1 au 16 Août 1936 : Aux Jeux Olympiques de Berlin, les "démocraties occidentales" valorisent le régime nazi

vendredi 3 novembre 2017.
 

Lorsque Berlin est choisi en 1931 par le Comité Olympique International comme ville organisatrice des onzièmes Jeux Olympiques, le grand capital (particulièrement américain) investit des sommes considérables dans l’économie allemande pour en faire une vitrine face à l’URSS.

Le développement de la crise de 1929 amène le patronat allemand à pousser Hitler au pouvoir. En janvier 1933, celui-ci devient chancelier.

Aussitôt, il ouvre des camps de concentration et d’extermination pour perpétrer le génocide de la gauche et du mouvement ouvrier allemands, pour commencer à terroriser les juifs et tsiganes choisis comme boucs émissaires.

Génocide de la gauche allemande et des Juifs par les nazis : Nuit de Noël 1933 au camp de concentration extermination de Fuhlsbuettel

Document de mars 1934 sur le premier camp de concentration nazi, ouvert en 1933 : Dachau

"Dachau, dans le camp des meurtriers" Livre d’Hans Beimler paru en août 1933 sur les débuts des camps d’extermination

En matière sportive, Hitler affirme que « le sport allemand est fait pour les Aryens ». Dès avril 1933, il lance une aryanisation des organisations sportives en excluant systématiquement les « non aryens » (Juifs, demi-Juifs ou Tsiganes). Furent ainsi exclus par exemple en avril 1933 le champion amateur de boxe Erich Seelig, en 1933 toujours Gretel Bergmann, sauteuse en hauteur de niveau mondial, Daniel Prenn (exclu de l’équipe allemande de la Coupe Davis), Johann Rukelie Trollmann, boxeur tsigane...

En septembre 1935, le régime nazi amplifie sa politique raciste et antisémite par les infâmes lois de Nuremberg.

Le 16 juillet 1936, quinze jours avant l’ouverture des Jeux, 800 Tsiganes résidant à Berlin et dans les environs sont arrêtés et internés sous la garde de la police dans un camp spécial à Marzahn, à l’Est de Berlin.

Participer aux Jeux de Berlin dans ces conditions signifie soutenir directement Hitler qui les utilise au maximum pour valoriser et banaliser son régime.

L’Allemagne assure dans le monde entier la promotion de ses Jeux olympiques avec des affiches colorées et des pages entières dans les magazines.

L’imagerie sportive établit un lien entre l’Allemagne nazie et la Grèce antique. La civilisation allemande supérieure se montre comme l’héritière légitime de la culture « aryenne » de l’Antiquité classique.

" La contestation des Jeux de Berlin vient essentiellement du mouvement ouvrier et communiste, qui milite à l’époque pour une organisation sportive liée au monde ouvrier, face à l’élitisme prôné par les dirigeants des fédérations sportives. Aux Jeux des nazis à Berlin, il oppose le projet d’Olympiades populaires qui doivent se tenir à Barcelone du 22 au 26juillet 1936. Mais le 18juillet, la veille du jour prévu pour la cérémonie inaugurale de ces Olympiades, le soulèvement militaire franquiste se déclenche. Ces Jeux parallèles sont en conséquence annulés. Certains sportifs venus concourir à Barcelone restent en Espagne pour d’autres combats.

En France, la question du soutien ou pas aux Jeux de Berlin est posée de manière indirecte aux dirigeants du gouvernement de Front Populaire. Si officiellement ils n’ont pas à se prononcer sur la participation du pays, puisque cette décision relève du Comité Olympique français, ils peuvent au moins prendre position à l’occasion du vote des crédits pour les délégations, qui a lieu pour les députés le 9 juillet 1936. Si une subvention est accordée pour les Olympiades de Barcelone, une autre, plus importante, est votée pour les Jeux de Berlin. Les députés de Front Populaire n’ont pas le courage, sauf un, le jeune député radical Pierre Mendès-France, de refuser ces crédits et de dire non, ne serait-ce que d’une façon symbolique, à la mise en scène nazie. Ils s’abstiennent, laissant la droite voter la subvention. Pour illustrer également la participation française à ces Jeux, il faut ajouter la façon dont la délégation française défile en faisant un « salut olympique », qui ressemble fort au salut nazi, en défilant devant Hitler lors de la cérémonie inaugurale, ce qui lui vaut une ovation de la part des nazis présents." (Michel Rocco)

D’autres forces progressistes mènent également campagne. Des mouvements prônant le boycott se développent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Suède, en Tchécoslovaquie et aux Pays-Bas. Le Congrès juif américain et le Comité juif du travail appellent au boycott.

Les "Etats démocratiques" et le mouvement sportif mondial vont-ils retirer l’organisation des Jeux au régime fasciste ? Que non !

La sympathie des patronats et des droites de tous les pays pour ces excellents nazis qui ont écrasé les puissants syndicats ouvriers et partis de gauche allemands ouvre toutes les portes.

Les Jeux Olympiques de Berlin débutent donc le 1er août 1936. Durant les compétitions, ce sont les sportifs allemands qui recueillent le plus de victoires et de médailles. Les grands journaux ne tarissent pas d’éloge sur la qualité de l’organisation. Pour le New York Times, ces Jeux ont ramené les Allemands « dans le concert des nations » et les ont même rendus « de nouveau plus humains ».

Pourtant, le decorum nazi a été omniprésent.

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Pourtant, Hitler a quitté le stade lors de la victoire du noir américain Jesse Owens en sprint.

3 août 1936 aux JO de Berlin : Jesse Owens ridiculise le racisme suprémaciste nazi

À l’issue des Jeux, Pierre de Coubertin félicite personnellement Hitler de la réussite exemplaire de cette manifestation.

Deux jours après la clôture des Jeux, le capitaine Wolfgang Fürstner, directeur du village olympique, se suicide quand il apprend qu’il est radié de l’armée en raison de ses origines juives.

Les minus minables qui ont soutenu l’autonomie du sport par rapport à la politique portent une très lourde responsabilité dans l’accentuation de la répression antisémite après ces jeux qui fortifiaient l’image de l’Allemagne nazie aux yeux de l’opinion mondiale.

Jacques Serieys


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