1er septembre 1939 : En attaquant la Pologne, Hitler déclenche la 2ème guerre mondiale. Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté avant ?

samedi 14 janvier 2017.
 

1er septembre 1939 : L’armée nazie pénètre en Pologne et commence à l’envahir sans déclaration de guerre. Hitler franchit ainsi un nouveau pas dans sa politique d’expansion du Troisième Reich et du fascisme après la prise de Prague (15 mars 1939), après l’anchluss autrichien ( 13 mars 1938), après le putsch franquiste (18 juillet 1936). De son côté, le Japon a déjà conquis la Mandchourie puis l’essentiel de la Chine.

Le chef du parti nazi avait pourtant annoncé tôt ses objectifs d’expansionnisme et de totalitarisme fasciste, par exemple dans Mein kampf (1925) puis dans une lettre ouverte très claire (1932).

Il avait construit et rempli les premiers camps de concentration en 1933 (Dachau, Nohra, Lugau, Plaue, Oranienburg...). Il avait rétabli le service militaire en Allemagne, décision totalement contraire au Traité de Versailles de 1919 signé entre l’Allemagne et les Alliés de la Première Guerre mondiale.

1) Pourquoi Hitler n’a-t-il pas été arrêté avant ?

Pourquoi les gouvernements de Grande Bretagne, de France ... n’ont-ils pas réagi plus tôt ? Les Etats Unis n’entreront en guerre qu’en décembre 1941.

La réponse des manuels scolaires et historiens médiatisés, c’est que les gouvernements qu’ils nomment démocratiques ont fait preuve de faiblesse.

Je crois nécessaire de distinguer quatre périodes :

* de 1921 à 1933, empêcher le fascisme d’accéder au pouvoir se joue au sein de la République de Weimar. Il est évident que la droite, l’armée et le patronat allemands portent une lourde responsabilité en ayant aidé Hitler pour l’utiliser contre la gauche, en s’étant allié à lui puis en l’ayant fait accéder légalement à la chancellerie. Ceci dit, dès cette époque, de grands patrons anglais et américains misent sur Hitler ; quant à la France, son occupation militaire de la Ruhr a contribué à réactiver le nationalisme pangermaniste.

* de 1933 à 1936, les bourgeoisies britannique, française, étatsunienne, misent encore sur Hitler pour écraser le plus fort mouvement ouvrier du monde : celui d’Allemagne. Les banques, aussi ignobles que d’habitude, financent le réarmement nazi et le développement économique du Reich. Les journaux ferment les yeux sur les camps de concentration, sur le génocide de la gauche allemande, sur l’antisémitisme d’Etat et les pogroms. Les partis de droite connaissent une radicalisation vers l’extrême droite et les solutions politiques autoritaires.

Durant cette période 1933 1936, il aurait suffi de peu pour stopper la montée en puissance du nazisme. En 1934, une petite opposition italienne avait immédiatement fait reculer Hitler dans sa première tentative d’Anchluss (rattachement de l’Autriche à l’Allemagne). Mais le grand capital anglo-saxon applaudit le bain de sang des syndicalistes, communistes et socialistes allemands ; la Grande Bretagne refuse toute assistance à la Belgique et à la France en cas d’offensive militaire nazie.

Qu’auraient pu faire la France, la Grande Bretagne, la Belgique, les Pays bas, les Etats-Unis, la Tchécoslovaquie, la Suède... durant cette période 1933 à 1936 ? rompre les relations diplomatiques puis économiques si nécessaire tant que les camps de concentration continuaient à torturer et exterminer des militants de gauche, syndicalistes et juifs.

Document de mars 1934 sur le premier camp de concentration nazi, ouvert en 1933 : Dachau

Génocide de la gauche allemande et des Juifs par les nazis : Nuit de Noël 1933 au camp de concentration extermination de Fuhlsbuettel

"Dachau, dans le camp des meurtriers" Livre d’Hans Beimler paru en août 1933 sur les débuts des camps d’extermination

7 mars 1936 Le jour où Hitler pouvait être et aurait dû être arrêté. L’Allemagne nazie réoccupe militairement la Rhénanie

* Durant la Guerre d’Espagne, la politique de non intervention choisie par la France, la Grande Bretagne, les Etats Unis et autres pays occidentaux constituait en fait une autorisation donnée au fascisme de porter Franco au pouvoir puisque l’Allemagne, l’Italie et le Portugal ne se privaient pas de soutenir militairement les franquistes. Avant d’intervenir militairement, une échelle de mesures pouvait s’imaginer pour marquer une limite au fascisme ; cela n’a pas été fait. Il faut dire que, même en France, des fractions très importantes du patronat, de la droite libérale et de l’armée étaient très liés au fascisme.

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

La CAGOULE, organisation fasciste française, tente un coup d’état pour renverser la République le 15 novembre 1937

Les 200 familles, le fascisme et la violence dans les années 1930

Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste

* de 1936 à 1939, l’armée nazie dispose de moyens bien plus importants que précédemment. Toute opposition sérieuse aux projets d’Hitler peut occasionner une guerre effroyable. Pour l’affronter, la Grande Bretagne et la France ont besoin d’être unies et de créer un second front à l’Est de l’Allemagne (au moins avec la République tchèque, la Pologne et l’URSS). La Pologne, idéologiquement proche du fascisme, refuse toute alliance avec les communistes. Staline propose cette alliance ; la chambre de Front populaire ratifie un tel pacte en 1936 mais la droite française crie à la collusion avec le communisme. Dès ce moment-là, se pose d’ailleurs la question de la Pologne puisque l’URSS est séparée de l’Allemagne par ce pays.

Les couches populaires françaises et britanniques, saignées à blanc de 1914 à 1918, sont prudentes devant la perspective d’une nouvelle guerre.

2) Rôle de l’URSS dans la défaite polonaise et dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Débats de l’été 2009 sur le sujet

A l’occasion du 70ème anniversaire de 1939, le gouvernement polonais a lancé une polémique contre la Russie en prétendant que "deux totalitarismes ont décidé du sort de cette guerre". Pour les dirigeants de Varsovie le pacte germano-soviétique, conclu le 23 août 1939, a été :

* la cause directe de l’envahissement de la Pologne par Hitler (1er septembre 1939)

* le fait déclencheur de la Seconde guerre mondiale (entrée en guerre le 3 septembre de la Grande Bretagne et de la France aux côtés de la Pologne).

Sur internet, cette position du gouvernement polonais a bénéficié de nombreux soutiens. Nous avons même reçu des messages en ce sens sur notre site. J’ai déjà répondu à un de ces forums. Pour accéder à cet article, vous pouvez cliquer sur le titre ci-dessous :

Le Pacte germano-soviétique et la Pologne. Réponse à un message de forum sur cléricalisme et fascisme traditionaliste par Jacques Serieys

Quatre arguments permettent de dénier toute validité aux affirmations du gouvernement polonais, faisant de l’URSS l’acteur majeur du déclenchement de la Seconde guerre mondiale :

* Dans Mein Kampf (1925), Hitler revendiquait déjà un "espace vital" pour la race germanique à l’Est (Pologne, URSS...)

* L’attaque de la Pologne en 1939 vient après toute une série d’initiatives de l’Allemagne nazie qui ont tout autant contribué à déclencher la Seconde guerre mondiale.

* Le moment décisif de cette marche à la guerre se situe en septembre octobre 1938. Hitler veut annexer le territoire des Sudètes, démembrer ainsi la Tchécoslovaquie, exploser son fort dispositif défensif puis l’occuper. La Pologne profite de la situation pour s’entendre avec les nazis afin d’annexer une partie riche de la Silésie (906 km² - 258 000 habitants). La Grande Bretagne et la France préfèrent s’incliner. Seuls l’URSS et les partis communistes s’y opposent.

* Le plan d’attaque de la Pologne n’a pas été signé par Hitler après la signature du Pacte germano-soviétique mais quatre mois plus tôt, le 11 avril 1939.

Jacques Serieys

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3) Cérémonies 2009 : A Gdansk, Russes et Polonais n’ont pas caché leurs divergences sur les origines de la seconde guerre mondial Article du Monde

La solennité l’a emporté sur la polémique. Les cérémonies organisées à Gdansk, dans le nord de la Pologne, mardi 1er septembre, pour commémorer le 70e anniversaire du début de la seconde guerre mondiale, ont eu lieu dans le recueillement et la gravité. Elles n’ont pas éteint, pour autant, les divergences historiographiques entre la Russie et la Pologne.

Une vingtaine de dirigeants européens se sont rendus au pied du monument dédié aux défenseurs polonais de Westerplatte, presqu’île sur laquelle le cuirassé allemand Schleswig-Holstein avait tiré les premiers coups de canon de la guerre. Les organisateurs ont enregistré l’absence de dirigeant américain de premier plan. Ils espéraient la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, ou le vice-président, Joseph Biden ; ils ont dû se contenter du général James L. Jones, conseiller à la sécurité nationale. Autres absences remarquées : celles de Nicolas Sarkozy et de Gordon Brown.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a prononcé un discours émouvant sur la responsabilité de son pays. "La guerre déclenchée par l’Allemagne a infligé une souffrance incommensurable à de nombreux peuples, des années de privation des droits, d’humiliation et de destruction", a-t-elle dit. Le président polonais, Lech Kaczynski, a répondu aux critiques russes et reconnu que le rôle de la Pologne dans le dépeçage de la Tchécoslovaquie en 1938 fut "une erreur et un péché". Puis M. Kaczynski est longuement revenu sur le massacre de milliers d’officiers polonais par la police politique soviétique à Katyn, appelant Moscou à assumer ce drame. "En quoi l’Holocauste et Katyn peuvent-ils se comparer ? Il y a un lien entre ces crimes, bien que leurs échelles soient différentes. Les Juifs ont péri parce qu’ils étaient juifs. Les officiers polonais ont péri parce qu’ils étaient des officiers polonais", a-t-il dit.

Très attendu mais guère disposé à se livrer à des actes de contrition, le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a rendu hommage aux morts. Il a rappelé le bilan des pertes humaines, enregistrées par l’URSS au cours du conflit. "Sur les 55 millions de personnes qui sont mortes, plus de la moitié - plus de la moitié ! - étaient des citoyens de l’Union soviétique. Pensez à ce chiffre terrifiant", a-t-il dit.

Même si M. Poutine et son homologue polonais, Donald Tusk, ont émis l’espoir d’un rapprochement entre les deux pays, les polémiques sur les prémices de la seconde guerre ne sont guère aplanies. Selon l’expression de M. Kaczynski, très offensif dans son discours, l’entrée en Pologne des troupes de la "Russie bolchevique", le 17 septembre 1939, à la suite de l’accord Ribentropp-Molotov, a été un "coup de poignard dans le dos".

M. Poutine a condamné ce pacte sans faire référence à ses clauses secrètes, mais il a refusé d’en faire la seule origine de la guerre. Les historiens russes et le pouvoir ont, ces dernières semaines, multiplié les attaques contre les dirigeants européens de l’époque, qui avaient tenté de s’entendre avec le régime nazi plutôt que de constituer un front commun, avec l’URSS. "Toutes les tentatives d’apaiser les nazis entre 1934 et 1939 par divers accords et pactes étaient moralement inacceptables et n’avaient aucun sens politique, elles étaient nuisibles et dangereuses", a déclaré M. Poutine.

Alors qu’avait lieu la cérémonie, le SVR (service extérieur russe) rendait public, à Moscou, des documents déclassifiés sur "les secrets de la politique de la Pologne en 1935-1945". "Une part de la responsabilité dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale repose sur la Pologne, c’est pourquoi ils essaient de déformer les faits historiques", a lancé le général Lev Sotskov.

Selon les archives russes, les dirigeants polonais s’efforçaient d’isoler l’Union soviétique tout en sous-estimant le régime nazi. Sans qu’il soit clair en quoi ces archives relativisent l’importance majeure du pacte Molotov-Ribentropp, elles permettent d’entretenir la confusion. Surtout, elles épargnent la nouvelle doxa identitaire russe, qui a émergé depuis dix ans : elle repose sur la "grande guerre patriotique", qui a permis la victoire sur les nazis.

Piotr Smolar


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