Les grandes périodes d’ancrage historique de la gauche en France

mercredi 26 avril 2017.
 

Qu’est-ce que la Gauche ?

Plan

- 1) La gauche s’institue dés 1789

- 2) De 1815 à 1914

- 3) le Front populaire

- 4) La Libération

- 5) L’Union de la gauche de 1981 à 1986

- 6) Les fondements du clivage droite gauche

- 7) Les aspects d’une "atténuation du clivage droite gauche"

- 8) Le maintien du clivage droite gauche

- 9) Quelle gauche ?

1) La gauche s’institue dés 1789

Notons d’abord que les réseaux qui poussent en avant la révolution française en 1789 sont souvent issus de milieux qui résistaient depuis longtemps à un droit féodal horriblement injuste, à une Eglise horriblement répressive, à un absolutisme royal horriblement anti-démocratique : défenseurs des droits collectifs communaux (libertés, école, hôpital, terres...), paysans contestataires, protestants, intellectuels, juifs, premiers animateurs du mouvement ouvrier...

Histoire de l’Aveyron B) Résistances populaires et racines de la gauche

7 août 1786 Insurrection ouvrière de Lyon L’émeute des deux sous

Le 28 août 1789 les députés à l’Assemblée constituante se répartissent pour la 1ère fois géographiquement dans leur salle de Versailles. Pour faciliter le décompte des voix :

- les disciples d’un droit de veto absolu du Roi sur toute loi votée par les députés se rangent à droite.

- les élus favorables à un système politique constitutionnel, donc sans droit de veto absolu du roi, se rangent à gauche de la salle

En fait, trois sujets sont à l’ordre du jour en cette fin août et expliquent l’apparition de ce clivage droite gauche : droit de veto royal absolu, maintien du catholicisme comme religion d’Etat, droits de l’homme et du citoyen. A partir du 11 septembre, l’assemblée reprend le débat sur le droit de veto absolu du roi dont les partisans se rangent encore à droite.

28 août 1789 Naissance du clivage droite gauche

2) De 1815 à 1878

Pour beaucoup d’historiens, la carte politique droite gauche de la France date surtout de la Restauration (1815- 1830). En effet, les fiefs de la droite comme de la gauche étaient déjà assez nets en 1815. Il est donc important de rappeler quelles positions politiques défendaient les dirigeants de droite dont l’Aveyronnais Louis de Bonald ( refus de toute limitation du pouvoir du roi ; refus des élections et de la souveraineté populaire ; refus de toute scolarisation des filles puisqu’elles devront seulement cuisiner, coudre et accoucher ; censure totale sur les journaux et sur la création culturelle ; toute-puissance juridique du père-chef de famille ; refus des droits de l’homme ; prise en charge de toute l’éducation par l’Eglise...).

Louis de Bonald, père de la droite aveyronnaise et fondateur du pré-fascisme

Durant tout le 19ème siècle, royalistes, cléricaux, militaristes nationalistes et pré-fascistes se groupent à droite face aux républicains. L’aspect moyennageux de cette droite s’affronte logiquement à la soif d’émancipation de la société : à la volonté des républicains de remettre en route le convoi libérateur de la Révolution française, à la soif de liberté de la jeunesse et des intellectuels, à l’aspiration des salariés et milieux populaires de pouvoir vivre décemment. Aussi, plusieurs explosions sociales et révolutions ne permettent pas aux héritiers du Moyen age, nouveaux profiteurs du capitalisme (De Bonald par exemple, place son argent dans les actions de la compagnie des mines de Decazeville) de stabiliser leur pouvoir politique.

27, 28 et 29 juillet 1830 : les "3 glorieuses" d’une révolution réussie puis confisquée

5 juin 1832 : Les funérailles du général Lamarque. Une insurrection républicaine et révolutionnaire

Révolution française de 1848 "C’était beau"

26 mars 1871 Elections à La Commune de Paris. La démocratie dans toutes ses dimensions

Notons pour cette époque les figures intéressantes de Blanqui, de Louis Blanc, de Louise Michel, de :

Buonarotti (1761-1837), héritier des Lumières, acteur de la gauche robespierriste, premier socialiste de l’histoire

Raspail, passeur de la révolution française au socialisme, candidat à la présidence de la république le 11 décembre 1848

28 février 1848 : Ange Guépin devient commissaire du gouvernement provisoire à Nantes

4 avril 1871 Le général communard Emile Victor Duval est fusillé par la vermine des Versaillais

En fait, les deux principaux bains de sang du 19ème siècle contre la gauche ouvrière, populaire et progressiste n’ont pas été menés par la droite royaliste qui n’en aurait pas eu la force mais par des "républicains" réprésentants typiques de la bourgeoisie : Cavaignac en 1848 puis Thiers en 1871. Ces deux tragédies

3) La gauche républicaine de 1878 à 1917

L’écrasement de la Commune a affaibli pour longtemps la force politique du mouvement ouvrier et du courant républicain socialiste ailes marchantes et militantes de la gauche.

- laissant la droite préfasciste gagner un écho significatif dans les milieux populaires

- laissant la gauche républicaine porter temporairement seule l’héritage de la révolution française, celui de 1789 et non celui de 1793

Aussi, de 1871 à 1878, la droite connaît une période tellement faste qu’à droite, les royalistes légitimistes sont majoritaires d’où leurs conditions absolutistes pour un rétablissement de la royauté, conditions qui font échouer le projet. La gauche bourgeoise républicaine retrouve une majorité dans les urnes entre 1878 et 1888.

Face à l’Eglise, avant-garde de la réaction, qui ne lâche rien en s’appuyant sur un mouvement de masse déterminé et bien organisé par le réseau des paroisses, les républicains de gouvernement sont obligés de prendre des mesures pour conserver une assise sociale :

- Loi du 16 juin 1881 établissant la gratuité de l’ensignement primaire public

- Loi du 28 Mars 1882 rendant l’enseignement primaire obligatoire

- Loi républicaine du 5 avril 1884 fixant les dispositions fondamentales du code des communes

- Loi Goblet du 30 octobre 1886 laïcisant le personnel de l’enseignement public

La "gauche" établit la république mais se divise très vite entre ceux qui se limitent à une République politique et ceux qui veulent aller vers une République sociale répondant aux revendications d’un milieu populaire qui vit et travaille dans des conditions misérables. Se crée alors une droite "républicaine libérale" qui va bientôt se mêler à la droite légitimiste du 19ème siècle pour créer un fond culturel oscillant au 20ème siècle entre le pétainisme et le libéralisme capitaliste.

La coupure entre les politiciens bourgeois de gauche (profitant souvent des prébendes de l’oligarchie financière) et leur électorat populaire laisse place à une nouvelle poussée à droite qui se fait jour dans le pays avec le boulangisme, le cléricalisme militant et le nationalisme préfasciste (1895-1914).

De 1898 à 1902, la gauche de défense républicaine réussit à affaiblir le fort courant préfasciste français.

22 juin 1899 Waldeck-Rousseau et la gauche républicaine au gouvernement

- a) Qu’est-ce que la gauche de défense républicaine en 1899 ?

- b) Le gouvernement de défense républicaine face à la droite et son avant-garde préfasciste

- c) Le gouvernement de défense républicaine face au danger antirépublicain, particulièrement dans l’armée

- d) Le gouvernement de défense républicaine et l’affaire Dreyfus

De 1902 à 1906, le Bloc des gauches (républicains progressistes, radicaux, radicaux socialistes et socialistes jauressistes) stabilise institutionnellement cette France républicaine avec en particulier la grande loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905).

De 1907 à 1917, l’engagement nationaliste de Clémenceau, l’assassinat de Jean Jaurès, puis le soutien total de la gauche républicaine à la politique militariste du gouvernement d’Union nationale marquent un moment décisif dans la coupure entre la gauche républicaine d’une part, la gauche anticapitaliste et communiste d’autre part, la direction du PS essayant d’osciller entre les deux.

4) De 1917 à 1943

En 1924 et 1928, la gauche ( non communiste) se rassemble dans le Cartel des gauches...

En 1936, le Front populaire (socialistes, communistes et radicaux) obtient une majorité à l’Assemblée. La droite engage un affrontement violent contre toute réforme sociale. Les ligues d’extrême droite menacent. Une grande grève générale ouvrière s’étend.

Les réformes de 36 vont marquer la conscience populaire, même si le débat va se poursuivre pour savoir s’il était possible d’aller plus loin.

- hausse de 15% pour les salaires les plus faibles, 7% pour les plus élevés

- semaine de 40 heures sans diminution de salaire

- reconnaissance de la liberté syndicale - élection de délégués du personnel

- création des congés payés (minimum de 15 jours)

- abaissement de l’âge de la retraite

- création des conventions collectives

- prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans

- nationalisation des chemins de fer. Création de la SNCF

- premières femmes au gouvernement, création d’un ministère des loisirs et des sports ( billets de train gratuits pour les congés payés), d’un ministère de l’économie nationale...

- crétion d’un Office du blé (prix minimum payé au pysan), statut de la Banque de France pour contourner le "Mur de l’argent", nationalistion des industries de guerre, programme de grands travaux.

- "droit à la protection de la Nation contre les risques de la vie et du travail"(accident, maladie, chômage, vieillesse).

4) La Libération

La droite et le patronat se sont tellement déconsidérés durant la Seconde guerre mondiale que la gauche est majoritaire à la Libération. Plusieurs grandes réformes progressistes ont subsisté jusqu’à aujourd’hui : - droit de vote et d’éligibilité pour les femmes

- création de la Sécurité sociale qui consacre le principe de gestion collective des risques sociaux en organisant la solidarité nationale ( entre actifs et inactifs, entre générations, entre professions...)et une certaine redistribution des fruits de la croissance

- généralisation des retraites

- création des comités d’entreprise

- lois sociales agricoles

- lois de protection de l’enfance

- mise en place d’institutions culturelles et de loisir ( mouvements d’éducation populaire, ciné-clubs, auberges de jeunesse...)

- création des grands services publics. Nationalisation des mines, électricité, gaz, transports maritimes et aériens, aéronautique, construction mécanique et automobile, banques et assurances.

- constitution de 1946 Reconnaissance du droit de grève, du droit du travail ( comme condition de dignité et d’existence sociale), du droit à la culture la plus large, du droit aux loisirs et au repos, du droit à l’existence ("tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique, de la situation économique se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’exister"). "L’organisation de l’enseignement public gratuit et laîque à tous les degrés est un devoir de l’Etat".

5) L’Union de la gauche de 1981 à 1983

Le 27 juin 1972, le Parti socialiste et le Parti communiste signent un Programme commun de gouvernement. Son but est de "satisfaire les besoins et aspirations des Français", de "changer leur vie", d’"instaurer une véritable démocratie politique et économique", d’"ouvrir la voie au socialisme". Ce livre contient des orientations et engagements sur tous les sujets : salaires, prestations sociales, durée du travail, conditions de travail, emploi, droit du travail, santé, sécurité sociale, environnement, logement, transports, éducation, recherche, sport, loisirs, promotion de la femme, jeunesse, démocratie dans l’entreprise, services publics, planification, aménagement du territoire, politique industrielle, agriculture, commerce, artisanat, PME, fiscalité, institutions, information, Europe, international.

Au printemps 1981, François Mitterand puis une Assemblée majoritairement à gauche sont élus. En quelques mois, un nombre importants d’engagements sont honorés :
- 38% d’augmentation du SMIC en plusieurs fois
- abolition de la peine de mort
- autorisation de créer des radios locales
- semaine de travail réduite de 40 à 39 heures
- 4ème semaine de congés payés
- abaissement de l’âge légal de la retraite à 60 ans
- régularisation de 130000 immigrés
- nationalistion des 5 grands groupes industriels (CGE, Péchiney, Rhône-Poulenc, Saint Gobain et Thomson- Brandt), deux compagnies financières (Suez et Paribas) et 36 banques
- lois Auroux sur les droits des travailleurs...

La conjoncture économique internationale pèse contre cette politique ; en l’absence de toute politique protectionniste provisoire, l’augmentation du pouvoir d’achat profite plus aux économies des pays partenaires qu’à la France. L’inflation flambe, le franc s’affaiblit, le chômage augmente. La conjoncture politique internationale pèse également contre l’Union de la Gauche ; en effet, les années 1981- 1986 marquent un creux profond dont profite le libéralisme, entre la phase haute des années 1960-1975 et le retour des luttes à partir de 1994. Le franc est dévalué de 10%, une "pause" ou "parenthèse" est décrétée.

Un bilan sérieux de cette période n’a toujours pas été tiré. Je vais me limiter à quelques remarques : Je suis persuadé que beaucoup, beaucoup de militants et de cadres du PS et du PC voulaient sincèrement, ardemment, y compris au plus haut niveau, réussir à ouvrir la voie au socialisme par l’expérience du programme commun, . Mais la gauche ne s’est pas appuyée sur la mobilisation citoyenne, par exemple sur des collectifs unitaires locaux, sur une démocratisation du fonctionnement des services publics. Dans ces conditions, le gouvernement s’est peu à peu isolé. Le poids de l’économie internationale sur la France était prévisible et difficile à régler mais il a été,me semble-t-il, peu réfléchi dans le cadre préalable du programme commun, comme si celui-ci avait surtout été un programme électoral.

6) Les fondements du clivage droite gauche

L’existence et la permanence de ce clivage ont été analysées avec soin dés 1913 par André Siegfried puis, après 1945, par François Goguel (directeur du CEVIPOF). Pour eux, cette opposition recoupe des "tempéraments politiques" fondés sur des traditions historiques, des réalités sociales et des valeurs différentes. La stabilité de la répartition géographique des votes droite gauche se vérifie par exemple en constatant les nettes ressemblances entre les opposants au Front Populaire en 1936, le vote NON au référendum de 1946, les suffrages de Giscard d’Estaing aux présidentielles de 1974 et de Jacques Chirac en 1995.

La constitution de réseaux opposant droite et gauche, date surtout des années 1880-1914. Il s’agit d’une époque où les questions de la république, du droit à l’éducation, de la laïcité... constituent des enjeux politiques immédiats. L’Eglise aveyronnaise, par exemple, refuse encore la République, le droit à la scolarisation des filles, le droit aux vacances des élèves, le droit de citoyenneté pour les non catholiques... Les accoucheuses cléricales défendent leur monopole village par village. Aussi, le clivage droite gauche recoupe l’opposition entre réactionnaires arriérés et humanistes progressistes. Il reste de cette époque une géographie des votes où de vieux fiefs ruraux républicains (depuis la Révolution) comme l’Ariège, le Gers, l’Aude, la Creuse, l’Allier arrivent toujours dans le peloton des départements votant le plus à gauche.

C’est également durant la période 1880-1914 que le mouvement ouvrier se construit et s’interpénètre avec la gauche. Ainsi le Pas de Calais, le Nord, la région de Saint Etienne, Saint Nazaire ... deviennent des bastions rouges. La gauche correspond à une réalité sociale, ouvrière et populaire, alors que la droite s’appuie beaucoup plus sur le patronat et les professions indépendantes. Dans la Région parisienne, le 20ème populaire vote plus à gauche que le 16ème trés bourgeois, Ivry plus que Neuilly, la seine Saint denis plus que les Yvelines. En Aveyron, Aubin, Decazeville et Onet votent plus à gauche que Laguiole et Rodez centre. Le même constat d’un vote à gauche, ouvrier et populaire, peut être relevé, bureau par bureu, ville par ville. Ce clivage social joue aujourd’hui plus nettement que les traditions historiques répulicaines.

Comme nous l’avons vu dans la première partie sur les luttes sociales, la gauche renaît, se renforce, se revivifie lors de chaque grande lutte. La Résistance puis la Libération ont apporté à la gauche un ancrage dans les milieux populaires et intellectuels pour un demi-siècle à présent terminé. La nature du Mai 68 français et des luttes sociétales qui l’ont suivi (condition féminine, défense de l’environnement, universalisme, citoyenneté, recherche du bonheur, intégration des immigrés...) ont contribué à centrer la gauche sur la question des valeurs, d’une éthique de société. Ces valeurs n’éloignent pas obligatoirement la gauche du terrain social, au contraire, pour des forces réellement socialistes. Comme l’ont confirmé plusieurs enquêtes d’opinion, l’opposition droite gauche recoupe actuellement un clivage entre, d’une part les chantres du libéralisme économique, d’autre part les partisans d’une société régulée, respectant les droits sociaux et politiques ; ce désaccord sur le libéralisme économique met en question à la fois des antagonismes sociaux et des oppositions en terme de valeurs, de projet politique.

7) Constatons-nous une atténuation du clivage droite gauche ?

La droite et ses multiples relais idéologiques ont toujours tout fait pour nier, moquer, "dépasser" ce clivage historique gênant pour eux qui descendent des royalistes, des intégristes religieux, des nationalistes colonialistes et des pétainistes. De plus, le nombre de Français se reconnaissant comme "Français de droite" ne dépasse pas 28% (droite et extrême droite confondue).

Le milieu ouvrier et populaire, souvent écrasé sous le rouleau compresseur libéral ( licenciements, précarité, conditions de travail, prix excessifs du logement et du crédit...), n’a pas trouvé dans la gauche au pouvoir un soutien, une protection suffisante. De 1981 à 1991, ce milieu est resté majoritairement ancré à gauche. Le vote significatif pour l’extrême droite dans des quartiers urbains montrait la profondeur de leur détresse. En 1993, le milieu ouvrier et populaire s’est largement abstenu. De 1994 à 1997, il est prudemment et progressivement revenu vers un vote de gauche. De 1997 à 2002, le balancier est à nouveau parti vers la détresse, l’abstention, la radicalité, ou pire la dénonciation "Tous pareils", le refus de se situer à droite ou à gauche.

En 2001 2002, 41% des ouvriers, 38% des employés, 40% des 25 34 ans, 38% des 18 24 ans, 37% des alariés du privé, 37% des femmes au foyer déclarent ne pas s’occuper de politique, ne pas voter, refuser de se situer sur un axe droite droite gauche. un autre type d’enquête SOFRES a photographié l’explosion du camp social de la gauche de 1983 à 2002 : le sentiment d’appartenance de classe. Il s’est effondré à gauche de 69 % en 81 à 63% en 91 puis 58% en 2002 ; par contre, il aprogressé spectaculairement à droite de 53% en 91 à 62% en 2002. Dans une telle situation où en grande partie la base sociale naturelle vomit sa représentation institutionnelle, celle-ci ne peut gagner électoralement. D’ailleurs ces enquêtes d’opinion ont été confirmées par les résultats des municipales de 2001 puis présidentielles et législatives de 2002. Fondamentalement, je ne pense pas qu’il faille en chercher la raison dans la seule politique de la gauche plurielle, le divorce venait de loin. Quant à aller demander les solutions à des cabinets de com ! Quelle vaste blague ! Il est évident que la division a pesé dans l’échec du premier tour en 2002 mais le deuxième tour se présentait bien mal. Il est surprenant que Lionel Jospin, si cohérent et si intègre intellectuellement n’aborde pas ces questions dans son dernier livre.

Il serait totalement faux de faire du parti socialiste la seule cause de ces évolutions. C’est le contexte du capitalisme financier transnational qui permet d’en expliquer les formes. Depuis sa naissance, la grosse majorité du mouvement écologiste a expliqué que le nouveau clivage ne se situait plus entre droite et gauche mais entre productivistes et écologistes ; le résultat c’est que le 14 février 2002, 70% des électeurs Verts estiment que les notions de droite te gauche ne sont plus valables. une grosse partie de l’électorat populaire communiste a également perdu ses repères politiques, ces 20 dernières années, en raison des difficultés économiques, mais aussi parce que le PC a énormément tardé avant de rompre avec "l’URSS, soleil du socialisme". Enfin, comment comprendre l’évolution de Jean Pierre Chevènement et de ses proches pendant la campagne des présidentielles autour du thème des "républicains des deux bords", y compris avec des compagnons de route de Charles Pasqua.

Pour toutes les enquêtes d’opinion, un autre fait contribue à l’atténuation du clivage droite gauche depuis 25 ans : le glissement insensible mais régulier d’une partie significative de l’électorat de droite vers les positions historiques de la gauche s’est renforcé. en 1991, 67% des électeurs de droite réclamaient le rétablissement de la peine de mort, en 2002 ils ne sont plus que 52%. En 1991, 62% s’affirmaient contre l’intégration des immigrés ; ce pourcentage est tombé à 41% en 2002. la même évolution se constate en ce qui concerne le travail des femmes, sujet sur lequel l’électorat de droite est resté longtemps trés réticent ; en 2002, son attitude trés majoritirement positive (78%) est identique à celle de l’électorat de gauche.

Une dernière explication de l’atténuation du clivage gauche droite mérite qu’on s’y attarde. D’après la SOFRES 69% des Français ne se sentent pas bien représentés par un parti politique ou leurs leaders. 84% estiment que notre pays connaît une "crise du politique", une "crise de la représentation par les élus". le nombre de citoyens jugeant que les hommes politiques ne se préoccupent pas ou très peu d’eux est passé de 42% en 1977 à 59% en 1997. A la question de la SOFRES "En règle énérale, les élus et les dirigeants politiques français sont-ils plutôt honnêtes ou plutôt corrompus ?" 38% répondaient plutôt corrompus en 1977 et 59% n 1997.

8) Le maintien très fort du clivage droite gauche

Le clivage droite gauche a connu bien des aléas depuis 200 ans dans ses formes et dans son acuité. Depuis 20 ans le plus surprenant, c’est son maintien malgré toutes les raisons qui poussaient à son atténuation.

Les essais de dépassement "moderniste", par delà la droite et la gauche ont explosé lors des élections malgré la popularité des candidats. Les exemples de Jean Jacques Servan Schreiber ou Bernard Kouchner l’attestent. Lorsque les instituts de sondage ont demandé à des français comment ils se situaient sur un axe droite gauche, de 69 à 95 s’y sont positionnés.

A quoi correspond ce classement à droite et à gauche ? Plusieurs études ont montré que l’appartenance sociale et la religion continuent à structurer des comportements politiques.

Du point de vue des grands débats politiques, Colette Ysmal, directrice du CEVIPOF, constatait de grosses divergences sur quatre points : - pour un rôle actif de l’etat : 93% dans l’électorat communiste, 59% socialiste, 45% écologiste, 40% UDF, 34% RPR - acquis sociaux garantis par l’Etat : 89% de l’électorat communiste, 66% socialiste, 57% écologiste, 42% UDF, 34% RPR - ouverture culturelle et sociétale : 56% communiste, 59% socialiste, 60% écologiste, 43% UDF, 36% RPR - attitude plus ou moins xénophobe : 48% communiste, 48% socialiste, 61% écologiste, 68% UDF, 80% RPR, 98% Front national

Les divergences entre droite et gauche sont également très nette quant au sens positif ou négatif de mots comme laïcité, grève, nationalisation, militarisme, nationalisme, colonialisme...

Un autre point de clivage concerne la féaçon d’appréhender la question de la sécurité : attitude "tout sécuritaire" à droite ( 85% dénoncent les juges comme trop indulgents vis à vis des petits délinquants) ; lien entre résolution des difficultés sociales et sécurité à gauche. Ce désaccord se cristallise par exemple sur la question de la police de proximité.

Depuis 1981, une évolution significative concerne le pourcentage de citoyens se réclamant du "centre" car il a sans cesse diminué : 14% en 1981, 13 en 1991, 10 en 1996, 9 en 2002.

Le principal point de clivage entre électeurs de gauche et électeurs de droite, c’est celui du libéralisme économique soutenu par 74% des sympathisants de droite alors que ceux de gauche se pronocent plus en faveur d’un rôle de l’Etat auprés des entreprises. s’il était besoin d’arguments pour ne pas abandonner un tel clivage notre ancrage identitaire "à gauche", ce point de clivage seul serait un argument suffisant.

9) Quelle gauche ?

Nous reprendrons ce point dans d’autres rapports et débats de formation car cela justifie d’y consacrer plusieurs soirées.

http://www.lodace.net/ca1jour/aou/2...


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