Pour un républicanisme anticapitaliste

samedi 19 août 2017.
 

- A) Nous devons défendre une culture républicaine progressiste
- B) QUI EST LA SOURCE DU POUVOIR ? le peuple
- C) Les républiques, émanation de l’activité politique du peuple
- D1) QUELS SONT LES OBJECTIFS ESSENTIELS DU POUVOIR POLITIQUE ?
- D2) La république et l’Etat

A) Nous devons défendre une culture républicaine progressiste

A1) Tous les républicains ne sont pas frères

La culture républicaine française a toujours été diverse. S’en sont réclamés :

- des politiciens membres de partis de droite, assez souvent "libéraux" sur les questions économiques, pouvant même être cléricaux et fascistes comme Xavier Vallat

- des politiciens "opportunistes" classés au centre de l’échiquier politique dont le républicanisme s’inscrivait dans la tradition issue de la Révolution française et reposait sur le rôle de l’Etat comme porteur de l’intérêt général.

- des socialistes comme Jean Jaurès, des communistes et autres tenants d’une République démocratique, laïque et sociale.

A2) Notre républicanisme : la République sociale

Cette troisième grande orientation assumait l’héritage de la Révolution française (y compris et particulièrement la Convention montagnarde), de la Commune, des acquis de 1905, 1936, 1945.

Elle ne séparait pas république, démocratie, socialisme et émancipation.

Elle a très tôt compris que la logique de développement du capitalisme (profit, concurrence, impérialisme guerrier, citoyenneté réduite au dépôt rare d’un bulletin de vote dans l’urne, exploitation des salariés et de la nature, mépris des couches populaires, réduction du droit à un rôle de protection des intérêts privés dominants...) était contradictoire avec les fondements du républicanisme.

A3) La fumisterie du républicanisme dominant d’aujourd’hui

Le républicanisme est devenu en ce début de 21ème siècle le cache-sexe :

- de tous les libéraux sécuritaires ayant besoin de tromper leurs électeurs

- de tous les politiciens, prétendus de gauche, qui partagent avec les précédents une définition de la république limitée à la légitimité du pouvoir politique et à l’application stricte de la loi

- de nombreuses personnes qui ont "réussi" dans les préfectures, l’administration, la Justice, le Conseil d’Etat et utilisent le républicanisme comme supplément d’âme alors que leur action s’intègre sans problème dans l’évolution du capitalisme mondialisé.

A4) Pourtant, la culture républicaine française s’inscrit nécessairement dans un combat anticapitaliste

B) La République répond à la question QUI ? QUI EST LA SOURCE DU POUVOIR ? le peuple

B1) La République et le peuple

Une république est un régime politique dans lequel le peuple des citoyens est source du pouvoir.

Sur le fond, plusieurs dictionnaires et encyclopédies donnent la même définition. Ainsi, pour l’Encyclopédie Larousse "La notion de respublica fait du peuple la source du pouvoir politique et implique son intervention dans les affaires publiques, de façon directe ou indirecte."

De nombreuses définitions, trop floues, présentes dans des dictionnaires et sites web, ne contredisent pas le lien entre république et action politique du peuple mais paraissent noyer cette question centrale pour protéger les régimes actuels qui se prétendent des républiques.

Le concept actuel de République à laquelle nous nous référons vient de l’expérience politique des cités de la Grèce antique. C’est effet là que les Romains sont allés étudier des expériences concrètes, en particulier pour rédiger les XII tables fondatrices de leur droit écrit. C’est en effet là que les premiers philosophes politiques ont théorisé un type de société où les citoyens sont sources du pouvoir politique et y participent activement.

Le mot de république vient de res publica.

B2) L’étymologie de res publica confirme le lien entre peuple et république

Le mot « république » vient de l’expression latine res publica.

Je veux démontrer, pour commencer, que ces deux mots latins res et publica sont liés à l’action citoyenne du peuple, l’intérêt du peuple, le bien du peuple

Je vais commencer par l’adjectif publica dont l’origine et le sens sont évidents puisqu’il s’agit d’une évolution linguistique de populica (= du peuple)

- publica

L’adjectif latin publicus vient du nom commun populus signifiant peuple.

La même évolution linguistique explique l’espagnol pueblo au sens identique au people anglais, l’occitan poble au sens identique au popolo italien...

La première définition de publicus donnée par le Gaffiot (dictionnaire latin de référence), c’est "Qui concerne le peuple".

Je note des occurrences de cet adjectif avec le sens de "collectif", "commun", par exemple dans lux publica mundi (Ovide) qui se traduit par "la lumière est un bien collectif". De même l’ager publicus, si important lors des luttes entre la plèbe et les patriciens désignait à l’origine des terres collectives, biens de tous.

- Res

Res, en langage juridique latin, désigne la cause plaidée. Historiquement il s’agit de la cause de la plèbe (milieux populaires), plaidée par le tribun - représentant des « tribus » - devant le Sénat romain composé des patriarches des familles connues de Rome. (Wikipedia)

Même si le sens du mot a évolué, il n’est pas évident de le traduire par "chose" comme c’est souvent le cas, surtout lorsque l’on prend Cicéron comme référence. Le Gaffiot traduit logiquement Non re, sed nomine (Cicéron) par "Non pas de fait mais de nom". De même le Gaffiot traduit Non re, non verbo (Cicéron) par "Ni par des actes, ni par des paroles". Quant à res communis, cela a longtemps signifié bien commun.

Wikipedia propose de traduire la locution res publica par "bien public" plutôt que chose publique ; j’en suis d’accord. D’ailleurs, à cette époque n’existaient que des propriétés privées et des propriétés collectives.

Pour s’en tenir à l’essentiel, l’étymologie de respublica renvoie nécessairement au peuple et ne peut se comprendre hors de l’importance des assemblées générales du peuple romain, particulièrement par les comices curiates (tributes), mais même par les conciles plébéiens et les comices centuriates.

B3) République, mouvements populaires et révolutions

Une révolution, c’est toujours un moment d’implication politique forte du peuple.

Historiquement, République est le nom choisi par plusieurs régimes produits par des mouvements et révolutions populaires. L’importance de l’implication populaire citoyenne dans l’histoire romaine antique valide le lien étymologique.

Par la suite, le terme de république hantera toutes les révolutions :

- du Moyen Age (par exemple dans l’épitaphe : « L’an 1424, le jeudi, veille de la Saint-Gal, mourut Jean Ziska du Calice, chef des républiques qui souffrent pour le nom de Dieu. »)

Hussites et taborites tchèques : révolution médiévale flamboyante

- des Temps modernes (pendant la révolution des Provinces-Unies, pendant la révolution anglaise, Genève...)

Angleterre La révolution anti-absolutiste bourgeoise de 1640 à 1660

8 avril 1782 Les révolutions de Genève, levain de la Révolution française

- depuis la Révolution française, par exemple en Hongrie (1848), en Italie ( de Garibaldi à 1944)...

Les arts ont donné la même dimension évocatrice au terme de république. Me vient à l’esprit un souvenir d’enfance. Dans le film d’Abel Gance "Napoléon", Bonaparte est mis en scène devant la Convention peuplée de fantômes (Saint Just, Robespierre...) et il entend ces revenants lui murmurer République universelle.

Comme nous venons de le voir, la puissance évocatrice du mot vient du fait que les premières républiques de l’Antiquité, du Moyen Age, des Temps modernes comme plus récemment (France, Italie, Amérique du Sud, Espagne...) sont le produit de révolutions populaires émancipatrices. Je considère cette tradition politique relayée, par exemple en France, par les Montagnards, 1848, la Commune, Jean Jaurès et d’autres socialistes, les courants progressistes du mouvement républicain, la Résistance antifasciste, le mouvement Pour la République Sociale de 2003 à 2008... comme la vraie tradition politique républicaine.

B4) La République contre la privatisation du pouvoir

D’après les sources antiques, la république naît en 509 avant notre ère de la résistance de patriciens et du peuple face à la privatisation du pouvoir que pratique Tarquin le superbe, dernier roi de Rome.

Après diverses expériences, les Romains envoient une délégation en Grèce pour profiter de l’expérience institutionnelle et juridique des cités qu’ils considèrent comme des modèles de république. Elles sont nées du combat face à la privatisation du pouvoir par les oligarchies.

Grèce antique : révolutions, tyrannie et progrès de civilisation

Les républiques du Moyen Age apparaissent ensuite comme refus de la privatisation du pouvoir par un féodal.

Pour prendre un dernier exemple, les dépenses somptuaires de la reine Marie Antoinette sur le budget de l’Etat ont lourdement pesé dans les consciences populaires, faisant mûrir le désir d’un Etat non privatisé.

Lorsque se développe un mouvement ouvrier organisé politiquement (en particulier le SPD allemand), il met en avant le projet de république contre la privatisation des richesses et du pouvoir par l’oligarchie féodalo-capitaliste qui entoure le Kaiser.

B5) Philosophie politique et définition de la république comme émanation du peuple sur ses aspirations

« Dans Politique III, 7, Aristote énonce, à demi, que tout gouvernement légitime de la république est démocratique parce que le peuple est mieux à même d’instituer la république, c’est-à-dire d’instituer l’intérêt général, le bien commun que les aristocrates ou le monarque. » (Blandine Kriegel)

Le philosophe Montesquieu donne une définition de république liée à la souveraineté populaire (peuple disposant du pouvoir politique décisif). Pour lui, les institutions républicaines sont celles "où le peuple en corps, ou seulement une partie du peuple, a la puissance souveraine" (De l’esprit des lois)

La République serait un mensonge, si elle ne devait être que la substitution d’une forme de gouvernement à une autre. Il ne suffit pas de changer les mots, il faut changer les choses... Le principe de la souveraineté du peuple rallie tous les hommes d’avenir, les hommes qui, fatigués d’être exploités, cherchent à briser les cadres dans lesquels ils se sentent étouffer (Louis-Auguste Blanqui)

C) Les républiques dans l’histoire comme émanation de l’activité politique du peuple

Pour donner un avis sur ce point, j’ai travaillé un point précis : est-ce que les républiques réellement existantes durant 24 siècles (en gros de 500 avant notre ère à 1871 après) correspondaient à des régimes politiques, à des expériences historiques particulièrement marquées par l’action citoyenne du peuple sur ses aspirations et revendications.

- > C1) la république romaine qui nous a donné le mot de république (respublica).

L’action citoyenne du peuple y est évidente. Tite Live rend compte de l’importance des assemblées du peuple (comices tributes), y compris pour l’élection des rois. Les premières décennies de la république romaine constituent en fait une sorte de crise révolutionnaire permanente durant laquelle la plèbe (milieux populaires, non patriciens) obtient peu à peu une égalité juridico-politique. Assemblées du peuple comme assemblées de la plèbe et actions des inviolables tribuns de la plèbe (dont nous avons vu qu’ils sont à l’origine du mot respublica) jouent un rôle très important dans la vie politique romaine.

République romaine archaïque : une révolution permanente institutionnalisée

- > C2) Les cités grecques

Rome les considérait comme ses modèles de république. Ainsi, lorsque la plèbe réussit à imposer la nécessité d’un droit écrit (y compris de type constitutionnel), le Sénat envoya une délégation dans plusieurs cités grecques avant de commencer la rédaction des célèbres XII tables romaines qui réglaient la vie commune dans la république. L’action citoyenne du peuple s’avère tout aussi évidente en Grèce qu’à Rome.

Retour sur les origines de la démocratie, Athènes

Sparte : un communisme, de Lycurgue à Agis ?

- > C3) Les républiques italiennes du Moyen Age

Elles sont un bon exemple de la foisonnante implication populaire dans la vie politique de nombreuses Communes médiévales, même si les marchands y jouent le rôle principal.

Parmi les institutions populaires typiques de ces républiques, je note :

- le podestat élu par la principale assemblée de la commune pour une durée de 6 mois à un an. Il exerçait les pouvoirs exécutifs, administratifs, judiciaires et de police, devenant de fait l’instrument le plus important de l’application des lois. Plusieurs cités ont fait appel à cette fonction comme Padoue, Bonifacio, Pise, Gênes, Volterra, Florence, Modène, et même Arles, Avignon et Marseille.

- le capitaine du peuple, élu par celui-ci pour contrecarrer la puissance économique des grandes familles nobles. Leur statut rappelle le double pouvoir des tribuns de la plèbe dans la république romaine antique mais leur rôle est plus important.

C’est le cas de la République de Pise, république maritime pionnière, cas intéressant par la révolution de 1254 qui donne une fonction décisive au Conseil du Popolo aux dépens des conseils aristocratiques.

C’est le cas aussi de la République de Lucques dans laquelle le pouvoir législatif appartient (14ème siècle) au Conseil général constitué à l’origine par l’ensemble des citoyens, et réduit ensuite à 180 membres élus (60 par quartier). Le pouvoir exécutif est assuré par le « Consiglio dei Anziani » - le conseil des Anciens- composé de 9 personnes (trois élus pour chacun des quartiers).

C’est le cas de la république de Florence dans laquelle nous retrouvons le popolo (surtout les marchands), une assemblée délibérative qui portera divers noms et jouera un rôle en permanente évolution, l’institution exécutive fréquente des consuls, le podestat.

Florence au 14ème siècle : république bourgeoise et révolte des ciompi

C’est le cas de la République de Gênes qui a connu trois institutions principales et successives au Moyen Age : les Consuls, les podestats, les capitaines du peuple...

C4) Les républiques des 16è, 17è et 18è siècles : Genève, Provinces Unies, Angleterre...

- > Le cas de Genève est symbolique d’une Cité Etat où le pouvoir s’autonomise vis à vis de la féodalité et de la papauté, se démocratise peu à peu au fil des mouvements et révolutions populaires.

8 février 1526 La Commune de Genève s’émancipe complètement de la féodalité

12 décembre 1602 République Protestantisme et révolutions à Genève

- > la République des Provinces-Unies fut générée par la puissante Révolution des Pays Bas (1566 - 1609) qui n’aurait pu survivre face aux armées du roi d’Espagne sans une forte implication citoyenne, du premier incident aux dernières batailles.

http://wikirouge.net/R%C3%A9publiqu...

- > la république fut également proclamée en pleine révolution anglaise (16 mai 1649). Notons :

- l’explosion populaire de l’été 1642, du même type que la "grande peur" future de l’été 1789 en France

- le double pouvoir insurrectionnel de villes ouvrières comme Birmingham et Manchester.

- les comités de comtés élus en pleine guerre civile contre les royalistes, assumant des fonctions administratives, fiscales et militaires.

- la vitalité démocratique des forces armées de cette révolution (élections des officiers, discussions idéologiques, assemblées...)

D) Remarques complémentaires

D1) La République répondrait à la question QUOI ? QUELS SONT LES OBJECTIFS ESSENTIELS DU POUVOIR POLITIQUE ?

La réponse d’Aristote

Sur ce point, je vais partir de l’argumentation de Blandine Kriegel, philosophe et universitaire dont les écrits présentent un intérêt significatif pour notre sujet. Il ne s’agit pas d’une gauchiste puisqu’elle a soutenu Jacques Chirac lors de l’élection présidentielle de 1995. Dans son texte de 1994 intitulé La république, elle dégage quatre objectifs essentiels du pouvoir

« L’idée républicaine se trouve d’abord et avant tout chez Aristote. C’est donc du grand maître qu’il faut partir pour en dégager l’essence même. »

-> La société politique fondée sur le bien commun

Pour Aristote la république, c’est « la société qui a en vue l’intérêt général et où l’autorité s’exerce par la loi sur des hommes libres et égaux. »

-> Le bien-vivre

« Revenons donc à la définition de Politique, I, 2. : La république est la société qui a pour objet le bien-vivre (eu zen), Politique 1, 8. Non pas vivre, dit Aristote, mais bien-vivre. »

-> Le bien commun (intérêt général et non intérêt privé)

« Soulignons l’extraordinaire audace et la radicalité du grand penseur de l’Antiquité. Selon lui, il n’existe que deux types et deux types seulement de société ; les sociétés despotiques et les sociétés républicaines. Les sociétés despotiques sont les sociétés qui sont organisées en vue de l’intérêt privé, de l’intérêt de quelques-uns, les sociétés républicaines sont les sociétés qui sont organisées en vue de l’intérêt général, du bien commun. »

Je pointe une seule remarque sur ce point : je ne connais pas un seul régime politique dans l’histoire qui est pratiqué une politique d’intérêt général sans forte implication du peuple. En conséquence, la république répond aux questions qui et quoi à condition que les institutions permettent une vie politique démocratique permanente des citoyens.

D2) La république et l’Etat

Je suis de plus en plus effaré par l’évolution des définitions de la république données par des universitaires, dictionnaires et sites web.

Elles s’articulent de plus en plus autour de la forme des institutions, de l’Etat. En voici deux exemples :

- Le Dictionnaire le “Petit Robert”, nouvelle édition, 2015, définit la République comme suit : « forme du gouvernement où le pouvoir et la puissance ne sont pas détenus par un seul, et dans lequel la charge de Chef de l’Etat (président) n’est pas héréditaire. » p.2209

- "Une république est un gouvernement non monarchique dont le fonctionnement est réglé par une constitution... Le dirigeant d’une république peut être choisi parmi un grand nombre de personnes. Le plus souvent, la durée du mandat est bornée dans le temps." (Source la République http://his.nicolas.free.fr/Institut...)

En gros, la République répondrait à la question Qui ? l’Etat, à la question Quoi ? l’intérêt général défini par l’Etat et à la question Comment ? par l’Etat et ses administrations.

D3) République, républicanisme : des mots voyageurs ?

Les termes République et républicanisme sont effectivement des "mots voyageurs" selon la définition donnée par Claude Nicolet. Aussi, pour nous limiter à la France, reconnaissons que ces deux concepts sont ouverts ; ils laissent place à des orientations fort diverses.

Des philosophes, des acteurs politiques, des livres, des sites webs, des tartuffes... ont inventé des centaines de définitions de la république.

Sur le fond, nous pouvons surtout distinguer :

- d’une part le courant de la république démocratique et sociale issu de ces expériences, dans lequel l’action et l’intérêt du peuple des citoyens joue un rôle central et dans lequel prend place ce texte

- d’autre part un courant "libéral étatique" se réclamant de l’intérêt général et de l’autorité supérieure des lois pour lequel c’est l’Etat qui joue un rôle central dans la république et pour lequel valeurs et fondements politiques républicains sont, pour l’essentiel des tromperies masquant l’injustice sociale. J’ai trouvé sur deux sites web une définition caractéristique commençant par "La république est un régime politique, c’est à dire une méthode d’organisation du gouvernement de l’Etat..."

Je défends dans ce texte l’opinion que la république n’est pas séparable de l’intérêt du peuple (synonyme étymologiquement et sémantiquement de l’intérêt public). C’est la république dans sa réalité liée aux mobilisations du peuple, par exemple en Espagne (février 1873 1ère république ; avril 1931, 2ème république), en Hongrie, en Italie... C’est la République dans son lien à l’auto-organisation du peuple (par exemple durant la Révolution française). C’est la république dans son lien aux valeurs émancipatrices, aux conquêtes sociales et démocratiques. C’est la République.

D4) Tradition républicaine nationale, laïcité et universalisme

Il est important de distinguer dans la tradition républicaine française, ce qui relève du projet et ce qui a dépendu du rapport de force national à un moment donné.

Concernant le projet, il reste à le préciser et à débattre ce qui mérite d’être universel et ce qui ne peut l’être ; j’y reviendrai dans un prochain article.

Concernant les lois des cinq républiques françaises, elles présentent des caractéristiques nationales évidentes.

Prenons un exemple : la laïcité occupe une place centrale dans la tradition républicaine française. L’Eglise catholique ayant constitué la force principale des courants politiques royalistes absolutistes, réactionnaires, pré-fascistes puis fasciste pétainiste, la république n’a pu survivre qu’en construisant des institutions publiques non soumises à la pression du religieux.

Parmi les lois qui ont marqué ce processus, prenons seulement la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Elle a été préparée par plusieurs lois durant la Révolution française puis la Commune.

Elle s’est imposée à partir de la loi de 1905 qui distingue une sphère publique nécessitée par le bien commun (hôpitaux, éducation nationale, institution judiciaire...) et une sphère privée du religieux, légale mais relevant des seuls croyants en la religion concernée. Quel est le rôle de l’Etat ? « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». Il s’agit là, sans aucun doute d’un principe à valeur universelle comme de nombreux évènements nous le rappellent chaque jour sur les cinq continents.

Cependant, un principe d’action politique demande une concrétisation juridique partiellement empirique. Celle-ci dépend inévitablement du contexte et du rapport de forces. Dans la loi de 1905, l’article 2 stipulait : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. » Cependant, en déclarant les collectivités publiques (de la commune pour les églises paroissiales à l’Etat pour les cathédrales) propriétaires du patrimoine immobilier existant des Églises, les parlementaires laissaient place à des financements publics au profit d’édifices religieux. En effet, la responsabilité de l’état des églises et de leurs meubles, de leur réparation et de leur entretien induisait des dépenses publiques plus que significatives.

En quoi la France a-t-elle un rapport si singulier avec la laïcité  ?

Christophe Charle La France est très décalée par rapport aux autres pays, même voisins. Construit au cours du XIXe et au début du XXe siècle, ce modèle laïque reste très spécifique. Il n’a pas été universalisé complètement ailleurs ou de façon partielle. En 1905, avec la loi de séparation des Églises et de l’État, a été posée la dernière brique à l’édifice de la laïcité. Celle-ci stipule que la République française ne reconnaît ni ne salarie aucun culte. Cela dit, même cet article ne peut être toujours rigoureusement appliqué. Dimanche, François Hollande était présent en tant que président de la République dans une synagogue, en hommage aux victimes juives. Je pense que, pour les rédacteurs de la loi de 1905, cela aurait représenté une atteinte à leur conception de neutralité religieuse de l’État.

Jacques Serieys le 19 février 2007

Compléments

A6) Sur le contenu idéologique et politique du concept de République

La tradition "libérale étatique" a généralement limité la République à deux contenus : un pouvoir non monarchique et l’intérêt général.

La tradition politique de la république démocratique et sociale apporte un contenu beaucoup plus riche avec des expériences concrètes :

- la démocratie : Pour Jean Jaurès, république et démocratie se confondent pour l’essentiel. C’est vrai historiquement dans l’exemple fondateur des cités grecques.

C5) Philosophie politique et république avant la Révolution française

Pour ne pas être trop long, je m’en tiens ici au philosophe Montesquieu donnait une définition de république liée à l’action politique du peuple. Pour lui, les institutions républicaines sont celles "où le peuple en corps, ou seulement une partie du peuple, a la puissance souveraine" (De l’esprit des lois)


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