Eté 1815, terreur blanche des fanatiques royalistes et cléricaux

mercredi 12 septembre 2018.
 

Le 18 juin 1815, l’armée française est battue à Waterloo. Le 22, Napoléon abdique "Je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France... "Unissez-vous tous pour le salut public et pour rester une nation indépendante".

1) 1815 : L’heure de la revanche pour les royalistes et cléricaux

Depuis l’éclatement de la Révolution française, ils ont rongé leur frein dans des groupes se présentant comme religieux mais rassemblant uniquement des personnalités traditionalistes et ultras comme la Congrégation de la Sainte-Vierge. A partir de 1810, les plus engagés ont trempé leur détermination parmi les Chevaliers de la Foi, société secrète au service de l’autel et du trône, dont les grades hiérarchiques et initiatiques sont marqués par le souvenir de la vieille chevalerie médiévale.

Le lien entre ces Chevaliers de la Foi et le futur fascisme ne doivent pas être sous-estimés :

- Louis de Gobineau (père d’Arthur de Gobineau dont le racialisme influencera Hitler) était secrétaire de la bannière de Paris de ces Chevaliers de la Foi.

- François Franchet d’Esperey, préfet de La Congrégation en 1809, est le grand père du maréchal Louis Franchet d’Esperey qui jouera un rôle central parmi les Ligues des années 1930 dont La Cagoule.

En 1815, leur mouvance reste nostalgique du "temps de l’avant 1789". Ils haïssent les protestants qui ont affaibli le monopole idéologique de l’Eglise. Ils haïssent les patriotes qui se réclament d’une vision progressiste de l’histoire, de l’héritage social et culturel de la Révolution. Ils haïssent les bonapartistes attachés à "l’usurpateur".

Lorsque Napoléon abdique, s’ouvre une période d’indécision avec une administration préfectorale et une Justice largement paralysées. Dans le Midi, le Duc d’Angoulême commande un réseau fanatique bien organisé et bien armé. Lui-même a une revanche à prendre, neveu de Louis XVI et fils du futur Charles X, il a émigré dès le 16 juillet 1789, a rejoint l’armée émigrée largement financée par l’Angleterre. Durant l’empire, il a reçu des sommes importantes provenant de Vienne et a combattu dans les rangs de l’armée anglaise au Portugal et Espagne contre l’armée napoléonienne.

En juin 1915, la chute de l’empereur et l’instabilité des pouvoirs permet au duc d’Angoulême de constituer dans le Midi une sorte de gouvernement qui conteste de nombreux responsables en place, conteste de nouvelles nominations insuffisamment "blanches". Surtout, il mobilise ses partisans nommés "volontaires royaux" ( "miquelets") et les pousse partout à la sévérité contre les républicains et les bonapartistes.

2) 25 juin 1815 Terreur blanche à Marseille

Dans les Bouches du Rhône, les "volontaires royaux" manifestent bruyamment leur joie dès les jours suivant l’annonce de la victoire anglaise et prussienne à Waterloo. Ils se font de plus en plus menaçants et profitent de l’ordre donné à l’armée par les pouvoirs en place de ne pas réagir à leurs provocations. 145 fantassins et 18 cavaliers sont tués par les nostalgiques de la fleur de lys.

Comme l’écrit Jean Dif sur son site L’Histoire pour tous « Ce fut le carnage : des militaires retraités, de paisibles boutiquiers, des gendarmes furent impitoyablement massacrés parfois avec raffinement. »

Parmi les horreurs de cette terrible journée de terreur, notons la tuerie systématique de tous les anciens mamelouks que Bonaparte avaient ramené d’Egypte 15 ans plus tôt. Le racisme a toujours fait partie des attributs de ce courant de pensée réactionnaire et clérical.

Le nombre total de 250 meurtres a été avancé pour Marseille dans la journée.

A Montpellier, plus d’une centaine de personnes perdirent la vie de la même façon dans les jours qui suivirent l’abdication de Napoléon ; à Uzès, une douzaine.

3) 2 août 1815 Terreur blanche à Avignon et assassinat du maréchal Brune

Enhardis par la "réussite" de leurs amis marseillais, les royalistes cléricaux proches se déchaînèrent. « Un peu partout, des émeutiers aux couleurs du comte d’Artois, poursuivirent et tuèrent les protestants et les anciens jacobins. A Avignon... les maisons des bonapartistes furent saccagées, des dizaines de personnes immolées, on parle même de centaines dont un invalide et un boulanger que l’on échauda dans son pétrin. » (Jean Dif)

Lorsque des fanatiques religieux réactionnaires peuvent ainsi semer la terreur parmi des habitants d’opinion contraire, leur ambiance collective survoltée s’échauffe chaque jour un peu plus. Ainsi, un général de la Révolution puis maréchal d’empire, Guillaume Brune, habitait Avignon. Bien que républicain, il avait fait sa soumission officielle au nouveau roi Louis XVIII. Pour s’en prendre à lui, les "miquelets" firent courir le bruit totalement mensonger qu’il avait porté la tête de la princesse de Lamballe au bout d’une pique le 3 septembre 1792. Il fut donc assassiné et ses biens pillés. Cependant, son corps jeté dans le Rhône surnageait ce qui occasionna une pluie de coups de fusil. Ce n’était pas suffisant ; son corps fut enterré puis déterré puis à nouveau jeté dans la terre au sein d’un château ; ses restes amassés dans une caisse à savon furent enfin confiés à sa veuve deux ans plus tard.

15 août 1815 Terreur blanche à Toulouse et assassinat du général Ramel

« À sept heures du soir, un rassemblement se forme devant son hôtel et y exécute une farandole, aux cris de « à bas Ramel ! mort à Ramel ! » Le général sort et se présente. « Que voulez-vous à Ramel ? » dit-il d’une voix forte. Cette contenance impose un instant aux brigands ; mais au moment où il se retire, les assassins se précipitent sur lui et sur le factionnaire placé à la porte, et tous deux tombent percés de coups. On porte le général dans son hôtel ; mais bientôt les Verdets, apprenant qu’il respire encore, font irruption dans l’hôtel, le mettent au pillage, pénétrent jusque dans la chambre de leur victime, et l’achevent sur son lit ».

Bibliographie Sitographie :

https://www.histoire-pour-tous.fr/h...

https://journals.openedition.org/rh...


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