Bataille de Jemmapes (6 novembre 1792) remportée par l’armée révolutionnaire

vendredi 31 mars 2017.
 

Pourquoi célébrer cette bataille ?

- parce qu’elle m’apparaît comme la première grande victoire d’une révolution plébéienne sur le continent européen

- parce qu’elle marque le point d’orgue de la période de radicalisation populaire ouverte par la proclamation de la Patrie en danger, poursuivie par la prise des Tuileries puis la victoire de Valmy.

- parce qu’elle représente une victoire militaire décisive de la République. Dans une Europe de rois, d’empereurs, d’altesses, de princes et de messeigneurs, il s’agit là d’un fait majeur. A Valmy, le 20 septembre 1792, la nouvelle de la proclamation de la République n’est connue qu’après la bataille.

- parce que cette victoire modifie complètement les données stratégiques de l’affrontement contre les armées royales d’Europe. Après Jemmapes, les idéaux révolutionnaires progressent sur toute la rive gauche du Rhin défendue par les armées de volontaires.

- La Wallonie apporte dès lors un soutien sans faille au nouveau régime.

1) Un soulèvement populaire sauve la Révolution française

En 1790, 1791 et durant les premiers mois de 1792, les dirigeants politiques de la révolution française essaient de trouver une solution de compromis avec le roi pour stabiliser les avancées juridiques mais casser le mouvement social.

L’arrivée des armées autrichienne et prussienne aux frontières, va clarifier la situation. Les dirigeants militaires trahissent, les privilégiés émigrent, les dirigeants religieux guerroient contre les droits de l’homme, les députés ne prennent aucune mesure apte à sauver la révolution.

La solution vient du peuple qui lui, veut sauver ses conquêtes sociales et démocratiques. Sur Paris éclate la journée insurrectionnelle du 20 juin avec la première apparition des sans-culottes.

Le 11 juillet 1792, sous la pression de cet enthousiasme révolutionnaire et de l’aile gauche de la Convention (Montagnards), les députés décrètent la Patrie en danger.

Le 25 juillet 1792, le Manifeste de Brunswick (général en chef prussien) demande la restauration du trône et de l’autel, et menace, sinon, "d’une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire". Les désertions d’officiers continuent (Lafayette le 19 août) ; des villes sont livrées aux envahisseurs.

Le 10 août, le peuple de Paris prend les Tuileries.

Sous l’emprise de la peur, le peuple réagit à nouveau par les journées de septembre et surtout par une très forte mobilisation militaire. Dans chaque département des bataillons de volontaires élisent leurs officiers et marchent vers le front en chantant l’hymne des Marseillais qui deviendra plus tard la Marseillaise.

Le 20 septembre, l’armée révolutionnaire réussit à stopper l’invasion à Valmy.

Valmy ( 20 septembre 1792), symbole fort d’une mobilisation populaire qui sauve la Révolution française

En fait, le soulèvement militaire révolutionnaire présente une telle massivité et un tel entrain que le rapport de force militaire s’inverse en quelques semaine.

En Provence, menacée par une armée du roi de Piémont-Sardaigne, des milliers de volontaires (dont 6000 marseillais) rejoignent la "division du Var" positionnée à Antibes (où Masséna officie comme capitaine-instructeur de la garde nationale puis chef d’un bataillon de volontaires du Var). Les troupes sardes sont commandées par le vieux Eugène de Courten (77 ans) qui panique à l’idée d’un peuple en armes marchant vers lui ; il n’est pas le seul puisque le 22 septembre le duc d’Aoste l’informe qu’une armée de 35000 soldats français s’apprête à envahir le comté de Nice. Le 28 septembre, les troupes du roi de Piémont-Sardaigne évacuent Nice suivies par un flot de nobles, prêtres et bourgeois qui émigrent. Le lendemain, à 16 heures, soldats et volontaires de la Révolution entrent dans la ville.

Le même mouvement populaire victorieux se retrouve sur toutes les frontières.

2) De Valmy à Jemmapes

La bataille de Valmy avait pour but de stopper l’invasion de la France de 1789 par les armées royales. Jemmapes va matérialiser l’écho européen de la révolution française.

Après Valmy, les armées autrichiennes (Duc Albert, Beaulieu, Clerfayt) se sont repliés sur les Pays Bas (dépendant alors de Vienne), correspondant à l’actuelle Belgique. Elles se sont retranchées sur une ligne autour de Mons caractéristique de l’art militaire du 18ème, profitant de pentes fortes, comprenant des villages fortifiés (Jemmapes, Cuesmes, Berthaimont), 14 redoutes, des abattis, des chasseurs tyroliens dans les bois et aux ailes, de la cavalerie entre les coteaux, une artillerie imposante et bien positionnée.

Le général français Dumouriez choisit au contraire un dispositif très étendu avec :

- A droite, l’armée des Ardennes (général Valence) qui doit descendre la Meuse vers Namur et Liège

- A gauche, l’armée des Flandres (général Labourdonnaie) qui doit suivre la côte de Dunkerque jusqu’à Anvers

- Au centre, Dumouriez lui-même, avec environ 40000 hommes face aux lignes autrichiennes de Mons.

- un détachement commandé par D’Harville entre Dumouriez et Valence.

Le 6 novembre, les soldats de Dumouriez partent à l’assaut des lignes fortifiées autrichiennes.

3) La bataille de Jemmapes

A 8 heures du matin, les soldats bleus avancent en colonnes par bataillon, chantant la marseillaise, protégeant la progression de l’artillerie qui tire sur les redoutes de flanc. Sur la gauche, Ferrand doit prendre Quaregnon et tourner Jemmapes ; sur la gauche, Beurnonville vise le village fortifié de Cuesmes comme objectif. Au centre, Dumouriez suit de près ces attaques pour décider des mouvements décisifs à entreprendre.

A 11 heures, les attaques françaises piétinent sur tout la ligne de feu. L’engagement de Dumouriez n’apporte pas le succès attendu. Une contre-attaque autrichienne sur un point du front français trop étendu menace même de le percer.

C’est alors que l’élan révolutionnaire va faire la différence. L’histoire a évidemment conservé quelques noms pour le symboliser même si ces noms ne font que symboliser une réalité.

L’épisode le plus connu est celui de Baptiste, serviteur de Dumouriez, qui se porte de lui-même à l’endroit le plus en danger, au moment le plus critique, tonnant contre les officiers supérieurs, ralliant les soldats, rameutant les fuyards, stabilisant la défense.

Dans le même temps, le général Thouvenot, fait arrêter la canonnade qui classiquement prépare l’attaque d’infanterie. Ses bataillons partent au pas de charge, percent la ligne autrichienne, tournent Jemmapes, montent vers les hauteurs.

A 14 heures, les troupes autrichiennes se retirent abandonnant toutes les Provinces-Unies.

4) De Jemmapes à aujourd’hui

C’est de cette victoire que le département de Jemappes créé par la France républicaine et révolutionnaire tient son nom. De 1793 à 1814, il comprend trois arrondissements : Mons (cantons de Boussu, Chièvres, Dour, Enghien, Lens, Le Rœulx, Mons, Pâturages et Soignies), Charleroi (cantons de Beaumont, Binche, Charleroi, Chimay, Fontaine-l’Évêque, Gosselies, Merbes-le-Château, Seneffe et Thuin), Tournai ( cantons d’Antoing, Ath, Celles, Ellezelles, Frasnes-lez-Anvaing, Lessines, Leuze-en-Hainaut, Péruwelz, Quevaucamps, Templeuve et Tournai).

En 1911, Jules Destrée, humaniste wallon, converti au socialisme à la suite de la répression des grèves ouvrières, inaugure, sur le site de la bataille un monument célébrant la victoire des troupes révolutionnaires, affirmant pour Jemmapes comme sur bien d’autres questions, un lien entre république et socialisme, entre révolution française de 1789 1794 et mouvement ouvrier.


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