs en Allemagne. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, la nuit de cristal voit des centaines de synagogues brûlées, des milliers de commerces appartenant à des juifs saccagés, des centaines d’assassinats ignobles, 30 000 déportations en camp de concentration.

Nous complèterons ultérieurement cet article avec l’attitude de gabriel péri (L’Humanité), Staline, Trotsky, Blum

Complément 1 : La voix de Gabriel Péri dans L’Humanité contre la honte munichoise

« Le déshonneur 
et la guerre »

Le tandem Bonnet-Daladier vient d’écrire une des pages les plus honteuses de notre histoire. Il a signé la démission de la France (…). Dites donc Daladier, n’entendez-vous pas un bourdonnement tinter à vos oreilles  ? C’est le mépris de la démocratie internationale qui monte vers vous. Car la décision d’hier ne résout rien. À Godesberg, Hitler attend son commissionnaire Neville Chamberlain. 
Il a d’autres exigences à lui formuler  ; depuis vingt-quatre heures le Führer a conféré avec la Hongrie et la Pologne, il réclame d’autres livres de chair. Le premier ultimatum est dépassé. Demain Londres, Paris et Prague seront informés d’un nouveau diktat. Répétons les mots terribles de Winston Churchill  : « Ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre… »

-  L’Humanité, 22 septembre 1938.

« L’accord de Munich 
est un Sedan diplomatique »

Nous ne prenons pas place dans la brigade des acclamations. Nous n’écrirons pas que l’accord de Munich a sauvé la paix. Nous enregistrons que M. Daladier vient de souscrire au dépècement d’un peuple libre. Nous sommes persuadés que la menace que courent les millions d’hommes en France et en Europe est plus grave aujourd’hui qu’elle n’était hier. Nous n’applaudissons pas parce qu’il n’est pas dans la tradition française d’applaudir aux violations du droit. 
Nous n’applaudissons pas parce que nous croyons qu’on affaiblit la paix chaque fois qu’on affaiblit la sécurité française et que l’accord de Munich est un Sedan diplomatique.

Ceux qui reviennent de Munich avec ce bagage peuvent essayer de se faire pardonner. 
Mais ils manquent de pudeur lorsque, gagnés par la contagion, ils prennent debout sur leur voiture des poses de Premier consul. 
Non  ! Nous n’applaudissons pas  ! (…)

Aujourd’hui, l’armée allemande fera son entrée dans la région des Sudètes. Dans les jours qui viennent, le territoire sera complètement occupé. Que vaudront les frêles barrières 
de la commission internationale  ? 
Qu’on imagine le sort de dizaines de milliers d’hommes et de femmes, de Tchèques, de juifs, de socialistes, de communistes, de démocrates qui, en dépit des procédures fragiles imaginées in extremis, seront livrés au couteau de l’égorgeur. Non, on n’a pas le droit de prostituer le beau nom de paix en l’accolant à ces opérations punitives.

Qu’on ne s’y méprenne pas, au moins  ! Non l’effondrement de Munich, ce n’est pas la politique du Front populaire, pas plus que la frauduleuse non-intervention en Espagne. Non, la prime à l’agresseur, le dépècement des peuples libres, le manquement à la parole donnée, ce n’est pas la politique du Front populaire. C’est tout ça que les partis du Front populaire avaient juré de combattre. 
Nous, nous tenons notre engagement.

-  L’Humanité, 1er octobre 1938.

« Le sort de la paix et le destin 
de la France »

Après le coup de tonnerre de l’Europe centrale, un cri sort de toutes les poitrines françaises  : « Il faut que les munichois s’en aillent  ! » Les bons Français comprennent que nous courons aux pires désastres si d’ici quelques jours Georges Bonnet n’a pas quitté les lieux. Car il est, lui, le grand coupable et avec le président du Conseil, le responsable essentiel de ces catastrophes présentes et des catastrophes à venir. (…) Vous savez qu’il est disposé à céder. Vous savez bien, amis radicaux, que ce qui vient de se passer à Prague se produira à Djibouti et à Tunis si la présence de Bonnet au Quai d’Orsay dure une journée de plus. Ne sentez-vous pas qu’il s’agit du sort de la paix et du destin de la France  ? C’est le sort de la paix et le destin de la France qui nous commandent de jeter à la porte les Césars, les Triplepatte et les faux Talleyrand qui resteront dans l’histoire les ministres de la défaite française et du déshonneur public.

-  L’Humanité, 16 mars 1939.

Complément 2 : Un jour, un évènement : le 29 septembre 1938 (Parti de Gauche

Le 29 septembre 1938, les démocraties libérales européennes capitulent face au diktat allemand et signent les accords de Munich.

Depuis le Traité de Saint-Germain-en-Laye en 1919, de nouveaux pays ont vu le jour en Europe sur les ruines de l’empire austro-hongrois. Parmi eux, la Tchécoslovaquie. Ce pays rassemble deux peupels, les Tchèques et les Slovaques en vertu du principe wilsonien du "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes". Mais les frontières incluent de nombreuses minorités, notamment les Allemands des Sudètes.

Dès 1918, certains refusent ce découpage et demandent leur rattachement à l’Allemagne. Jusqu’en 1935, il ne s’agit que d’une minorité. L’arrivée au pouvoir d’Hitler puis l’Anschluss (réunification de l’Allemagne et de l’Autriche) en 1938, remettent la question des Sudètes au centre de la géopolitique européenne.

Hitler annonce en septembre 1938 qu’il annexera la région des Sudètes le 1er octobre au nom du même droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La France et la Grande-Bretagtne sont mises au pied du mur, car la Tchécoslovaquie est leur allié. Face à la menace de la guerre, Mussolini joue les intermédiaires et Hitler organise à Munich une conférence de la dernière chance.

La France de Daladier refuse une guerre avec l’Allemagne sans le soutien de la Grande Bretagne. Pourtant l’Allemagne n’a pas le potentiel militaire pour résister à l’armée française. Mais le sentiment pacifiste est très prégnant dans la société française fortement traumatisé par la boucherie de 14-18 et qui répond à l’idée : "plus jamais ça". La France abandonne donc son allié et cède à Hitler la région des Sudètes. Au lieu de la réprobation populaire à laquelle ils s’attendaient à faire face, Daladier et Chamberlain sont accueillis en héros à) leur retour dans leur pays respectifs.

Rares étaient ceux qui condamnèrent ces accords. Ainsi Winston Churchill déclara : "Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre." En France, Blum évoque "un lâche soulagement et la honte" en ratifiant les accords. Seuls les communistes votent conjtre la ratification des accords.

Face à la menace des fascismes, les principes sont des digues que les Républicains doivent lever et garder étanches.

Par Patrice Perdereau


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