Le Directoire (1795 1799), république bourgeoise bousculée entre royalistes et jacobins

samedi 18 novembre 2017.
 

L’étude de la période du Directoire présente un grand intérêt quant à l’action politique des classes sociales dans un contexte donné.

Le pouvoir royal divin a disparu, emporté par la grande vague combative des années 1789 à 1794. La dynamique unifiant diverses couches bourgeoises, paysannes et urbaines contre la féodalité et l’absolutisme royal est épuisée après cinq ans de mobilisation intense et de combats militaires contre l’Europe des rois coalisée.

Restent en présence les intérêts divergents de classes et couches sociales, particulièrement :

- la haute et moyenne bourgeoisie dont l’objectif essentiel consiste à finir de casser le mouvement jacobin et sans-culottes.

- les tenants de l’Ancien régime qui réapparaissent, profitant du fait que la bourgeoisie limite constitutionnellement le droit de vote aux grands propriétaires et personnes très aisées.

- les paysans, souvent satisfaits de la répartition des terres effectuée durant la Convention montagnarde ; en conséquence leur alliance avec les sans-culottes urbains s’est largement évanouie

- les milieux populaires urbains qui constatent la dégradation de leur souveraineté politique et de leurs conditions de vie par rapport à 1793 et qui peuvent apporter un certain soutien aux néo-jacobins même si le cycle de combativité et de conscience est retombé.

Le cycle politique, instrument d’analyse des périodes et conjonctures

A) Le Directoire, un nouveau régime pour pouvoir mater le peuple

De 1789 à 1794, la Révolution française a connu un processus de radicalisation sociale et politique avec comme apogée le mouvement sans-culottes parisien, le mouvement jacobin des années 1793 et 1794, la constitution de l’an 1 et plusieurs décisions politiques significatives.

1793 : Les Jacobins, mouvement révolutionnaire massif

Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 23 juin 1793, texte d’importance historique universelle

25 juillet 1793 l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants

4 février 1794 Abolition de l’esclavage par la Révolution française

11 mai 1794 : La Révolution française crée un embryon de sécurité sociale

Le 9 thermidor (27 et 28 juillet 1794), Robespierre et ses proches sont abattus par une coalition hétéroclite. Les courants "modérés" et conservateurs prennent alors en mains le pouvoir politique qui avait échappé aux couches sociales aisées durant plus d’un an.

8, 9, 10 thermidor Robespierre abattu, Révolution française terminée

3 mars 1795 : Le rétablissement de la Bourse symbolise la contre-révolution initiée après le 9 thermidor

La bourgeoisie ne veut surtout pas revivre l’épisode de la Convention montagnarde, son mouvement social pesant sur la politique du législatif et de l’exécutif, son rôle central de la souveraineté populaire, son Assemblée unique apte à prendre des décisions publiques rapides, son exécutif capable de donner plus d’importance aux politiques qu’aux financiers et grands patrons.

Aussi, le régime du Directoire fondé par la Constitution de l’An 3 repose :

- sur le suffrage censitaire. Seuls les 30000 plus riches (surtout propriétaires terriens) votent.

- sur l’affaiblissement du pouvoir législatif avec deux chambres (Conseil des Cinq-cents et Conseil des Anciens) qui se neutralisent

- sur l’affaiblissement de l’exécutif avec cinq directeurs qui se neutralisent entre eux et dont l’action politique peut être stoppée par les chambres en cas de désaccord.

Cette république bourgeoise est restée dans l’histoire sous le nom de Directoire.

B) Le Directoire, un régime politique faible

B1) Un régime disposant d’une base sociale faible

Les thermidoriens ont fait tomber Robespierre et ses amis. Leur hantise reste la réapparition du jacobinisme. Aussi, la constitution les coupe électoralement de leur base populaire. Aussi, la répression ne faiblit pas à leur encontre.

22 mai 1795 Les martyrs de prairial

Les babouvistes sont exécutés.

Manifeste des Egaux (Sylvain Maréchal, début janvier 1796)

Gracchus Babeuf, socialisme et communisme

En pourchassant systématiquement les suspects de néo-jacobinisme, les thermidoriens redonnent un espace politique aux ci-devant d’Ancien régime. La "jeunesse dorée" opère des ratonnades contre les jacobins.

Cependant, les Thermidoriens ne veulent pas voir revenir la royauté. Aussi, ils vont, durant le Directoire taper une fois sur leur gauche, une fois sur leur droite, sans jamais stabiliser autour d’eux un soutien social significatif.

B2) Un régime faible militairement

Les armées de la république, toujours aux prises avec les armées royales étrangères sont les premières à faire les frais de ce régime privilégiant le profit privé au dépens de l’intérêt général, y compris dans les fournitures aux troupes combattantes.

L’adresse de Bonaparte aux soldats de l’armée d’Italie est connue « Soldats vous êtes nus, mal nourris ». Les rapports et lettres dont nous disposons prouvent qu’il n’exagère pas.

« Le volontaire est nu et réduit, la majeure partie du temps, au quart de la ration de pain. » (Ritter, commissaire du directoire)

« L’armée va bien mal, point de pain, point de viande, point d’argent, et enfin tout nus, voilà comme nous sommes tous », tandis que les administrateurs insultent la misère du soldat et que « tous ces muscadins jouent l’or à plein chapeau ». « Les chevaux sont sans fourrage » et les soldats « réduits au quart de pain dans les montagnes et bien souvent à cinq ou six onces de châtaignes » (Daumesnil, le 30 mars 1796)

Aussi, la guerre va s’éternise obligeant les pouvoirs à trouver le budget suffisant pour poursuivre et si possible gagner la guerre contre un risque de restauration absolutiste.

C) Un régime sans base sociale ou politique, s’appuyant sur la police et l’armée

Comme toujours dans une république bourgeoise, la Constitution ne fait que cacher le pouvoir économique et financier réel qui ne respecte pas sa propre loi lorsqu’elle ne correspond plus à ses intérêts.

C1) Le Directoire stoppe la poussée royaliste le 13 vendémiaire (5 octobre 1795)

La chute de Robespierre, l’interdiction des clubs jacobins, le retour d’émigrés et autres décisions marquant la fin du processus révolutionnaire donnent des ailes aux royalistes, particulièrement aux jeunes de milieux privilégiés. L’actuel site d’Action Française résume bien l’épopée des muscadins

La jeunesse royaliste, élégante à l’excès, raffinée, affecte de parler un langage des plus châtiés sans toutefois prononcer la lettre "R", par haine de la révolution. Outrancièrement parfumés de musc, ils vont être surnommés "les Muscadins".

L’excentricité des Muscadins, plus qu’une simple mode, révèle leur attitude contre-révolutionnaire. Portent-ils des vestes étriquées de couleur verte ? C’est que le vert est la couleur du Comte d’Artois. Leurs cols et parements sont-ils noirs ? C’est pour rappeler la mort du Roi.

S’ils arborent, inévitablement dix sept boutons de nacre c’est bien évidemment en l’honneur de l’orphelin de la prison du Temple, Louis XVII. Leurs long cheveux tressés en cadenettes pendants des deux côtés de leurs joues sont bien utiles pour amortir les coups de gourdin, de sabre ou de hachoir que l’on prend parfois dans les bagarres contre les sans-culottes. Quant à l’énorme cocarde tricolore qu’ils fixent à leur chapeau, elle peut en un instant, grâce à un subtil mécanisme, se métamorphoser en une resplendissante cocarde blanche.

Ils sont près de 3000 à Paris, recrutés principalement parmi les étudiants, les garçons de courses et les employés de commerce. Dans leur quartier général du Palais Royal, ils paradent, lisent et commentent les gazettes royalistes, se réunissent au café de Chartres, leur état-major, ou à celui de la Foi, l’ancien café des chevaliers de St Louis, d’où ils partent par bandes écumer le pavé parisien. Malheur au sans-culotte avéré, au terroriste non repenti qui les croise, plus d’un de ces "culs-crottés" goûtera du "rosse coquin", le gourdin ferré des Muscadins. De véritables batailles rangées ont parfois lieu entre révolutionnaires et royalistes, après lesquelles la police ramasse morts et blessés.

Le développement et la hargne des Muscadins sont tels que bien vite, les sans-culottes se trouvent ramenés dans les limites de leurs faubourgs. Le gouvernement commence à craindre une réaction royaliste. Les 12 et 13 vendémiaire 1795, 25000 royalistes prennent les armes à Paris. Les combats font rage. Les insurgés, repoussés, sont écrasés au canon sur les marches de l’Eglise Saint-Roch par un jeune général, Bonaparte. Le mouvement royaliste est laminé, les chefs se terrent, les Muscadins sont cassés par la police et les sections "loyalistes".

C2) Le Directoire pourchasse les héritiers du jacobinisme

Du 9 thermidor à 1796, les fractions dominantes de la grande bourgeoisie écrasent le mouvement social et les courants héritiers du processus de république sociale suscité par la Révolution française.

22 mai 1795 Les martyrs de prairial

Manifeste des Egaux (Sylvain Maréchal, début janvier 1796)

Gracchus Babeuf, socialisme et communisme

27 mai 1797 Exécution de Babeuf et Darthé

Après le retour d’émigrés et de traîtres à la Révolution (Pichegru...), après le rétablissement de la Bourse et une augmentation considérable de la spéculation, après la fermeture du club des Jacobins, après le retour en grâce des prêtres réfractaires... se développe une opposition royaliste très renforcée électoralement par le suffrage censitaire restreint (même parmi des bourgeois non nobles devenus grands propriétaires par la vente des biens nationaux), idéologiquement par les prêtres réfractaires, socialement par l’écrasement du mouvement populaire républicain. Cette poussée royaliste prend même la forme d’une Terreur blanche dans plusieurs régions (à Lyon par exemple).

C3) Nouvelle répression des royalistes : 18 fructidor

Les élections de 1797 (un tiers des chambres à renouveler) se soldent par un effondrement des gauches (y compris modérées), et une progression des royalistes, en particulier en milieu rural. Sur 216 conventionnels sortants, 11 seulement sont réélus dont 6 républicains.

En pleine guerre, les institutions sont bloquées. Le système censitaire prépare inévitablement une victoire électorale décisive des royalistes lors du prochain renouvellement du tiers .

Les journées de fructidor an V résument bien le ballottement du Directoire entre forces sociales et politiques opposées.

Le 7 fructidor An V, une loi abroge les dispositions relatives à la déportation ou à la réclusion des prêtre réfractaires. Les milieux royalistes cléricaux prennent cette décision comme un encouragement.

Le moment de gloire semble revenu pour les muscadins également appelés "collets noirs". Leurs exactions reprennent contre des jacobins ou considérés tels.

Des affrontements éclatent aussi entre eux et grenadiers d’Augereau, en particulier le 11 fructidor.

De nombreux chouans arrivent à Paris et sont cachés dans les familles royalistes. Comprenant qu’ils préparent un coup de force, le Directoire décide le 14 fructidor de lever la destitution de centaines de soldats et officiers montagnards et de les rappeler sur Paris.

D’après la police de Fouché, le signal du soulèvement légitimiste doit être l’assassinat des deux directeurs "républicains" Barras et Reubell.

Devançant les royalistes, Augereau (connu pour son attachement républicain,commandant militaire de Paris) fait occuper la capitale par ses unités le 18 fructidor (4septembre 1797). Les royalistes les plus actifs sont déportés en Guyane et internés au fort de Sinnamary. Une loi adoptée à l’initiative de Sieyès prive les nobles de leurs droits civiques et les assimile aux étrangers.

C4) La poussée à gauche de la fin du Directoire

Les élections de germinal an VI (avril 1798) sont très favorables à la gauche. Pour limiter le poids des néo-jacobins dans l’assemblée, 106 députés voient leur élection invalidée dans la procédure, et 53 sièges demeurent finalement vacants.

Le général Jourdan, vainqueur de Fleurus, déclare : « C’est l’exécutif qui nomme les députés. Il n’y a plus de République. Il est bien évident qu’un régime où on s’arrange pour que, systématiquement, les élections soient invalidées afin de créer une assemblée qui plaise au gouvernement n’est plus une république mais une dictature. »

La crédibilité du Directoire comme régime et la crédibilité des hommes politiques qui l’incarnent s’effondrent. Pour ne risquer ni l’intervention populaire dans les affaires du pays comme en 1793, ni le retour de la royauté, des personnalités liées aux intérêts bourgeois pensent et préparent un coup d’état militaire. Ce sera le 18 brumaire.

9 novembre (18 brumaire) 1799 Coup d’Etat de Napoléon Bonaparte

Jacques Serieys le 18 septembre 2008

Sitographie

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https://books.google.fr/books?id=VW...

http://www.actionfrancaise.net/craf...


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