3 au 13 décembre 1851 Résistances au coup d’état de Napoléon 3 en province

jeudi 8 juin 2017.
 

Fin février 1848, le vaillant peuple parisien renverse le dernier clown faisant fonction de roi de France. La révolution se déploie rapidement dans toutes les communes du pays sans grande opposition. De nouvelles municipalités s’installent, élues par tous les citoyens. Les figures du mouvement républicain progressiste refont partout surface.

28 février 1848 : Ange Guépin devient commissaire du gouvernement provisoire à Nantes

Raspail, passeur de la révolution française au socialisme, candidat à la présidence de la république le 11 décembre 1848

La république veut se montrer généreuse pour tous les Français. Le culte catholique bénéficie d’une attention bienveillante. La guillotine est brûlée en place publique. Des arbres de la liberté sont plantés dans de nombreuses communes.

L’ambiance générale est à la joie, à la fraternité, à l’émancipation sous ses diverses formes. Le gouvernement révolutionnaire prend des mesures effectivement progressistes (suffrage universel, journée de 10 heures…).

25 février 1848 : Première proclamation du droit au travail

27 avril 1848 "Nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves"

Femmes

Cependant, la droite et les classes privilégiées reprennent vite le sens de leurs intérêts ainsi que leur penchant totalitaire naturel. En juin 1848, au premier mouvement social ouvrier en défense des ateliers nationaux, ils s’appuient sur des "républicains" pour faire tirer l’armée ; pour eux, rien de tel qu’un bain de sang (3000 morts) pour calmer les pauvres quelque temps.

Du 24 février au 26 juin 1848 Il y a 163 ans, la Révolution et la république, du lyrisme à la répression sauvage du mouvement ouvrier

En Europe, les autres grandes révolutions sont écrasées, les unes après les autres (Italie, Allemagne, Autriche, Pologne, Hongrie).

La constitution élaborée par l’assemblée de 1848 prévoit l’élection d’un président de la république élu au suffrage universel pour un mandat de quatre ans non renouvelable immédiatement.

Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er, est élu triomphalement (5400000 suffrages). Les socialistes, désorganisés et démoralisés par la répression présentent Raspail mais ne font que de la figuration (37000 voix).

Malgré le fort score des "Montagnards" lors des élections législatives de 1849, le rouleau compresseur des conservateurs épuise de plus en plus l’élan révolutionnaire. Pour ne pas prendre de risque, les diverses forces conservatrices jouent la carte d’un coup d’état pour rétablir l’empire.

2 décembre 1851 : Coup d’état de Napoléon III

Plusieurs grandes villes connaissent à partir du 3 décembre des mouvements populaires de résistance au coup d’état (Toulouse, Limoges, Marseille, Perpignan, Bayonne, Bordeaux, Strasbourg...).

Parmi les arrondissements ouvriers, nous pouvons citer celui du Valenciennois, en particulier sur Anzin. Estimant ce secteur « le plus travaillé par les socialistes » le préfet du Nord a fait arrêter rapidement tous les meneurs susceptibles d’agir contre le coup d’état. L’armée positionne de "forts détachements" dans des villes minières comme Denain et Saint Amand les Eaux. Malgré un véritable état de siège, une centaine de personnes prend la mairie d’Anzin et les fusils qui y étaient stockés puis part en colonne faire le tour des cantons voisins. Un escadron de cavalerie et une compagnie d’infanterie partent aussitôt à leur poursuite, les rattrapent et les dispersent.

Pour empêcher le développement de cette agitation, 32 départements sont placés en état de siège par le nouveau pouvoir ; les exécutions sommaires servent de leçon.

Une véritable insurrection citoyenne se développe dans le Sud-Est, particulièrement dans les départements de l’Ardèche, de la Drôme, du Vaucluse, du Var, des Hautes Alpes. Des bourgs y gagnent une renommée éternelle : Aups, Apt, Les Mées, Manosque, Barcelonnette... Dans les Hautes Alpes, les Républicains tiennent Digne du 7 au 13 décembre ; pour gérer le département ils installent un Comité départemental de résistance.

C’est le soulèvement populaire du Var qui est passé à la postérité.

De Valmy au soulèvement du Var le 5 décembre 1851 : la République au coeur !

Cette grande levée démocratique du département prit la forme d’une colonne qui, partie du Luc et de la Garde-Freinet , passa par Vidauban, Lorgues, Salernes et alla mourir à Aups, décimée par les forces gouvernementales. Le récit fourni par Ténot donne une bonne idée du fond naïf, ne commettant aucun désordre et profondément démocratique de ces résistants de 1851 qui vont être sauvagement réprimés partout : "Le contingent de chaque bourg formait un bataillon. Le fusil de chasse était l’arme ordinaire...". Pourtant, ici aussi, des prisonniers sont fusillés, parfois sans aucune raison " Cette fois, ce n’était plus deux, mais quatre prisonniers qui allaient mourir (...) ils marchaient attachés ensemble, sous l’escorte de quelques soldats " (Ténot). Les flaques de sang qui violent bientôt la terre sont celles de Justin GAYOL (bouchonnier de Vidauban, né le 9 Octobre 1831 à Vidauban), de François COULET (cultivateur de Vidauban, né aux Arcs le 25 février 1812), d’Antoine Emmanuel PHILIP (maître cordonnier de Vidauban, né le 29 août 1821 à Bargemon), de François ARAGON (ouvrier charron à Vidauban, originaire du Muy).

Dans plusieurs départements, la répression consiste dans la déportation de toute personne ayant participé de près ou de loin à la résistance au coup d’état.

CONCLUSION

Rappelons que 80 députés furent bannis, que 26000 personnes furent arrêtées dont 9530 déportées vers l’Algérie, le bagne de Cayenne...

Et laissons le dernier mot à Victor Hugo refusant l’amnistie pour mieux combattre les sanglants gredins « Fidèle à l’engagement que j’ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu’au bout l’exil de ma liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai »

Jacques Serieys

Sitographie :

http://www.1851.fr/auteurs/latta_1.htm


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