Pas de Résistant communiste au Panthéon : une falsification de l’histoire

jeudi 12 octobre 2017.
 

- A) 27 mai 2015 : L’offense de François Hollande au Parti des fusillés (Jacques Serieys)

- B) DECLARATION D’ANDRE CHASSAIGNE ET MARIE-GEORGE BUFFET

- C) Entretien avec Roland Leroy (L’Humanité)

A) 27 mai 2015 : L’offense de François Hollande au Parti des fusillés

Ce 27 mai 2015, François Hollande rend hommage à la Résistance antifasciste française des années 1940 à 1945 en présidant les cérémonies d’entrée au Panthéon de quatre héros : Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay.

Ces quatre figures de la Résistance ont toute leur place dans ce mémorial qui exprime «  aux grands hommes  » la reconnaissance de la nation. Elles y rejoignent Jean Moulin pour représenter ceux qui n’avaient pas cédé à la vague du fascisme :

10 juillet 1940 : 173 parlementaires de droite sur 174 installent légalement en France le fascisme traditionaliste de Pétain

1 au 11 juillet 1940 : Cléricalisme et fascisme pétainiste, satisfaits de la victoire nazie, vomissent laïcité, République et syndicalisme

Ces quatre cercueils entreront ensemble dans la crypte «  Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi, et même, ce qui peut-être plus atroce, en ayant parlé  ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration  ; avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de “Nuit et Brouillard” enfin tombé sous les crosses  ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes  ; avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres.  » (André Malraux lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon).

François Hollande a pris soin de représenter toutes les familles politiques (socialiste, gaulliste, sans parti, radicale) pour cet hommage national sauf celle qui s’était le plus engagée  : les communistes.

A1) Les quatre entrants au Panthéon méritaient cet honneur

Nous avons déjà mis en ligne sur ce site quelques articles valorisant le courage de ces personnalités :

20 au 22 mars 1944 le Résistant Pierre Brossolette, atrocement torturé, meurt sans avoir parlé

Hommage à Germaine Tillion décédée hier, une femme "debout", ethnologue, Résistante, déportée à Ravensbruck, engagée à gauche (3 articles)

Hommage à Jean Zay, grand ministre du Front Populaire

A2) Le rôle primordial et incontournable du PCF dans la Résistance

L’action résistance de mon père comme de mon grand-père maternel m’ont permis dès mon enfance, d’une part de côtoyer des Résistants de la première heure, d’autre part d’entendre d’innombrables récits concrets. Ma passion et ma formation universitaire en histoire m’ont ensuite permis de compléter cette connaissance.

Le choix politicien de François Hollande consistant à exclure les communistes de l’histoire officielle de la Résistance constitue sans aucun doute :

- d’une part une falsification de l’histoire réelle car les communistes ont apporté à la Résistance plus de combattants, plus de déportés, plus de fusillés que toutes les autres familles politiques réunies

- d’autre part une offense au PCF qui a pourtant, à l’époque, largement contribué à la constitution, à l’action et à l’unification de la Résistance.

A3) Un de ces communistes aurait symboliquement mérité d’entrer au Panthéon

16 novembre 1943 : Olga Bancic, grande résistante, est arrêtée par quelques raclures de la police française au service des nazis

19 février 1944 : Manouchian (dirigeant des FTP MOI) et ses camarades arrêtés par la police française sont fusillés par les nazis

Héroïnes de la Résistance antifasciste Lucie Aubrac, M-C Vaillant-Couturier...

11 avril 1944 Le résistant Joseph Epstein (chef des FTP de la région parisienne) est écorché, "massacré", fusillé sans avoir parlé

23 juillet 1943 : Le Résistant Marcel Langer est guillotiné à Toulouse

Henri Rol-Tanguy

Lettre de Guy Môquet (contexte, message, compléments)

27 résistants fusillés à Chateaubriant Débat de 2008 sur la lettre de Guy Môquet

18 juin 1940 Georges Guingouin commence la résistance

Résistance : L’appel de Charles Tillon du 17 juin 1940

27 décembre 1944 Mort du colonel Fabien, héros antifasciste

...

B) DECLARATION D’ANDRE CHASSAIGNE ET MARIE-GEORGE BUFFET

Aujourd’hui les cendres de quatre figures de la Résistance vont être transférées au Panthéon, quatre personnalités qui se sont illustrées dans le combat contre la barbarie nazie.

La nation toute entière affirme dans ce geste sa reconnaissance à Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion et Jean Zay, deux femmes et deux hommes qui ont incarné les valeurs de la France, face à la collaboration.

Ces hommes et ces femmes confèrent un visage et une âme à l’aventure collective de la Résistance.

Les députés du Front de gauche s’associent pleinement à l’hommage qui leur est aujourd’hui rendu.

Alors que les cendres de ces quatre hommes et femmes d’exception vont rejoindre celles de Jean Moulin, l’artisan de l’unification de la Résistance, nous regrettons que le chef de l’Etat ait porté atteinte au symbole de cette unité en n’accueillant pas, parmi ces personnalités dont nous saluons collectivement la mémoire, une figure de la résistance communiste.

Les communistes ont été une composante essentielle de la Résistance sur le sol français. Ne pas honorer la mémoire de ces hommes et de ces femmes, c’est amoindrir la force et la grandeur d’une Résistance unie dans l’insurrection et l’espérance, qui donnera naissance au programme de renouveau social et démocratique de la Libération.

Pour notre part, nous participerons à la cérémonie organisée au Panthéon en rendant hommage à toute la Résistance, à ses combats et aux engagements qui sont toujours les nôtres.

C) Entretien avec Roland Leroy

Les militants du PCF ont joué un rôle important au sein de la Résistance. Jeune cheminot engagé dans la lutte clandestine, Roland Leroy revient sur ce combat libérateur qui a vu de nombreux résistants internés, tués.

Le président de la République a décidé d’honorer la Résistance au travers de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay. N’y a-t-il pas une forme d’injustice de ne pas avoir fait entrer toute la Résistance au Panthéon  ?

ROLAND LEROY Il est impossible d’évoquer convenablement la Résistance en omettant le rôle des communistes. Aucun d’entre eux n’a été choisi pour figurer au Panthéon. Le choix aurait pourtant été facile parmi Guy Môquet, Henri Rol-Tanguy, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Gabriel Péri, Missak Manouchian et tant d’autres… Ce n’est pas seulement une grave injustice. C’est une falsification profonde de l’histoire nationale.

Pourquoi les communistes ont-ils été les moteurs du combat clandestin en de nombreux endroits  ?

ROLAND LEROY Le PCF avait combattu la venue du fascisme en Italie, puis en Allemagne, sa poussée en Espagne. Il avait été à l’initiative de la création du Front populaire en France dès 1934-1935 pour faire barrage au fascisme  ; il avait dénoncé et combattu vigoureusement la politique de non-intervention en Espagne et l’odieuse capitulation de Munich. Il avait enfin préconisé la conclusion d’une véritable alliance de la France et de la Grande-Bretagne avec l’Union soviétique, contre Hitler et Mussolini, ce qui aurait rendu impossible le traité de non-agression germano-soviétique. C’est donc tout naturellement que ses membres ont été parmi les premiers et les plus actifs combattants de la résistance anti-hitlérienne.

Vous avez participé à cette lutte dans l’ombre. Quelle forme a pris cet engagement  ?

ROLAND LEROY Ma famille était engagée dans la lutte antifasciste avant la guerre. Elle a, dans la région d’Elbeuf, participé à l’organisation du soutien aux républicains espagnols, de la condamnation de l’accord de Munich. Jeune cheminot, j’ai d’abord été, dès le début 1940, un des premiers organisateurs de la jeunesse communiste clandestine dans la région. À cette époque, j’ai participé à la réalisation de déraillements de trains et d’attentats contre des soldats allemands. Un de mes cousins germains, Maurice Boulet, a été fusillé comme sanction à un des attentats auxquels j’avais pris part. Le responsable interrégional, qu’on appelait Guillou et dont le vrai nom était Jean Collet (devenu après-guerre adjoint au maire à Vitry-sur-Seine), me demanda de devenir un des dirigeants illégaux de la Jeunesse communiste. Je quittai donc mon activité cheminote et devins secrétaire régional d’organisation de la Jeunesse communiste pour la Seine-Inférieure, puis premier secrétaire de la Jeunesse communiste clandestine dans le département de l’Oise, ensuite premier secrétaire pour la Seine-Inférieure, puis, enfin, peu de temps avant le débarquement allié, responsable interrégional adjoint. Avec Jean Collet, nous assumions la direction de la Jeunesse communiste pour huit départements (la Normandie, plus l’Oise, la Somme et l’Eure-et-Loir). La densité énorme de l’occupation hitlérienne dans la région rendait impossible l’organisation de maquis. Nous fîmes cependant deux tentatives (l’une près de La Bouille, l’autre à côté de Fleury-sur-Andelle). Nous n’avions pour armes que celles que nous prenions aux ennemis hitlériens et vichyssois, souvent grâce à des attentats car les parachutages étaient réservés aux organisations gaullistes. Il nous fallut, dans la Somme, faire pénétrer une organisation par une camarade afin de «  bénéficier  » ainsi d’un parachutage.

Quelle place originale les communistes 
tenaient-ils au sein de la Résistance  ?

ROLAND LEROY Il n’est pas sans importance de signaler que les troupes américaines étaient munies d’une monnaie de guerre destinée à la population française après le débarquement. Le général de Gaulle réagissait avec rapidité et fermeté, patriotiquement, pour empêcher les Américains de déposséder les Français de leur pouvoir national. Ce fut le sens de son discours de Bayeux. Il faisait installer les commissaires régionaux de la République et les préfets, et la valeur de la monnaie française. On peut rapprocher de cela la percée du détachement français sous les ordres du général Leclercq qui contribua, avec les Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la capitale, à la libération de Paris. Les communistes tenaient leur place dans les FFI. Le PCF associé à de nombreuses organisations (le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, les FTP, l’UFF…) participaient, dans le Conseil national de la Résistance (CNR) et les comités départementaux de la libération, à l’union de la Résistance. Avançant lentement, détruisant par bombardements aériens les villes de Normandie (Le Havre, Rouen et sa banlieue, Caen, Argentan, etc.), les troupes anglo-américaines piétinaient et ainsi ne soulageaient pas le front de l’est tenu par les Soviétiques. Le général de Gaulle ne participa jamais dans les années suivantes aux commémorations anglo-américaines du débarquement. Il avait – dès décembre 1944 – fait le voyage de Moscou pour y conclure le pacte d’alliance franco-soviétique. Ce qui eut pour conséquence, parmi d’autres, l’insistance mise par les Soviétiques pour que le gouvernement français participe aux négociations du traité de paix à Berlin.

Les artisans du dictionnaire les Fusillés, 1940-1944 (Éditions de l’Atelier) parlent de 20 000 fusillés, exécutés et morts au combat, et jusqu’à 30 000 hors du territoire national. À la Libération, le PCF, «  parti des fusillés  », donne un chiffre que les manuels d’histoire réfutent. Quel est votre sentiment  ?

ROLAND LEROY Un chiffre de 75 000 fut avancé par la direction communiste dès la Libération. Certes, il était supérieur à la réalité. La vérité s’établit, selon moi, entre les deux chiffres que vous citez. Il n’en reste pas moins que le peuple français a payé lourd sa libération et que les communistes ont donné leur part importante. Il demeure aussi que – dès la Libération et grâce à la clairvoyance et à la fermeté du général de Gaulle – un gouvernement d’union patriotique fut constitué, les ministres communistes y tenaient une place décisive pour de grandes questions (par exemple, le statut des fonctionnaires réalisé par Maurice Thorez  ; la Sécurité sociale et la retraite, grâce à Ambroise Croizat  ; EDF-GDF, due à Marcel Paul…). Ils s’appuyèrent sur le programme du CNR. Les leçons de cette histoire sont toujours d’actualité.

La « résistance unie » au Panthéon et place du Colonel-Fabien. Le 27 mai, Journée nationale de la Résistance, date anniversaire de la création du CNR unifiant la Résistance, quatre héros de la Résistance feront leur entrée au Panthéon. François Hollande, qui a fait le choix de quatre noms, a pris soin de rassembler toutes les familles politiques (gaulliste, socialiste, radicale et sans parti) sauf une  : les communistes. Ce choix partial a suscité une vive émotion. Des campagnes pour soutenir la candidature de figures majeures de résistants communistes, étrangers de la MOI, issus de la classe ouvrière, se sont développées dans plusieurs régions. Le 27 mai, le PCF organisera partout en France des hommages sur le thème  : «  Célébrons la Résistance unie  ». Une soirée est prévue au siège national 2, place du Colonel-Fabien à Paris à partir de 19 h 30.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message