Olympe de Gouges et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, septembre 1791

mardi 24 octobre 2017.
 

Née à Montauban en 1748 et élevée dans un milieu modeste (père boucher et mère servante) Marie Gouze se marie en 1765, accouche d’un fils puis fuit le domicile conjugal pour Paris où elle écrit des textes littéraires.

Avant la Révolution, elle écrit une pièce de théâtre antiesclavagiste Zamor et Mirza qui sera intégrée dans le répertoire de la Comédie française. Lors du décret d’abolition de l’esclavage (pluviose an 2), elle prend à partie les profiteurs réactionnaires, " les instigateurs de ces fermentations incendiaires au sein même de l’Assemblée nationale : ils allument en Europe le feu qui doit embraser l’Amérique. Les colons prétendent régner en des postes sur des hommes dont ils sont les pères et les frères. Ces colons inhumains disent : notre sang circule dans leurs veines mais nous le répandrons tout, s’il le faut, pour assouvir notre cupidité ou notre aveugle ambition."

4 février 1794 Abolition de l’esclavage par la Révolution française

Indépendante, instruite et libertine, elle côtoie dans la capitale Voltaire, Rousseau, Mirabeau, les Condorcet, Lafayette, Benjamin Franklin, Philippe Egalité, Théroigne de Méricourt, Desmoulins, Marat...

Elle se préoccupe de questions sociales et politiques progressistes comme l’accueil des pauvres, les asiles pour femmes, le traitement des orphelins, la question du divorce.

Sous le nom d’Olympe de Gouges elle va passer à la postérité durant la Révolution. Se situant dans la mouvance girondine, son féminisme présente un aspect tout à fait novateur, exceptionnel, remarquablement théorisé. Sa réputation posthume est justifiée car elle est bien une des premières féministes de l’histoire.

"O mon pauvre sexe, ô femmes qui n’avaient rien acquis dans cette Révolution des droits de la nature, et dans ce partage populaire, qui n’osez même pas égaler les hommes en travers d’esprit et d’imagination : imitez-moi, rendez-vous utiles" (mars 1792).

Le plus important de ses textes est cette Déclaration, où elle affirme cette conviction : tant que les femmes ne récupéreront pas la totalité de leurs droits, la Révolution ne sera pas complète.

Laissons l’introduction de la Déclaration à Geneviève Fraisse, philosophe : "Il est sûr que sa Déclaration des droits de la femme est non seulement un geste historique remarquable, mais aussi l’invitation à une pensée rigoureuse de l’universel.

Ne serait-ce que pour le texte ci-dessous, Olympe de Gouges a gagné sa place au Panthéon. Notons enfin l’intéressante bande dessinée la concernant "Olympe de Gouges : une féministe en avance sur son temps" éditée aux Editions Casterman.

Déclaration des droits de la femme

Toute femme naît et demeure libre et égale à l’homme en droits ; les distinctions sexuelles ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la femme et de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la société et surtout la résistance à l’oppression.

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nature qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui. Ainsi l’exercice du droit naturel de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose. Ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

La loi doit être l’expression de la volonté générale. Toutes les citoyennes comme tous les citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous.

Toutes les citoyennes et tous les citoyens étant égaux à ses yeux doivent être également admis à toutes les dignités, places et emplois publics selon leurs capacités et sans aucune distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Nul ne peut être inquiété pour ses opinions ; la femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune, pourvu que ses réclamations ne troublent pas l’ordre établi par la loi.

La garantie des droits de la femme est pour l’utilité de tous et non pour l’avantage de celle à qui elle est accordée.

La femme concourt ainsi que l’homme à l’impôt public, elle a le droit ainsi que lui de demander compte à tout agent public de son administration.

Pour l’entretien de la force publique et pour les dépenses de l’administration, les contributions de l’homme et celles de la femme sont égales. Elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles, elle doit donc de même avoir place à la distribution des places, des emplois, des charges et des dignités.


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