L’Humain d’abord

lundi 18 juin 2018.
 

Dans le cadre de l’école de formation du PG de l’Aveyron, un sujet m’a été proposé pour ce matin 13 juin 2010 "Homme, humanité et humanisme de l’Antiquité au socialisme". Cette "commande" me convient d’autant plus que la liste Front de Gauche pour les élections régionales de ce printemps 2010 dans le Nord Pas de Calais s’est déroulée avec pour slogan de campagne : L’Humain d’abord.

L’Humain d’abord représente évidemment une formule permettant de décliner nos propositions :

- sur la fiscalité, la santé, l’éducation, la justice, la retraite, le salaire, l’aménagement du territoire, l’action sociale, l’égalité hommes femmes, le handicap, le logement...

- contre le système du "Fric d’abord", contre les ravages du capitalisme dans les entreprises, contre les destructions irréversibles de l’environnement, contre la priorité donnée au profit des profiteurs au détriment de l’intérêt public, contre le racisme...

- pour construire des réponses humaines à la situation inhumaine de nombreux jeunes, chômeurs, précaires, personnes âgées, territoires discriminés...

- pour exprimer sur le fond notre choix de société

Nous pouvons donc aborder ce slogan par les questions de programme, par les questions théoriques qu’il pose. Pour rester dans le cadre du sujet prévu aujourd’hui, je me limiterai à pointer la centralité de L’Humain dans la pensée des humains depuis plusieurs millénaires.

A mon avis, la structure économique et sociétale apporte une clef décisive pour comprendre les idées portées par les diverses civilisations humaines. Ceci dit, l’aspiration au progrès humain et à la primeur de L’Humain d’abord transparaît dans toutes celles-ci au travers des religions, de la morale, de la littérature, de l’histoire etc.

A mon avis, le socialisme est l’héritier de toutes ces pensées de type humaniste qui ont affirmé depuis des millénaires l’unicité et la perfectibilité de l’espèce humaine et qui l’ont ancrée dans les cultures, pratiques, lois et institutions de notre planète.

Comme vous le voyez, réfléchir sur ce slogan L’Humain d’abord peut nous amener à aborder d’innombrables et importantes questions. Je sais :

- d’une part que je n’ai pas les compétences suffisantes pour bien résumer certains points

- d’autre part que je vais, ce matin, passer à côté de questions décisives

J’espère seulement donner un point de départ pour la discussion.

Je l’ai mis en ligne sur le site PG Midi-Pyrénées pour vous éviter de passer une heure à copier et pour que vous puissiez donner votre avis par écrit si certains le souhaitent.

1) Homme, humanité et humanisme

1a) L’homme

L’espèce humaine est-elle divisée en races ou existe-t-il une unicité de celle-ci, indépendamment des nations et des religions ? Dès l’Antiquité, des philosophes et des courants d’idées progressistes ont insisté sur l’unicité de l’espèce humaine (le chinois Mo Tsseu par exemple), faisant découler de cela les objectifs d’égalité, de fraternité et de paix. En Europe, les philosophes des Lumières, la Révolution française puis les courants politiques socialistes ont progressivement gagné une hégémonie idéologique sur cette question d’unicité de l’espèce humaine, s’appuyant en particulier sur les progrès de la science. La déclaration des droits de l’homme de 1793 et le préambule de la constitution voté à la Libération représentent pour nous des textes de portée historique.

Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 23 juin 1793, un document d’importance historique universelle

Préambule de la constitution de 1946

Les courants conservateurs liés aux milieux privilégiés ont toujours eu une attitude différente. Dans notre département de l’Aveyron, la droite et l’Eglise ont combattu de 1789 à 1944 l’idée d’unicité de l’espèce humaine, d’où leur refus de la Déclaration des droits de l’homme. (voir le principal quotidien aveyronnais de 1890 à 1944 L’Union Catholique). Ces conservateurs dont Louis de Bonald est un théoricien, doivent être distingués des libéraux du 19ème siècle se revendiquant généralement des Lumières.

En 1917-1923, le grand capital européen et américain découvre que sa meilleure tactique pour gagner une audience en milieu populaire face au socialisme et au mouvement ouvrier, c’est de désigner des boucs émissaires. Aussi, dans les pays où une révolution ouvrière et socialiste l’a emporté comme la Hongrie et la Russie, stigmatisation des Juifs et premiers génocides se développent à une échelle considérable. Dès 1921, les groupes fascistes créés en Allemagne par des fractions décisives du capitalisme allemand utilisent ce même moyen consistant à jouer sur nation et dénonciation d’une fraction de l’espèce humaine.

Face au fascisme et à l’antisémitisme, la gauche française a mené des combats politiques efficaces, par exemple au moment de l’affaire Dreyfus puis en 1934 face aux ligues factieuses.

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

L’Affaire Dreyfus éclate publiquement au cours du procès d’Emile Zola (7 au 22 février 1898)

Après l’effondrement du Troisième Reich, les pays occidentaux ont intégré dans leurs lois le respect des droits de l’homme et le refus des discriminations vis-à-vis des minorités. Cela n’a pas empêché des gouvernements conservateurs (et parfois appartenant à la social-démocratie) de continuer à jouer sur nation et stigmatisation dans leur propagande. La CIA a joué sur la même tactique des boucs émissaires pour mobiliser les fanatiques musulmans contre les "athées", par exemple en Indonésie (1965) puis en Afghanistan dans les années 1990.

1b) Humanisme

Par humanisme, personne n’entend une philosophie cohérente ayant traversé l’histoire indemne. Ce concept a deux significations principales qu’il est important de distinguer :

- il caractérise la pensée européenne de la Renaissance.

- il conceptualise des doctrines, des réflexions dont la centralité repose sur les humains, sur leur existence individuelle et collective, sur leur rapport à l’univers, sur leur évolution. C’est dans ce sens que nous l’employons ici.

"Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger" (Térence, auteur latin d’origine berbère, -190 à -159)

A chaque époque, toute pensée à caractère humaniste est marquée par la situation historique donnée (par exemple Epicure). Elle contribue à la cohésion d’une civilisation (par exemple le zoroastrisme pour la société perse des sassanides) et l’influence (le confucianisme par exemple a contribué à l’unification du monde chinois).

Toute pensée de type humaniste n’est donc pas seulement une anthropologie (étude des êtres humains).

1c) Humanisme, républicanisme et socialisme

A mon humble avis, cinq grands choix idéologiques fondent le concept d’humanisme :

- universalisme et antiracisme, unicité de l’espèce humaine, égale dignité de ses membres individuels et collectifs, égal droit aux droits civiques, sociaux et culturels malgré la diversité des pratiques sociales.

- socialisme « Une théorie qui prend l’Homme comme fin et comme valeur suprême » (Jean Paul Sartre). Si les humains concrets sont considérés comme valeur suprême, leur bien-être concret constitue nécessairement le but majeur de la vie sociale, l’objectif central de toute politique.

- civisme moral Humanisme a également pris le sens d’une valeur morale : capacité à vivre dans le respect de ses semblables, dans l’aide apportée à ses semblables, capacité à s’intégrer dans la vie collective, à l’améliorer par ses actes.

- la justice contre la loi injuste, la loi plutôt que la force Durant plusieurs siècles le courant clérical idéologiquement majoritaire en Aveyron a théorisé le fait que la force crée le droit, d’où pour eux la légitimité de seigneurs barbares, de la colonisation... Pour nous, ce n’est pas la force qui doit créer le droit ; nous privilégions la paix, la négociation, la loi exprimée par la souveraineté populaire informée. Dans le contexte actuel où le grand capital financier laisse, de fait, peu de pouvoir au politique et impose souvent son propre droit, les fondements de nos choix politiques peuvent paraître contradictoires, compliqués... mais je ne vois pas comment faire autrement.

- liberté humaine fondée des droits inaliénables de l’individu, vision de l’histoire comme dépendant largement des choix subjectifs des humains. Dans les années 1960, deux mouvances philosophiques apportaient des éléments intéressants dans le débat sur ce point : l’existentialisme et le structuralisme. Je les cite seulement, n’ayant pas le temps d’aller plus loin.

Je pointe que nous retrouvons dans ces cinq fondements la trilogie Liberté Egalité Fraternité ainsi que les grands objectifs d’un vrai programme socialiste dans chaque pays comme au niveau international.

Liberté, Egalité, Fraternité Une devise d’inspiration républicaine et socialiste revendiquée par le Français d’aujourd’hui

1d) L’Humanisme dans l’actualité et pour l’avenir

Aucun militant ne doit sous-estimer l’importance du combat idéologique humaniste. Par exemple, l’évolution humaniste du monde arabo-musulman constitue un élément important du rapport de force mondial. Or, l’humanisme est contradictoire avec toute religion voulant imposer ses choix dans l’espace public, dans les questions sociétales, dans une constitution politique... "L’humanisme est une vision du monde où tout gravite autour de l’homme comme tout gravitait autour de Dieu dans la vision antérieure en Occident" (Encyclopédie de l’Agora)

A ce stade de mon petit exposé, je dois poser la question suivante : l’humanisme représente-t-il une idéologie méprisant la nature, une idéologie anti-écologiste ? Bien sûr que non. Poser le bien-être des humains en valeur suprême implique évidemment de conserver l’environnement naturel le plus favorable possible à leur santé, l’alimentation la meilleure possible, etc...

L’Humanisme a parfois servi de caution, de prétexte à des anti-humanistes pour combattre le socialisme. Au stade historique actuel, toute pensée libérale au plan économique est un anti-humanisme.

* "Dans « humanisme », il y a « homme : en conséquence pas d’humanisme éthique et moral sans une construction imaginaire du sujet et de son devenir, sans une pensée de l’humanisation de l’homme." ( Daniel Hemery « Humanisme vietnamien, les paradoxes de l’Histoire »)

2) La quête d’humanité et d’humanisme dans l’histoire humaine

De tous temps, des humains ont centré leur réflexion sur l’homme, sur le groupe humain, sur l’humanité. Il s’agit d’humanismes plus ou moins relatifs. Cela ne diminue pas l’intérêt de les traiter.

Les plus anciennes philosophies des plus anciennes civilisations ne sont pas fondées sur un ou des Dieux mais de façon importante sur l’homme, les hommes et leur accomplissement. Tel est le cas par exemple du zoroastrisme iranien (qui repose sur le rôle des hommes en vue de faire avancer le Bien dans la société au détriment du Mal), de la version originale du bouddhisme (selon le canon de Pali), du taoïsme, du confucianisme. Arrêtons-nous sur ce dernier.

Le confucianisme, présente des aspects humanistes très modernes préfigurant Kant (« Agissez envers les autres comme vous aimeriez qu’ils agissent envers vous. »), préfigurant le socialisme par la définition de la nature de l’homme comme un être social, préfigurant Jaurès dans la synonymie entre valeurs morales et humanité (« Que l’on s’efforce d’être pleinement humain et il n’y aura plus de place pour le mal », "Etre humain, c’est aimer autrui"), préfigurant la pensée politique républicaine et socialiste ( « Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte. »), préfigurant aussi le socialisme par l’importance d’une réflexion sur l’avenir pour agir dans le présent « Qui ne se préoccupe pas de l’avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats. » Le confucianisme pose également son humanisme comme faisant partie de l’ensemble Ciel Terre Société Homme « Le Ciel a ses raisons, la Terre a ses ressources, l’Homme a son ordre politique, formant ainsi avec les deux premiers une triade."

Confucius (né le 28 septembre - 551) et le confucianisme, philosophie politique et morale depuis 2500 ans

En Europe, la Grèce antique apporte un exemple flamboyant d’art et de pensée centrés sur l’homme. "L’homme est la mesure (le centre) de toutes choses" (Protagoras)

Retour sur les origines de la démocratie, Athènes (par Pierre Khalfa)

L’importance de la civilisation musulmane du Moyen Age (d’Averroès par exemple) dans le développement progressif de l’humanisme et de l’universalisme en Europe féodale est connue.

Civilisation arabo-musulmane : avant-garde culturelle de l’humanité durant 4 siècles

Je n’ai ni la compétence ni le temps de poursuivre ici l’épopée des penseurs ayant valorisé le sujet humain et l’anthropologie philosophique. Notons seulement le rôle :

- de Démocrite, Socrate et Epicure pour la Grèce antique,

- de Giordano Bruno, Erasme, Thomas More, Pic de la Mirandole, Rabelais, Montaigne, Bacon, Campanella pour la Renaissance

Thomas More, auteur de L’Utopie (un texte magnifique et précurseur au début du 16ème siècle)

12 juillet 1536 : Mort d’Erasme

13 septembre 1592 : Mort de Montaigne, écrivain de la Renaissance

- de Galilée, La Fontaine... au 17ème siècle

22 juin 1633 : Abjuration par Galilée, à genoux, de ses idées sur le fait que la Terre tourne autour du Soleil

Jean de La Fontaine, poète engagé et libre, poète du peuple

- de l’abbé Meslier, Rousseau, Kant, Voltaire, Diderot, Feuerbach, Hegel parmi les Lumières.

Testament de l’abbé Meslier (mort le 17 juin 1729), premier philosophe français des Lumières

Jean-Jacques Rousseau, philosophe de la souveraineté populaire

30 mai 1878 Centenaire de la mort de Voltaire (intervention de Victor Hugo)

Feuerbach : L’essence du christianisme

3) Quelques caractéristiques idéologiques allant de pair avec une pensée de type humaniste

Définir l’humanisme, non comme daté par la Renaissance mais comme valeur philosophique présente l’avantage de constater des similitudes parmi les pensées humanistes de différentes périodes de l’histoire :

3a) Lien entre pensée à caractère humaniste et pensée politique

La Grèce antique fournit le meilleur exemple de ce lien entre pensée de type humaniste et pensée politique. Nous lui devons des concepts comme politique, démocratie, citoyen, civisme…

Déjà noté ci-dessus chez Confucius, le lien entre pensée de type humaniste et action politique se rencontre aussi dans l’Amérique pré-colombienne, par exemple dans le mythe maya de Quetzalcoatl.

3b) Lien entre humanisme et conception de l’histoire humaine comme une évolution, un progrès

Je crois juste de partir encore des Grecs antiques. Au 5ème siècle avant notre ère, les Athéniens ont constaté le progrès considérable de leur cité au plan du niveau de vie, de la politique, des arts, des sciences, du commerce, de l’extension géographique de leurs colonies etc. Aussi, le sens de l’évolution humaine, du progrès est apparu logiquement.

Voici une citation extraite d’Antigone, une pièce de Sophocle : « Il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme. Il est l’être… qui va son chemin au milieu des abîmes… Parole, pensée abstraite, aspiration d’où naissent les cités, tout cela il se l’est enseigné à lui-même… Bien armé contre tout, il ne se voit désarmé devant rien de ce que peut lui offrir l’avenir. »

Pour le zoroastrisme des gatha, le monde a été créé imparfait ; le but des humains, c’est de le parfaire.

3c) Humanisme et historicisme

Fort logiquement aussi, les pensées de type humaniste faisant de l’homme le but de l’homme ont mis en honneur la recherche historique.

Le mot historie est grec. Il signifie enquête, examen, analyse sur le passé.

Il apparaît en même temps que celui de démocratie (gouvernement du peuple). Je suis obligé de citer Hérodote, le père de l’histoire. Cependant, la civilisation chinoise comme la civilisation hébraïque par exemple ont aussi généré une pensée historique.

Depuis 60 ans, les théoriciens du libéralisme (Popper, Hayek...) ont bien compris comment les faits historiques contribuaient à la sève des réflexions humanistes, progressistes et socialistes. Aussi, ils ont tapé fort contre tous les "historicismes", y compris Platon et Hegel.

3d) Lien entre pensée centrée sur l’ensemble des humains et universalisme

Les débats au sein de la civilisation chinoise me paraissent les plus intéressants sur le sujet.

3d1 Confucéens

3d2 Mo Tsseu

3d3) Zhang Zai, penseur confucéen du 11ème siècle

" Tout homme est mon frère, tout être mon compagnon… Tous ceux dans le monde qui sont las, infirmes, mutilés, malades, ceux qui sont esseulés après avoir perdu frères, enfants, épouse, mari, tous sont mes frères, eux qui, dans l’adversité, ne savent vers qui se tourner...

3e) Lien entre pensée à caractère humaniste et importance de l’action pour parvenir à un progrès de la société

Prenons ici seulement quelques exemples :

La phrase clé du zoroastrisme ne manque pas d’intérêt : penser juste, parler juste, agir juste.

* "Etre un homme, c’est combattre" (Goethe)

* "Ceux qui vivent sont ceux qui luttent" (Victor Hugo)

* le rôle de la connaissance "L’étude est la pierre meulière... de l’homme" (Huainan Zi, philosophe chonois du 2ème siècle avant notre ère)

* le rôle de l’éducation « l’éducation est le grand secret du perfectionnement de l’humanité » (Emmanuel Kant)

3f) Lien entre pensée à caractère humaniste et importance de l’action collective pour parvenir à un progrès de la société

Zoroastre

Mo Tsseu, Yang Mang et les révolutions chinoises

La longue lutte de la plèbe à Rome sous forme de parti

Les partis dans les petites républiques du Moyen Age

Lien avec la nécessité de lutter pour le progrès humain

* "Etre un homme, c’est combattre" (Goethe)

* "Ceux qui vivent sont ceux qui luttent" (Victor Hugo)

Lien entre pensée à caractère humaniste et définition de moyens pour parvenir à un progrès de la société

* le rôle de la connaissance "L’étude est la pierre meulière... de l’homme" (Huainan Zi, philosophe chonois du 2ème siècle avant notre ère)

* le rôle de l’éducation « l’éducation est le grand secret du perfectionnement de l’humanité » (Emmanuel Kant)

3g) Humanisme, Etat et bien public

« Pratiquer la vertu d’humanité (ren), cela consiste à s’employer à promouvoir l’intérêt général et à supprimer ce qui nuit à l’intérêt général » . (Mo Tsseu)

3h) Humanisme et progrès du droit

3i) Lien entre pensée à caractère humaniste et réflexion sur soi, perfectionnement de soi

* "Je me suis analysé moi-même" (Héraclite, Grèce antique)

* "Le perfectionnement de soi est la condition de tout développement et de tout progrès moral" (Confucius)

* La pensée freudienne constitue évidemment un humanisme élaboré.

3j) Humanisme et pensée rationnelle

Tous les hommes sont à même de se connaître et de penser selon les lois de la raison" (Héraclite)

3k) Humanisme et finalité de l’histoire humaine

Toute grande philosophie ayant placé le sujet humain en son coeur, peut également être étudiée comme téléologie (finalité de l’histoire humaine), comme immanentisme.

" Toi seul tu peux grandir et te développer comme tu le veux, tu as en toi les germes de la vie sous toutes ses formes." (Pic de la Mirandole 15ème siècle)

* l’humanisme est une « conception générale de la vie (politique, économique, éthique) fondée sur la croyance au salut de l’homme par les seules forces humaines » (Denis de Rougemont, philosophe suisse personnaliste, fédéraliste européen du 20ème siècle).

3l) Humanisme et matérialisme

Démocrite, Epicure, Lucrèce…

Ludwig Feuerbach assure la transition vers le socialisme et Marx, par sa façon de définir l’homme (malgré des aspects mécanistes) "La philosophie nouvelle prend pour principe de connaissance et pour sujet, non pas le moi, ni l’esprit absolu... mais l’être réel et total de l’homme... Elle fait de l’homme l’objet unique, universel et suprême de la philosophie" (Principes de la philosophie de l’avenir). "Seule la philosophie faite chair et sang, faite homme, est la vraie philosophie" (L’essence du christianisme)

4) Socialisme et humanisme chez quelques théoriciens du socialisme (remarques rapides et sans prétention))

D’un point de vue philosophique, le socialisme est héritier des humanismes et de leurs caractéristiques, particulièrement celui des Lumières.

4a) Marx

Il rappelle plusieurs fois l’interdépendance entre nature et espèce humaine "Tant qu’il y aura des hommes, l’histoire de la nature et l’histoire des hommes s’influenceront". "Nous ne dominons pas la nature à la façon d’un conquérant dominant un peuple étranger ; nous ne la dominons pas comme quelqu’un qui se situerait en dehors d’elle ; nous lui appartenons par notre chair, notre sang et notre cerveau."

" Jusqu’ici l’homme s’est toujours formé une fausse image de lui-même, de ce qu’il est ou de ce qu’il devrait être", "Le premier acte historique de ces individus, celui par lequel ils commencent à se distinguer de l’animal, n’est pas l’acte de penser, mais le fait de commencer à produire leurs moyens d’existence" (L’idéologie allemande)

Marx vu par Guevara : un " "Humaniste dans le meilleur sens du terme" A propos du Capital : "Le poids de ce monument de l’intelligence humaine est tel qu’il nous a fait oublier souvent le caractère humaniste (dans le meilleur sens du terme) de ses préoccupations. Le mécanisme des rapports de production et leur conséquence, la lutte de classes, cachent dans une certaine mesure le fait objectif que ce sont des hommes qui se meuvent dans l’atmosphère historique" .

4b) Au nom de Jaurès est souvent accolé celui d’humanisme

Cela ne fait de doute pour quiconque se rapporte à ses combats, par exemple contre la guerre et contre la peine de mort « L’humanité est maudite si elle est condamnée à tuer éternellement. » Lors d’un colloque à Toulouse (juin 2010), Aude Larmet, historienne de l’art, a bien défini cet humanisme jauressien " En art tout comme en politique, en économie ou en histoire, c’est donc une leçon d’humanisme que donne Jaurès, une leçon de tolérance, d’ouverture, appelant à l’entraide humaine et à la construction d’une vie en société où chacun joue son rôle, utile, constructif, solidaire."

4c) Gramcsi

4d) Cuba

En 1959, la révolution cubaine l’emporte et se définit comme une "révolution humaniste" (elle se réclamera plus tard du socialisme). Dans un discours de 1961, Fidel Castro établit l’interconnexion entre d’une part l’inspiration humaniste, d’autre part Marx et Lénine : "Qui a dit que le marxisme est le renoncement aux sentiments humains... ? Alors que c’est précisément l’amour de l’homme, de l’humanité, le désir de combattre la misère, l’injustice, le calvaire et l’exploitation subis par le prolétariat qui ont fait surgir le marxisme de l’esprit de Karl Marx, quand précisément le marxisme pouvait surgir, quand précisément il pouvait apparaître une possibilité réelle, et plus encore qu’une possibilité réelle : la nécessité historique de la révolution sociale dont Karl Marx a été l’interprète. Mais qu’est-ce qui a permis qu’il en soit l’interprète si ce n’est le courant de sentiments humains d’homme comme lui, comme Engels, comme Lénine ? "

Pour Che Guevara, le castrisme est "un système marxiste, socialiste, cohérent, ou approximativement cohérent, dans lequel on a mis l’homme au centre, dans lequel on parle de l’individu, de la personne et de l’importance qu’elle a comme facteur essentiel de la révolution".



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