Jésus le nazôréen, de Noël à Pâques

dimanche 10 juin 2018.
 

- A) Noël en été

- B) Jésus chasse les marchands du Temple (3ème dimanche de Carême)

- C) Pâques : Mise en croix de Jésus le nazôréen

Le christianisme a subi trois premiers siècles de répression dure, soit autant de temps que de la mort de Louis XIV à aujourd’hui. Cela a inévitablement généré un isolement local, des divisions nombreuses, des contradictions quant à la relation des faits concernant Jésus.

Le dogme religieux (dont le calendrier des fêtes) est fixé plus tard dans un contexte totalement différent où l’empire romain fait du christianisme sa religion officielle et interdit les autres.

Sans entrer dans le débat sur l’historicité de Jésus, sans chercher ici à assembler le puzzle extraordinairement complexe des sources, je signale que je considère son existence humaine comme probable. Le texte ci-dessous aborde pour le moment seulement trois points significatifs : la nativité (Noël), l’intervention de Jésus au Temple et un point concernant la crucifixion (Pâques). Il s’intègre dans une série comprenant les articles suivants :

Palestine antique jusqu’à Jésus et Hérode... Société, guerillas et révoltes

Akhenaton, Moïse et la naissance du monothéisme

Noël : de la fête du Soleil renaissant à la naissance de Jésus

Les évangiles : un religiosité humaniste, morale, égalitaire, révolutionnaire

Jésus, révolutionnaire, fils de Dieu ou mythe ?

20 mai 325 Au Concile de Nicée, l’empereur romain Constantin institutionnalise l’Eglise chrétienne

A) Noël

D’après les informations dont nous disposons, Jésus ne naquit ni un 25 décembre, ni au début de l’an 1, ni dans une grotte...

A1) Sur le jour de Noël

Durant trois siècles et demi, les premiers chrétiens n’ont absolument pas fêté Noël au 25 décembre.

Les Pères de l’Eglise n’ont jamais signalé cette date. Tel est le cas par exemple de :

- Irénée de Lyon, deuxième évêque (177 à 202) de cette capitale des Gaules, pour qui l’autorité des Écritures est absolue, premier grand théologien

- Tertullien de Carthage (160 à 220) initiateur de la littérature chrétienne de langue latine et de la théologie dans cette langue, loué par Benoît XVI pour sa contribution décisive à la fixation du dogme

- Clément d’Alexandrie (150 à 220), autre Père de l’Église et un de ses premiers théoriciens, conseille de fêter la naissance du Christ au 18 novembre.

- Origène (185-253), autre Père de l’Eglise, affirme qu’il ne faut pas fêter la naissance de Jésus car il n’est pas de ce monde.

Les premiers calendriers de fêtes chrétiennes dont nous disposons ne signalent rien sur ce sujet à cette date.

Au 3ème siècle, les communautés chrétiennes confrontées aux grandes fêtes populaires de la naissance de Mithra (solstice d’hiver), commencent à avancer des dates pour la naissance du Christ :

- 6 janvier (groupes basilidiens et nombreuses communautés d’Orient)

- 28 mars. Tel est le cas pour le premier calendrier chrétien (Pascha Computus) daté de l’an 243

- 19 avril

- 20 mai pour d’autres assemblées locales (d’après Clément d’Alexandrie)...

Le premier écrit (le Chronographe) faisant référence à la date du 25 décembre pour la naissance de Jésus date de 354.

La revue "Le monde de la Bible" datée de janvier février 2015, confirme sous la signature du spécialiste "Simon C. Mimouni (professeur à l’Ecole pratique des hautes études, section des sciences religieuses et proche des positions de l’Eglise) « Au cours du IVème siècle, la fête de la naissance de Jésus a commencé à être célébrée en Occident le 25 décembre... et en Orient le 6 janvier... »

Dans son ouvrage récent de référence , « La Nativité et l’arbre de Noël. Les origines historiques » paru aux Éditions du Cerf, collection Théologies, Oscar Cullmann considère que la naissance de Jésus ne s’est en tout cas pas située en hiver car, d’après les récits bibliques de Noël, les troupeaux sont alors dehors avec leurs bergers.

Les revues catholiques récentes complètent ces arguments en faveur d’une naissance autre que le 25 décembre par des arguments tirés de l’Evangile. Elles préfèrent avancer que "l’essentiel n’est pas de connaître la date exacte du jour où Jésus est né, mais bien plus qu’Il est né. Qu’Il est venu dans ce monde pour le sauver" (La Vie catholique) :

- La naissance de Jésus s’est déroulée alors que l’automne n’avait pas commencé (verset huit du deuxième chapitre de l’Evangile de Luc).

- Si Joseph et Marie cherchent un lieu où dormir, c’est que Jérusalem affiche complet comme toujours en période de fête comme celle des Tabernacles (fin des moissons)

- Il est hautement improbable que le recensement (Luc 2 : 1-5) se soit déroulé en hiver.

b) Sur le lieu de naissance de Jésus

Pour ne pas être trop long, signalons seulement que les Evangiles ne placent pas celle-ci dans une grotte.

D’après l’évangile selon saint Luc (Lc 2,8-20), Jésus est né dans une étable...

L’évangile selon saint Matthieu (Mt 2,11)place l’adoration des Rois mages auprès du nouveau-né dans une oikos (« maisonnée », domus de la Vulgate). Cela n’est pas contradictoire avec Saint Luc pour qui Joseph et Marie sont accueillis dans une maisonnée mais ne trouvent pas un espace approprié pour accoucher dans la Kataluma, « salle haute, salle de séjour », chambre prévue pour les hôtes.

B) Jésus chasse les marchands du Temple

B1) Le Temple au temps d’Hérode et de ses successeurs

Pour asseoir sa crédibilité auprès de la classe sacerdotale et du peuple ancré dans le culte juif, Hérode fait reconstruire et agrandir le Temple de Jérusalem. Il emploie pour cela environ 100000 travailleurs et poursuit les travaux essentiels durant sept ans. Construit sur le mont Moriah, il mesure cinq cents mètres de long et trois cents mètres de large. Il présente une architecture concentrique correspondant à la structure pyramidale de la société juive « la ville, la colline du temple avant cour extérieure, le hél (espace au delà de la grille du temple), l’avant cour des femmes, l’avant cour des Israélites, l’avant cour des prêtres, le Saint des saints » (Flavius Josèphe).

Chaque palier vers le coeur du Temple élimine une partie de la population : sous peine de mort les non juifs n’ont pas le droit de dépasser le parvis extérieur ; les femmes n’ont pas le droit de dépasser la "Cour des femmes" ; les hommes peuvent avancer jusqu’aux lieux de sacrifice des animaux ; au-delà, c’est la hiérarchie religieuse qui est respectée dans l’ordonnancement du bâti jusqu’au sanctuaire central dans lequel ne pénètre que le Grand Prêtre (à qui, seul, Dieu communique sa volonté par des dés sacrés) et où sont conservés les écrits fondamentaux de la civilisation juive (textes religieux, juridiques, historiques, généalogiques...). Flavius Josèphe a parfaitement caractérisé cette structure du Temple correspondant à la structure de la société « Les uns ont confié à des monarchies, d’autres à des oligarchies, d’autres encore au peuple (démocratie) le pouvoir politique. Notre législateur [Dieu], n’a arrêté ses regards sur aucun de ces gouvernements ; il a institué le gouvernement théocratique plaçant en Dieu le pouvoir et la force. »

Le Temple de Jérusalem constitue le lieu essentiel des rites de la religion juive antique fondés sur de très nombreux sacrifices d’animaux qu’achètent des croyants aux marchands du Temple et qu’égorgent les prêtres, le tout pour le plus grand profit de la classe sacerdotale. Dans son ouvrage "Selon Jean" (éditions Golias), Jean-François Soffray décrit bien « Ce système sacrificiel énorme de bœufs, de moutons, de colombes que les prêtres immolaient, tout ce sang qu’on faisait couler à profusion quotidiennement pour le répandre sur l’autel, les brasiers de viande, cette immense boucherie sacrée aux odeurs si fortes et qui mobilisait un énorme personnel, spécialement pour la pâque ».

Le Temple constitue le seul vrai lieu de culte ; aussi, il attire autour d’un million de personnes pour les grandes fêtes religieuses. Ici, se réunit le Sanhédrin (cour religieuse suprême). Ici, se développe un commerce très important, en particulier l’échange de monnaie et l’achat d’animaux pour les sacrifices. « On peut voir le Temple comme une sorte d’Etat féodal, employant des milliers de prêtres, chanteurs, porteurs, serviteurs et ministres, tout en entretenant de vastes étendues de terres fertiles, cultivées par ses propres esclaves au nom du Grand Prêtre et pour son profit. » écrit l’historien des religions Reza Aslan. N’oublions pas la présence de soldats romains pour compléter cette description.

B2) Jésus chassant les marchands du Temple dans les Evangiles

Jésus commence sa vie publique en chassant les "marchands du Temple". Les 4 évangiles canoniques comme plusieurs évangiles apocryphes relatent cet épisode, ce qui lui donne une probabilité de véracité importante.

Évangile selon saint Jean (2, 13-22) Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

Evangile selon Saint Mathieu (21.12-17) Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons. 13 Et il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs.

Evangile selon St Luc, (19, 45-48) : Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L’Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir, mais ils ne trouvaient pas le moyen d’y arriver ; en effet, le peuple tout entier était suspendu à ses lèvres.

B3) Les explications de l’Eglise sur cet épisode

Une recherche par google donne des réponses surprenantes. J’en cite seulement deux ci-dessous :

- > Site lejourduseigneur.com : On fait erreur souvent en croyant que Jésus a repoussé loin du temple les entreprises mercantiles. En quelque sorte, comme s’il s’en prenait aujourd’hui aux marchands qui proposent des savonnettes à l’eau de Lourdes ou des portefeuilles à l’effigie de Notre-Dame de Rocamadour... Ce n’est pas cela ! Qu’est-ce que Jésus voulait dire à ses contemporains ? La réponse à cette question est simple - simple et mystérieuse ! - Elle est simple puisqu’elle est en toutes lettres dans l’Évangile d’aujourd’hui. " Détruisez ce temple, dit Jésus, et en trois jours, je le relèverai ". Le temple dont il parlait, c’était son corps, c’est-à-dire sa personne. C’est comme s’il disait : " Vous pouvez détruire le temple, puisque, je suis là ! "

- > Site Le Carmel en France D’où vient, alors cette sévérité de Jésus ? Elle semble motivée par plusieurs raisons à la fois. Tout d’abord le Temple, dont Dieu désirait faire une maison de prière pour tous les peuples (Is 56,7), un signe de ralliement et d’accueil universel, ne répondait encore que partiellement à sa vocation (Jn 4,21). De plus sa beauté et sa richesse, à l’époque de Jésus, flattaient un peu l’orgueil des hommes au lieu de servir uniquement la gloire de Dieu (Mt 24,1). Enfin et surtout, la désinvolture des hommes gênait, dans le Temple, la rencontre avec le Seigneur.

B4) Remarque sur la compréhensiion de l’épisode "Jésus chassant les marchands du Temple"

Les deux "explications" ci-dessus passent à côté du contexte historique. Une partie importante de la population juive hait l’occupant romain et son allié religieux féodal juif dont le pouvoir est symbolisé par le Temple. Aussi, Jésus commence par prêcher longuement dans cet édifice et gagner la sympathie des gens du peuple présents. Cela lui donne le rapport de forces moral et physique nécessaire pour "chasser les marchands du temple" malgré les gardes armés présents. Il ne s’agit pas d’un sermon philosophique abscons mais d’une action séditieuse de masse contre les pouvoirs impérialiste (romain) et féodalo-religieux mercantile (institution religieuse juive autour du Grand prêtre) symbolisés par le Temple. Ceci dit, personnellement, je ne classe pas Jésus parmi les Zélotes.

C) Pâques : Mise en croix de Jésus le nazôréen

Ce sujet ouvre sur de nombreuses questions très importantes comme le rôle de la croix comme symbole principal du christianisme. Je m’en tiens ici à seul point, la possibilité historique de la crucifixion de Jésus et le sens de l’écriteau apposé en haut de sa croix : Jésus le nazôréen, Roi des juifs.

C1) La mise en croix

Le récit de la crucifixion de Jésus dans le Nouveau Testament ne présente pas d’anachronisme historique même si le seul texte historique d’époque fait état d’une pendaison.

- Rome usait de la crucifixion comme châtiment des rebelles et séditieux vis à vis de son autorité. Tel fut aussi le cas attesté du "Samaritain", autre messie condamné par Ponce Pilate.

- Le mont du Golgotha servait effectivement de lieu de crucifixion

- L’appellation de Lestaï entourant Jésus et suppliciés en même temps que Jésus est intéressante. Je la traduirais par "guerrillero" plutôt que par voleur. En effet, Rome et la classe dirigeante juive ont lutté durant un siècle contre des milliers de "lestaï", probablement même des dizaines de milliers, sortes de Robins des bois, aux bandes sans cesse écrasées et sans cesse renaissantes.

C2) Jésus le Nazôréen

- L’écriteau placé au dessus de Jésus portait un titulus signalant, en 3 langues, la cause de la condamnation " Jésus le Nazôréen Roi des juifs". Cela correspond à la pratique romaine de l’époque. La traduction française du grec Nazôraios par "de Nazareth" ne paraît pas judicieuse. Par contre, Nazôréen est le nom que les premiers chrétiens se donnaient eux-mêmes et que la communauté juive donnait à Jésus ainsi qu’aux premiers chrétiens (notzrim en hébreu, nasara en araméen).

Bernard Dupuy, grand spécialiste des origines du christianisme pose une question intéressante dans son texte « Aux origines du judéo-christianisme » : comment appelait-on les premiers chrétiens en milieu hébraïque et en hébreu ?

Il est clair que le terme principal qui fut utilisé par les juifs pour qualifier Jésus était « nazoréen ». C’est ce que rapportent les évangiles (Lc 18, 38 ; 24, 19 ; Jn 8, 5 ; 19, 19 ; Ac 2, 22 ; 3, 6 ; 6, 14 ; 10, 38 ; 22, 8 ; 26, 9, etc.) et il est donc nécessaire d’en déterminer le sens... Elle est employée par la foule (Lc 18, 37)... En Actes 2, 22 (selon le texte occidental) : « Israélites, écoutez : Jésus le nazoréen, cet homme accrédité par des signes et des prodiges… » En Ac 3, 6, Pierre s’adresse au paralytique : « Au nom de Jésus le nazoréen, marche ! » À ce moment, pour les apôtres, le point commun, le signe d’identification entre les disciples juifs et le titre individuel de Jésus, c’est celui-là. C’est le même terme qui deviendra aussi un titre d’accusation. Paul, à l’occasion de son procès devant Félix, est ainsi débusqué : « Cet homme est une peste, qui fomente des troubles dans notre nation et dans le monde entier, c’est un meneur de la secte des nazoréens » (Ac 24, 5). Dans sa réponse, Shaul-Paul ne récuse pas le terme par lequel il est lui aussi désigné, c’est en effet le mot qui désigne les disciples, et Paul, comme les autres, en fait partie. « Nazoréen » : c’est donc à cet instant un groupe juif bien connu et que nul ne conteste, qui est appliqué aux disciples de Jésus et à Jésus lui-même, qui devait même être antérieur à Jésus. Paul le revendique pour démontrer sa fidélité à la Loi et aux prophètes.

C3) Que signifie nazôréen dans la Bible ?

Le terme notzer reste toujours employé en hébreu, comme dans la Bible, jamais traduit dans la langue araméenne. Cette idée de vigilance, de veille, de garde de la Torah est présente aussi à Qumran avec cette connotation que la voie à suivre, la fidélité ne peut être gardée que dans un certain secret. Elle n’est pas étrangère aux réunions des confréries (haburot) pharisiennes.

Les nazoréens ce sont les « gardiens de la voie », les observants de la Torah dans la fidélité, indépendamment de ses ministres, des partis et des jeux d’influence, en dehors aussi de sa captation politique au profit de la cause nationale. On comprend alors mieux pourquoi la cause nazoréenne a pu susciter des oppositions et qu’il soit assez difficile de la définir. Cela expliquerait en partie son aspect de secret, son occultation, ainsi que la difficulté de sa permanence et de son maintien.

La connotation messianique du terme netzer est traditionnelle dans le judaïsme. Selon Épiphane, les notzrim étaient appelés en grec « jesséens » (membres de la tige de Jessé). Dans les Actes des apôtres, où les disciples de Jésus sont dit nazoréens, ce nom a pour équivalent : « ceux qui suivent la voie ». La voie : ce terme se retrouve entre soixante et quatre-vingts fois dans les Épîtres et dans les Actes des apôtres (par exemple 2, 28)...

À Éphèse, en 52, quand Paul rencontre Apollos et des gens « qui suivent la voie », on discute sur son origine... tous savent qu’il faut être soi-même « gardien de la Torah », face au détournement de celle-ci par les hypocrites et les imposteurs, face à ceux qui se targuent de l’appliquer mais en réalité la détournent de son sens. Nous touchons ici à l’essentiel.

Il n’y a rien qui puisse être autant objet de détournement que la Torah, qui est l’ordre en Dieu. Tel serait le sens du Sermon sur la montagne. Aussi faut-il être miséricordieux, annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, rendre effectif le texte d’Isaïe 61, 1 : « L’esprit de l’Éternel sur moi… » (cf. Lc 4, 18) et être purifié, « baptisé dans l’eau ». Cette exigence était d’ailleurs celle des « confréries » (haburot) qui cherchent à être délivrées de leurs fautes, exigent des purifications et veulent observer la « pureté » dans le partage de la nourriture.

Être « gardien de la Torah »... c’est la garder dans sa « pureté », terme que l’on retrouve à Qumran en particulier. Ce n’est pas en observer intégralement ou scrupuleusement les interdits ou les préceptes, c’est l’observer pour elle-même, et non pour un quelconque intérêt, politique ou autre. De là sont nées sans aucun doute par la suite les controverses avec les pharisiens. Certains disciples de Jésus s’appelleront même les « vrais prophètes » ou les « vrais pharisiens », par une sorte de zèle ou d’émulation avec ces derniers, tant il est vrai qu’à l’origine ils étaient proches...

Les judéo-chrétiens eux-mêmes, avaient conservé pour se désigner, le nom de notzrim, comme on le voit dans les écrits judéo-chrétiens rédigés du second au quatrième siècle et qui nous ont été conservés... Leur vrai nom est notzrim et, finalement, dans l’univers hébraïque, ce nom finira par désigner les chrétiens en général, qu’ils soient d’origine juive ou non-juive.

En dépit de l’emploi juridique du terme minim (hérétique), le terme notzrim a continué d’être employé dans la langue hébraïque pour désigner les chrétiens. Ainsi en Taanit 27b, on lit : « Pourquoi ne doit-on pas jeûner le dimanche ? Rabbi Yohanan répondit : Pour ne pas risquer de passer pour un chrétien (notzri) ». De même en Avoda Zara 7b, « le dimanche est appelé le jour des notzrim ». Mais le mot est plutôt rare dans le Talmud et c’est min qui domine.

Une question qui mériterait une recherche serait de savoir comment était appelé et qualifié Jésus dans le langage courant à l’époque talmudique. Nazoréen ? Faute de pouvoir trancher pareille question d’histoire, je terminerai en évoquant le fameux texte sur le procès de Jésus où Abaye dispute avec Ulla (T.B Sanh 43b) Il semble qu’il faille lire : « Jésus le nazoréen fut pendu »... En tout cas, c’est très tôt que le qualificatif « nazaréen » congédie le « nazoréen », même dans les écrits juifs pour parler de Jésus. Dès lors celui-ci disparaît. Il sera inconnu du Moyen Âge. Il ne réapparaît aujourd’hui dans la littérature contemporaine que grâce aux exégètes… et aux textes hébraïques.

Jacques Serieys

Sitographie :

https://www.cairn.info/revue-pardes...


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