2011, année révolutionnaire

dimanche 21 octobre 2018.
 

L’espoir révolutionnaire d’un monde meilleur s’évanouira seulement le jour où les humains seront libres, égaux et heureux, de Manille à Manaus, de Belfast à Ouagadougou. D’ici là, elles ne s’essouffleront ici que pour mieux renaître ailleurs ou plus tard. L’année 2011 illustre parfaitement cette leçon de l’histoire.

Dans les années 1980 et 1990, Reagan, Pinochet, Thatcher, Khomeini, Seillière, Furet et Jean-Paul II avaient cru pouvoir enterrer définitivement la Révolution (mouvement de masse partant des revendications et aspirations populaires pour amener un changement en profondeur dans la structure politique et sociale). Ils sont morts, la Révolution se porte bien. « La révolution, c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut être adhérent du Parti socialiste » avait proclamé Mitterrand en 1971, durant les années 1968 où ce point de vue constituait le sésame minimum pour se réclamer de gauche.

Depuis, la révolution a beaucoup dormi pour reprendre des forces et soudain nous l’avons reconnue « Quarante ans déjà. Coucou ! Me revoilà ! » Les ordures qui profitent ou dirigent le monde capitaliste commencent enfin à susciter indignation morale, lutte syndicale et progrès de la conscience politique d’Athènes à Santiago, de Tunis à Tokyo, de Madrid à New York.

Quel beau symbole d’une période révolutionnaire que le printemps arabe, de la Tunisie à l’Egypte, de Bahrein au Yémen ! Le chemin est long et difficile d’un mouvement révolutionnaire à son débouché politique progressiste. De ce point de vue, nous devons suivre en détail l’évolution de la situation dans des pays comme la Lybie et la Syrie où les enjeux stratégiques pour l’OTAN et ses alliés peuvent tout pourrir.

Quel beau symbole cependant que de voir à la tête du fantastique mouvement étudiant chilien de 2011, Camila Vallejo, cette petite fille d’un ancien adhérent du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire) des années 1970, une organisation que Pinochet avaient voulu exterminer jusqu’au canari. " Pour exterminer une portée, il faut tuer la chienne" s’était-il vanté ("Se mata a la pera y se acaba la leva"). Plus étonnant, cette dirigeante de valeur, membre du PC chilien, a été battue pour le renouvellement de son mandat... par une coalition encore plus radicale ! Cela me rappelle la gauche de l’UNEF des années 1960.

Quel symbole encore que cette journée du 15 octobre 2011 qui a vu des Indignés défiler des 4 coins d’Europe aux 4 coins d’Asie, de Boston à Madrid, de Sydney à Bruxelles, des Philippines au Portugal, du Japon à la Suisse !

1) De 1961 à 2011, un cycle politique interminable

L’histoire ne suit pas une trajectoire rectiligne des siècles farouches vers la civilisation et l’émancipation.

L’aspiration humaine à de meilleures conditions de vie et de travail, à un meilleur partage des richesses et du pouvoir connaît fondamentalement des cycles comprenant :

1a) une période de hausse de la combativité, de la conscience, du rapport de force des dominés contre les dominants, par exemple de 1961 à 1967

Que s’est-il passé en 1961 pour débuter alors un cycle de progression :

- grève générale belge

- grève des mineurs de Decazeville

17, 18, 19 avril 1961 Le peuple cubain met en déroute le débarquement US dans la Baie des cochons

- développement de la résistance vietcong face à la dictature pro-américaine installée à Saïgon

- Insurrections en Angola, Érythrée

- Echec du putsch d’Alger et ouverture de la conférence d’Évian

- début du mouvement des pays "non-alignés"

- grands mouvements pour les droits civiques aux USA et élection d’une majorité démocrate sur le thème d’une nouvelle frontière intégrant l’objectif d’une lutte contre les inégalités sociales et raciales.

- entrée des communistes au gouvernement en Indonésie

- révolte kurde en Irak. gauchissement politique de Nasser en Egypte

- développement du mouvement pour la paix et le désarmement nucléaire...

1b) une période révolutionnaire de poussées, parfois de grandes poussées (par exemple de 1775 à 1802, autour de 1848, de 1917 à 1923, autour de 1968), parfois des poussées plus locales (1830, 1870, 1905, 1936, 1945). Il suffit par exemple de jeter un coup d’oeil sur les années où les droits des femmes comme le suffrage universel ont progressé pour comprendre le lien très fort unissant poussée révolutionnaire et progrès démocratique.

83 articles sur Mai 1968 : faits, analyses, souvenirs, bilans, actualité...

1c) - une période de reflux après celle-ci (par exemple de 1975 à 1984)

3 mai 1979 : Margaret Thatcher, incarnation de la droite libérale implacable, devient première ministre britannique

1d) - une période de réaction durant laquelle les puissants reprennent complètement la main (par exemple de 1984 à 1994)

1e) - une période de remontée (par exemple de 1994 à 2010)

30 novembre 1999 à Seattle : Une grande mobilisation altermondialiste perturbe la Conférence de l’Organisation mondiale du commerce

LES DIX PREMIÈRES ANNÉES D’ATTAC, 1998-2008

La Bolivie, un des pays les plus pauvres du monde, défend l’intérêt des populations. Un exemple contre toutes les capitulations passées et présentes (mai 2006)

L’année 2011 confirme cette longue et hésitante phase de montée internationale des luttes depuis 1994. Elle augure peut-être de notre entrée dans une période révolutionnaire qui dépend en partie d’un facteur subjectif : NOUS. Que pouvons-nous apporter pour éviter l’isolement des luttes, des petits groupes démocratiques et anticapitalistes dans chaque pays ?

2) En 2011, le monde arabe a illustré les grandes caractéristiques des poussées révolutionnaires :

- une combativité populaire, massive, déterminée, parfois même héroïque, contre la pauvreté et la corruption, pour la liberté, la dignité, une démocratie réelle (Tunisie, Egypte, Lybie, Syrie, yémen, Bahrein...)

- des révolutions

14 janvier 2011 La révolution démocratique tunisienne balaie le dictateur Ben Ali Acte 1

- des réformes ou pseudo-réformes engagées par les pouvoirs en place pour essayer de canaliser, assécher cette combativité avant qu’elle ne les mette en danger (Maroc, Algérie, Arabie Saoudite...)

- des bouleversements géopolitiques ( chute de Ben Ali, Moubarak et Khadafi, création du Sud Soudan, Demande palestinienne à l’ONU)

- une progression des courants politiques réellement progressistes

- une mobilisation particulièrement forte de la jeunesse, des salariés, des groupes opprimés

3) Printemps arabe : Les périodes révolutionnaires s’expliquent par des facteurs subjectifs (les nouvelles générations n’ont pas connu les répressions et échecs subis par les précédentes) mais aussi par des causes objectives.

Tous les observateurs ont noté la forte participation de jeunes scolarisés et diplômés lors des mobilisations arabes avec des grèves et occupations dures. Notons de prime abord que la généralisation de la scolarisation en primaire puis secondaire a permis une meilleure autonomie de chaque individu, a modifié le rapport des peuples arabes à la religion et à la connaissance ; il a induit une envie de comprendre, de participer au politique. Youssef Courbage insiste dans le n° 42 des Collections de L’Histoire sur « la sécularisation mentale, fruit de l’instruction, la déprise de la religion sur les choses essentielles. Le fort recul de la natalité, qui a fait passer l’espérance de vie de 40 à plus de 75 ans entre les années 1950 et aujourd’hui, a, en sus, donné un sérieux coup au fatalisme. Les pouvoirs traditionnels, les hiérarchies les mieux établies (le père qui domine ses enfants, le mari qui dicte ses volontés à sa femme) furent secoués. La cohabitation sous un même toit d’un père analphabète et d’enfants éduqués est source de malaise. D’où des remises en question en cascades... La contestation ne s’arrête pas aux portes des foyers : l’individu s’interroge sur l’autorité d’un président -le plus souvent à vie- comme il a remis en question celle du père. »

Tous les observateurs ont noté la forte participation de femmes dans ces mouvements. Or, le statut d’une majorité de femmes avait beaucoup évolué de 1970 à 2010, passant d’une oppression ancestrale (faible scolarisation, mariage jeune au sein du clan familial ou local, enfermement avec forte fécondité de 7 à 8 enfants, rôle de chef de famille dévolu au mari...) à une modernisation nette par exemple en matière de scolarisation et de fécondité. Les pays européens avaient mis deux siècles pour pour passer d’une fécondité forte (6 à 8 enfants) à une plus faible, aux alentours de 2. Les pays arabes ont franchi ce palier en 40 ans de 1970 à 2010 : de 7,2 enfants par femme à 2,05 en Tunisie, de 7,4 à 2,2 au Maroc, de 8,4 à 2,7 en Algérie, 7,6 à 2,7 en Lybie, de 7,8 à 3,5 en Syrie et même de 8 à 3,6 en Jordanie. « Limiter sa progéniture permet de mieux soigner ses enfants, les nourrir mieux, les scolariser plus longtemps... Dans une famille restreinte, modèle qui a largement pénétré la famille arabe, les relations mari-épouse, parents-enfants, deviennent plus démocratiques, plus libres, ce qui a forcément des conséquences sur la société tout entière. »

Ajoutons pour finir une dernière remarque. Le pourcentage de jeunes scolarisés à l’université atteint un pourcentage élevé dans les pays arabes (34% en Tunisie, 54% en Lybie, 28% en Egypte, 32% en Arabie saoudite, 20,5% en Syrie, 18% en Algérie, 13% au Maroc). A l’heure où ces jeunes deviennent ingénieurs et savent se servir du web, la société économiquement capitaliste libérale et politiquement autocratique les privait des richesses, des fonctions politiques et des emplois ; cela ne pouvait durer et cela reste une contradiction pérenne.

4) Le mouvement étudiant chilien rappelle les mouvements étudiants des périodes révolutionnaires

L’Amérique latine avait subi les coups les plus durs qui avaient permis aux USA de casser la poussée révolutionnaire des années 1968 avec l’instauration de dictatures militaires (et parfois du fascisme) en Bolivie, au Paraguay, en Uruguay, au Chili, en Argentine... Depuis 1994, ce continent a porté l’essentiel du rapport de force qui a permis la remontée internationale des luttes jusqu’à aujourd’hui.

En cette année 2011, nous avons le plaisir de voir le plus grand mouvement étudiant de l’année se dérouler dans le pays emblématique du fascisme libéral pro-étatsunien : le Chili.

Chili : un mouvement étudiant d’ampleur historique, révolutionnaire anti-néolibéral

Cette mobilisation présente toutes les caractéristiques historiques du rôle du mouvement politique étudiant en début de période révolutionnaire lorsqu’aucune force politique organisée n’est en mesure de relayer les aspirations populaires. Comme en 1789 et 1830 en France, en 1848 en Autriche, en 1905 en Russie, en 1921 en Chine, en 1968 sur tous les continents...

27 janvier 1789 Le soulèvement à Rennes des jeunes bretons du Tiers-état face aux ratonnades nobles marque le début de la crise pré révolutionnaire de 1789

27, 28 et 29 juillet 1830 : les "3 glorieuses" d’une révolution réussie puis confisquée

[Où allez-vous, jeunes gens qui battez les rues, manifestant ... la bravoure et l’espoir de nos vingt ans ? Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice ! (Emile Zola)

La Révolution russe de l’automne 1905 commence par le mouvement étudiant

19 janvier 1968 : Les manifestants Zengakuren (Japon) marchent sur le porte-avions US Enterprise. Leur action a un impact mondial

21 octobre 1967 : La manifestation contre la guerre du Vietnam devant le Pentagone, un symbole de la radicalisation de la jeunesse entre 1966 et 1968

Fait significatif du contexte mondial actuel, le mouvement chilien de 2011 est parti d’une lutte sur le terrain environnemental contre cinq grands barrages qui allaient noyer une partie de la Patagonie et une ligne à haute tension qui devait défigurer tout le pays sur 2300 kilomètres pour apporter de l’électricité aux sociétés minières étrangères qui empochent des profits fabuleux et ne paient presque pas d’impôt à l’Etat chilien. « Quelque chose s’est produit dans l’inconscient collectif : une explosion de colère contre les oligopoles, contre la subordination de l’Etat aux intérêts commerciaux, contre le grand capital qui fait ce qu’il veut. L’idée que le Sud du Chili est pur, a aussi rassemblé. » (Raül Sohr, journaliste et écrivain)

Je vais me limiter ici à présenter quelques citations venues du pays dont nous gardons au coeur, depuis le 11 septembre 1973, une plaie ouverte :

Camila Vallejo, figure emblématique du mouvement étudiant chilien

« Les étudiants se mobilisent depuis quatre mois pour dénoncer la logique néo-libérale dans l’éducation, revenir à une éducation gratuite et l’ouvrir aux travailleurs. En face, il y a un gouvernement qui défend les intérêts des entreprises et des puissants. » (Gabriel Munoz, étudiant en philosphie)

« La situation est sans retour, une porte s’est ouverte. Si cela ne change pas aujourd’hui, cela changera demain. C’est l’expression d’un phénomène plus grand, plus profond, qui se déroule à l’échelle de l’humanité : on vit une crise profonde du néolibéralisme, de l’individualisme exacerbé, du marché » (Guido Girardi, président du sénat chilien)

La combativité populaire n’étant totalement écrasée dans aucun pays, a continué à monter dans les pays arabes mais aussi sur d’autres continents. Le mouvement des Indignés en est une preuve évidente.

5) Les Indignés, phénomène classique des débuts de période révolutionnaire

Lorsque de nouvelles populations se réveillent de leur somnolence citoyenne parce que chaque individu se voit personnellement touché, elles commencent par se prétendre apolitiques, hors parti... Ce fut le cas en 1918 1919 avec le mouvement pacifiste, ce fut le cas de 1960 à 1965 avec le mouvement antinucléaire et les beatniks.

Avant de s’en prendre au capitalisme, chaque nouvel indigné parle d’abord de lui, de ses boulots de merde, de son porte-monnaie vide, de sa retraite évanescente... Plutôt que de participer à construire un parti pour changer le système, chaque nouvel indigné a besoin de sentir qu’il agit immédiatement lui-même. Ainsi, les places des grandes villes voient fleurir des occupations de Syntagma à la Place Tahrir, de la Puerta del Sol à Wall Sreet.

APPEL des Indignés espagnols et grecs Qu’ils s’en aillent tous !

APPEL INTERNATIONAL : Ce dimanche 19 juin, marchons ensemble contre le Capital et la crise !

En direct des Indignés de Bastille (article national PG)

Pays-Bas : Ici aussi des Indignés occupent des places (article national PG)

Un printemps espagnol après le printemps arabe ? Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes (11 articles)

Manifeste de « Democracia Real Ya ! ». Liste des occupations en Espagne et ailleurs

Les socialistes révolutionnaires ne doivent surtout pas prendre de haut ces mouvements. Ils sont aujourd’hui aussi importants que les élections et les luttes ouvrières.

Leur pacifisme, leur moralisme, leur simplisme dans la mise en cause du système financier capitaliste peuvent toucher de grandes masses mieux et autrement que l’activité de nos organisations politiques. Même Mario Draghi et Jean-Claude Trichet disent comprendre "les Indignés". Cela contribue à valider nos analyses auprès de milieux généralement imperméables à la pensée anticapitaliste.

Ce mouvement des Indignés présente des formes et des contenus extrêmement divers qui touchent généralement à un aspect de la marchandisation de la planète ; parfait ! Ce mouvement en appelle de façon souvent naïve à un monde partage, de démocratie, de culture, de défense de l’environnement et des biens publics ; parfait ! La balle est à présent dans le camp des anti-capitalistes : nous devrons être capables de rendre crédible un projet civilisationnel pour le 21ème siècle concrétisé par des programmes adaptés à chaque pays, chaque élection, chaque lutte. Nous devrons être capables en même temps de construire des organisations et fronts unitaires aptes à engager cette alternative.

En quelques mois, ces mouvements ont déjà connu des évolutions politiques rapides. Quand un individu passe deux mois dans le froid à occuper une place, à militer, à subir la morgue policière, à participer à des débats... il se pose nécessairement peu à peu la question des alliés objectifs utiles parmi les partis, syndicats, associations...

En Espagne par exemple, les Indignados et Izquierda Unida se sont rapprochés. Lors de la journée planétaire du 15 octobre 2011, des Américains occupaient devant Wall Street, des Britanniques dans la City de Londres, des Allemands devant le siège de la Banque Centrale Européenne (objectifs très politiques désignant bien les lieux de pouvoir du capitalisme financier transnational...

En ce mois d’octobre 2011, c’est aux Etats Unis que le mouvement des Indignés trouve le plus de force. Un tel mouvement politique était inimaginable dans ce pays depuis une quarantaine d’années. Ne boudons pas notre plaisir !

WALL STREET De nombreuses grandes villes américaines enfantent des Indignés (videos et x articles)

La journée "Indignés" du 15 octobre représente une mobilisation tout à fait nouvelle dans l’histoire humaine avec des manifestations simultanées en Espagne (près d’un million de participants), en Italie (200000 à Rome...), au Portugal (plus de 100000)... En cliquant sur l’adresse URL ci-dessous, notre lecteur peut visualiser les lieux de manifestation dans toutes les parties du monde, de l’Amérique du Nord à l’Afrique, du Sud-Est asiatique à l’Europe, de l’Amérique latine à l’Oéanie.

http://map.15october.net/main

Pour en finir avec cette journée du 15 octobre 2011, je voudrais insister sur la violence de l’intervention policière dans la royauté totalitaire du Maroc.

Le régime marocain viole les droits démocratiques à l’occasion de la journée mondiale pour une réelle démocratie !

6) La principale inconnue pour 2012 réside dans la réaction du mouvement ouvrier aux plans d’austérité portés par le grand capital.

Les syndicats ont déjà joué un rôle important durant les révolutions tunisienne et égyptienne de 2011.

Les syndicats ont déjà joué un rôle important dans les grèves générales de Grèce, Espagne, Portugal, Italie durant cette année 2011.

La Grèce nous apporte l’exemple le plus net d’un changement d’état d’esprit, d’un passage de la résignation au refus de l’écrasement puis au sentiment que tout est possible.

Grèce : grève générale forte et affrontements devant le Parlement à Athènes 3 articles (29 juin 2011)

Des luttes ouvrières dures se déroulent actuellement dans tous les pays d’Europe contre les licenciements et fermetures d’entreprises.

Cependant, la main mise de dirigeants sociaux démocrates sur la grande majorité des syndicats pèse lourd sur leur incapacité à gagner des victoires sociales significatives.

Lorsque le mouvement est long, massif, déterminé, uni et échoue finalement, un certaine découragement se fait inévitablement sentir. tel est le cas en France après l’admirable mobilisation de l’automne 2010.

Cette partie 6 sera bientôt complétée.

7) Je voudrais terminer par trois remarques.

a) Toute période révolutionnaire connaît des années de haut et des années de bas. Si les années 2012 et même 2013 ne nous offraient pas de mouvements sociaux très importants, cela n’infirmerait pas le point de vue que nous sommes entrés en 2011 dans une période révolutionnaire.

Un seul gros échec peut casser le développement d’une période révolutionnaire. Tel a été le cas pour la Commune parisienne de 1871. Tel a été le cas pour l’Allemagne de 1919 à 1925. Tel a été le cas pour l’Amérique latine des années 1973 (Chili) et 1974 (Argentine).

b) Si notre pronostic se confirme, nous assisterions à la concomittance d’une crise du capitalisme et d’une période révolutionnaire.

Ce serait un cas particulier :

- la crise de 1929 a éclaté et s’est développée dans une période de réaction ;

- la période révolutionnaire des années 1968 ne concordait pas avec une crise économique...

Plusieurs journalistes s’étaient moqués du propos de Jean-Luc Mélenchon selon lequel "la saison des tempêtes est revenue dans l’Histoire !". Pourtant, le candidat du Front de Gauche a raison.

c) Tout militant doit terminer l’analyse d’une période par celle de ses propres forces et de ses objectifs.

Sur ces deux points, Clémentine Autain avait écrit quelques phrases fort pertinentes :

« Je reste stupéfaite de ce paradoxe du moment : la crise du capitalisme se déploie sous nos yeux, et celles et ceux qui contestent ce système, qui réclament une alternative, ne polarisent pas la vie politique, ne font pas carton plein. Je sais, le XXe siècle est plombant. Les expériences à gauche ont douché les espoirs. Mais il faut remettre l’ouvrage sur l’établi. Et nous avons des biscuits. Encore faut-il faire de la politique… C’est-à-dire bâtir un projet, un imaginaire, une stratégie. Avec un objectif : l’unité du peuple. Car sans sa mise en mouvement, rien ne sera possible. Nous avons donc à chercher la voie d’une mobilisation politique des catégories populaires. Depuis longtemps, je pense que cela passe par un premier déclic : le rassemblement de toute l’autre gauche. Et par un profond travail d’innovation. »

Dans l’immédiat, un fort score du Front de Gauche en France contribuerait lourdement à modifier le rapport des forces européen en notre faveur. Cet objectif demande déjà beaucoup d’énergie ; réussissons-le.

Jacques Serieys


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