Wattignies (16 octobre 1793) Victoire importante des soldats de l’an 2

lundi 24 octobre 2016.
 

22 octobre 2016

WATTIGNIES LA VICTOIRE (59) - Célébrons la 1ère République - Comité Valenciennes Parti de Gauche

A partir de 11h. , le samedi 22 octobre 2017 le comité de Valenciennes du Parti de Gauche invite à un rassemblement et à un dépôt de gerbe au pied du monument à la gloire des soldats de l’an II à Wattignies la victoire.

C’est la quatrième année que nous célébrons la victoire de Wattignies, un moment d’histoire qui fut décisif pour la République, un moment qui traduisit l’efficacité d’une organisation politique où lois et décisions tendaient non seulement à consolider une forme nouvelle, mais aussi à satisfaire les aspirations des plus humbles en donnant la priorité au « droit à l’existence », un droit qui prévalait sur tous les autres. Cette date appartient à tous les Républicains, ce n’est pas la guerre qu’on y célèbre, évidemment, on y célèbre l’élan d’un peuple qui s’était découvert un an plus tôt composé de citoyens, à qui on avait dit « République » et qui se levait en masse pour la défendre, elle et ses promesses politiques et sociales.

L’histoire nous rappelle qu’il n’est rien d’impossible au peuple … Nous devons regarder le passé pour parler d’aujourd’hui et dire le futur que nous voulons !

L’histoire nous rappelle qu’il n’est rien d’impossible au peuple mobilisé. A la fin de l’été 1793 la première République n’a pas encore un an. Sur ses frontières elle est assaillie de toutes parts : les armées Sardes et Piémontaises contrôlent le Sud Est, Toulon se rend aux Anglais qui agressent la Corse, les Espagnols menacent la frontière pyrénéenne, les Prussiens sont en Alsace et en Lorraine, les Autrichiens s’approchent de Cambrai après avoir pris Valenciennes, Condé et Le Quesnoy. Maubeuge est assiégée, la route de Paris est ouverte ! A l’intérieur la guerre de Vendée, les troubles fédéralistes (Bourges, Dijon, Lyon, et le grand axe Bordeaux-Marseille) achèvent d’affaiblir la République.

Et pourtant, sans peur, sans découragement, sans résignation, la jeune République résiste, elle ne lâche rien. Elle fait appel au peuple et le mobilise. Cette mobilisation va venir à bout de tous les ennemis ! La République va triompher. La première victoire -16 octobre 1793- mérite d’être tirée de l’oubli et célébrée. Elle doit devenir un symbole fort pour tous ceux qui pensent aujourd’hui qu’un autre monde est possible.

Voilà pourquoi le comité du Valenciennois et de l’Avesnois du Parti de Gauche invite à célébrer l’anniversaire de la victoire de WATTIGNIES LA VICTOIRE par un rassemblement populaire le SAMEDI 22 OCTOBRE, à partir de 11h.

Pour la VIème république, pour l’écosocialisme, pour l’avenir en commun !

1ère partie La bataille de Wattignies (Georges Pontmercy)

Plan

- A) La Révolution française inquiète les trônes d’Europe
- B) L’Europe des rois forme la 1ère coalition
- C) Contexte sur le front Nord face à l’armée autrichienne
- D) La bataille de Wattignies : 16 octobre 1793
- E) Bataillons de volontaires et de l’armée régulière
- F) La légende du tambour de Wattignies
- G) Quelques militaires présents à Wattignies
- H) Le rôle des politiques à Wattignies
- I) Conclusion

A) La Révolution française inquiète les trônes d’Europe

10 août 1792 La prise des Tuileries engage la 2ème phase de la Révolution française, portée par le peuple

L’abolition de la royauté par la Convention (21 septembre 1792)

22 septembre 1792 Proclamation de la république

Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 23 juin 1793, texte d’importance historique universelle

Quiconque lit cette seule déclaration de juin 1793, peut imaginer l’effroi qu’elle déclenche parmi les têtes couronnées. En effet, elle reconnaît pour la première fois dans l’histoire de l’humanité des droits économiques et sociaux dont l’Etat est responsable comme le droit à l’éducation, aux subsistances, au travail, à la santé, aux secours publics...

B) L’Europe des rois forme la 1ère coalition

Fin 1792, début 1793, toutes les royautés européennes se concertent pour écraser militairement la Révolution française.

Durant l’hiver 1793, se forme la Première coalition qui comprend :

- Le Royaume de Grande-Bretagne

- La Maison d’Autriche (Bohême, Hongrie...)

- Le Royaume de Prusse (jusqu’en 1795)

- Le Royaume d’Espagne

- Le Royaume de Portugal

- Le Royaume de Sardaigne (Piémont)

- Le Royaume des Deux-Siciles (Naples)

- Le Saint-Empire

- Les Provinces-Unies

Des armées étrangères déferlent alors sur toutes les frontières vers Bayonne, Perpignan, Toulon, Marseille, Strasbourg, Metz, Sedan, Lille et Dunkerque.

Dans le même temps, des insurrections se développent à l’intérieur de la France, particulièrement en Vendée.

La Convention essaie de sauver la République en décrétant la Patrie en danger puis la levée en masse.

C) Contexte sur le front Nord face à l’armée autrichienne

En 1792, les armées de la république ont stoppé l’invasion de la France par les troupes autrichiennes, prussiennes et émigrées.

Valmy ( 20 septembre 1792), symbole fort d’une mobilisation populaire qui sauve la Révolution française

Bataille de Jemmapes (6 novembre 1792) remportée par l’armée révolutionnaire

Wallonie et Flandres font alors partie du royaume d’Autriche.

En février mars 1793, les forces militaires de la Première coalition regroupées en Belgique, sont placées sous le commandement du Reichsgeneralfeldmarschall de Saxe-Cobourg, militaire expérimenté ayant déjà remporté de nombreuses batailles dans sa carrière. L’armée française commandée par Dumouriez est battue le 18 mars à Neerwinden puis le 23 mars à Louvain.

Cobourg dispose à ce moment-là de 118000 soldats (essentiellement Britanniques, Autrichiens et Hollandais). En mai, il remporte deux nouvelles batailles (Raismes le 8 mai, et Famars le 23 mai). Au mois de juillet 1793, il s’empare de Condé-sur-l’Escaut et Valenciennes. La ligne de défense française se voit alors entamée de toutes parts avec comme derniers points de résistance la ville de Dunkerque (assiégée par l’armée britannique du duc d’York) et surtout Maubeuge dont la chute ouvrirait la route de Paris.

Pour repousser cette invasion massive, les représentants en mission de la Convention remplacent le général Houchard, suspecté de trahison, par le général Jourdan (31 ans), nommé commandant en chef de l’armée du Nord (25 septembre 1793).

Entouré des politiques Carnot et Duquesnoy, Jourdan marche avec 45000h sur Maubeuge pour en faire lever le siège.

Le prince de Saxe-Cobourg positionne son armée sur le plateau entre la Sambre et la Meuse pour couper la route de Maubeuge. Il profite ainsi du relief pour établir une position indiscutablement favorable, bien fortifiée et bien garnie en artillerie avec son aile droite autour de Monceau Saint Vaast protégeant le siège de Maubeuge, son centre et son camp sur les hauteurs de Dourlers et Wattignies, sa gauche étalée jusqu’à Beaumont en Belgique actuelle. « S’ils viennent ici, je me fais sans-culotte ! » aurait-il déclaré.

Cette surestimation de ses forces explique probablement qu’il n’ait aligné que 33000 h en début de bataille sur une ligne de 20 kilomètres avec des réserves trop éloignées (dans les secteurs de Beaumont et Philippeville). Il est vrai que ses unités sont expérimentées, bien armées et équipées alors que les troupes françaises manquent encore d’armes et de munitions.

D) La bataille de Wattignies : 16 octobre 1793

Le 14 octobre ont lieu les premières escarmouches entre les deux armées mais sans conséquences.

Les 15 octobre, la bataille éclate sur l’ensemble du front. Jourdan lance 20000h à l’assaut des positions autrichiennes sur l’ensemble du front, particulièrement vers Dourlers mais sans emporter un avantage décisif. Les grenadiers bohémiens (tchèques) cachés dans le chemin du Monceau, déciment les troupes du général Ballant qui subissent de fortes pertes.

Confronté à cet échec, Lazare Carnot impose un nouveau plan consistant à résister à gauche et au centre et à foncer à droite. Trois colonnes doivent converger vers Wattignies : deux venant de l’ Est et du Sud Est (division Duquesnoy), une venant du Sud-Ouest conduite par Jourdan et Carnot en personne.

Le jeune Florent Duquesnoy commande la division en charge de cette aile marchante. Elle se compose de 10906 hommes répartis en 19 bataillons d’infanterie et 6 régiments de cavalerie. Fils d’un couple de cultivateurs travaillant les terres affermées du domaine de Marqueffles, élu capitaine des volontaires du Pas de Calais en 1792, nommé général sur le champ de bataille d’Hondschoote le 8 septembre 1793, il connaît bien le pays et tout aussi bien les qualités du canon de Gribeauval. Il met ses fantassins et artilleurs en marche dès 5 heures du matin, en profitant du brouillard matinal d’automne, faisant feu tout en montant le versant Est du plateau de Wattignies, halant et poussant les canons qui tirent chaque fois que possible. Son attaque déterminée et imprévue lui permet de surprendre les Autrichiens et de s’emparer de leur quartier général vers 11 heures du matin ; les volontaires sans-culottes peuvent alors tourner les canons pris vers les lignes ennemies, à présent en contrebas.

L’élan de la colonne Duquesnoy est protégé sur son flanc droit par une forte colonne d’environ 5000 soldats commandée par le général Beauregard qui contourne le dispositif principal autrichien par l’Est dans la direction de Damousies et Obrechies.

La victoire se dessine vers 13 heures avec le succès des bleus sur le plateau de Souvergeaux et l’échec de la cavalerie autrichienne au lieu-dit le Try Glarges.

Attaqué de flanc par Duquesnoy, de face par Jourdan et Carnot, bloqué au Nord par la place de Maubeuge, le prince de Saxe-Cobourg préfère donner l’ordre de la retraite.

Le 17 octobre 1793, les soldats français entrent dans Maubeuge libérée du blocus autrichien puis en territoire belge.

E) Bataillons de volontaires et de l’armée régulière

Les historiens militaires ayant tendance à sous-estimer le rôle des volontaires lors des premières grandes victoires militaires de la Révolution française, il est utile de rappeler que les demi-brigades qui ont remplacé les régiments depuis avril 1793 se composent normalement de deux bataillons de volontaires et un de l’infanterie de ligne.

Parmi les cinq divisions dont disposent Jourdan et Carnot à Wattignies, seule celle du général Balland présente cet équilibre. Etrillée dans les combats du 15 octobre, elle sera moins présente dans la victoire du 16.

La meilleure division française à Wattignies le 16 octobre, celle de Duquesnoy comprend en fait :

- 14 bataillons de volontaires : 2 éme bataillon franc, 2 éme bataillon belge, 17 éme bataillon belge, 17 éme bataillon liégeois, 6 éme bataillon franc, 2 éme bataillon des Vosges, 4 éme bataillon de la Gironde, 7 éme bataillon du Jura, 2 éme bataillon de Paris, 1 er bataillon de la Gironde, 1er bataillon de Seine et Oise, 8 éme bataillon de Seine et Oise, 23 éme bataillon de la réserve, 3 éme bataillon de Seine et Oise

- et 5 bataillons de ligne : 67 éme régiment (1er bataillon), 67 éme régiment (2 éme bataillon), 8 éme régiment (1er bataillon), 78 éme régiment (1er bataillon), 72 éme régiment (1er bataillon)

La division Cordellier comprend 1 bataillon de ligne, 1 de réserve et 10 bataillons de volontaires.

La division Fromentin compte trois bataillons de ligne et neuf de volontaires.

La division Beauregard est constituée de bric et de broc avec de nombreux petits détachements pris dans d’autres unités, en particulier de volontaires.

F) La légende du tambour de Wattignies

Le monument commémoratif de la bataille, inauguré en 1893 par le président de la république Sadi Carnot fait la part belle à un jeune tambour de 15 ans. Le site dédié apporte les informations suivantes :

« Au dos du monument est représenté le petit tambour alsacien , jeune recrue de 15 ans qui s’est sacrifié pour son armée. En effet, l’histoire raconte que le 15 octobre, le jeune homme au caractère bien trempé décide brutalement de sortir des rangs pour partir seul à la rencontre du camp ennemi en battant la charge avec son tambour. L’armée autrichienne, alertée par le retentissement du tambour, reprend immédiatement les hostilités. Sthrau est tué de sept balles de pistolets et se fait trancher l’oreille sauvagement. »

Ainsi, toutes les armées victorieuses de 1793 ont valorisé des jeunes morts au combat : Sthrau au Nord-Est, Viala au Sud, Barra dans l’Ouest.

En fait, il s’agit probablement de Julien Stroh (nom également écrit Sthrau), né à Landau, tambour au 89ème régiment, effectivement mort en 1793 mais alors âgé de 28 ans.

F) Quelques militaires présents à Wattignies

Claude Jacques Lecourbe (34 ans), commandant du 7 éme bataillon de volontaires du Jura, intégré à la victorieuse division Duquesnoy. A la tête de ses soldats, il charge sur le plateau de Souvergeaux à l’Est de Wattignies, participant à l’action qui pousse le prince de Cobourg à décider la retraite. Durant la Révolution, il se distingue sur toutes les frontières, particulièrement à Fleurus (il soutient avec trois bataillons, pendant sept heures l’attaque d’une colonne ennemie forte de 5 000 hommes) et au pont du Diable, dans les gorges du massif du Saint-Gothard facilitant la victoire de Masséna à Zurich les 25 et 26 septembre 1799. Resté républicain, disgrâcié par Napoléon, il commande le 8ème corps dans le Jura en 1815. Il est considéré par les spécialistes comme faisant partie des meilleurs chefs d’armée de la Révolution et de l’Empire

Jean-Baptiste Eblé (35 ans), artilleur. Sa conduite à la bataille de Wattignies lui fait attribuer le grade de général de division le 25 octobre 1793. Il va commander l’artillerie durant la révolution française sur de nombreux fronts : aux Pays bas puis à l’armée du Rhin sous Moreau, devant Rome puis à Naples avec Championnet... Il est le futur héros du passage de la Bérézina en 1812.

G) Le rôle des politiques à Wattignies

Durant la campagne de l’an 2 sur le front de l’armée du Nord, plusieurs députés "représentants en mission" jouent un rôle important ( Carnot, Lebas, Delbrel, Dubois-Dubais, Gasparin, Duhem, Briez, Roux-Fazillac...)

Ils prennent même une part décisive dans le déroulement de la bataille de Wattignies, tant dans l’élaboration de la tactique (particulièrement Lazare Carnot) que dans le combat lui-même.

Pour ne pas être trop long, voici seulement quelques lignes sur le représentant en mission Ernest Duquesnoy (frère du général Florent Duquesnoy). Cultivateur fermier d’Aix-Noulette, emporté par les idées nouvelles de la révolution, il est élu le 30 août 1791 député du Pas-de-Calais à l’Assemblée législative. Il siège à gauche et prend des positions parmi les plus radicales proposant le 10 août 1792 l’arrestation et l’emprisonnement, par mesure de sûreté, de l’ensemble des personnes soupçonnées d’incivisme.

L’armée française ayant subi plusieurs revers en Belgique, il y est envoyé par la Convention comme "représentant en mission". Il n’agit pas en commissaire politique surveillant l’orientation des généraux mais en républicain convaincu décidé à "vaincre ou mourir". Il fait preuve d’un courage entraînant lors des batailles de Furnes et surtout de Wattignies où il se place en tête de la colonne marchante commandée par son frère.

Il fait preuve sans cesse d’une capacité de décision que ses opposants caractérisent comme du despotisme :

- il destitue deux généraux qu’il considère incompétents ( Gratien et Chancel)

- envoyé plus tard (avril 1794) sur la Moselle où l’armée se disloque, il rétablit la discipline, stoppe les pillages, décrète une taxe de 40 000 livres sur les riches de Metz pour être distribuée aux pauvres.

Après la journée du 1er prairial (20 mai 1795), il fait partie de la dizaine de députés de la gauche des Montagnards exclus de la Convention puis arrêtés. Condamné à mort, il se suicide en prison en même temps que Goujon et Romme, avec le même poignard. La dernière lettre qu’il envoie à sa femme avant l’acte fatal résonne comme un hymne funèbre « Vous connaissez mon cœur, il fut toujours pur. Je meurs digne de vous et de mon pays pour le salut duquel je n’ai cessé de combattre dès le principe de révolution ».

Notons que son frère Florent, véritable héros de Wattignies, sera mis à la retraite par les mêmes contre-révolutionnaires du Directoire et mourra dans un état de misère totale n’ayant jamais touché sa pension de général malgré de nombreuses demandes.

H) Conclusion

Indépendamment de mon point de vue négatif sur Napoléon, je lui emprunte son analyse de la bataille de Wattignies qu’il considérait :

- comme le fait d’armes "le plus extraordinaire de la Révolution française". Du point de vue de la tactique employée, il est vrai que cette bataille prouve les progrès réalisés depuis Valmy et Jemmapes avec en particulier une forte complémentarité de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie dans la colonne d’attaque (division Duquesnoy). Elle préfigure les futures manoeuvres des armées napoléoniennes portant un assaut décisif sur un seul point du front au centre (Austerlitz, Friedland...) ou par une aile de débordement (Wagram...).

- comme la plus importante des années 1792-93 car elle a cassé la dynamique militaire victorieuse ainsi que la dynamique politique de la Première coalition. Avant Wattignies, les républicains sont inquiets de l’action multiple des forces réactionnaires à l’intérieur du pays qui paraissent compléter l’invasion étrangère ; aussi, ils guillotinent la reine Marie-Antoinette le 16 ; après Wattignies, un enthousiasme victorieux les porte militairement et politiquement.

Georges Pontmercy

La victoire de Wattignies (par Thiers : Histoire de la Révolution française

Les coalisés, revenus de Dunkerque vers le milieu de la ligne, s’étaient réunis entre l’Escaut et la Meuse et formaient là une masse redoutable qui pouvait porter des coups décisifs. En prenant Condé et Valenciennes, ils s’étaient assuré deux points importants sur l’Escaut. Le Quesnoy, qu’ils venaient de prendre, leur donnait un appui entre l’Escaut et la Sambre, mais ils n’en avaient aucun sur la Sambre même. Ils songèrent à Maubeuge qui, par sa position sur la Sambre, les aurait rendus presque maîtres de l’espace compris entre cette rivière et la Meuse. A l’ouverture de la campagne prochaine, Valenciennes et Maubeuge leur fournissaient ainsi une base excellente d’opérations, et leur campagne de 1793 n’avait pas été entièrement inutile. Leur dernier projet consista donc à occuper Maubeuge.

Du côté des Français, chez lesquels l’esprit de combinaison commençait à se développer, on imagina d’agir par Lille et Maubeuge sur les deux ailes de l’ennemi, et en le débordant ainsi sur ses deux flancs, on espéra de faire tomber son centre. On s’exposait de cette manière à essuyer tout son effort sur l’une ou l’autre des deux ailes, et on lui laissait tout l’avantage de sa masse ; mais il y avait certainement moins de routine dans cette conception que dans celles qui avaient précédé. Cependant le plus pressant était de secourir Maubeuge. Tandis qu’il laissait à peu près 50000 hommes dans les camps de Garaulle, de Lille et de Cassel pour former son aile gauche, Jourdan réunissait à Guise le plus de monde qu’il lui était possible. Il avait composé une masse de 45000 hommes déjà organisés et il faisait enrégimenter en toute hâte les nouvelles levées provenant de la réquisition permanente. Cependant ces levées étaient dans un tel désordre qu’il fallut laisser des détachements de troupes de ligne pour les garder. Jourdan fixa donc à Guise le rendez-vous de toutes les recrues, et s’avança sur cinq colonnes an secours de Maubeuge.

Déjà l’ennemi avait investi cette place. Comme celles de Valenciennes et de Lille, elle était soutenue par un camp retranché placé sur la rive droite de la Sambre, du côté même par où s’avançaient les Français. Deux divisions, celles des généraux Desjardins et Mayer, gardaient le cours de la Sambre, l’une au dessus, l’autre au-dessous de Maubeuge. L’ennemi, au lieu de s’avancer en deux masses serrées, de refouler Desjardins sur Maubeuge, et de rejeter Mayer en arrière sur Charleroi où il eût été perdu, passa la Sambre en petites masses et laissa les deux divisions Desjardins et Mayer se rallier dans le camp retranché de Maubeuge. C’était fort bien d’avoir séparé Desjardins de Jourdan, et de l’avoir empêché ainsi de grossir l’armée active des Français ; mais en laissant Mayer se réunir à Desjardins, on avait permis à ces deux généraux de former sous Maubeuge un corps de 20000 hommes qui pouvait sortir du rôle de simple garnison, surtout à l’approche de la grande armée de Jourdan. Cependant la nécessité de nourrir ce nombreux rassemblement était un inconvénient des plus graves pour Maubeuge, et pouvait jusqu’à un certain point excuser les généraux ennemis d’avoir permis la jonction.

Le prince de Cobourg plaça les Hollandais, au nombre de 12000, sur la rive gauche de la Sambre, et s’attacha a faire incendier les magasins de Maubeuge pour augmenter la disette. Il porta le général Colloredo sur la rive droite, et le chargea d’investir le camp retranché. En avant de Colloredo, Clerfayt, avec trois divisions, forma le corps d’observation et dut s’opposer à la marche de Jourdan. Les coalisés comptaient à peu près 65000 hommes. Avec de l’audace et du génie, le prince de Cobourg aurait laissé 15 ou 20 mille hommes tout au plus pour contenir Maubeuge ; il aurait marché ensuite avec 45 ou 50 mille sur le général Jourdan et l’aurait battu infailliblement, car, avec l’avantage de l’offensive et à nombre égal, ses troupes devaient l’emporter sur les nôtres, encore mal organisées. Cependant le prince de Cobourg laissa environ 35000 hommes autour de la place, et resta en observation avec environ 30000 dans les positions de Dourlers et de Wattignies.

Dans cet état de choses, il n’était pas impossible au général Jourdan de percer sur un point la ligne occupée par le corps d’observation, de marcher sur Colloredo, qui faisait l’investissement du camp retranché, de le mettre entre deux feux, et, après l’avoir accablé, de s’adjoindre l’armée entière de Maubeuge, de former avec elle une masse de 60000 hommes, et de battre tous les coalisés placés sur la rive droite de la Sambre. Pour cela, il fallait diriger une seule attaque sur Wattignies, point le plus faible ; mais en se portant exclusivement de ce côté, on laissait ouverte la route d’Avesnes, qui aboutissait à Guise, où étaient notre base et le lieu de réunion de tous les dépôts. Le général français préféra un plan plus prudent, mais moins fécond, et fit attaquer le corps d’observation sur quatre points, de manière à toujours garder la route d’Avesnes et de Guise. A sa gauche, il détacha la division Fromentin sur Monceau-Saint-Vaast, avec ordre de marcher entre la Sambre et la droite de l’ennemi. Le général Balland, avec plusieurs batteries, dut se placer au centre, en face de Dourlers, pour contenir Clerfayt par une forte canonnade. Le général Duquesnoy s’avança avec la droite sur Wattignies, qui formait la gauche de l’ennemi, un peu en arrière de la position centrale de Dourlers. Ce point n’était occupé que par un faible corps. Une quatrième division, celle du général Beauregard , placée encore au-delà de la droite, dut seconder Duquesnoy dans son attaque sur Wattignies. Ces divers mouvements étaient peu liés et ne portaient pas sur des points décisifs. Ils s’effectuèrent le 15 octobre au matin. Le général Fromentin s’empara de Monceau-Saint-Vaast ; mais, n’ayant pas pris la précaution de longer les bois pour se tenir à l’abri de la cavalerie, il fut assailli et rejeté dans le ravin de Saint-Rémi. Au centre, où l’on croyait Fromentin maître de Monceau-Saint-Vaast, et où l’on savait que la droite avait réussi à s’emparer de Wattignies, on voulut passer outre, et au lieu de canonner Dourlers, on songea à s’en emparer. Il parait que ce fut l’avis de Carnot, qui décida l’attaque malgré le général Jourdan. Notre infanterie se jeta dans le ravin qui la séparait de Dourlers, gravit le terrain sous un feu meurtrier, et arriva sur un plateau où elle avait en tête des batteries formidables, et en flanc une nombreuse cavalerie prête à la charger. Dans ce même instant, un nouveau corps, qui venait de contribuer à mettre Fromentin en déroute, menaçait encore de la déborder sur la gauche. Le général Jourdan s’exposa au plus grand danger pour la maintenir ; mais elle plia, se jeta en désordre dans le ravin, et très heureusement reprit ses positions sans avoir été poursuivie. Nous avions perdu près de 1000 hommes à cette tentative, et notre gauche, sous Fromentin, avait perdu son artillerie. Le général Duquesnoy, à la droite, avait seul réussi en parvenant à s’approcher de Wattignies.

Après cette tentative, la position était mieux connue des Français. Ils avaient senti que Dourlers était trop défendu pour y diriger l’attaque principale ; que Wattignies, à peine gardé par le général Tercy, et placé en arrière de Dourlers, était facile à emporter, et que ce point une fois emporté par le gros de nos forces, la position de Dourlers tombait nécessairement. Jourdan détacha donc 6 à 7 mille hommes vers sa droite pour renforcer le général Duquesnoy ; il ordonna au général Beauregard, trop éloigné avec sa quatrième colonne, de se rabattre d’Eccles sur Obrechies, de manière à opérer un effort concentrique sur Wattignies, conjointement avec le général Duquesnoy ; mais il persista à continuer sa démonstration sur le centre et à faire marcher Fromentin vers la gauche, afin d’embrasser toujours le front entier de l’ennemi.

Le lendemain 16, l’attaque commença. Notre infanterie, débouchant par les trois villages de Dimont, Dimechaux et Choisies, aborda Wattignies. Les grenadiers Autrichiens, qui liaient Wattignies à Dourlers, furent rejetés dans les bois. La cavalerie ennemie fut contenue par l’artillerie légère, disposée à propos, et Wattignies fut emporté. Le général Beauregard, moins heureux, fut surpris par une brigade que les Autrichiens avaient détachée contre lui. Sa troupe, s’exagérant la force de l’ennemi, se débanda et céda une partie du terrain. A Dourlers et à Saint-Vaast on s’était contenu réciproquement, mais Wattignies était occupé, et c’était l’essentiel. Jourdan, pour s’en assurer la possession, y renforça encore sa droite de 5 ou 6 mille hommes. Cobourg, trop prompt à céder au danger, se retira, malgré le succès obtenu sur le général Beauregard, et malgré l’arrivée du duc d’York, qui venait à marche forcée, de l’autre côté de la Sambre. Il est probable que la crainte de voir les Français s’unir aux 20000 hommes du camp retranché, l’empêcha de persister à occuper la rive droite de la Sambre. Il est certain que si l’armée de Maubeuge, au bruit du canon de Wattignies, eut attaqué le faible corps d’investissement et tâché de marcher vers Jourdan, les coalisés auraient pu être accablés. Les soldats le demandaient à grands cris, mais le général Ferrand s’y opposa, et le général Chancel, qu’on crut à tort coupable de ce refus, fut envoyé au tribunal révolutionnaire. L’heureuse attaque de Wattignies décida la levée du siège de Maubeuge, comme celle d’Hondschoote avait décidé la levée du siège de Dunkerque ; elle fut appelée victoire de Wattignies, et produisit sur les esprits la plus grande impression.

3ème partie : Appel 2016 à commémoration de la victoire républicaine de Wattignies (Comité Valenciennes Parti de Gauche)

Voir en introduction

Sitographie

http://wattignies1793.blog4ever.com/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Batai...

http://www.wattignieslavictoire.fr/...


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