Napoléon 3, empereur des crapules autoritaires au service de l’argent roi

mardi 15 août 2017.
 

En ce début de 21ème siècle, réussite individuelle et mensonge politicien, argent-roi et traitement de faits divers par l’émotion alimentent sans cesse la soupe de la propagande médiatique. Les livres d’histoire et même manuels scolaires d’histoire suivent en cadence cette évolution.

Ainsi, Napoléon 3, longtemps si moqué et si détesté, bénéficie aujourd’hui d’une publicité incroyable appuyée sur des sites web spécifiques, des textes et des ouvrages panégyriques. Parmi les auteurs les plus connus, citons Adrien Dansette (historien et juriste), Louis Girard (ex président de la Société d’Histoire Moderne), Philippe Seguin (ex Premier Président de la Cour des comptes), Christian Estrosi (maire de Nice, ex ministre), Bernard Accoyer (ex président de l’Assemblée nationale), Didier Van Cauwelaert (ancien prix Goncourt)...

Ne nous y trompons pas, vanter ainsi un charlatan qui a assassiné la 2ème république par son coup d’état meurtrier du 2 décembre 1851 puis plié toute la France aux intérêts du Grand capital avant d’engager la guerre catastrophique de 1870 pour sauver son régime, relève de la même campagne réactionnaire que la valorisation des Chouans.

A) Libéralisme et régimes autoritaires

De tout temps le libéralisme économique et politique a contribué à l’installation de régimes autoritaires, en particulier de type personnel bonapartiste (l’homme providentiel) ou fasciste. Sur le fond, de grands dirigeants patronaux, comme Krupp sous Hitler, se disent que leurs entreprises font plus de profit sous un régime ayant cassé la combativité des salariés.

Nous devons évidemment dénoncer cette logique antidémocratique largement ressassée par les dictatures latino-américaines, indonésienne, philippine... dans les années 1970. Notons cependant que cela est logique d’un point de vue capitaliste pur à court terme. C’est plus surprenant de la part d’historiens et dirigeants politiques se réclamant des droits de l’homme, de la démocratie et de la république.

Il est étonnant de voir un Jean-Pierre Rioux (historien réputé, dirigeant du MODEM) caractériser le régime politique installé par Napoléon 3 comme "une démocratie efficace, autoritaire et populaire". Oui, le 3ème empire a été efficace pour la hausse des cours de Bourse et la multiplication des grandes fortunes. Oui, le second empire a été autoritaire. Pourquoi le caractériser de populaire ? parce qu’il s’appuyait politiquement sur des plébiscites ??? Surtout, en quoi un tel régime peut-il être défini comme une démocratie alors que l’initiative législative appartient à l’empereur, alors que tous les pouvoirs exécutifs sont concentrés entre ses mains, alors qu’il nomme les membres du Conseil d’État et du Sénat ...?

Il est étonnant de voir un Christian Estrosi, dirigeant politique national très ferme sur le nécessaire respect de la loi de la part d’enfants mineurs (absentéisme scolaire, délinquance...), combattre en même temps « l’injustice faite à la mémoire de l’Empereur » alors que celui-ci a réalisé un coup d’état sanguinaire avec le concours de l’armée.

Il est étonnant de voir un Philippe Seguin, prétendument gaulliste social et républicain, souvent ardent défenseur de la souveraineté populaire, valoriser le fossoyeur de la souveraineté populaire en 1852.

B) Libéralisme et politique mensonge, politique spectacle, autoritarisme illégal, privatisation de la politique par le capital

B1) Politique mensonge

Dans le fonctionnement politique habituel de la société capitaliste, les élections servent à valider le système économique, à faire croire en un rôle très actif des politiques alors qu’ils n’interviennent que sur les à-côtés de la société. Que doit donc faire un représentant politique de la grande bourgeoisie ? mentir intelligemment lors des élections pour recueillir une majorité de suffrages mais ne pas tenir compte de ses promesses une fois élu.

Nous l’avons noté par exemple pour le programme de l’UMP :

Programme 2007 2012 de l’UMP : le marketing comme credo

Napoléon 3 fut un maître en matière de tromperie et de traîtrise par rapport à ses promesses.

Elu président de la république, il jure de défendre la république démocratique et sa constitution. Ainsi, le 20 décembre 1848, il prête serment devant l’Assemblée constituante : « En présence de Dieu et devant le peuple français représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique une et indisible et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution. JE LE JURE ! Les suffrages de la nation et le serment que je viens de prêter commandent ma conduite future. Mon devoir est tracé. Je le remplirai en homme d’honneur. Je verrai des ennemis de la patrie dans tous ceux qui tenteraient de changer, par des voies illégales, ce que la France entière a établi. »

Comédie ! C’est lui qui va balayer cette république et sa constitution en accord avec des banquiers, chefs d’entreprise, généraux et hauts magistrats.

B2) Politique spectacle

Bien avant Amin dada, Reagan, Berlusconi, Sarkozy et Hollande, Napoléon 3 a joué le rôle du chef de l’Etat comédien qui amuse le peuple pour lui cacher la réalité du système fondé sur l’accaparement des richesses.

Victor Hugo a bien planté le décor du Second empire « Depuis sept mois il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue... il s’est fait appeler prince président ; il a distribué des drapeaux à l’armée et des croix d’honneur aux commissaires de police. »

Sur le fond, Marx avait immédiatement caractérisé Napoléon 3 comme un "flibustier" au service du capital. A coup sûr, il avait raison sur ce point : « aventurier à la tête d’une bande de flibustiers de la politique et de la finance ».

B3) Autoritarisme illégal

Il est surprenant de constater que lors de tous les coups d’Etat qu’a connue la France, la Justice et l’Armée ont réprimé non les auteurs du coup d’Etat mais les défenseurs de la Constitution. Ainsi, après le putsch militaire de Napoléon 3, bien des républicains sont condamnés à la déportation en Algérie dans des conditions ignobles que résume Victor Hugo : « Le général d’Afrique qui emprisonne à Lambessa les députés courbés sous le soleil, frissonnant de fièvre, creusant dans la terre brûlée un sillon qui sera leur fosse, ce général-là séquestre, torture et assassine les hommes du droit. Tous, généraux, officiers, gendarmes, juges sont en pleine forfaiture. »

Dans le mois qui suit le coup d’Etat, une centaine de mutuelles ouvrières sont dissoutes pour "esprit séditieux". Incroyable ! des putschistes dissolvent des associations ouvrières démocratiques pour "esprit séditieux" et toute la bonne société du préfet au juge et gendarme applique les ordres illégaux des putschistes pour écraser les défenseurs de la loi.

C) Napoléon 3 vu par Victor Hugo

En 1852, l’auteur des Misérables exilé en Belgique publie Napoléon le Petit, ouvrage dans lequel il dresse un portrait juste et sans appel de l’empereur :

B1) Portrait personnel : un falot

« - Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l’air de n’être jamais tout à fait réveillé.

- un malfaiteur de la plus cynique et de la plus basse espèce... un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain

- Cet homme ment comme les autres hommes respirent

- il aime la gloriole, le pompon, l’aigrette, la broderie, les paillettes et les passequilles, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille

- (Durant les conseils des ministres, ce président) construisait avec une attention profonde, des cocottes en papier ou dessinait des bonshommes sur les dossiers. »

B2) Portrait politique : un traître à tout serment,

« La Constitution à laquelle Louis Napoléon Bonaparte prête serment le 20 décembre 1848 "à la face de Dieu et des hommes", contient entre autres articles, ceux-ci :

Article 36 : Les représentants du peuple sont inviolables

Article 68 : Toute mesure par laquelle le président de la république dissout l’Assemblée nationale... est un crime de haute trahison. Par ce seul fait, le président est déchu de ses fonctions... Les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance... Les juges de la haute cour se réunissent immédiatement... »

En réalité, il fera arrêter des députés chez eux en pleine nuit, réprimera, bannira tout élu opposant.

B3) Un chef d’Etat au service de l’argent-roi

« M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le coffre-fort et tous ces hommes qui passent facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a que la honte à enjamber. »

« Dans ses entreprises, il a besoin d’aides et de collaborateurs ; il lui faut ce qu’il appelle lui-même des "hommes". Diogène les cherchait tenant une lanterne, lui les cherche un billet de banque à la main. Il les trouve... Pour entreprendre "l’acte du 2 décembre", pour l’exécuter et pour le compléter, il lui fallait de ces hommes ; il en eut. Aujourd’hui, il est environné... A de certaines époques de l’histoire, il y a des pléiades de grands hommes ; à d’autres époques, il y a des pléiades de chenapans. »

- Ce n’est pas un idiot. C’est un homme d’un autre temps que le nôtre. Il semble absurde et fou parce qu’il est dépareillé... Il y a en lui du Moyen Age et du Bas empire. »

B4) Un pouvoir illégal appuyé sur une Justice de classe, tout aussi illégale en droit

« Qu’on traduise devant les Assises un malfaiteur quelconque :

- le voleur dira aux juges "Le chef de l’Etat a volé 25 millions à la banque"

- le faux témoin dira aux juges : "Le chef de l’Etat a violé son serment"

- le coupable de séquestration arbitraire dira "Le chef de l’Etat a arrêté et détenu contre toutes les lois les représentants du peuple souverain"

- le meurtrier dira "Le chef de l’Etat a fusillé, mitraillé, sabré et égorgé les passants dans les rues."

- et tous ensemble ajouteront "Et vous juges, vous êtes... allés le glorifier d’avoir escroqué, le féliciter d’avoir volé et le remercier d’avoir assassiné." »

CONCLUSION

Laissons à nouveau la parole à Victor Hugo « Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme... On se demande : comment a-t-il fait ?... On ne trouve en fait de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent... Un peu de crapule ne gâte pas les grandes entreprises. »

Jacques Serieys

Le Second empire


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