L’Eglise catholique et les Vaudois : du massacre systématique à la demande de pardon

mardi 10 juillet 2018.
 

1) Qui sont les Vaudois ?

Les Vaudois tirent leur nom d’un marchand lyonnais, Valdès ou Valdo qui, vers 1170, à la suite d’une crise de conscience, décide de vendre ses biens et de consacrer sa vie à la prédication de l’Évangile à ses concitoyens. Il fait traduire le Nouveau Testament dans la langue d’usage, le Provençal, afin qu’il soit compris par le peuple. Ses idées se propagent à travers toute l’Europe. Valdo et ses disciples « les Pauvres de Lyon » sont condamnés par l’Église comme dissidents surtout parce que la prédication est assurée par des laïcs y compris des femmes. Ils sont excommuniés par le pape Lucius III en 1184.

Les « Pauvres de Lyon » continuent néanmoins à prêcher et sont contraints à vivre dans la clandestinité à cause de la répression dont ils sont l’objet. S’appuyant sur les préceptes du Sermon sur la Montagne, ils insistent sur le refus de la violence et du serment. Ils refusent également tout compromis de l’Église avec le pouvoir politique.

Le mouvement vaudois (c’est le nom qui lui sera donné par ses adversaires) réussit à se répandre durant tout le Moyen-Âge, malgré les persécutions. Au XIIIe siècle, son centre est la Lombardie, autour de Milan. Il s’étend ensuite vers l’Autriche et le sud de l’Allemagne où les contacts furent intenses avec les disciples de Jan Hus. Des communautés importantes se forment aussi dans les vallées du Piémont. Leurs prédicateurs, nommés « barbes » (oncles, expression qui les distancie des « pères » catholiques), parcourent les chemins de l’Europe pour visiter périodiquement les petits groupes de croyants clandestins.

2) Au 16ème siècle, les Vaudois adhèrent à la Réforme protestante, dans la mouvance de Zwingli et Bucer

Lorsque les idées des Réformateurs se répandent en Europe, les Vaudois s’interrogent sur cette nouvelle réforme de l’Église. Ils envoient des émissaires à Berne, Bâle et Strasbourg qui discutent avec Guillaume Farel, Œcolampade et Martin Bucer. En 1532, au synode vaudois de Chanforan (dans les Vallées vaudoises en Italie), le réformateur Guillaume Farel est présent. Après plusieurs jours de discussion, les Vaudois décident d’adhérer à la Réforme, dans la mouvance de Zwingli et Bucer. Ils abandonnent ainsi un certain nombre de pratiques de la clandestinité. Ils refusent désormais les pratiques catholiques, bâtissent des temples et célèbrent le culte ouvertement. Les pasteurs sont attachés à une paroisse et non plus itinérants comme les « barbes » du Moyen-Âge. Ils financent la traduction, en français cette fois, de la totalité de la Bible, la célèbre Bible d’Olivétan.

En sortant de la clandestinité, les Vaudois s’exposent, comme les protestants français, à une répression qui touche d’abord les pasteurs, les libraires, les chefs de file du mouvement. De nombreux martyrs meurent sur le bûcher.

Les groupes vaudois les plus importants se trouvent dans trois régions : la Provence, la Calabre et les Alpes. Tous vont subir la persécution mais à des moments différents.

3) Le massacre des Vaudois du Lubéron

Aux XIVe et XVe siècles, par vagues successives, les Vaudois étaient venus s’installer en Provence, venant du Dauphiné ou du Piémont. Ils contribuaient à faire revivre un pays ruiné et dépeuplé. Ils avaient été dans l’ensemble bien acceptés. En 1532, on comptait une trentaine de « barbes » dans le Lubéron. Mais à partir de leur adhésion à la Réforme, les Vaudois sont victimes de persécutions menées par le célèbre inquisiteur Jean de Roma et Jean Meynier, baron d’Oppède et premier président du Parlement d’Aix. L’arrêt de Mérindol de 1540 condamne le village à être rasé. Il ne sera appliqué qu’en 1545. Mérindol est détruit et pillé par les troupes du baron Meynier d’Oppède. La majorité des habitants peuvent s’enfuir et reviennent ensuite. Le massacre s’étend à tout le Lubéron faisant plus de 2 000 victimes. 700 Vaudois sont envoyés aux galères. Ce massacre des Vaudois du Lubéron a indigné toute l’Europe et a marqué durablement la région.

Le groupe provençal, presque totalement exterminé, perd très rapidement sa référence au passé vaudois et s’intègre dans le protestantisme français.

4) Le massacre des Vaudois en Calabre

La Calabre comptait de nombreux groupes de Vaudois. Après le synode de Chanforan, ils se rallient au mouvement réformé et apparaissent ainsi au grand jour. Une mission de l’inquisition leur est envoyée en 1560 avec son cortège de procès et de bûchers. Deux martyrs sont restés célèbres, les pasteurs Jacques Bonello et Giovanni Luigi Pascale, tous deux envoyés par l’Église de Genève. L’un fut brûlé à Palerme en 1560, l’autre à Rome en 1560. Puis une croisade militaire ravage le pays. Les Vaudois de Calabre sont décimés et ceux qui ont échappé au massacre sont contraints d’abjurer leur foi réformée.

5) La répression des Vaudois alpins au 17ème siècle

La cour de Turin est soumise à la politique française. A partir de 1640 les incidents se multiplient contre les Vaudois. En 1655, les troupes sont logées chez les Vaudois et massacrent la population. Les terres réformées du Piémont sont reconquises au catholicisme. Ces massacres, connus sous le nom de « Pâques piémontaises » ou « Printemps de sang« , provoquent une réaction forte dans l’Angleterre de Cromwell. Le poète John Milton décrit ces massacres dans des vers restés célèbres. L’indignation gagne la Hollande et le reste de l’Europe. Mazarin intervient en personne. Pendant ce temps, la guérilla continue en Piémont avec une poignée d’irréductibles, menée par un paysan célèbre dans l’histoire vaudoise, Janavel. Sous la pression internationale, le duc de Savoie cède et reconnaît l’accord de Cavour. Les Vaudois réintègrent leurs vallées mais sont soumis à une pression de plus en plus forte de la part du pouvoir ducal.

En 1685, La Révocation de l’édit de Nantes s’étend aux possessions françaises du Piémont, Le val Plagela et le val Cluson. Un grand nombre de familles vaudoises prennent le chemin de l’exil et vont s’établir en Hesse-Cassel où ils fondent des villages vaudois.

Le duc de Savoie Victor Amédée II, neveu de Louis XIV, suit la politique de son oncle et par l’édit de Janvier 1686, bannit les pasteurs vaudois, interdit les cultes et impose aux enfants le baptême catholique. Sous l’influence du pasteur Henri Arnaud, les Vaudois se rebellent. Ils sont défaits dans un guerre éclair de trois jours au cours de laquelle beaucoup de Vaudois périssent. 8 500 vaudois sont emprisonnés. Grâce à l’intervention suisse, un certain nombre parvient à gagner Genève.

6) L’expérience de la liberté

Les armées révolutionnaires puis celles de Bonaparte trouvent un accueil favorable chez les Vaudois. De 1795 à 1815, les Vaudois font l’expérience de la liberté et sortent de leur « ghetto ». Mais en 1815, avec la restauration du roi de Sardaigne, les anciennes lois restreignant la liberté des Vaudois sont remises en vigueur. Le pasteur Alexis Muston, coupable d’avoir publié une thèse sur les Vaudois sans autorisation préalable, est poursuivi en procès et doit s’enfuir en France. Il devient pasteur dans la Drôme puis à Paris. Son livre, L’Israël des Alpes, histoire des Vaudois, traduit en anglais et en allemand, exerce une fascination sur les voyageurs anglais qui visitent ces vallées et deviennent les bienfaiteurs des Eglises vaudoises. W. Stephen Gilly et Charles Beckwith, entre autres, doteront les Vaudois d’un système scolaire extrêmement performant. Dans chaque village, Charles Beckwith fait ouvrir un école. On en compte 169 en 1848.

Les Lettres Patentes de Charles-Albert de Savoie du 17 février 1848 rendent aux Vaudois leurs droits civiques et politiques et sont accueillies avec des feux de joie. Mais l’Église vaudoise n’est que tolérée et il faudra un siècle de lutte pour qu’elle soit reconnue à égalité avec l’Église catholique. Cependant c’est le point de départ d’une grande mission d’évangélisation dans toute l’Italie qui voit la création de nombreuses communautés. La construction du temple de Turin, inauguré en 1853, symbolise la revendication du droit de prêcher en dehors des Vallées Vaudoises.

7) Demande de pardon de la part de l’Eglise catholique

Le concile Vatican 2 avait déjà affirmé que les Vaudois médiévaux avaient été de vrais chrétiens.

Le 22 juin 2015, au deuxième jour de sa visite pastorale à Turin, le pape François a franchi le seuil d’un temple de l’Église évangélique vaudoise. Une première pour le successeur de Pierre, dont les très lointains prédécesseurs avaient au contraire fait pourchasser les fidèles qui tirent leur nom de Pierre Valdès (1140-1217). Lors de son intervention, et avec la volonté affirmée de dépasser les tensions séculaires, le pape François a prononcé un pardon historique  : « De la part de l’Église catholique, je vous demande pardon pour les attitudes et les comportements non chrétiens, et même non humains, que, au cours de l’histoire, nous avons eus contre vous. Au nom du Seigneur Jésus-Christ, pardonnez-nous. » « L’un des principaux fruits que le mouvement œcuménique a déjà permis de recueillir au cours de ces années est la redécouverte de la fraternité qui unit tous ceux qui croient en Jésus-Christ et ont été baptisés en son nom », a-t-il également déclaré (Source La Croix)

Sitographie :

https://journals.openedition.org/lrf/185


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