Coup d’état du 18 brumaire (9 et 10 novembre 1799)

vendredi 11 août 2017.
 

A) Le contexte

Le 9 thermidor 1794, Robespierre est éliminé.

8, 9, 10 thermidor Robespierre abattu, Révolution française terminée

La bourgeoisie prend les rênes du pouvoir politique, rétablissant la Bourse par exemple.

3 mars 1795 : Le rétablissement de la Bourse symbolise la contre-révolution initiée après le 9 thermidor

Craignant par dessus tout la mobilisation populaire et le jacobinisme, les nouveaux maîtres du pays mettent en place des institutions socialement élitistes (seulement 30000 personnes sont appelées à voter au niveau national) et politiquement faibles car elle craignent le retour d’une assemblée omniprésente comme la Convention et un exécutif fort comme le Comité de Salut public.

Ce nouveau régime appelé Directoire, du nom des cinq directeurs placés à la tête de l’Etat, va frapper les héritiers des jacobins mais aussi les royalistes :

- en limitant le droit de vote aux plus riches (essentiellement grands propriétaires terriens), en laissant renaître les réseaux légitimistes et cléricaux à l’intérieur du pays, en pourchassant les républicains combatifs, le Directoire laisse place à la renaissance d’un véritable courant royaliste sur Paris mais aussi dans de nombreuses régions et grandes villes de France.

- malgré plusieurs répressions, le mouvement néo-jacobin garde une popularité importante et des capacités de mobilisation. Il remporte deux élections législatives successives.

Le Directoire (1795 à 1799), république bourgeoise bousculée entre royalistes et jacobins

B) Causes et préparation du coup d’état

Dans un contexte de guerre difficile face aux armées royales étrangères et de crise économique, des personnalités essentiellement liées à la bourgeoisie misent alors sur un coup d’état militaire afin d’imposer un exécutif fort cassant définitivement les jacobins et le mouvement social. L’abbé Sieyès joue un rôle déterminant au sein de ces opposants de droite au régime. Après six ans de mobilisation populaire et de révolution, sa principale hantise est devenue la souveraineté populaire, y compris sous forme de démocratie représentative. Lors du débat sur la constitution de l’an 3, il a proposé la mise en place d’une sorte de Conseil constitutionnel (Jury constitutionnaire) pour surveiller les décisions de l’assemblée.

Ayant perdu sur ce point, ils vont maintenir leur désaccord avec les institutions d’où leur nom collectif de révisionnistes. La constitution interdisant sa remise en cause avant un délai de neuf ans, l’hypothèse d’un appui sur les forces armées pour brusquer la naissance d’un pouvoir fort s’impose.

Ils considèrent ce coup d’état comme d’autant plus nécessaire que les défaites militaires aux frontières, les difficultés économiques et la fragilité politique du régime laissent place à une période de remontée de l’audience politique des jacobins.

Le général Lazare Hoche apparaît comme adéquat pour ce rôle mais il décède au quartier général de l’armée de Sambre et Meuse le 19 septembre 1797 à Wetzlar (sur la rive droite du Rhin en Hesse).

En juin 1799, deux politiciens hors pair (Sieyès et Barras) réussissent un premier coup d’état, couvert formellement par la légalité. Ils éliminent les trois autres membres du Directoire par des manoeuvres parlementaires et en s’appuyant sur des mouvements de troupe organisés par le général Joubert.

Les néo-jacobins ne restent pas les bras croisés devant ces manoeuvres putschistes conservatrices. Ils fondent le 6 juillet 1799 un nouveau club, Réunion des Amis de la Liberté et de l’Égalité, qui siège dans la salle du Manège (où s’étaient successivement réunies la Constituante, la Législative et la Convention nationale).

Ce club du Manège compte :

- plusieurs anciens babouvistes, en particulier son président Jean-Baptiste Drouet mais aussi Félix Lepeletier, Pierre-Antoine Antonelle, Victor Bach

- d’anciens Montagnards, robespierristes et sans-culottes de 1793 comme Bouchotte et Prieur de la Marne Victor Bach

- des généraux comme Augereau, Jourdan et Marbot.

De juin à août 1799, les néo-jacobins pèsent sur les décisions parlementaires : annulation des congés militaires, colonnes mobiles et loi des otages pour calmer les ardeurs royalistes, emprunt forcé de 100 millions sur les riches payable immédiatement. Cette dernière décision pousse les "révisionnistes" à combattre plus frontalement ; ils obtiennent, en particulier, la fermeture du club du Manège. Aucun mouvement populaire n’ayant contribué à défendre celui-ci, ils estiment la situation idéale pour pousser leur projet putschiste.

Le général Barthélemy Joubert, bientôt commandant en chef de l’armée d’Italie, bénéficie alors de la faveur des milieux comploteurs mais il est tué lors de la bataille de Novi (15 août 1799).

Napoléon Bonaparte profite des décès de Hoche et Joubert pour devenir l’homme fort indispensable des comploteurs "révisionnistes", d’autant plus que sa popularité atteint un zénith à son retour de l’expédition d’Egypte.

Il débarque à Saint Raphaël le 22 octobre 1799 et bénéficie tout au long de son trajet vers Paris de l’enthousiasme populaire qui vénère malheureusement les chefs militaires lorsqu’une situation politico-sociale pourrit.

La droite parlementaire profite de l’affaiblissement des néojacobins et du mouvement en faveur de Bonaparte pour remettre définitivement en question les deux lois de l’été qui chagrinaient les privilégiés : loi des otages et emprunt forcé.

Tous les politiciens opposés au jacobinisme, à la souveraineté populaire effective, aux objectifs de liberté et d’égalité se rencontrent autour de l’abbé Sieyès chez de riches banquiers, les Récamier, dans leur maison de Clichy, d’où le nom de Clichystes donné à ses comploteurs conservateurs.

Bonaparte a l’intelligence de laisser agir Sieyès car son projet de nouveau régime lui convient : laisser élire les députés putatifs par un corps électoral censitaire de privilégiés et confier à un pouvoir exécutif fort le soin de choisir les députés effectifs parmi ces putatifs. Avec de telles institutions, il n’existe évidemment plus de souveraineté populaire et la république n’est plus qu’un mot paravent. Dans le même temps, Bonaparte s’assure du maximum de soutiens individuels dans l’armée, les parlementaires, le gouvernement, sa famille (Lucien est président du Conseil des Cinq-Cents)...

C) 18 brumaire : manoeuvres putschistes indécises

Il est préparé par une nouvelle offensive contre les Jacobins menée par Sieyès et Fouché (ministre de la Police).

Bonaparte, de son côté, songe à un coup d’Etat depuis 1797. Il s’assure du soutien de généraux amis (Murat, Sébastiani...). Il voit tous les généraux qui pourraient le gêner (Lefebvre, Moreau...). Il dicte ses conditions à Sieyès avant d’engager l’action. Il veut réaliser un putsch mais en le couvrant par le maximum de légalité grâce à l’appui d’une partie des responsables institutionnels en place (exactement comme le général De Gaulle en 1958).

Au matin du 18 brumaire, les députés partisans du coup d’Etat font valoir la nécessité d’un transfert du corps législatif à Saint Cloud afin de le neutraliser. Quel prétexte avancent-ils ? un complot ourdi par la gauche. Les députés du Conseil des anciens se réunissent ; ils n’ont pas le droit légal de voter le décret qui leur est proposé mais les conjurés s’en passent. Les députés de gauche protestent d’autant plus véhémentement qu’ils sont bien placés pour savoir qu’ils sont visés par un mensonge éhonté. Cependant, une majorité se laisse convaincre et vote le décret organisant le transfert et donnant les pouvoirs nécessaires au mari de Joséphine pour "protéger l’Assemblée".

Bonaparte se rend lui-même aux Tuileries où il déclare aux députés « Citoyens représentants, la république périssait ; vous l’avez su et votre décret vient de la sauver. Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre ! Je les arrêterai, aidé du général Lefebvre, du général Berthier et de tous nos compagnons d’armes ».

Pour respecter la "légalité" constitutionnelle, le décret du corps législatif doit être signé par le président du Directoire en exercice. Pressé de toutes parts, il signe mais refuse de démissionner. Dans ces conditions, lui et le directeur Moulin sont consignés au Palais du Luxembourg et gardés par l’armée.

Pour respecter la légalité constitutionnelle le changement de régime doit être validé par l’ensemble du législatif convoqué (sauf la gauche) pour le lendemain à Saint Cloud, loin du peuple parisien. Durant toute la journée du 9 novembre et la nuit du 9 au 10, les conjurés ont réalisé un grand travail de communication en utilisant les grands mots habituels pour cacher les intérêts de la bourgeoisie : voix de la patrie, civisme, patriotisme...

D) Le vrai coup d’état du 10 novembre 1799 (19 brumaire)

Le 10 novembre en début d’après-midi, le corps législatif se réunit effectivement à Saint Cloud . Le plan des putschistes prévoit que les deux conseils doivent constater la démission des directeurs et mettre en place un gouvernement provisoire dont la composition est déjà prévue en secret.

Les discussions s’éternisent au Conseil des anciens, considéré comme le plus favorable. Bonaparte attend dans un salon proche. Croyant pouvoir brusquer lui-même les évènements, il se rend en armes, parmi les représentants de la nation et prend la parole. Il se trouve immédiatement mis en difficulté par les questions posées. Il s’en sort par une menace révélatrice de ses soutiens « Souvenez-vous que je marche accompagné du dieu de la guerre et de la fortune ».

Pendant ce temps, les députés néo-jacobins font monter le courant d’opposition au coup d’Etat au sein du conseil des Cinq cents. L’intervention du député Delbrel résume leur discours « Oui, de grands dangers menacent la république, mais ceux qui cherchent à la détruire sont ceux-là même qui, sous prétexte de la sauver, veulent renverser le gouvernement ».

Bonaparte décide de brusquer les évènements en pénétrant armé dans la salle avec des amis et en s’adressant directement aux députés. Certains crient "Hors la loi". D’autres se rapprochent de lui créant un attroupement hostile. Les cris de la gauche redoublent. Les députés l’apostrophent "A bas le tyran...". Le général peut difficilement prendre le risque d’une intervention militaire car le corps de grenadiers positionné dans la cour, chargé de la défense du corps législatif n’est pas sous ses ordres. Son frère Lucien, président de l’Assemblée, réussit alors un coup de maître en haranguant la garde du corps législatif en ces termes totalement mensongers contre les "chevaliers du poignard" (ancien nom de conjurés royalistes) : « Des factieux vendus à l’Angleterre ont osé se jeter sur leur général pour le percer sur leurs stylets. » L’ordre célèbre de Murat a pu également contribuer à engager les soldats à entrer dans la salle "Foutez-moi tous ces bougres dehors !"

Les soldats d’élite se précipitent contre les prétendus "représentants du poignard". Les députés sont jetés manu militari hors de leur salle de réunion, les plus favorables au coup d’Etat étant rameutés durant la nuit pour voter la démission des Directeurs et la nomination d’un triumvirat Bonaparte, Sieyès, Ducos comme gouvernement.

Les députés de gauche sont exclus du corps législatif. Les autres valident un nouveau projet de constitution qui va être soumis à plébiscite.

Jacques Serieys

21 mars 1804 Le Code civil des Français (dit Code Napoléon) est promulgué

Marx dans la Gazette rhénane début juillet 1842 :

« Le code Napoléon n’est pas sorti de l’Ancien Testament mais de l’école des idées de Voltaire, Rousseau, Condorcet, Mirabeau, Montesquieu et de la Révolution française. »


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